ET MÉTAUX
Nous venons de dire que la séparation des éléments en métalloïdes et métaux n'est pas susceptible d'une définition précise ; en effet aucune des propriétés sur lesquelles on s'appuie pour la faire ne constitue un critérium d'une valeur absolue.
L'éclat métallique qui tient à la réflexion de la lumière à la surface des corps est en relation, plutôt avec l'état de cette surface, qu'avec sa composition chimique ; s'il se rencontre chez beaucoup de métaux, des métalloïdes tels que le silicium le possèdent; l'éclat de l'arsenic et celui du tellure ne diffèrent pas sensiblement de ceux du bismuth ou de l'antimoine ; d'ailleurs aucun corps réduit en poudre fine ne présente l'éclat métallique.
La plasticité, la malléabilité et la ductilité si nettes, si
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tranchées chez quelques métaux, sont sans valeur au point de vue de la classification ; l'antimoine et le bismuth en sont dépourvus tout comme l'arsenic et le tellure, elles sont singulièrement réduites dans le plomb ; de plus, ces qualités sont essentiellement variables avec la température, et le fait présente une netteté particulièrement frappante chez le zinc, le cadmium, etc. ; nulles à 200<^ pour le zinc, par exemple, elles sont considérables au voisinage de ISO"*. Ces propriétés sont en outre susceptibles d'éprouver des variations fort importantes pour une même forme de la matière suivant les différents aspects qu'elle affecte.
Il en est de même de la conductibilité calorifique que le charbon des cornues, et en général le charbon calciné, possèdent à un degré comparable à celui qu'offrent certains métaux ; de la conductibilité électrique qui varie avec la température.
Laissant de côté ces propriétés si variables, on a cru pouvoir définir les métaux par la faculté importante et caractéristique qu'ils posséderaient de donner toujours un oxyde basique, c'est-à-dire capable de former des sels, en se combinant aux acides ; mais ici encore la définition manque de rigueur ; les oxydes antimonieux et arsénieux, par exemple, sont tous deux susceptibles de s'unir à certains acides : les composés qui se produisent alors sont analogues entre eux, mais en même temps ils diffèrent beaucoup de ce qu'on appelle ordinairement un sel. La zircone, elle aussi, peut se combiner avec quelques acides et donner des composés qui se rapprochent de combinaisons du même genre formés par la silice, mais qui n'ont pas les caractères les plus habituels des sels : le niobium, le tantale, le titane, etc., ne paraissent pas former d'oxydes basiques ; les composés que forment avec les acides leurs oxydes inférieurs aux acides niobique, tantalique, titanique, ne sont pas des sels au sens habituel de ce mot. Du reste, la définition du sel n'est elle-même pas précise ; depuis le résultat de l'union d'un acide fort avec une base forte, le sulfate de potasse, par exemple, type caractéristique du sel, jusqu'à ces combinaisons de deux acides, telles que le phosphate de silice, ou les composés que forme l'acide chlorhy-
drique avec les acides molybdique ou sélénieux, que personne ne songe à envisager comme des sels, il y a tous les degrés intermédiaires. Le caractère du métal, tiré de la faculté de donner toujours un oxyde basique, s'affaiblit et s'évanouit à mesure qu'on le regarde de plus près, et d'un métalloïde défini par un certain nombre de propriétés à un métal possédant des qualités toutes différentes, il y a fréquemment passage par degrés presque insensibles. Ainsi dans le groupe azote, pbospbore, arsenic, antimoine, bismutb, l'éclat métallique que ne présente pas l'azote apparaît faible dans certaines variétés de phosphore rouge, s'accentue dans l'arsenic et se développe davantage dans 1 antimoine et le bismuth ; simultanément la conductibilité varie dans le même sens, les composés oxygénés sont de moins en moins acides quand on va de l'azote au bismuth, les composés hydrogénés de moins en moins basiques et de plus en plus instables. Il n'y a pas lieu d'être surpris de ces résultats ; au point de vue philosophique, la division des éléments en métalloïdes et métaux n'a aucune raison d'être, rien ne sépare les premiers des seconds, rien de comparable aux différences que nous avons reconnues exister entre les corps composés et les éléments simples ne vient justifier cette division.