‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 4)Chapitre 35 sur 60 · MARAIS TOURBEUX DU DANEMARK · texte numérisé non relu

MARAIS TOURBEUX DU DANEMARK

G ou 8000 ans, car c est un chronomètre dont l'exactitude est difficilement appréciable.

La partie extérieure ou forestière des Skovmoses offre une composition un peu différente de celle du centre. Au-dessus du dépôt argileux du fond viennent des troncs de Pins couchés, d'une magnifique végétation, trés-rapprocbés les uns des autres. Ces Pins sont de l'espèce actuelle, le P. silvestris^ mais qui n'existe plus dans le pays (l). Ils ont diminué peu à peu pour être remplacés par les Chênes (Quereus robur) de nos forêts, lesquek finissent par régner exclusivement à leur tour en prenant un grand développement. Dans la partie supérieure du dépôt apparaît la variété désignée sous le nom de Qtierctts pedunadatus^ accompagnée du Bouleau vèrruqueux et du Noise* tier (Coryllus aveÛana). Aujourd'hui le Chêne lui-même tend à disparaître du Danemark, dont In végétation forestière est le lléire, constituant à lui seul des bois magnifiques.

Ainsi, depuis Fëpoque quaternaire, ce pays nous oCTre les résultats de trois végétations arborescentes distinctes : la plus ancienne, celle des Pins, la seconde, celle des Chênes, et la troisième, celle des Hêtres. Ces modifications, en apparence si profondes, se sont cependant produites sans aucun cataclysme, sans aucun changement apparent de quelque importance dans les conditions physiques du pays. Le climat n'en a point éprouvé non plus de bien sensibles, puisque toutes les coquilles marines des Kjôkkcnmôddipgs, et les coquilles fluviatiles et terrestres des tourbières, sont identiques avec celles qui vivent encore dans le pays.

Ces changements dans la végétation forestière sont attribués à un dessèchement successif du sol et- à l'amélioration de celui-ci par les détritus de ces mêmes végétations; mais ces motifs nous semblent peu concluants, car l'amélioration du sol des contrées actuelles où les Pins végètent le mieux ne les fait point disparaître, et les Chênes peuvent y exister simultané-

(i) Il est 3i remarquer que le Coq de bruyère, qui se nourrit surtout de bourgeons de Fins* éUit commun à Tépoque des kjôkkenttWiddings.

434 MABAIS TOURBEUX DO DAKKMiRC.

ment. De même le Hêtre croit conduTeminent a^ec le QiéiH' dans la plupart de nos grandes forêts, êl Ton ne- toit pas qu'une de ces essences de bois tende à y disparaître au profit des autres.

D'une autre part, le Peuplier-tremble a irécu pendant toute la période des tourbières, et il prospère encore dans Je pays, tandis que le B.ouleau (B. alba} des coudies inférieures est remplacé dans les supérieures par le B. verrueoMj qui tH encore dans les mêmes lieux.

Quant aux objets d'industrie humaine, ils sont très-communs dans les tourbières, mais ne descendent pas jusque dans la tourbe amorphe des Skovmoses. LMiomme ne semble a^oir commencé à habiter le pays que lors de la végétation des Fins de la zone ex^rieure. On y trouve en effet des prodmis de Tâge de pierre, qui parait s'être continué jusqu'au commencement de la végétation du Chéne^ car l'âge de bronie correspondrait plus particnlièrement à cette dernière, aucun objet de ce métal n*a^ant été rencontré au-dessous. L*âge de fer et les traditions historiques appartiennent essentiellement à la dernière période de végétation, celle du Bâfre ; de sorte que la végétation fores* tière du Danemark aurait trois phases bien distinctes en rapport avec trois degrés de civilisation de ses habitants.

M. Worsâe, considérant que les haches trouvées en France dans les dépôts de transport de la vallée de la Somme, puis en Angleterre et ailleurs, dans des gisements analogues, doivent appartenir au terrain quaternaire, est disposé à admettre deux âges de piètre : l'un antérieur aux phénomènes diluviens et l'autre postérieur , opinion que tons les faits acqufs depuis à la science nous semblent rendre. très-probable. En eilet, aucune arme danoise en silex ne ressemble aux plus anciennes formes des pays et des dépôts que nous venons de rappder; et il est certain, d^un autre côté, que les Kjôkkenmôddings sont postérieurs au grand phénomène erratique du centre et du nord de * l'Europe, sans quoi ils auraient été détruits pour la plupart^ et ce qui eii resterait porterait des traces évidentes de ce phénomène.

Néanmoins le^ Kjôkkenmôdding^ sont d'une très-haule antiquité, probablement les plus anciennes traces de l'existence de l'homme dans le pays, et l'on n'y rencontre aucun débris de Rhinocéros ni d'Éléphants avec les restes de son industrie, circonstance qui tend encore à distinguer les deux âges de pierre, comme on vient de le dire.

En outre, dit M. Lubbock (p. 294), il est évident que rhomme est originaire de pays plus chauds que le Danemark, et qu'il n*a pu supporter le climat du Nord qaaprès avoir litteint nn certain degré de civilisation relative, au moins jusqu'à ee qu'il ait appris à se procurer et à se servir du feu, à se vêtir et à s'abriter. D'après cela, les antiquités du Danemark n'auraient encore, comme nous le disions tout à rheure,'qu'une ancienneté relative et indépendante de l'ancienneté absolue de l'espèce humaine, dont le b^t^au ou les berceaux restent à découvrir. Les traditions locales de certains peuples ne son! qne des documents d'une faible valeur, Vamour-propre des uns et Tignorance des autres s'unissant en quelque sorte, pour épaissir le voile qui entoure notre origine première.

§ 4. Babîtatîoiu laeinlreg.

Si nous redescendons actuellement au S., vers le cehtre Soibse. de l'Europe, nous y verrons les premiers établissements de P&iiibaut«n. l'homme montrer d'autres caractères : ce sont ceux que l'on a g^^J',!^^^^^ appelés en Suisse Ffahlbauteriy c'est-à-dire ouvrages ou constructions sur pilotis.

Pendant l'hiver de 1853 à 1854, le froid prolongé et la sécheresse qu'il occasionna firent diminuer les eaux des rivières et des torrents- qqi descendent des montagnes, et par suite* abaissèrent le niveau des lacs à un point où on ne les avait pas vus depuis 1674. Une large zone fut ainsi mise à sec sur leur .

456 HABlTATrONS LACUSTRES.

littoral, dit M. Lubbock (l), tandis que sur d'autres points des iles apparurent. Sur la rive nord du lac de Zurich, dans une petite baie située entre Ober-Meilen et Dallikond, M. .Eppli observa le premier des restes de constructions.

C'étaient, dit M. Troyon (%), de nombreux pilotis au milieu desquels se trouvaient des dalles brutes provenant d'anciens foyers, du charbon, des ossements brisés et des ustensiles àiwers qui prouvaient que ce point avait été fort anciennement oeeupé. Les rccherchesr dirigées d'abord par M. F. Keller ne tardèrent pas à se généraliser, et Ton put bientôt se convaincre que les anciens habitants de la Suisse construisaient une partie, sinon toutes leurs demeures, au-dessus des eaux, comme le font encore de nos jours plusieurs peuplades, telles que les Papous de la Nouvelle-Guinée (5), et comme le pratiquaient dans Tantiquité historique les Paeoniens du lac de Prasias, au rapport d*Hérodote (4).

Après M. Keller, qui publia les résultats de ses observations en 1854-58-60 dans les Mémoires de laSoàété des antiquaires de Zurichy M. Troyon a donné un ouvrage plus oon^érable que nous venons d'indiquer, accompagné de 17 planches re- . présentant un grand nomlîre d'objets de Tindustrie des habitants des Pfahlbauten. En 1856, à la suite du dessèchement partiel du petit lac de. Moosseedorf, situé à 2 lieues de Bemo, MM. Albert John et le docteur Uhlmann entreprirent des fouilles qui ont été très-fructueuses (5). M. Rûtimeyer a de son côté publié deux ouvrages importants sur les restes organiques tronvés dans les emplacements de ces anciennes bourgades (6).

(1) Note sur les anciennes habiiations lacustres de la Suisse (iViatar. hisL review, n* 5, janvier 1862. — Trad. française par M. Aiph. Milne- Edwards, i4n7i. des se. nat., 4* sér., toI. XVIl; 1862.

