CHAPITRE VIII
PREUVES *DE INEXISTENCE DE L'HOMMK ATAirr LES TEMPS HISTORIQUES
ofasenrations II y a peu d'années encore nous eussions pu terminer, par ' "^' les sujets traités dans le chapitre précédent^ l'examen des faits de l'époque actuelle qui se rapportent directement ou indirectement à notre Cours; mais des recherches entreprises rëcem> ment dans des voies nouvelles ont conduit à des résultats, peu complets sans doute, mais que nous devons néanmoins exposer, en mettant dans nos conclusions une réserve que commande tout ce qui reste à éclaircir.
Jusque dans ces derniers temps, la contemporanéité di* Thomme avec les espèces éteintes de grands mammifères dont - les débris sont enfouis dans les sables, les graviers et les cailloux qui remplissent le fond des vallées comme dans le limon des cavernes, avait été iion-seulement révoquée en doute, mais encore niée complètement. Cuvier avait dit, il y a quarante ans : (c L'homme fossile n'existe pas, » et il avait alors parfaitement raison dans le sens propre du mot tel que nous l'entendons; mais il n'en fisdlut pas davantage pour que ses élèves et ses continuateurs répétassent cette assertion comme une vérité qui ne pouvait être mise en doute et que l'avenir ne pouvait infirmer, pour qu'ils élevassent à la hauteur dun dogme ce qui n'était que l'expression pure et simple de l'état des connaissances à ce moment.
PREDYES DE L^EIISTENGB DE L'HOMME. 4il
On av»t bien, il est vrai» signalé quelques exemples d'ossements humains ou de restes d'industrie humaine dans certaines cayemes de l'Europe et de l'Amérique du Sud, mais ils avaient été attribués à des mélanges accidratels, postérieurs aui dépôts dans lesquels se trouvaient les débris d'animaux éteints, ou bien à des erreurs d'observation, et la parole du raaitre conservait toute sa valeur, comme si une simple négation devait prévaloir contre des faits et arrêter la marche de la science. Mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'il ne s'éleva aucune opposition, lorsque, contraiienient aussi à ce qu'avait ditCuvier d'une manière tiès-péremptoire, on annonça b découverte de quadrumanes fossiles dans plusieurs terrains et dans plusieurs pays; aussi pourrait-on croire que la question scientifique n'est pas la seule 'dont se préoccupent les personnes qui s'abritent ainsi derrière l'opinion de notre grand anatomiste. Quoi qu'il en soit, l'attention des géologues a été appelée depuis quelque temps, non pas seulement sur l'existence d*os* sements humains mélangés avec des restes d'espèces perdues, ce qui est encore un fait très-rare, mais sur la présence plus ou moins fréquente de pierres, ordinairement en silex, grossièrement taillées en forme de coin arrondi ou de hache, ou bien sous d'autres formes, au milieu de dépôts de transport des vallées, ajant tous les caractères de ceux de l'époque quater* naire.
Ces objets, par leur multiplicité sur certùns points, leur ressemblance, leur identité même dans des paya fort éloignés, par l'impossibilité d'attribuer leurs formes à une autre cause qu'à la main de Tbonmie, ont fait naturdlement conclure que l'espèce humaine avait apparu sur la terre avant la formation de ce» dépôts et avait été par conséquent contemporaine des Éléphants, des Rhinocéros, des Hyènes, des Ours, des ffippopotames, du grand Cerf et autres espèces perdues qui s'y trouvent enfouies. Nous ajouterons toutefois que, excepté dans les cavernes dont les gisements n'ont pas toute la certitude ni toute la régularité des grands dépôts de sable et de cailloux les plaines et des vallées, aucun reste d'os humain n'avait
4!â PREUVES DE INEXISTENCE DE L'UOMME.
été authentiqueinent trouvé associé à la fols à des traces d'industrie humaitie et à des restes de grands mammiieres éteints (l).
