J'ai parlé (29, 30) d'une force attractive molécu
VtU NOTIONS CHIMIOUES.
laire, dont la tendance est de réunir les molécules de la matière ; on lappellc cohésion quand les molécuk^^ réunies sont homog'ènes, et affinité quand elles sont hétérog^ènes; le produit de la cohésion QfàfjfsJiagrégoU, et le i^oduit de Taffînité une combinaison ou un composé. Nous avons vu la différence de la cotnbinaison d avec le mélange (31) : celui-ci est le fait d'un acte purement mécanique tandis que la combinaison est Tacte d'une cause physico-chimique ; aussi avonsnous vu la nécessité pour séparer des corps formant une combinaison de recourir à Faction de la lumi|re, à celle de la chaleur, à celle de 1 électricité, ou encore à l'action de ces ag'ents en mOme temps qu'à celle d'un corps autre que la combinaison (31, 32); ce cwps ag'it , avons-nous dit , par affinité élective. Ainsi, supposons la combinaison représentée par deux corps A -H B, vous ajoutez le corps G dans une circonstanc(» d(H<'rniinée, et vous niellez B en liberté en même temps ([ue vous oblenez la combinaison A -h C.
Voilà des acles, des phénomènes, essentiellement du ressort de la chimie. — Suivons -en les consé- ([uenees afin de voir ce qui la caractérise comme science spéciale , conformément ù Tidée que j'en ai donnée précédenmient (34) après avoir exposé mes motifs de ne pas la définir : la science d(^ l'analyse et (le la svnthèse.
55. C'est donc en recourant à des agfents physiques, la lumière, la chaleur, Télectricité ; à Faction d'une force chimique, Taffinité élective, que Ton parvient à vaincre l'affinité en vertu de laquelle des corps sont unis.
Supposons qu'en recourant à ces moyens de simplifier la matière complexe par l'analyse chimique, on arrive à isoler un corps dont il ne sera plus possible de rien séparer, c'est-à-dire dont on ne pourra séparer plusieurs sortes de matières, on dira que le corps est simple, conséquemment parfaitement distinct de tout corps composé dont on peut séparer plusieurs sortes de matières. Mais la simplicité du premier est considérée non d'une manière absolue, mais relative aux moyens d'analyse employés , de sorte qu'on ne prétend pas affirmer qu'un jour le corps réputé simple aujourd'hui ne pourra être décomposé.
Cette distinction du corps simple d'avec le corps composé est donc le résultat de la méthode a posteriori expérimentale.
54. L'objet de la chimie est la distinction de la matière simple ou complexe en corps nettement définis par r ensemble de leurs propriétés respectives, lesquelles rentrent dans trois groupes, les propriétés physiques, les propriétés CHIMIQUES et les PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES.
Chaque corps ainsi défini est une espèce CHUdQUE. a) Propriétés physiptes.
La première propriété physique qu'il importe de considérer dans les corps est leur attracHon de pesofiteur, en vertu de laquelle ils tendent vers le centre de la terre.
En prenant dans le vide le poids des corps réduits à l'égalité de volume et à une même température on en a la de^isité.
La dureté^ la témcité, la ductilité et YélasticiH sont des propriétés physiques.
Vattraction de cohésion rapprocherait au contact réel les molécules des corps, s'il n'existait pas, pour la combattre, une force répulsive qu'on assimile à la chaleur. L'état solide, l'état liquide et l'état fluide élastique des corps sont le résultat des rapports mutuels de ces deux forces.
Enfin, au point de vue des propriétés physiques, les corps doivent être examinés encore relativement à leur faculté de conduire la chaleur et à la quantité qu'ils en contiennent respectivement, propriétés appelées conductibilité y chaleur spécifique et chaleur latente.
Les propriétés pliysiques comprennent enfin les modifications que les corps font éprouver à la lumière, à rélectricité, au magnétisme, et des modifi-
NOTIONS GUIMIQOES. 67
cationsqu'ilsen peuvent recevoir, tant que ces modifications ne rentrent pas dans les propriétés chimiques. Ei^éfinitîve les propriétés physiques ne changom^jàs ia nature du corps : si elles donnent lieu à des Iboiouvements, comme l'électricité et le magnétisme, ces mouvements affectent des corps placés à une distance perceptible à la vue.
d) Propriétés chimiques.
Pour que celles-ci se manifestent, les corps doivent être placés au contact apparent et la conséquence de cette condition est que les corps soient réduits au maximum de division.
Cette action au contact apparent distingue les propriétés chimiques du plus grand nombre des pro-^ priétés physiques.
Les propriétés physiques et les propriétés chimi'* ques se manifestent hors de nous.
c) Propriétés organoleptiques.
Les propriétés organoleptiques, au contraire de^ • propriétés physiques et àes propriétés chimiques, sont en nous.