(2) Hahilalions lacustres des temps anciens et modernes, p. 5, in-8, avec planches. Lausanne, 1860.

(5) Duraont d'UrviUe, Voyage autour du monde, vol. lY, passim.

(4) Histoire d'Hcrodole, vol. I, p. 409. Trad. deLarcher» éd. de 1850.

(5) DiePfahlbau-AlterlhûmervonMoosseedorfimKanton Bern^ 1857. — Arch, de la BibL univ. de Genève, mai 4857.

(6) Vntersuch d. TMerresU aus d. Pfahlb. d. Schweiz, 1860.

.V.lleer en a étudié la flore; M.KelIer a fait paraître un nouveau mémoire, fruit de ses dernières recherches, et M. de Morlot une notice que nou» rappellerons ci-aprè3. On doit aussi a M. Desor (i) une note sur les constructions lacustres du lac de Neuchâtel, et à M. Gîlliéron (%) une notice sur celles de Pontde-Thiclle.

Ces restes d*habitations, poursuit M.'Lubbock, qui a résumé une partie des faits connus, ont été constatés dans les lacs de Zurich, de Constance, de Genève, deNeuchâtel, deBienne, de Morat, deSempach et dans quelques autres plus petits (Inkwyl, Pfaffikon, Moosseedorf, Luissel, Nussbaumen, Wanwyl). M. Relier signale 11 établissements de cette sorte dans le lac de Bienne, 26 dans celui de Neuchâtel, 24 dans celui de Genève, 16 dans celui de Constance, et il en reste sans doute beaucoup d'autres à découvrir.

Ces huttes sur pilotis étaient circulaires, comme on peut en Empiacejugcr d'après des portions de parois en terre qui ont été retrouvées, portant les empreintes de branches entrelacées. Elles «' devaient avoir de 3 à 5 mètres de diamètre, exiger un travail ^trucuons. considérable, et elles supposent une population nombreuse. Aussi a-t-on essayé d'évaluer celle-ci d'après les traces dé ce qu'il en reste. Ainsi M. Troyon (loc. ctl., p. 403) a constaté que l'établissement de Horges, l'un des plus grands du lac de Genève, s'étendait, parallèlement au rivage, sur une longueur de près de 3 kilomètres et une largeur de 50 mètres,< donnant une surface de 150,000 mètres carrés. En supposant des cabanes de 5 mètres de diamètre, occupant la moitié de la sutface, on trouve qu'il pouvait y en avoir 311. En les supposant en' moyenne habitées par 4 personnes, elles donnent pour ce village sub-aquatique une population de 1244 personnes. En s'appuyant sur des données analogues, on aurait une population de 9000 âmes pour les bords du lac de Neuchâtel ; et, d'après les autres recherches, la population delà Suisse

(1) Biblioth, univ, de Genève, i86S> p. 16. (?) Porrenlniy, 1862.

ment des population»

à Tàge de pierre, auquel ces constructions sont rapportées, aurait pu être de 31,879 habitants. Les restes de 68 villages de la période suivante ou du bronze, observés dans la partie occidentale du même pays, devaient contenir 42,90frâme8.

Quant au motif quia pu faire choisir ce mode de constructions et ces emplacements de préférence à la terre ferme, qui semblait offrir plus de commodité, on doit le cherclier dans la nécessité xm étaient les habitants de se soustraTre aux attaque des bêtes fauves, sans doute fort nombreuses alors, telles que les Loups, les Ours, les Sangliers, TUnis, et peut-être pour se défendre plus facilement contre les hommes eux-mêmes.

Au Steinberg, dans le lac de Bienne, une ile semblable au\ crannoges d'Irlande^ dont nous parlerons tout à Pheure, a été construite dès l'âge de pierre et continuée dans le suivant.

M. Pupikofer a fait connaître près de Frauenfeld (Turgovic) un système particulier de construction lacustre consistant en une accumulation de fascines ou de radeaux superposés^ touchant au fond de Feau et s'élevant jusqu'à la surface, de manière à présenter un.sol immobile et sur lequel pouvait être élevée Thabitatioa (l).

Des recherches et des observations très-attentives ont (ail connaître le mode de construction de ces habitations lacustres de k Suisse, et Ton trouve à cet égard, dans l'ouvrage de M. Fréd. Troyon (2), des détails très-intéressants et fort instructifs; tels sont la grande quantité de pilotis qui leur servait de fondation, et qui, dans la seule locaUté de Wangen* a- été évaluée à 40,000 ; le nombre des couches d^arbres constituant la plate-forme qu'ils supportaient, mais sans qu'on ait encore pu constater comment cdle-ci était fixée, aucun trou, aucune entaille, mortaise ou trace de liens.ne subsistant.

Tous les objets trouvés autour ou sur l'emplacement de et» d'indasitrie. habitations, et ils sont en quantité prodigieuse, à Waiigen, dan^ le lac de Constance, à Wanwyle, Robauheusen (lac de PfafBkonK

(1) Der Pfahlbau bei Frauenfeld. Frauenfeld, 186i.

(2) Loc. cit., p. 254-263.

sont en pierre, en bois ou en os. Les armes de bronze pro- TÎennent d'autres habitations lacustres qui avaient une civilisation plus avancée.

Les armes de pierre sont grossièrement façonnées avec des matériaui du pays. Quelques-unes, en silex, ont probablement été apportées de la France. A Wangen et à Moosseedorf, les pierres ont été travaillées dur place. Quelques échantillons de néphrite orientale, roche qui n'est pas connue en Suisse; feraient supposer que des rapports existaient avec des nations

Les instruments de l'âge de pierre sont ici des marteaux, haches, couteaux, scies, pointes de lances, de flèches, des pierres à écraser le grain, des polissoires, etc. Quelques marteaux sont en serpentine avec un trou à l'une des extrémités. Cestuno circonstance d^ailleurs fort rare de trouver une pierre percée, si ce n'est tout à fait à la fin dé la période.

La hache doit être regardée comme Tarme primitive par excellence ; c'est le principal instrument, Toutil usuel de l'antiquité. Elle servait à la guerre, à la chasse, aux usages domestiques. Celles de Wangen et de Concise (lac de Neuchâtel) étaient fort petites, comparées surtout à celles du Danemark. La serpentine était la roche la plus généralement employée. On ajustait la pierre à des poignées en corne ou en bois. Les pointes de flèches étaient en silex, quelques-unes en quartz, de formes variées d'après trois modèles principaux. Les os des animaux étaient aussi travaillés et employés à plusieurs usages (harpons, poignards, têtes de flèches, javelots, épingles, aiguilles, ornements divers). Les planches III à YII de l'ouvrage de M. Trayon représentent une multitude de ces objets et peuvent donner une idée de leurs formes, de leurs dimensions et de leur emploi.

Les débris d'animaux rencontrés dans les Pfahlbauten ont Bettes été principalement étudiés par M. Rûtimeyer, qui a publié, comme nous l'avons dit, deux ouvrages importants sur ce sujet, et dont M. Lubbock a exposé les principaux résultats.

Les os longs sont dans le même état que ceux des

d'animaus.

iiO HABITATIONS LACUSTRES.

Kjôkkeâmôddings, c'est-à-dire qu'ils ont été fendus pour en extraire la moelle. Certains os manquent tout à fait, et dans d*autres certaines parties ont complètement disparu, de sorte quon ne peut reconstruire un seul squelette complet, malgré la multitude des matériaux que Ton possède. 66 espèces de vertébrés ont pu être déterminées, dont 10 poissons, 3 reptiles, 17 oiseaux et 56 quadrupèdes. 8 de ces derniers ont vécu à l'état de domesticité (le Chien, le Porc, le Cheval, FÂnc, la Chèvre, le Mouton et deux Bœufs). Les débris de Cerf et de Bœuf égalent en nombre tous les autres ensemble, et même ceux de Cerf dépassent ceux de Bœuf dans les anciens établissements (fe Moosseedorf, de VVanwyl, de Robenhaus€n,ce qui est l'inverse dans les établissements plus récents des lacs de rOuest (Wangen,Meilen).

Le Cochon vient ensuite. Les restes de Chevreuil, de Chèvre, de Mouton sont plus rares. Pendant Tâge de pierre, on mangeait les Renards, mais on n'en trouve pas de débris dans les habitations de l'âge de bronze. Le Chien, dans le premier âge, était plus rare que le Renard, mais moins cependant que le Cheval et l'Ane. Dans le petit lac de Moosseedorf on a recontrc les restes de trois Chiens, de 4 Renards, de 5 Castors, de 6 Chevreuils, de 10 Chèvres, de 10 Moutons, de 16 Vaches, de 20 Ports et d'autant de Cerfs.