L examen de cette question qui nous intéresse si Tifemeiit, puisqu'elle tend à faire remonter l'arrivée de Thomme sur la terre plus haut qu'on ne le pensait, appartient par eonséi|ucnt à l'époque quaternaire, et nous en traiterons, en effet, lorsqiic nous nous occuperons des dépôts de cet âge. Mais il est arrivé qu'à peu près vers le même temps les archéologues de certains pays découvraient de leur côté de nombreux objets d'industrie humaine, de beaucoup antérieurs à toute tradition écrite, quoique certainement plus récents que les phénomènes diluviens, de sorte qu'il y a pour nous nécessité de connaître les caractères de ces objets travailles, et surtout les circonstances dans lesquelles ils ont été et sont encore joumeilement recueillis, afin de pouvoir les comparer et de saisir les relations, s'il en a existé, entre les populations humaines qui auraient été antérieures aux dépôts de transport des vallées et celles qui sont venues ensuite.
On voit que l'archéologie, la géologie et la paléontologie se trouvent ici sur leurs limites respectives et qu'elles peuvent s'éclairer mutuellement. Nous ne devons donc négliger ancuiK* des ressources que chacune d'elles peut nous offrir pour no\i5 aider à résoudre le problème de l'origine de Thomme et de se^ premiers établissements à la surface de notre planète.
Pour cela nous examinerons successivement et comme appartenant encore à l'époque actuelle :
l"" Les restes d'industrie humaine enfouis dans des dépôts marins aujourd'hui plus ou moins élevés au-dessus de la nier;
T Des amas de débris provenant du mode de nourriture de» premières populations du nord de l'Europe;
(1) CeUe leçon est antérieure à la découverte de la mâchoire fossile àa^-x^ le dépôt de ÎIoulin-Quignon, près d'Abbcville. Yoy. sur ce sujet: Du ierrni quaternaire et de V ancienneté de V homme dans le nord de la Frans Htùth. ia-8. F. &rry, 1965.
RESTES DMRDUSTRIB UUMAIKE. 41S
5" Les marais tourbeui du Danemaiic, dont les périodes de Tégétations successives, distinctes, servent de chronomètres oalnrels;
4** Les habitations lacustres de divers pays, et particulièremont delà Soisse;
5** Les ouvrages en terre des peuplades primitives de TAmériqueduNord.-
§ 1. BmCm a»diiilne konuune ému les
Nous avons déjà signalé des plages soulevées dans la période actuelle, le long du littoral des iles Britanniques, de la Suède, de la Méditerranée, de la mer Rouge, sur le pourtour de plusieurs iles de la Nouvelle-Guinée, aux iles Sandwicli, sur la plupart des côles d'Amérique, etc., (antè^ p. 306-312). Nous avons même cité des poteries et d'autres objets d'industrie humaine dans des roches de formation moderne, associés avec les coquilles qui vivent encore dans le voisinage, particulièrement sur les côtes de l'Afrique septentrionale et de la Grèce. Hais ces preuves de Feiistence de l'homme, antérieures à ces dépôts, pouvaient être rapportées à une date historique plus ou moins ancienne, tandis qu'il n'en est pas de même des faits dont nous allons nous occuper et auxquels ne se rattache aucune tradition locale.
En 1848, M. Robert Chambers publia un ouvrage intitulé écosi Ametis bords delà mer, ou preuves des changemetits de niveau relatif de la mer et des terres, ouvrage dans lequel il rassembla de nombreuses preuves à l'appui de son opinion. Il avait constaté, particulièrement le long des côtes d'Ecosse, l'existence d'un ancien niveau delà mer à 13°*, 50 au-dessus de son nivcnii actuel, et de plus un certain nombre de niveaux intermédiaires entre ce maximum et celui de nos jours. Peut-être Fauteur lest-il un peu hâté de généraliser ses vues, mais tout semble x>ncourîr à les (aire adopter au moins en principe. Les dépôts de
414 RESTES DMifDUSTRIE HUMAINE
sable, de gravier et de coquilles modernes qu*on remarque sur beaucoup de points du littoral des Iles Britanniques ne permettent pas de douter du peu d'ancienneté des changements de niveau dansdiverseslocalités.Cependant, jusqu'en 1861 on n'avait guère de preuves que ces changements fussent contemporains de rétablissement des hommes dans le pays; ou plutôt on n'avait pas appliqué à cette idée celles que le hasard avait fournies.
