‹ Introduction à l'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 2 sur 18 · DE LA QUATRIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA QUATRIÈME ÉDITION

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Voici de nouveau ces leçons de 1828 et 1829, si amèrement censurées par les uns et si vivement applaudies par les autres , durant cette courte et brillante époque de la Restauration à laquelle est attaché le nom de M. de Martignac. 11 nous semble qu'aujourd'hui, à la distance de plus de trente années, nous en pouvons parler, nous-meme avec une vraie impartialité.

Pour être équitable, il faut un peu se mettre à notre place et se rappeler ce temps, si différent du nôtre.

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Mes amis et moi nous sortions de la longue disgrâce qui, de 1820 à 1827, avait successivement atteint tout ce qui était libéral en France '. M. Royer-Collard avait quitté la présidence du Conseil de l'Instruction publique, et on lavait chassé du Conseil d'État. On avait suspendu mon cours et celui de M. Guizot. Mes liaisons avec M. de

Santa-RosaMenoblechefdelarévolutionpiémontaise de 1821 , m'avaient rendu suspect à la triste police de M. Franchct, et elle m'avait dénoncé à celle de TAllemogne pendant un voyage que je fis alors au delà du Rhin. Accusé de je ne sais plus quelles extravagances, arrêté h Dresde, jeté en prison à Berlin, tenu au secret le plus rigoureux pendant plus de six mois, ma conduite en cette circonstance, les premières rudesses, puis la loyauté du gouvernement prussien qui s'était plu à reconnaître qu'on l'avait trompé, ses offres généreuses, celles du roi des Pays-Bas, mon refus de me séparer de mon pays dans la doulou-

« ^Veznos leçons del820,PeiLosoPHiEDEKANT,^t;««/.propo.,p x, Fragments et Souvenirs, 3» édition, p. 189, Santa-Rosa.

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reuse épreuve qu'il traversait, tout cela m'avait composé une renommée bien au-dessus de mon mérite; en sorte qu'après les élections de 1827, qui renversèrent le ministère de M. de Villèle et portèrent M. Royer-Collard, l'élu de sept collèges, à la présidence delà Chambre des députés, la nouvelle administration s'empressa de me rappeler avec M. Guizot à la Faculté des lettres, et nous reprîmes nos cours presque en triomphateurs.

Il n'est pas aisé, dans nos jours d'abaissement et d'affaissement intellectuel, de se faire une idée de la noble ardeur qui enflammait alors le génie français dans les lettres et dans les arts aussi bien qu'en politique. L'esprit public faisait des chaires de M. Guizot, de M. Villemain et de la mienne, de véritables tribunes. Depuis les grands jours de la scolastique au douzième et au treizième siècle, il n'y avait pas eu d'exemples de pareils auditoires dans le quartier Latin. Deux à trois mille personnes de tout âge et de tout rang se pressaient dans la grande salle de la Sorbonne. Cette foule immense agissait inévitablement sur

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le professeur, animait, élevait, précipitait sa parole. Ajoutez qu^aussitot prononcée, chaque leçon, sténographiée et àpeine revue, paraissait bien vite, se répandait d un bout de la France à l'autre, et devenait dans la presse le sujet d une ardente polémique. Faut-il donc juger de tels cours comme des livres composés à loisir dans le silence du cabinet, et doit-on s'étonner d'y rencontrer bien des répétitions, bien des disparates, un style inégal, des mouvements abruptes, enfin l'improvisation prise en quelque sorte sur le fait, et jet;'e au vent de la publicité avec ses innombrables défauts ?

Mes premières leçons, celles de Tété de IS28, se ressentent fort, j'en conviens, de la promptitude avec laquelle M. Guizotet moi nous crûmes devoir faire usage de la parole qui nous était rendue.

Faute du temps nécessaire à une juste préparation, je dus prendre un sujet très-général, qui ne demandât aucune recherche, aucun travail préliminaire, une Inirochiciwn à r histoire de laphilo-

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soiMe, oîi les plus hautes questions furent abordées avec bonne foi et courage, et les solutions, qu'en donnait la philosophie nouvelle, exposées à grandstraits, bien plus quevéritablementétablies. Sans venir ici témoigner contre moi-même , je n'ai pas besoin d'une grande modestie pour reconnaître que dans ce cours, tout à fait improvisé, il y a plus d'une proposition hasardée, et des excès de langage que j'aurais fait bien volontiers disparaître, si la calomnie, en les envenimant, ne me les avaitrendusirrévocables. L'honneur ne m'a pas permis de me corriger, et j'ai du tout conserver pour n'avoir pas l'air de rien dérober à une critique ennemie. Je n'ai changé que des détails sans importance ; les passages incriminés subsistent, avec quelques notes explicatives et des éclaircissements tirés de mes propres écrits, antérieurs et postérieurs à ces leçons.

Oui, j'ai défendu, avec un peu de vivacité peutêtre*, l'indépendance de la philosophie, les droits

ïEl je l'ai fait encore, quand de tristes circonstances m*en ont imposé le devoir, par exemple en 1844 à la Chambre des pairs ; voyez Dé-

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de la lumière naturelle qui a découvert aux hommes assez de vérités, ce semble, et fait d'assez grandes choses dans le monde. Mais n oubliez pas que c'était alors le temps de la guerre violente que faisait à la raison humaine Tabbé de Lamennais, et à sa suite tout ce qu'il y avait de jeunes talents dans le clergé. N'oubliez pas aussi que la philosophie n'avait pas été combattue seulement en paroles, et que j'attestais moi-même la proscription qu'elle avait soufferte. Mais à Dieu ne plaise que jamais il soit entré dans mon esprit et dans mon cœur la pensée vulgaire et coupable de rendre au christianisme le mal qu'on m'avait fait en son nom ! Ici, comme partout ailleurs, je montre pour lareligion chrétienne un respect que nulle épreuve n'a troublé ni diminué, parce qu'il est emprunté à mes convictions les plus intimes et à la philosophie elle-même.

Encore un aveu, et qui ne me coûte point. J'avais autrefois rencontré à Heidelberg, encore obs-

FENSE DE L'Université et de la Philosophie, el aussi la l -et la 2« préface de mes Etudes sur Pascal. prerace

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