La Souris, nos deux espèces de Rats, le Chat domestique et nos oiseaux de basse cour n'ont été jusqu'à présent trouvés ni dans, les habitations lacustres de la Suisse, ni dans les Kjôkkenmôddings du Danemark. Les os de Cerf et de Sanglier indiquent souvent des animaux plus forts et de plus grande taille que ceux de nos jours, tandis que ce serait l'inverse pour ceux du Renard. Les Chiens, peu variés alors, devaient ressembler à nos chiens d'arrêt et à nos chiens couchants. Les Moutons différaient desiiôtres parleur petite taille, les jambe> grêles, les cornes courtes^ semblables à celles de la Chèvre, caractères que l'on retrouve dans les variétés du Nord ei des montagnes (iles Shetland, Orkney, pays de Galles, tes Alpes^.

Les restes de Chevaux sont très-rares dans l'âge de pierre,

mais fréquents dpDs celui de bronze; ils appartiennent d^ailleurs à Tespèce actuelle. M. Rûtiineyer désigne sous le nom de Su* Jcrofapa/t«fri« l'espèce ou la variété la plus abondante (|iril croit pouvoir séparer du Sanglier et du Porc domestique actuel. 11 distingue parmi les ossements du genre Bos ceux du B. primigeniuSy du Bison europxus et des races, du Bœuf domestique. 11 y a comparativement peu de restes humain^*, et le plus grand nombre de ceux qu'on a rencontrés provenaient d'enfants sans doute tombés dans l'eau par accident. Dans les tombeaux de cet âge, les corps étaient placés assis, les genoux ramenés sous le menton et les mains croisées sur la poitrine.

Ainsi, à Texception des eoquilles et autres produits marins qui manquent nécessairement ici, la faune, dont les débris ont été retirés des lacs de la Suisse, s'accorde avec celle des* Kjôkkenmôddings. Dans Tune et l'autre se montrent TUrus, le Bison (Aurochs), rÉlan,leCeri commun et le Sanglier. Suivant quelques auteurs, l'Unis ou grand Bœuf fossile, aujourd'hui éteint, aurait seulement disparu vers le seizième siècle, si c'est celui que mentionne César. L'Aurochs se serait éloigné de l'Europe occidentale, car en Suisse on ne le vit plus après le diïième siècle. Il existait encore au douzième dans la forêt de Worms; en Prusse, le dernier fut tué en 1779, et Ton sait que, s'il n a pas été complètement délruit en Lithuanie, c'est seulement à cause des mesures administratives particulières et conservatrices dont il est l'objet. L'Élan s'est aussi retiré du reste de l'Europe ; le Bouquetin ne se rencontre plus que dans les massifs qui entourent le mont Iseran. L'extermination de rOurs comme celle du Bouquetin aurait commencé par l'Est, car il vit encore dans le Jura, TUnterwald et les parties sudest de la Suisse. Le Castor, au contraire, a disparu plus récemment, ainsi que le Cerf.

Les animaux des Piahibauten avaient commencé à vivre avec les Éléphants, les Rhinocéros, l'Ours et l'Hyène des cavernes, espèces aujourd'hui éteintes, et la plupart d'entre eux habitent encore les mêmes lieux. Cependant il ne peutrésulter de ces iaits aucune confusion géologique. Les phénomènes phy-

siques quaCernaires, et probablërneat ua laps de temps trèsconsidérable, séparent Tâge de pierre anté-historique de Tépoque où vivaient paisiblement, dans TEuropc centrale et occidentale, ïElephas primigeniuSy le Rhinoeeros UckorhànHê et les autres grands mammifères éteints, qui manquent dans les Pfahlbauten gussi bien que dans les Kjôkkenmôddings et les marais tourbeux du Danemark. Le Renne, aujourd'hui relégué dans le Nord, avait également disparu de TEurope occidentale à cette époque.

Quant à Tmicienncté relative probable de ces divers établissements, M. L. Rûtimeyer regarde la petite localité de Moossecdorf comme offrant le plus^incien, puis viendraient ceux de Wanwyl, de Wangen, de Meilen, et en troisième lieu les babi- ' tadions lacustres de la Suisse occidentale. nesie» Relativement aux restes de végétaux, des grains de froment

▼égéuux. ^°^ ^*® recueillis à Meilen, à Moosseedorf et à Wangen. L'Hordeum hezastichon (espèce cultivée par les Égyptiens, les Grec$ et les Romains) y a été rencontré. On a même découvert des espèces de pains ou galettes rondes, plates, de 0",! 0 à (Tji 5 dr diamètre sur 2 à 5 centimètres d'épaisseur. On a trouvé ûes grains qui avaient été grillés, broyés entre deux pierres, pui^ entassés dans des vs»es de terre, coutume qui existait encore aux îles Canaries lorsqu'elles furent découvertes. .Cependant, hormis la faucille, aucuh instrument aratoire n a été rencontré.

Des poires et surtout des pommes sauvages, entières ou coupées en 2 ou en 4, des noyaux de prunes sauvages ont été ol^ serves, mais aucune trace de l'existence de la Vigne, du Cerisier ni du Prunier de Damas n^a été constatée. Des graines de Framboisiers, du Mûrier, des noisettes et des faines ont été tn>uvées dans des vases ; de sorte qu'on peut conclure que les habitants de ces âges reculés se nourrissaient en Suisse de grains* de fruits, de poissons et de la chair des animaux sauvages ou domestiques et sans* doute aussi de lait.

Poteries. La potcric, très-grossière alors, n'est connue que par dr« fragmenti ou un petit nombre de vases entiers dont la cuisson

était fort imparfaite. Leur forme est souvent cylindrique, quelques-uns sont arrondis à la base ; on n'y remarque aucun ornement représentant des animaux, mais seulement des lignes droites ou courbes.

Plus récemment, M. F. Troyon a fait connaître le résultat des fouilles exécutées dans l'emplacement lacustre de Concise, sur le bord du lac deNeuchàtel (i), emplacement dont Tétendue était de 140 mètres de long sur 76 de large. Plus de 750 objets d'industrie de I^àge de pierre en ont été retirés sans aucune pièce de métal; celles de cette nature, trouwes en 18^9, pro- * venaient d*une detf extrémités de rétablissement et probablenjent d*habitations moins anciennes. L^auteur estime que le nombre des pièces retirées lors des dragages .exécutés pour le chemin de fer qui passe près de cet endroit n'est pas moindre de 2i 000, à en juger par les sommes qu'elles ont rapportées aux ouvriers attachés à ces travaux.

On a vu quels étaient les lacs ou avaient été découvertes des Ages

de

et de fer.

habitations de Tâge de pierre. Disons quelques mots de celles bronze de Tàge de bronze, quoiqu'elles puissent rentrer dans la période de Thistoire. Ces établissements existent dans les lacs de Genève, de Luissel, de Neuchàtel, de Morat, de Sienne et de Scmpach, c'e^t-à-dire dans la partie occidentale et le centre de ia Suisse; ils sont ordinairement situés*à une grande 4istance du rivage, dans des eaux plus profondes, et sont plus solidement construits. On y trouve des épées, des poignards, des liaches, des pointes de lance et de flèches, des couteaux, des épingles et des objets d'ornement toujours en bronze. Pour donner une idée de la quantité de ces objets, nous dirons que dans l'établissement d^Estevayer, sur la rive orientale du lac de Neuchàtel, on a recueilli 56 épingles à grosse tète spbérique et ornée, 92 à tête ordinaire, 26 couteaux, 15 bracelets, 27 petits anneaux, 2 boutons, etc. A Mérges, sur la rive nord du Léman, on a retiré 42 hachettes et 15 épingles; au Stein*

( I ) HouveUisU vaudoisy 51 dcc. itfdi .

berg, dans le lac de Sienne, 500 épingles à cheveux et divers ornements de la même forme que ceu\ recueillis dans d*autres parties de TËurope. Les épéés y sont aussi caractérisées par la la petitesse de la poignée. On a d'ailleurs acquis la certitude qu'on les fabriquait sur les lieux mêmes.