Le long des bords de la Clyde, à Glasgow, on remarque une sorte de terrasse, parfaitement nivelée, de largeur variable et à 7'",82 au-dessus de la haute mer. Elle est composée d'argile alluviale, de vase, de sable avec des li(s de coquilles. C'est évidemment un dépôt d'estuaire, de sorte qu'on est en droit d'en conclure que le lit de la rivière et ses bords ont été élevés depuis sa formation, et, dit M. Geikis (i), si Ton trouve enfoui dans ce dépôt, sans aucune apparence de dérangement, des traces de rindu3trie humaine, on sera autorisé à croire que l'élévation est contemporaine de l'homme..
Eh bien, depuis 80 ou 90 ans, 18 canots ont été retirés de ce dépôt, et quelques-uns mêmes sous les rues de la ville en faisant des fondations. Les découvertes les plus importantes eurent lieu lors de l'agrandissement et du creusement du port. On en tira 1 2 qui, à deux exceptions près, étaient faits chacun avec un tronc de chêne ; 2 avaient été creusés au moyen du feu, d'autres à l'aide d'instruments grossiers, tels que des haches en pierre. Quelques-uns, qui avaient été travaillés, évidemment avec des outils en fer, permettaient de suivre le^ progrès de la construction de ces canots depuis les temps les plus barbares jusqu'à un certain degré de civilisation.
La profondeur moyenne à laquelle ces barques se trouvaient au-dessous de la surface du sol était de 5"',76, et elles étaient à 2'",12 au-dessus des plus hautes marées de nos jours* La dernière que l'on ait retirée de ce dépôt était sous l'emplaco* ment d'un ancien hôtel de la ville, à 6"*, 70 au-dessus de Li plus haute marée de la rivière. Elles étaient toutes à plus de
(\) Quistt. Joum, 0eûL Soc, ofLondtm, voL XflII, p. SIS; 1862.
100 mètres en arrière de l'ancien bord de celle-ci et entourées d une masse de sable épaisse et divisée en lits minces.
Deux de ces canots étaient construits avec des planches; celui qui était le plus perfectionné dans toutes ses partieà avait 5"',46 de long sur l'",52 de large; lorsqu'on le découvrit, il était renversé la quille en dessus et la proue tournée vers la rivière. Les planches étaient fixées à la membrure par des chevilles, et sans doute par des clous de métal dont les trous étaient carrés et dont on voyait encore Tempteinte de la tête à la surface du bois, mais tous avaient disparu. Celles des chevilles qui restaient étaient d'ailleurs fort ingénieusement Iravaiilées et fixées. Quelques objets d'industi:^e ont été re-^ cueillis au fond de ces bateaux.
De la place qu'ils occupaient on ne pouvait pas conclure absolument ni leur contemperanéité ni leur ancienneté relative, à cause des circonstances très-variables de leur enfouissement dans un golfe où, comme Tembouchure de la Clyde, le mouvement des grandes marées déplace souvent les vases et leâ sables du fond avec les objets qu'ils renferment. Mais d'après leurs caractères, on peut juger que la plupart de oes barques appartiennent à l'époque primitive où les hommes de ces contrées n'avaient pas encore appris à travailler les métaux et ne connaissaient *que les instruments de pierre les plus grossiers, tandis que quelques-unes datent d'une époque sans doute plus récente où déjà le bronze et le fer étaient employés.
Un bateau trouvé à Boukton, en 1853, dans les mêmes circonstances, avait la forme des galères de Tantiquité, et des restes de morceaux de liège qui étaient au fond ont fait penser à Fauteur que ce pouvait éti^e un bâtiment venu des bords du Tibre ou des côtes d'Italie. Néanmoins le soulèvement de tout Tcstuaire de la Clyde, à 7 mètres au-dess(us des plus hautes marées, est un fait évidemment postérieur à rétablissement de l'homme dans le pays.