Sans doute la lumière est réfléchie et absorbée intégfralement par certains corps : elle est réfléchie et absorbée non intégralement par d'autres corps
4i8 NOTIONS GIIIMIOUES.
indépendamment de nous, mais le blanc, le nm, les couleurs sont en nous, ce sont des sensations que nous percevons; il en est de même des sensations du dmd et du froid; il en est de même encore des diffi^nts tons perçus par Tintermédiaire de Tair ou de tout autre corps sonore; les mouvements vibratoires sont bien les causes du son, mais les sons perçus sont en nous, et ils résultent d'un certain nombre de vibrations , de sorte qu'au-dessous et au-dessus de ce nombre, nous sommes insensibles à ces vibrations. Les saveurs et les odeurs me semblent devoir être attribuées à des mouvements vibratoires que les corps sapides et les corps odorants excitent dans Torg^ane de g*oût et Forg^ane de l'odorat.
J'étends les propriétés organolepûques aux aliments dont la matière s'assimile à nos org^anes, aux remèdes, aux poisons, aux miasmes, aux virus, aux venins, enfin à toute matière capable d'ag*ir dans l'intérieur du corps dos animaux.
Enfin les propriétés org*anoleptiques se manifestent dans les animaux et dans les plantes.
55. L'espèce chimique, dans Içs corps simples, comprend une collection d'échantillons identiques par leurs propriétés physiques, leurs propriétés chimiques et leurs propriétés org*anoleptiques, dont on n'a pu séparer plusieurs sortes de matières.
L'identité de propriétés des divers échantillons suppose qu'avant la comparaison de ces échantillons ceux-ci ont été pris dans des circonstances identiques, car il est évident qu'un échantillon de soufre solide n'est, pas identique, quant à son état, à un échantillon de soufre liquéfié ou réduit en vapeur. Mais ee qu'on veut dire c'est qu'on peut transformer le soufre liquide et le soufre en vapeur en soufre solide, et celui-ci en soufre liquide et en soufre en vapeur, en plaçant les échantillons divers dans des circonstances convenables.
56. L'espèce chimique, dans les corps composés, comprend une collection d'échantillons identiques par la nature des éléments, la proportion de ces élénoients et l'arrangement de leurs atomes.
La définition de l'espèce prise dans les corps composés est une conséquence de l'observation. Ainsi :
4* Un corps A uni séparément aux corps B, C, D, donnera autant de composés distincts AB, AG, AD...
De là cette conséquence qu'une cause de différence dans les propriétés des corps composés est la nature diverse des corps qui sont en combinaison chimique.
2* Un corps A susceptible de s'unir en plusieurs
70 NOTIONS CnniIQUES.
proportions définies avec un même corps B donne autant de composés distincts qu'il y a de proportions définies différentes.
De là cette conséquence qu'une cause de différence dans les propriétés des corps composés est la différence des proportions suivant lesquelles les oorps se sont combinés.
S"" Les mêmes corps unis dans la même proportion sont susceptibles de produire des composés divers. On ne peut expliquer ce fait de l'observation et de Texpérience qu'en admettant une différence dans l'arrangement des molécules ou des atomes des composés des mêmes éléments unis en même proportion, lesquels composés présentent des propriétés différentes.
Les corps qui sont en ce cas s'appellent compo^ ifiomères.
57. II existe des combinaisons indéfinies d'un même corps hydraté en plusieurs proportions définies que je dois mentionner, ce sont les solutions aqueuses de Facide phosphorique uni à un atome, à deux atomes et à trois atomes d'eau.
La solution de l'acide monohydraié précipite l'albumine de l'œuf en caillé blanc, et l'azotate d'argent en un précipité pareillement blanc.
NOTIONS CHIMIQUES. 7i
La solution des acides bihydraté et trihydraté ne coagule pas l'albumine, et la solution de l'acide bihydraté précipite l'azotate d'argent en blanc, tandis que la solution de l'acide trihydraté le précipite en jaune.
J'explique ces résultats de la manière suivante :
L'acide phosphorique, dans ses trois combinaisons définies avec l'eau, est dans trois états moléculaires différents. La différence de ces états se manifeste par les proportions définies différentes d'eau auxquelles il se combine et par les propriétés qui distinguent respectivement les trois hydrates.
Si la cause première des trois hydrates n'était pas dans Yisomérisme (56. d% c'est-à-dire une différence d'arrangement moléculaire des atomes de l'acide phosphorique, je ne vois pas pourquoi, dès que les acides monohydraté et bihydraté seraient dissous dans Feau, ils ne passeraient pas à l'état d'acide trihydraté, état vers lequel ils tendent, car leurs solutions atteignent cette limite après neuf, dix, onze et douze mois.
58. Le caractère spécifique de la chimie, comme science, est donc la; distinction de la matière en espèces définies par l'ensemble de leurs propriétés respectives.