Les poteries, plus variées et plus soignées dans leur exécu* tion que celles de Tàge de pierre, étaient faites avec la roue. Des anneaux en terre cuite sont fréquents. Quant aux matières mêmes du bronze, le cuivre et Tétain, il fallait qu^elles fussent apportées par le commerce, puisqu'elles n'exi^nt point en Suisse.

Disparition Ccs Pfahibauten ont diminué graduellement en nombre, de- Ptaiiibauten. puis l'âge de pierre, où elles s'étendaient sur tous les lacs du pays, depuis Fâge de bronze, où elles étaient confinées dans la Suisse occidentale, jusqu'à celui du fer, où il n'en existait plus que dans les lacs de Sienne et de Neuchfttel. Pendant ce dernier âge, les formes des instruments et des armes étaient différentes ; la poignée des épées est plus large, plus ornée, les couteaux ont les bords droits, les faucilles sont plus grandes aussi ; les poteries, plus soignées, sont ornées de diverses couleurs,et le verre apparaît pour la première fois. Sous la domina- . tion romaine,, les babilations lacustres n'étaient plus que de^ exceptions, et elles durent disparaître tout à fait peu de tenip> après.

De ce qu'on ne trouve point dans lès Kjôkkenmôddings des restes d'animaux domestiques comme dans les Pfahibauten de la Suisse, il serait prématuré d'en conclure avec VL de Morlot qu'ils sont plus anciens que ceux-ci ; il n'y a pas, comme nous l'avons dit au commencement, nécessairement contemporanéité entre deux civilisations analogues et non*contemporanéîtc entre deux civilisations différentes.

Quant aux traces d'habitations lacustres de Vàge de pierre, signalées dans divers pays, elles sont jusqu'à présent beaucoup moins importantes ^que celles dont nous venons de parler. Elles sont purement locales, accidentelles, et nWfrent point ce caractère de généralité qui, en Suisse, con^-

DABITATIONS LACUSTRES. 445

tuait tout un système de constructions contemporaines, propre au pays.

Les crannoges dlriande sont des iles artificielles, composées iriude. de pierres et de terre, soutenues par de nombreux pilotis, et qui servaient en même temps de forteresses. On y a trouvé une prodigieuse quantité d* ossements qui ont été exploités et employés comme engrais. Leur origine remonte certainement i l'âge de pierre ; mais, ayant été habités et modifiés par les populations de tous les âges jusqu'au dix-septième siècle, les restes des civilisations qui s'y sont succédé s*y trouvent mélangés. M. Wilde a publié un ouvrage spécial sur ce sujet en 1856.

En Angleterre, dans le comté de Norfolk, à six milles au nord Angteterra. de Thetfort, on a trouvé, dans un bassin tourbeux, des produits de rindustrie de Tâge de pierre, des pieux nombreux plantés verticalement, dont l'extrémité supérieure était taillée en pointe, le tout paraissant provenir d'un ancien établissement lacustre. Des indications de constructions analogues ont encore été données sur divers points du Hanovre et de la Hollande.

Des traces de Tàge de pierre ont été signalées par MM. Gar- France. rigou et Filhol dans les cavernes de la vallée de Tarascon (Ariége) (1), particulièrement dans celles de Pradières, de Bedeillac, de Sabart, de Niaux, d'Ussat et de Fontanet. Dans la terre qui en constitue le sol on a rencontré, à une certaine profondeur, des restes de foyer, des cendres, du charbon, des os d^animaux cassés et fendus pour en extraire la moelle, d'autres calcinés, des amas à^Helix nemoralis ayant dû servir à la nourriture des habitants, des objets divers travaillés en os de Bœuf, de Mouton, etc., tels que des poinçons, des pointes de flèches et de lances, des fragments de silex, des schistes siliceux taillés en grattoirs, et d'autres usés en forme de coûteux, des bâches en leptynite et en serpentine, des meules piquées comme celles de nos moulins, en granité, en syénite et de diverses grandeurs, des fragments de quartzite taillés, enfin de

(i) Comptes rendus de l'Académie des sciences, vol. LVn. p. 859; 18^3.

nombreux débris de poteries grossières, dans la pâte desqudles on reconnaît les grains de quartz, les paillettes de mica, etc* Les animaux dont les ossements ont été déterminés sont le Ceivus elaphuBj deux Bœufs, un Mouton, une Chèvre, une Antilope, un Chamois, un Bouquetin? le Sus scrofa et un autre plus petit, domestiqué, le Cheval? le Loup, le Chien, le Renard, le Blaireau, le Lièvre et deux oiseaux.

De ces faits les auteurs concluent ce qu'il y a en dans cette « partie des Pyrénées, et sans doute aussi dans le reste de la a chaîne, une population anté- historique dont les moeurs et le a degré de civilisation étaient semblables à celles des populations c< de Tâgc de pierre, en Suisse. Ces peuples habitaient rentrée « des cavernes les plus saines et les plus spacieuses, se nour- « rissaient de la chair des animaux qui abondaient dans le a pays, faisant des armes de leurs os les plus résistants, ainsi tf que des roches 1^ plus dures. Ils cultivèrent probablenieot « le froment, comme leurs frères de la Suisse, et c'est a sa « trituration qu'étaient sans doute destinées les nombreuses a meules que nous avons découvertes. Les métaux leur furent <c inconnus. »

halte. L'usage des habitations lacustres n'était pas moins répandu

en Italie qu'en Suisse. M. Gastaldi (i) a publié les découvertes de ce genre faites dans les tourbières, marlUres ou mar^ mères de Morcurago, près d'Arona, où se trouvent des instruments de4'âge de pierre ; les poteries de Castellazso di Fontauellato, dans le duché de Parme, d'EnzoIa et de quelques autres locaUtés sont surtout très-curieuses. M. Keller (2) en a signalé dans le lac de Garde, près de Peschiera ; M. de Mortillet (3) dans le lac de Varèse, d'après M. Desor. Dans l'Italie centrale , los

(1) iV^ot'i cenni sugli oggetli di ait a antichilà irovaii neUe iarbierr f nelle marniere delV Italia, in-4 avec 6 pi. Turin, 1862. — Voyci aussi: Cenni su alcune armi di pielra e di branzo travate nelT ImoU$t, etc. (Aui délia Società iiaL di science naturali, vol. III, p. il; 1861.) -

(2) Beticht Uber der PfahlbofUen. Zurich, 1863.

(3) Vlialîa, 6 mai 1863. — Revut scientifique italiennep 1** p. 19' 18G5.

DABlTilTIONS LACUSTRES. Ml

recberche& de M. Pellegrîno Strofa^I et de M. L. Pigorini (i) ont beaucoup contribué à faire connaître les restes d'habitations et les objets d'industrie primitive de l'Emilie et du Parmesan. M. Scarabelli (2) a trouvé aux environs d'Imola des bouts de lances et de flèches en silex et des haches en diorite ou en diaspro n<rir ; M. Forel (5); des instrument» en silex avec des ossementsde Cerfs, Chevreuils, Brebis, Bœufs, Chevaux, Cochons, Loups, Chats, des coquilles et du charbon dans les cavernes de Menton ; H. Capeliini (4), une flèche en diaspro de la Spezia.

Les terremare^ disent MM. Strobel et Pigorini, sont des accumulations naturelles ou artificielles de terres plus ou moins marneuses contenant des cendres, du charbon, des débris d'animaux et de végétaux, avec des armes, des ustensiles d^une haute antiquité. Les palafiUe sont des constructions sur pilotis analogues à celles de la Suisse. Ce sont surtout les fouilles exécutées par M. Strobel dans l'ancien établissement de Castione, près Borgo San Donnino, qui ont apporté la plus grande quantité d'objets intéressants et ont donné lieu à des publications accompagnées de planches, auxquelles nous ne pouvons que renvoyer le lecteur.

Jusqu'à présent, il rie semble pas cependant que ces anciennes habitations au pied sud des Alpes aient jamais offert un développement aussi considérable qu'au nord, ni suggéré aux archéologues des distinctions d'âges ou chronologiques aussi tranchées. Nous devons donc nous borner à ces indications, en attendant que le zèle et la science bien connus des personnes

{\) Le lerremare ddV Emilia, Prima relaiione, in Nuovi cenni, etc., vid. suprà. — DieTerramara-lager der Emilia, Erster Bcricht, in-4. Zurich/ 1863. — Avanzi preromani raccoUi ncUe lerremare e palafilte deW Emilia. Fascicolo i*. avec 4 pi., in-8. Parme, 1863. — Letlera scritlaal Sign, Rabbeno, direttore délia Ga%zêtta di Parma, 10 août 1863.— PalafiUa di Castione; Gaxzelta di Parma, n*" 23i, 235; 1863. — L. Pigorini, Terramara di Casaroldo in Samboseto, Ib., n* 277.