Sur la côte orientale de File, dans le firth de Forth, on observe une zone d'alluvion soulevée, semblable à celle de la Clyde; c'est particulièrement la plaine appelée Carse de Falkirk
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qui se trouve à 6 et 7",50 au-dessus des hauics marées. Une autre plaine partant de Stirling, et désignée sous le nom de Carse de Stirltng, suit les bords de la rivière l'espace de 16 à 18 milles. A diverses reprises, on a trouvé près de Stiriing, à Dunmore, à Blair-Drommond, à 7 mètres au^essus des plus hautes marées et dans l'intérieur des terres, des squelettes entiers de baleines. Sur ce dernier point,' et à Airthrey, également* dans la vase ou Targile endurcie, on a rencontré des bois de Cerf perforés, deux harpons, dont Tun avait encore un manche en bois qui servait à le manier.
Les circonstances dans lesquelles tous ces restes ont été observés ne laissent point douter que le sol de cette région n'ait été soulevé, depuis l'arrivée de rbominie, comme celui des environs de Glasgow, et, en effet, les aUuvions du Forth renfermaient des canots dont quelques-uns étaient semUables aux précédents. Ainsi on en a déterré, non loin de Falkirk, à 9 mètres de profondeur. Plus anciennement, dans la berge de la rivière Carron, à 4°* ,57 au-dessous du sol superGciel et recouvert de lits parfaitement réguliers d* argile, de tourbe, de coquilles et de gravier, gisait un canot de 11 mètres de long sur 1"',21 de large, bien travaillé dans toutes ses parties, formé d'un seul tronc de chêne avec l'éperon pointu ordinaire et la poupe carrée. .
Le firth ou embouchure de l$i Tay, situé au nord du précédent, est aussi bordé de plaines unies, désignées sous le nom de Carse de Gowrie, et dont l'élévation au-dessus de la mer est la même que celle des plages soulevées de la Clyde et du Forth ; elle est aussi composée d'argile, de sable, de gravier et de lits de coquilles, témoignant d'un soulèvement récent de 6 à 9 mètres. On y a trouvé de même des preuves que ce phénomène est postérieur à Télablissement de l'homme. Un crochet de bateau en fer a été retiré de 2^,50 de profondeur dans un gravier parfaitement stratifié. Il provenait d'un bâtiment marchand ou peot-étre d'un petit bâtiment de guerre de 3 ou 4 tonnes* Le$ traditions du pays, les noms des parties élevées do sol ra|>pelant toujours par leur éty mologic une position insulaire, les
caractères des objets trouvés dans le sol, comme la composition et la,siluation de celui-ci, tout concourt à démontrer que ces plaines de niveau ont été gagnées sur le domaine de la mer dans la période moderne et peut-être en partie depuis les temps historiques.
Suivant H. Smith de Jordan Bill, aucun changement relatif de niveau ne se serait produit depuis la construction de la inuraille d'Antonin ; mais M* Geikis s'attache à faire voir que de la position qu'occupent aujourd'hui les extrémités de cette muraille on pourrait en déduire une élévation du sol, et il conclut à la fois des données archéologiques et des observations directes, que le soulèvement de ces côtes doit avoir eu lieu longtemps après l'établissement des hommes dans Tile, après l'introduction des instruments de métal et même de fer ; en6n il ne voit aucun motif ponr qu'il ne soit pas regardé comme postérieur à Toccapation romaine qui marquerait la limite de son ancienneté.
Quoi qu'il en soit, ce qui nous intéressait ici était Texistence de traces de l'homme paraissant être antérieures à Tusage des métaux et particulièrement du bronze, qui nous servira de chronomètre marquant un âge intermédiaire entre celui où les pierres seules étaient en usage et celui où le fer fut connu.
D*autres lignes indiquées par des plages soulevées s'observent encore sur la plus grande partie des côtes de l'Ecosse, mais on n'a cité de produits d'industrie que dans les trois districts décrits par M. fieikis. Cette élévation se serait d'ailleurs également produite dans les parties centrales de Tile qui joignait celles dont nous avons parié.