(2) Anuali délie scienze nat. di Bolognaf 1850.

(3) Ifolice sur les instruments en silex, etc., in'8. Lausanne, no- Tcmbn» 1860.

(i) Le scheggie di diaspro dei monti délia Spezi%, in-8. Bologne, 1863.

qai s'occupent de ces recherches soient panreniîs à des résultat» plus précis.

§ 6« OttvrAgM CB lerM ûit l'Amérique an Mord.

Si nous poursuivons actuellement ces études dans le nord de rAmérique, nous verrons combien sont différents les travaux exécutés par les premiers peuples qui ont habité le bassin du Mississipi, combien les traces de ces premiers établissements humains, dans ce que nous appelons le nouveau monde, ditlerent de ce que nous venons de décrire dans une partie de l'ancien; néanmoins, nous n'avons encore aucune preuve de ta conteraporanéité des uns et des autres;^ mais nous voyons qu'ils ont cela de commun d^étre antérieurs à toute tradition historique, à toute reproduction de la pensée par des signes conventionnels et postérieurs aux derniers phénomènes quaternaires.

obserTations Nous cxtrairous d'abord du grand travail de M. S. F. Haven^ sur l'archéologie des États-Unis (l), quelques généralités siir ce sujet, et nous donnerons ensuite des détails plus circonstanciés puisés dans l'ouvrage spécial de MM. Squier et Davis. Les monuments les plus anciens et caractéristiques de Tindustrie humaine aux États-Unis sont des constructions ou plutôt des ouvrages en terre, plus ou moins élevés, plus ou moins étendus, de formes très-diverses, et souvent bordés en dehors par un fossé. Ils manquent dans les États qui longeai KAtlantique au nord-est ; à peine quelques exemples peu importants et d'une ancienneté douteuse s'observent-ils dans le Maine et le New-Hamsphire; dans TÊtat de New-York, ils commencent à être plus nombreux, surtout vers l'ouest ; au delà des Al-

(i) Arcliseology ofthe United States or sketches histohcal and Inbiio^ graph., etc., ofantiquityin the V, States: Smithsonian conlrUmtkmi tor knowledge^ 1855.

générales.

leghanies et à lest du Mississipi , ils s'étendent depuis les bords des grands lacs, au nord, jusqu'aux plages du golfe du Mexique, au sud. Ils existent en plus ou moins grand nombre dans les parties méridionales, vers TAllantique^ remontent Jusque dans les Carolines, et sont connus sur la péninsule de la Floride. A l'ouest du Mississipi, on en a constaté jusqu'à 1,300 milles de son embouchure, et il y en a le long de la Kansas et de la rivière Platte. On n'en cite point au Texas, au Nouveau-Mexique, le long du pied oriental des Montagnes-Rocheuses, ni sur les deux rives du Missouri.

M. Haven rapporte quelques faits qui tendraient à prouver conuonporala contemporanéité de Thomme avec certaines espèces de "^^^^

den grands mammifères éteints; mais si cette contemporanéité ^^^

, 111 • !♦ • • 1 • * 11 '^® espèces

n est pas absolue, du moms 1 extinction de ceux-ci- parait-elle perdae»? avoir été très-rapprochée de l'arrivée des premiers hommes dans le pays. On sait qu'au Brésil l'association d'os humains avec ceux d'espèces perdues, signalée par M. Lunci dans les ca' vernes, a été attribuée à une circonstance locale. Aux États- Unis, les exemples cités sont d*une autre sorte.

Nous avons déjà dit, en traitant de l'histoire de la paléontologie (Première partie, p. 21 6), que les restes de Megatherium et de Mastodonte se rencontraient presqu'à la surface du sol, et ne montraient aucune preuve qu'ils eussent été transportés ni roulés par des eaux torrentielles ; que de l'estomac d'un Mastodonte trouvé dans un petit marais du comté de Warren (New -Jersey), on avait retiré sept boisseaux de substances végétales dont il s'était nourri, et qui provenaient du Cèdre blanc, qui végète encore sur les lieux; que les os d'un squelette presque entier, provenant deNewbury (New-York), contenaient encore presque toute leur gélatine; qu un Megatherium déterré lors du creusement du canal de Brunswick était tellement près de la surface que les racines des Pins se prolongaient parmi les os ; enfin que toutes les coquilles fluviatiles et terrestres recueillies non-seulement avec les ossements, mais encore au-dessous d'eux, sont celles qui vivent aujourd'hui dans le pays, de sorte que ces divers motifs tendraient à prouver que les conditions du climat n'a-

valent pas sensiblement changé depuis que ces grands maminh Icres habitaient la contrée.

M. Ilaven rappelle que l'on a signalé dans le comté de Ga»connade (Missouri) un Mastodonte que l'on supposait avoir été tué à coups de pierres par les Indiens et en partie consume par le feu. Il y avait auprès, avec des os et des bois brâlc5, des haches, des couteaux et des pointes d'armes en pierre. Les cendres et les charbons, en plus grande 'quantité sur la tête et le cou de l'animal, semblaient prouver que le feu y avait été entretenu plus longtemps. Par la position du squelette, on pouvait présumer que le Mastodonte s'était enfoncé dans la vase par son train de derrière, que, n'ayant pu s'en retirer, il était tombé sur le côté droit, et que c'est dans cette situation que Ife indigènes l'auraient tué. Entre les pierres et les iceadres, on trouva de grands lambeaux de peau ressemblant à celles qui ont été récemment tannées et beaucoup de petite» fragments de parties molles (nerfs, artères) de la grandeur de la main qui ont été recueillis et conservés dans Talcool (i).

Mais peut-être n'y a-t-H ici qu'un de ces exemples quo nous avons cités et auquel Timaginatiori du voyageur aum ajouté quelques circonstances pour lui donner pins d'intérêt. Nous avons dit, en effet {Premièi^e partie^ p. 216), que dans certains marais on avait trouvé des squelettes entiers de Mastodontes, debout, ensevelis dans la vase; or on conçoit qu'il aura suffi de rencontrer un de ces squelettes ^ans la position indiquée, avec quelques pierres dans son voisinage, et même des traces de feu et de la présence de l'homme, pour en conclure une contemporànéité que les faits ne suffisent pas à démontrer.

De son côté, M. Eichwald (2) rapporte, sans citer la sourct* où il l'a puisé, un autre faït que voici : A l'embouchure de la rivière Pomme-de-Terre ', affiuent du Mississipi, on a trouvé dans un dépôt d'alluvion un «squelette entier de Wa>-

(1) Amer, Journal de Silliman.vol XXXVI, p. 199.

(2) Lelhœa rossica, p. 352.

todonie et tout près quelques pointes de flèches en silex de la forme de celles qu'emploient les Indiens actuels, quoique beaucoup plus grandes. L'une de ces flèches était placée audessous de Fos du bassin sur lequel elle avait laissé des traces. L'auteur suppose que Tanimal aura été tué à la chasse par les naturels. Il était recouvert d'un dépôt de transport de 1 mètre à i^y^b d'épaisseur, renfermant beaucoup de végétaux des tropiques (Cyprès, Cannes, Strelitziaj Palmiers, etc.), puis venaient au-dessus une argile de diverses couleurs et des couches très-modernes remplies de feuilles de Chêne, de Saule et d'autres arbres de la flore de nos jours, « ce qui {)rouve, dit « l'auteur, que le Mastodonte habitait encore l'Amérique a septentrionale pendant les temps historiques. » Il y a dans ces faits comme dans la conclusion des contradiction» trop évidentes avec ce que l'on sait d'autre part, pour qu'on ait besoin de les faire ressortir.

M.Ie colonel Smith, dans son Histoire naturelle derhomme(l), dit aussi qu'au Brésil les os de Megatherium se rencontrent à la surface du sol, ayant l'apparence dos tout à fait récents (in a reeenl state), et, ajoute-t-il, peut-on concevoir qu'ils aient ainsi résisté à la destruction, exposés pendant quatre ou cinq mille ans à l'action du soleil et des pluies tropicales? Les indigènes se servent des os du bassin de ces grands animaux pour établir leurs foyers temporaires.