Dans son mémoire Swr les preiwes d'une éléwitioti graduelle Scandinavie . du sol de certaines parties de la Suidé (i), M. Lydl a d'abord rappelé que l'abaissement des eaux de la Baltique et même de tout l'Océan du Nord avait été signalé par Celsius, il y a (dus «le cent ans, et estimé alors à 40 pouces suédois ((r^989) par
(i) Tratisacl, phU, Soc. ofLondon, 1855. — Tradoction française, par H. Coulon (Mém. de la Soc. d'hist. ml. de NeuchâUl, toI. I. Bull, bibliographique, p. i ; 1836.) — Rep. 4** Meet. brit. i4«oç., p. 652. Voyei aussi de Meyendorf, BiAL Soc. géot. de France, i** série/Tol. 1, p. 79; 1857.
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siècle. En 1802, Playfair pensa que ces changements devaient être attribués plutôt au sol qu'aux eaux, et L. de Buch émit la même opinion en 1807. Des observations faites ensuite régulièrement mirent le fait hors de doute, et M. Lyell en a trouvé de nouvelles preuves au pied du château de Calmar, et surtout autour de Stockholm.
Ainsi il a recueilli, dans des monticules de sable et de gravier stratiGés, des coquilles identiques avec celles qui vivent dans les mers actuelles, telles que le Cardium edUle^ la Tellina baltica et le Mytilus edulis. Cette dernière espèce forme à elle seule des bancs que sa décomposition colore en une teinte violette très* prononcée. Plusieurs de ces amas de coquilles se trouvent à 21 et même 27 mètres au-dessus du niveau actuel de la mer. Dans la vallée de SoBdertelje, dont les pentes sont de gneiss, le dépôt coquillier récent constitue une plate-forme horizontale de 21 mètres au-dessus du canal et qui offre la même disposition que celle des marnes sub-apennines.
En ouvrant les canaux qui font communiquer le lac Hœler avec la mer, on trouva plusieurs vaisseaux qui y étaient enterrés et qui paraissaient être d'une haute antiquité. Une coUinc. coupée pour creuser le canal inférieur, renfermait une habitation construite en bois, et qui fut découverte à 15 mètres de profondeur, ensevelie sous des ^bles, des argiles et du gravier stratiGés. D'après Texamen des lieux, le célèbre géologue anglais pense que cette cabane a été submergée par les eaux de la Baltique, à une profondeur de 19^,50, et que, avant d*étre soulevée à sa hauteur actuelle qui se trouve à peu près au niveau de la mer, elle avait été recouverte de couches de plus de 18 mètres d'épaisseur totale.
Des strates argileux, avec Tellina baltica^ ont été reconnus jusqu'à une distance de 80 milles des côtes, et les environs d'Upsal, qui, comme ceux de Stockholm, sont formés de granile et de gneiss, sonten partie recouverts pardea dépôts plus récenl^ et des blocs erratiques. On y voit également des ôsars dirigés N. S., s'élevant à plus de 30 mètres au-dessus de la rivière et composés de couches minces de sable, d'argile et de gravier^
tantôt horizontales, tantôt très-inclinées et traversées par des Gssures verticales. Près du château dTpsal et vers le haut de la colline, se trouvent des coquilles modernes placées entre des lits de gravier, et des blocs erratiques couronnent le sommet. G*est d'ailleurs la seule localité en Suède ou M. Lyell ait observé des coquille» dans les ôsars. Les caractères stratifiés de ces dépôts et la présence de ces coquilles intactes les lui font regarder comme résultant, non d'une débâcle venue du nord, mais d'une accumulation de sédiments formés au fond du golfe de Bothnie, parallèlement à l'ancienne côte, et pendant le soulèvement successif du pays. La pente rapide des deux côtés des ôsars résuh terait aussi du mode de formation et non d'une dénudation postérieure ; enfin les blocs erratiques y auraient été déposés par les glaces flottantes.