Dans l'Amérique du Nord, les légendes ou traditions des naturels font mention de grands mammifères qui auraient disparu, tels que le grand Elan ou Buffalo, le Mastodonte appelé le Père aux Bœufs^ et d'autres détails fournis par les Indiens se rapporteraient au Megalonyx.

Dans la Nouvelle-Zélande, nous savons aussi, d'après' M. J.Haast, que desinstruments en pierre indiquent l'existence d'une population primitive antérieure aux Maories actuels.

Quoi qu'il en soit de ces divers exemples, il n'y a pas encore, dans le nouveau monde plus que dans l'ancien, de preuves

(1) NaL Hist. of the human species, p. i04.

irrécusables de la contemporanéité des espèces de grands auimaux éteints avec l'espèce humaine postérieurement aux phénomènes de répoque quaternaire. Nous rechercherons plus lard si cette contemporanéité a eu lieu auparavant, mais nous avons dû rappeler ce qui avait été dit à ce sujet avant de nous occuper plus particulièrement des ouvrages en terre auxquels nous revenons actuellement en prenant pour guide le grand et important mémoire de MM. E. G. Squier et E. U. Davis sur les anciens monuments de la vallée du Mississipi (i). Rechercbcs Après avoir jeté un coup d*œil sur les recherches qui ont B. I^.^ûicr précédé les leurs, MM. Squier et Davis font remarquer que les » » 1^ . anciens monuments de l'ouest des États-Unis consistent pour

E. H. Davis. , .w . .

— la plupart en élévations et en ouvrages en terre et en pierre, *gé<>^' exécutés avec une grande dépense de travail, et avec un but g»pJ"q"«. déterminé. On y trouve aussi réunis divers objets qui ont servi d'ornements, d^armes , d'instruments ou ustensiles de loule sorte, quelques-uns en métal, mais le plus grand nombre en pierre. Ces ouvrages sont répartis dans le bassin entrer du Mississipi et de ses nombreux affluents, puis sur les plaines fertiles qui bordent le golfe du Mexique. On connaît, en outre, une multitude de petits tumulus sur le territoire de l'Orégon ; il y en a sur le Rio Gila de la Californie, sur les tributaires du Colorado de Touest, mais il reste à décider s'ils sont semblables à ceux du Mississipi et s'ils ont la même origine.

On observe particulièrement ces travaux en terre dans les vallées des rivières et des grands ruisseaux, rarement très-loin des cours d'eau ; quelquefois ils se trouvent sur les collines ou dans des pays accidentés, mais ils sont alors peu fréquents et toujours de petites dimensions.

Malgré leurs analogies, qui témoignent d'une origine commune, ils peuvent être considérés, relativement à certains caractères, comme répartis dans trois régions géographiques, où iU

(l) Àncient mmumenls of the Mississipi valley, etc., avec 48 pi. %< 207 dessins insérés dans le tcxlc. (Smithsonian contributions to Knovr- Udge,yoll 1848.)

OUVRAGES S!l TERRE DB LâlTÉRliiCE bC 50RD. i53

se monCrent très-di(lereots, mais dont les limiles n*onl rien d'absolumeat tranché, car ils passent gradueikment de Tune à l'autre.

Dans la région qui borde les grands lacs, à une certaine distance, dans les États de IGchigan, d'lova,dn Missouri et surtout dans celui du Visconsin, les monuments en terre affectent une série de formes singulières et n'offrant qu*une ressemUance éloignée avec ce que Ton voit ailleurs. Le plus grand nombre sont des représentations grossières de quadrupèdes, d oiseaux, de reptiles et même d'hommes, de dimensions gigantesques, et semblables à d'inmienses et informes bas-rdieis qiars ou couchés a la sur£aKX du pap. Souvent ils sont disposés en longues rangées; ils constituent aussi des monticules {nunmds) ou turoulus, et des lignes de fintifications formant des enceintes. CesefBgies d*aniniaux sont surtout nombreuses dans le Vîsconsin, le long de la rivière de ce nom et de la rivière Rock. Uans l'iowa et le Michigan elles sont alignées comme les bâtiments d'une ville moderne, et occupent une surface de plusieurs acres (l).

Plus au sud, dans le bassin de TOhio, les anciens travaux en terre sont plus grands et mieux caractérisés ; il y a peu de formes d'animaux, et ils semblent avoir été élevés sur des principes différents et pour un objet également différent des précédents. Il y a beaucoup de monticules coniques ou pyramidaux, parfois de très-grandes dimensions. Les pyramides sont toujours tronquées au sommet et les laces sont taillées en gradins. De nombreuses clôtures ou enceintes en terre ou en pierre sont en relation avec ces tumulus. Ce sont de beaucoup les travaux les plus remarquables qu'aient laissés les peuplades aborigènes et ceux qui donnent la plus haute idée du nombre et de la puissance des habitants qui les ont construits.

Plus au sud encore, dans les États qui bordent le golfe du Mexique, les buttes, les monticules ou tumulus augmentent de grandeur, sinon en quantité, et leurs formes sont plus régu-

(1) L*ucre anglais éqoitanl â -40 2re%.

Nombre

des ouvrages en terre.

formai

et

dimen»ioii>.

lières. Les formes coniques deviennent comparativement rares, celles qui sont en pyramides tronquées et garnies de gradins pour atteindre le sommet, comme les Téocallis du Mexique, sont plus fréquentes et aflectent une certaine dépendance dans la position qu'elles occupent les unes par rapport aux autrei^. Les enceintes, au contraire, diminuent de dimension ; elles^ sont moins nombreuses etperdentbeaucoupducaractère qu'elles avaientau nord, tout en conservant' néanmoins une re&semblance générale. Ici on commence à trouver des restes de briques dans les monticules et les murs de clôture.

Le nombrp de ces constructions en terre est si considérable qu'on les avait attribuées, sinon toutes, au moins pour la plu:^ grande partie, à des causes naturelles, à des résultats d*actioD> diluviennes, modifiés pcut-éire ensuiteparriiomme, maisllaul^ aucun caà n'hélant dus à lui seul. Cependant cette opinion n'a pu se maintenir après un examen attentif de la conqiosîtion, de la structure, de la forme de ces ouvrages et des divers o^iet< qu'on y « trouvés.

Si Ton prend pour exemple, avec MM. Squier et Davis, U vallée de la rivière Scioto, aux environs de Chillicothe (Ohiou on y voit les clôtures en terre de diverses formes géométriques^ régulières ou non, telles que le cercle, le carré, le demi-cercl**, le trèfle, etc., entourant un plus ou moins grand nombre de monticules ou buttes {mounds). Dans le comté de Boss (Ohiot on ne compte pas moins de 100 enceintes de diverses grandeurs et 500 tumulus» Dans tout cet État il y a environ iO^OOf» tumulus et 1000 à 1500 enceintes* Quelques-unes de ces dernières ont jusqu'à 3 milles et demi de tour.

Ces ouvrages ne sont guère moins répandus sur la Kenhawa^ en Virginie, que sur la Scioto, sur les bordsi de la Miamie^ La White-river , le Wabash, le Kentucky, Je Cumberland, k* Tennessee et les autres tributaires de TOhio et du Mississipi.

Quant à leurs dimensions, elles sont aussi remarquables qua^ leur nombre. Certaines lignes d'enceinte ont de 1 mètre 5U à 10 mètres de hauteur, circonscrivant des espaces de 1 à 54^ acres. Ce sont les plus communs. Ceux de 100 à 200 acte^i.

iont moins fréquents. On eite des enceintes comprenant des espaces de 400 et même de 600 acres de superficie. II n*y L pas d'ailleurs toujours de rapport entre l'espace entouré et la grandeur ou l'importance des travaux exécutés autour.

Les tumulus (mounds) sont de toutes les dimensions, depuis 1°*, 50 de hauteur sur quelques mètres de diamètre jusqu'à 21 mètres sur 100, comme celui qui est à l'embouchure du Sraye-Creek (Virginie). Le tumulus de Miamisburgh (comté de Montgomery, Ohio) a 20 mètres de haut et 260 mètres de circonférence à la base. La pyramide de Cahokia (Illinois) a S?*", 56 de hauteur et 600 mètres de circonférence. Son bomnact a plusieurs acres de surface., Le grand monticule de Selserstown (Mississipi) occupe une surface de 6 acres ou près de deux hectares et demi. Les ouvrages de cette dimension sont plus fréquents dans la région sud, quoiqu'il y en ait aussi c|uclques-uns au nord. Les plus communs ont de 2à 10 mètres de hauteur sur 12 à 50 de diamètre à la base.

Toutes ces constructions sont en terre ou en pierre^ et quel- . quefois les deux sortes de matériaux ont été employées dans le même ouvrage. Lorsqu'il n'y a' point de fossé intérieur on extérieur qui ait fourni les matériaux du terrassement, on remarque dans le voisinage les anciens trous d'où la terre a été tirée. Quelquefois cependant elle a été apportée de loin.

La plus grande partie de ces enceintes présente des formes régulières, parmi lesquelles le carré prédomine ainsi que le cercle. Il y a des parallélogrammes , quelques ellipses, des polygones réguliers et irréguliers^

Les travaux réguliers sont presque invariablement placés sur Emles terrasses de niveau qui bordent les rivières. Les travaux i"*»^*"®"'* irréguliers ont particulièrement le caractère de lignes de défense,* se conformant aux accidents du sol et suivant les contours de la crête des collines. Les carrés et les cercles sont souvent combinés de diverses manières. Les lignes détachées parallèles sont également fréquentes. On observe en outre des chaussées et des gradins descendant aux rivières, aux courants ou allant <l*une terrasse à l'siutre.

Les plus grands et les plus singuliers de ces ouvrages se trouvent dans les vallées les plus ouvertes et les plus fertiles. Les points choisis par les Européens dans le dernier siècle et dans celui-ci pour rétablissement des villes, des bourgs et des villages sont souvent ceux qu'avaient aussi préférés les premiers habitants du pays. Ainsi Marietta, Newark, Portsmouth, Chillicothe, Circleville et Cincinnati (Ohio),Franquefort (KentuckvK Saint-Louis (Missouri) sont des centres dé populations actuelles qui Tétaient déjà lorsque florissait la race mystérieuse de< - tumulus.

i>e8UDtiioii. Les monuments des aborigènes de la vallée duHtssissipi, soit en terre, soit en pierre, sont des enceintes bordées de parapets de circonvallation ou de murs. On y distingue les enceintes de défense, les enceintes sacrées, les tumulus des sacriGces, le; tumulus dos temples, ceux des sépultures, etc. , danç le^squels onl été trouvés de nombreux restes d'industrie, tels que poteries, ustensiles et outils, armes et objets d'ornements en pierre, eu os, en métal, des ossements humains, etc. MM. Squier et Davij étudient successivement ces divers sujets, dont ils donnent ii nombreux dessins, des plans et des descriptions détaillées Nous citerons comme exemples un tumulus destiné aux sarni fices et un autre qui avait servi de sépulture.

Les autels ou monticules qui servaient aux sacriBces se irm^ vent presque toujours dans les enceintes ou à une faible di^taiicr Les matériaux qui les constituent sont stratifiés ou ont ëi disposés par couches. Ils contiennent dans leur intérieur oa I leur ba^e des autels de forme symétrique, en argile cuite ou pierre, sur lesquels sont déposés des débris qui ont loujv conservé les traces du feu. La disposition stratifiée des maléri de ces ouvrages les distingue de tous les autres. Les cout ne sont jamais horizontales, au moins dans les tumulus à aul du nord et du centre, mais courbées parallèlement aux surfj ' extérieures, ce qui dénote suffisamment leur origine ari cielle.

Les bassins trouvés dans l'intérieur sont de formes divers arrondis, elliptiques, carrés, en parallélogramme, elc. Il \ d

OUVRAGES EN TERRE DE L'AMÉRIQUE DU NORD. 457 de 0°*, 60 de large seulement, d'autres ont i 5 mètres de long sur 5 ou 4 de large. Leurs dimensions les plus ordinaires sontdel", 50à2", 80.

La coupe d'un de ces tumulus de sacrifice, de 2*", 25 de haut, a présenté \en détails suivants : 7 ou 8 couches super* posées et arquées régulièrement étaient de haut en bas composées successivement de gravier, de sable et de cailloux, de sable fin, déterre, de sable et de terre recouvrant un bassin en argile cuite de S"* de diamètre à la base et de 1"*, 60 à sa pailie supérieure, déprimé en forme de coupe et contenant des cendres sèches, fines, mélangées de fragments de poterie d une forme élégante. Sur les cendres était un lit de feuilles de mica. Au-dessus et au milieu du bassin des os humains en partie brûlés, circonstance particulière qui ne s'est présentée qu'une fois.

On trouve fréquemment, au contraire, des restes humains, même des squelettes entiers, des populations actuelles, qui ont été ensevelis plus ou moins profondément dans les tumulus anciens ; mais les restes reconnaissables des populations contemporaines de ces travaux sont extrêmement rares. Loirsqu'on atteint le centre des tumulus qui ont servi de sépulture, on rencontre les ossements écrasés ou tombant en poussière au moindre contact. Le seul exemple d'un crâne un peu complet et incontestablement de la race contemporaine des monuments a été observé dans un tumulus situé au sommet d'une colline qui domine la vallée du Scioto, à 4 milles au-dessous de Chillicothe. Le monticule, de 2°*,50 de hauteur sur 15 de diamètre à la base, était formé d'une couche d'argile dure, jaune, recouvrant un amas de pierres disposé en dôme, et au ^mmet duquel' était une large plaque de mica ; au-dessous et au centre se trouvait un dépôt charbonneux, de terre cuite et de petites pierres entourant quelques os et un crâne assez bien conservé. Le caractère le plus remarquable de celui-ci était sa forme arrondie. Son diamètre vertical était de 6 pouces 2 lignes, le diamètre longitudinal de*6 pouces 5 lignes, et la dislance entre les pariétaux de 6 pouces. Ce seraient, suivant M. Norton, les caractères du

45g OUVRAGES EN TERRE DB L*AU£RIQUE DU NORD.

I type de la race américaine, particulièrement de la fiuniUe des

Toltèques, et dont la tète des Péruviens est le modèle^ MAaux ^^ cuivre a été le métal le plus anciennement employé par oMets ^^^ populations primitives de rAmérique du Nord; Targent

d'industrie. qu*on y trouve et ses autres caractères prouvent qu^il provient des mines si riches encore des bords du lac Supérieur. Le minerai n'était point d'ailleurs fondu, mais battu à froid*

Les poteries trouvées daas ces ouvrages sont très-perfeclîon> nées, et, quant aux armes eu {Herre, on remarquera «pie celles (|ui ont été recuillies en Asie, en Europe et en Amérique sont tellement semblables par la forme et le genre de travail, qu*oo poin*rait les regarder toutes comme l'ouvrage d'un seul et même peuple.

f'tipuiaiions MM. Squier et Davis résument ensuite leurs nombreuses re-

aiiorigèncs. ^;|^gj.çjjgg ^^ terminent leur travail par les considérations suivantes : Ces travaui sont, disent-ils, la preuve de l'existcncr d'une population nombreuse et agricole. Les înstrumetils ea pierre, en bois, en os et en cuivre qui nous restent n^ont ce> pendant pu être que de faibles moyens pour les construdeurs, qui ont dû principalement se servir de leurs mains et de ressources étrangères bien peu puissantes pour creuser le sol ei accumuler jusqu'à 20 millions de pieds cubes de matériaui comme ceux qui^oonstituent, par exemple, le seul tumnlos âr Cahokia. Ces ouvrages sont, en outre, presque exclusiranent confinés aux vallées fertiles, aux plaines alluviales productivcN des bords des lacs et du golfe du Mexique, là où la culture du sol était le plus avantageuse. Aussi les auteurs voient-ils dan« ces travaux, comme dans les objets d'industrie, les poterii*»« les armes et une culture supposée assez avancée, la preuve que ces populations auraient eu des lois, des coutumes et une r^ ligion.

AncienneK^. Maintenant, quelle peut être l'ancienneté relative de

nombreux travaux? sont-ils tous contemporains? ou bien pou^ i*ait-on y découvrir une certaine succession? tous ces aionu« nients, qui occupent de si vastes surfaces, soni-iU l'œuvii d'une seule race ; sont-ils le résultat d'une seule pensée, d

OUVRAGES EN TERRE DE L^AMÉRIQUE DU NORD. 4l>0

svu\e impulsion, d'une seule coutume? A cet égard, les auteurs ne nous paraissent pas coneevoir le moindre doute ; ils ^ont pour l'aflirniative.