Le sol de la Finlande parait s'élever comme celui de la Suède, et Ton a trouvé près d'Abo, à 18 mètres au-dessus de la mer, une marne composée, comme celles de Stockholm et d'Upsal, de détritus des mêmes coquilles récentes. -
Passant ensuite à l'examen des dépôts également peu anciens des côtes occidentales de la Scandinavie, M. Lyell y signale dès coquilles très-différentes de celles dont on vient de parler sur les côtes de la Baltique, et, de la position des lieux où se trouvent les coquilles d'espèces récentes, tant de ce même côté de la Baltique, entre Gofle et Soodertelje, que sur les côtes de rOcéan, entre Uddevalla et Gothenbourg, il conclut que l'espace existant entre les deux mers dans cette partie de la Suède était, à une époque comparativement moderne, beaucoup plus étroit qu'il ne l'est actuellement. Des coquilles semblables à celles d' Uddevalla ont été reconnues jusqu'à près de 50 milles dans l'intérieur des terres, à Tussenddalersbacken, près du lac Rograrpen, sur le bord occidental du lac Wener,etc., comme nous le dirons en traitant des dépôts quater* naires de ces pays (l ) . En résumé, M. Lyell admet un soulèvement
(i) Voyei Hiainger, vol. IV, p. 43, et sa carte géologique de la Suède méridionale.
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graduel, mais inégal, sur les divers points delà cAte,et nul dans le midi de la Scanie. L'élévation de 1 mètre par siècle a été constatée à Lœfgrundet, à Marstrand, etc.
En 1857, M. Nilsson(l) fit connaître que la Scanie, partie méridionale de la Suède, paraissait avoir éprouvé, comme le Groenland, un mouvement d'abaissement pendant plusieurs siècles. Il n'y a point d'ailleurs, dans cette province, de dépMs coquilliers récents analogues à ceux du Danemark. Linné, vers i749, avait mesuré, près de Talleborg, la dislance d'une grande pierre à la mer; aujourd'hui cette pierre se trouve de 30"^,50 plus rapprochée de Teau qu'elle ne Tétait alors. Une tourbière, formée de plantes terrestres et d'eau douce, est Actuellement sous la mer, dans un endroit où l'on ne peut pas supposer que ces végétaux aient été transportés parles rivières. Enfin, dans les villes maritimes de la Scanie, il y a des rues au-dessous du niveau de la mer, et, dans quelques cas, au-dessous des plus basses marées.
M. Eugène Robert {%) ne croit pas qu'il y ait un véritable abaissement du sol dans cette province, au moins suivant le sens qu'on attribue à ce mot, et les faits observés résulteraient, suivant lui, du tassement ou du déplacement du dépôt de transport. Mais, d'un autre côté , M. Domeyko (s) a signalé des documents historiques qui établissent d'une manière positive qu'une province, appelée Witlandu, est aujourd'hui recouverte par les eaux du golfe deKœnigsberg.-A l'époque de l'ordre Teutonique, elle se trouvait placée entre Pillau, Brandebourg et Bolga. M. Zeune (4) a réuni aussi quelques observations relatives à des points du pays et à des monuments élevés
(i) Lyell, Àddress delivered, 6tc. {Proceed. geoL Soc. of Lùndan^ vol. II, p. 506.) — Voyez aussi Nilsson, Sur des soulèvements et des affaissements alternatifs de 4a surface du sol dans le midi de la Suède {Forhandling vid.'del af Skandinav. naturforsk. Travaux de la réiinkm des naturalistes et médecins scandioaves à Gotbenbourg en 1659. Gothenbourg, 1840, p. 129).
(2) Voyage en Laponie et en Scandinavie^ etc.
(3) Compi. rend,, vol. IV, p. 965; 1 838.
(4) Ann. d. Erd. volk. de Berghaus, vol. XV, p. 221; 1836.