Cependant il sera permis, à la distance où nous sonmies des lieux et des temps, de ne pas aToir une certitude aussi complète, si Ton songe surtout qu'à Pépoque des recherches de MM. Squier et Dam, l'idée, qu'il y avait eu une certaine succession dans les peuplades qui avaient habité un pays avant toute tradition historique, n'était pas encore répandue parmi les archéologues. Lorsque Ton compare les produits de l'industrie humaine dans cette partie du monde, on reconnaît qu'il y eh a qui sont certainement plus récents que d'autres, et les poteries à contours réguliers ornées de dessins symétriques ne peuvent pas provenir du premier état sauvage de ces populations. Il faut que la civilisation, quelque imparfaite qu'elle ait été, qui a tracé et construit ces travaux dont les formes sont géométriquement exactes, ait été précédée d'un état beaucoup plus barbare où n'existaient encore aucune des notions nécessaires pour les exécuter. Nous sommes donc porté à regarder les populations qui occupaient alors le bassin du Mississipi comme étant déjà loin de l'homme primitif, ou bien il y aurait dans les divers faits obsenés une succession ou une chronologie qui n'a été ni distinguée ni caractérisée.

11 faut remarquer, d'un autre côté, que, malgré tout ce développement de force, d'industrie, d'intelligence appliquée et de civilisation supposée par MM. Squier et Davis, on ne voit encore cités, parmi les objets trouvés dans ces ouvrages si nombreux et dont plusieurs des plus remarquables ont été fouillés en tout sens, aucune médaille, aucune monnaie de métal, aucune inscription sur la pierre, symbolique ou autre, aucune manifestation de la pensée traduite par des signes quelconques et transmise de générations en générations. Bien plus, on ne mentionne pas de restes caractérisés des habitations de ces peuples ; aucune des constructions qui les abritaient n'a survécu, n'a résisté à l'action du temps; on ne signale pas une pierre, pas une brique, pas un morceau de bois qui provienne

évidemment de leurs maisons, dont la forme, les dimensionsy les caractères et les matériaux nous sont complétemeni inconnus. Ainsi, rien n'est resté pour nous guider à cet égard dans la profondeur des temps où vivaient ces peuplades, dont tout ce qui pouvait se détruire a disparu.

Moyen» Non-sculcment rhistoire est muette envers eux comme pour ^m" les établissements de l'Europe, mais encore les données arancienncté. chéologiqués, commc on le voit, ne peuvent nous fournir, jusqu'à présent du moins,, de chronomètre de quelque valeur. De ce que ces travaux et les divers iobjets qu'on y a trouvés semblent indiqiier une civilisation plus aTancée que celle qui a construit les habitations lacustres de la Suisse et accumulé les Kjôkkenmôddings du Danemark, ce n'est point, comme on Ta dit, un motif suffisant pour les rapporter à une époque moin; ancienne.

Cherchons donc si, par Texamen des phénomènes naturels, il ne serait pas possible de suppléer au silence des traditions et à Tabsence de tout document écrit.

MM. Squier et Davis font remarquer qu'aucun des anciens monuments dont on vient de parler ne se trouve sur la terrasse la plus récente des diverses vallées du bassin de TOhio, el «i les terrasses marquent l'abaissement successif du niveau des rivières, celle-ci, qui est la quatrième, s'est formée depuis que ces cours d'eau suivent leur lit actuel. Or on ne voit pas pourquoi les habitants n'auraient pas construit ces ouvrages Mir cette dernière aussi bien que sur les trois autres, et, s'il y en avait eu, pourquoi on n'en retrouverait pas les traces.

Si Ton suppose, par exemple, que la terrasse infmeure dr la rivière Scioto ait été formée depuis l'âge des moniunents en terre, on peut admettre que le pouvoir d'excavation des rivières de l'ouest diminue dans le temps à mesure que le pays environnant s'approche davantage du niveau général. Sur le llî»sissipi inférieur, où seulement les anciens travaux sont qut4quefois envahis par l'eau, le lit du torrent s'élève par les «édi* ments apportés des régions supérieures, où l'excavation m produit. Cette puissance d'érosion est d'ailleurs inverse do canv

de la profondeur, c'esl-à-dire qu'elle diminue comme le carré de la profondeur s'accroît; par conséquent la dernière terrasse, due à l'action des mêmes causes, doit avoir exigé pour sa formation, toutes choses égales d'ailleurs, plus de temps que chacune des trois autres. Ainsi le temps depuis lequel les rivières suivent leurs directions actuelles semble pouvoir être divisé en autant de périodes qu'il y a de terrasses. Ces périodes auraient été d'inégales longiieurs, et la dernière, celle que Fou Suppose formée depuis que vivaient les populations qui ont construit les ouvrages en terre, est aujourd'hui la plus basse, et ferait remonter ces constructions à une haute antiquité, si Ton en juge par la marche actuelle des choses.

Maïs un fait d'où Ton peut tirer peut-être une conclusion plus directe, c'est que ces travaux sont aujourd'hui recouverts de forêts qu'il est impossible de distinguer de celles qui les entourent, sur des points où il n'est pas probable qu'aucun défrichement ait été fait, et qui ont par* conséquent tous les caractères des forêts que Ton peut supposer être primitives, comme si la nature s'était plu à voiler elle-même toutes les traces de ces peuples sans nom.

Ici nous ne trouvons rien de comparable à ces flores forestières qui, dans le nord de l'Europe, succédant à l'âge de pierre, semblaient y accompagner chaque âge des premières civilisations humaines. En Amérique, la nature reste uniforme : les arbres des forêts se succèdent sans modifier leurs essences; ceux qui recouvrent les travaux des hommes ne diffèrent point de ceux qui les avaient précédés; l'^apparition de ces races perdues n'a été qu'un accident momentané après lequel la même végétation a repris tout son empire.

Quelques-uns des arbres de ces forêts qui couvrent les monuments ont une ancienneté certaine de 600 à 800 ans, et si Von accorde un temps convenable pour le développement général de ces mêmes forets, après que ces ouvrages^ eurent été abandonnes par ceux qui les avaient élevés, et pour la période sans doute fort longue qui a dû s'écouler entre cet abandon et la date de leur construction, nous nous trouvons reportés en-

462 RÉFLEXIONS fiÉMÊRALES

core, comme par Vautre moyen d'évaluation, à une très-grande ancienneté.

Non-seulement les forêts qui ont succédé à ces jiopulations sur les lieux mêmes qu*elles occupaient présentait les mêmes essences d'arbres que celles qui n'ont jamais été exploiices, mais encore ces essences y sont exactement dans les mêmes proportions et offrent le «léme aspect tout à fait primitif, drconstance qui avait vivement frappé le président Harrison. Lorsqu'une surface de pays a été défrichée, puis abandonnée de nouveau à elle-mômc, on a calculé qu'il fallait au moins cinq siècles pour que Tétat de la forêt fût rétabli, et lorsqu'on observe l'aspect actuel de celles qui recouvrent les monuments en terre, on reste convaincu qu'il a fallu plusieurs de ces périodes de cinq siècles pour imprimer à ces forêts comparativcmeoi nouvelles tous les caractères des anciennes.

Enfin, MM. Squier et Davis pensent qu'il devait y avoir des communications entre ks diverses parties de la vallée du Mi»sissipi, puisqu'on trouve à la fois dans les mêmes tumulus le cuivre natif du lac Supérieur, le mica des AU^banies, les coquilles marines du golfe du Mexique et l'obsidienne des massifs ignés des régions montagneuses de ce dernier pays. Il n'y aurait point eu alors, comme quelques auteurs Tont supposé, de migrations de ces peuples soit au N., soit au S. (tu

§ 6* Réflexions générales sur ranoîennclé de Tl

Les détails que nous avons rapportés relativement aux reslc^^^ des premières populations de l'ancien et du nouveau moud* avaient pour but de nous faire remonter aussi loinque pos^il>l«dans la période actuelle, afin de nous rapprocher de cello 4|ui l'a immédiatement précédée; mais nous devons faire remarx]uor que les régions dont nous nous sommes occupé ne sont précis^

(i) Voyez auFsi .' Ab original iiwnvmcnU of the state of iV^«*-Ycr. pur M. E. G. Squier (Smithionian contributions, vol. U, i851).

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