DANS LES ANCIENS DEPOTS MARINS. 4Si
que Ton n'aperçoit plus de certaines positions, et vice versâ^ et il en a conclu des soulèvements et des afiaisscments du sol dans les provinces littorales du sud de la Baltique. Cependant ces résultats sont encore douteux à cause du manque de préci- •sion dans les moyens emplojés pouries constater.
M. Elie de Beaiunont, dans son Instruction pouH^ expédition du Xord (i), travail qui peut être regardé comme un résumé de tout ce que fou sait sur les parties boréales de TËurope, a fait remarquer que le changement de niveau actuel et le changement ancien étaient sans doute très-différents Tun de l'autre. L. de Budi, qui a toujours r^ardé les deux phéiK>mènos comme distincts, a démontré que Télévation de la Suède était étrangère aux parties de la JNorwége que recouvrent les couches coquîUières dont nous Venons de parler» Ainsi, il y a près de Luuroé des pierres runiques placées sur ces couches, si peu audessus de la mer, qu'il n'y aurait pas encore eu de fond pour poser ces pierres, qui sont d'une très-haute antiquité, si la règle de {"'ySO d'élévation par siècle, reconnue pour lu Suède, était appliquée à la Norwége.
M. Keilhau (%) a décrit les dépôts d'argile et de sable coquilliers que l'on observe dans les fiords de ce dernier pays, et qui, s'étcndant jusqu'à une certaine distance dans les terres, atteignent aujourd'hui une altitude de 182 et môme de 243 mètres. Mais l'indépendance des phénomènes sur les côtes orientales et occidentales de la Scandinavie, et ^absence de preuves que^ sur ce dernier côté, le soulèvement appartienne réellement à l'époque moderne ou historique, nous ont engagé à renvoyer l'étude de ces dépôts au temps où nous traiterons spécialement des Images souleva {raised beaçks)^ si nombreuses sur les côtes de Tancien comme du nouveau monde et qui appartient à Té-
(4) Compt. rend., vol. VI^ p. S«0; IRSS.
{%) !ÈuU. Soe. fféol. de fronce, 1~ série, toL VU, p. Si; 4856.— Voyei aussi : Prewet des êoulévements delà Scandinavie dans les temps vwdemes (Magm. far Naturvidenskabeme, GbrMiania, S* sér., 4835, p. 89 ; 4856 el Ont ûmjardenSf sligning i Norge, Mémoire sur les exhaussements do b côte de Nonvëge, ibid.; 4837).
422 RESTES DMNDUSTRIE HUMAINE
poque quaternaire. Nous ne nous occuperons donc ici que des soulèvements contemporains, prouvés par des observations directes ou par documents incontestables de Tindustrie humaine.
A l'appui des mouvements inverses qui se manifestent dans le nord et le sud de la Suède, M. Forchhammer (i) a fait c«n- * naître que 111e de Saltholm n'a pas sensiblement changé depuis 600 ans, tandis que celle de Bomholm parait s être élevée de 1 pied par siècle, et que son soulèvement doit remonter a 1 600 ans. L'auteur signale ensuite, dans le Danemark , le Schleswig et le Holstein, des bancs de coquilles, sur lesquels nous reviendrons, leur contemporanéité ne paraissant pas bien établie ; mais des restes de l'industrie des habitants, recueillis dans les détritus charriés par les eaux sur les îles de la côte occidentale du Schleswig, et à 20 mètres au-dessus de la mer, ne permettent pas de douter qu'elles n'aient été soulevées depuis que ces iles ont commencé à être habitées.
La difTérence de la proportion du soulèvement, suivant les temps et les lieux, a été constatée aussi par M. Almloef (s), qui a recherché les anciennes marques du niveau de la mer sur la côte, entre Haparanda et Sœderkoeping. Quoique la Baltique
(1) Lettre à M. Ch. Lyell, Sur quelques changements de niveau qui ont eu lieu en Danemark dans la période actuelle (Transact, geoL Soc. of London, vol. VI, p. 157; 1841).
Voyes aussi : Forkandling. irid det af Skandinav. naiurf., etc. Travaux de la réunion des naturalistes et médecins Scandinaves à Gothenbourg en 1859. Gothenbourg, 1840. p. 46 et 57.— /sis, 1845, p. 207, 212. — Sur les changements de niveau et les traces d'inondation sur la côte occidentale du Schleswig (Tidssk. f. naiurvid. de Kroeyer, vol. Il, p. 201). — Neu. Jahrb,, 1858, p. 94. — Gh. Kapp, Sur les bancs de sable de GoodvnHf dans la mer du Nord, formés par le soulèvement, comme certaines côtes de la Scandinavie (Almanach de Kaupp, 1856, p. 154. — Neu, Jahrb,, 1856, p. 222). — Berzelius, Sur le soulèvement des côtes sean-dinaves et les roches polies et sillonnées des montagnes du Nord (Forhand, viddet af Skandinav. naturf,, etc. Travaux de la Soc. desiiat. Scandinaves en 1842. Stockholm, 1845, p. 45-^7). — Forchhammer, Sur les inégalités des oscillations de la Scandinavie {Bull, Soc. géol. de France ^ l'-sér.. vol. I.\, p.l00;1858).
(2) Kongl. Vatensk. Acad, Handl., etc. — VlnsUtut, 19 mai 184^.
n'ait pas de marées, elle parait être soumise à des variations périocÛques dans la haateur de ses eaux. Dans Tété de 1843, suivant M. ^eaniish (i), un abaissement se serait manifesté d'une manière plus prononcée, et depuis lors elle n'aurait pas repris son ancien niveau. Ce phénomène pourrait être en rapport avec le soulèvement de la càte de la Suède, qui est peu régulier, comme nous Tavons dit, mais qui, d'après le même observateur, serait plus considérable qu'on ne lavait admis d'abord, malgré l'immobilité de la Norwége depuis les temps historiques. H. Haagen (i) pense que rabaissement continu des eaux s'étend à tout le périmètre de la Baltique.
Dans son discours à la Société géographique de Londres (5), sir R.Murchison a signalé Texistence certaine d^une ligne Ë. 0., traversant la Suède sous le parallèle de Solvitsborg et le long de laquelle le soi immobile n'a éprouvé aucune oscillation depuis plusieurs siècles. Au nord de cette ligne, le sol s'est élevé sensiblement dans ces derniers temps et s^éiève encore, tandis qu*au sud, dans la Scanie, il s'abaisse, comme l'ont prouvé MM. Nilsson et Lund. Ainsi l'on ne peut se refuser à admettre que le mouvement de la Scandinavie ne ressemble h celui d'une planche ayant au milieu un point d'appui immobile et élevé, et dont l'une des extrémités monte tandis que l'autre descend.
D'après des traditions locales et l'examen attentif des lieux,
(1) Repart 15** MeeL brit. Assoc., 1845. — Amer. Joum., vol. XLYU, p. 184.
(2) Acad, de Berlin, 1844. — VlmiUut, 14 août 1844.
(5) Address to theroy. geogr. Soc. ofLoftdon, 1845. — Cet abaissement a été confirmé depuis par M. Nilsson. Il est indiqué par des marais tourbeux à 14 et 20 pieds au-dessous de la Baltique, et où se trouvent des sr^uelettes humains, des armes, des os d* Aurochs et. d'autres animaux vivants. {Rep. 17** MeeL brit. Assoc. at Oxford, 1847. — Vlnstitul, 25 fé- Trier 1848). — Voyez aussi : Neu. Jahrb.\ 1850, p. 471. Bibl. univ, de Genève, Se. Phys., 1851, p. 149. Quart. Joum. geoL Soc. of Londan, ▼ol. YII, p. 112. Dans un ouvrage sur Tapparition de Thomme en Scandinavie atant Tère historique, par Nilsson, Tauteur cite une roche qui, en 1552, était à 2 pieds au-dessous du oÎTeau de la mer, et qui, en 1844, était ^ 4 pieds au-dessus. Total ; 6 pieds en 500 ans ou 1 pied en 50 ans. Le mouvement a été successif.