‹ Introduction à l'histoire des connaissances chimiques. Connexious des sciences du domaine de laChapitre 47 sur 115 · PRÉFACE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PRÉFACE HISTORIQUE

169. Dans Tintroduction à mes Considérations générales sur F analyse organique et sur ses applications (1), j'ai dit : ... « Convaincu de la nécessité « d'une méthode pour faire cesser cet état de cho- <c ses, et sachant les conditions qu'il fallait remplir « avant de l'établir, j'ai mis toute la persévérance a dont je suis capable dans jerqb recherche» sur les «produit&de l'organisation : au lieu (k^^lenSre à « faire ce qt/ùrikippelle une découverte, je me suis sur- « tout attaché à soumettre une même matière orgai( nique à des procédés d'analyse différents, soit par <c la nature des réactifs employés, soit par les cir-

(i) Publiées en i8a49 P^g^ iv.

20/i LA PHILOSOPHIE NATURELLE.

« constances des opérations, afin d'apprécier Texac- « titude relative de chaque procédé. »

170. L'analyse immédiate appliquée aux matières astring^entes, aux matières colorantes et aux corps gras, conformément à ces idées, me conduisit d'abord à coordonner mes recherches spéciales chacune sous la forme métliodique, puis à coordonner celles-ci sous la forme d'une méthode générale dont l'exposé est l'ouvrag'e dont je viens de reproduire le titre. Il est le fruit des expériences qui m'occupèrent depuis 1806 jusqu'en 1824.

171. Ce fut dans la disposition d'esprit dont je parle que, lié avec Ampère et Frédéric Cuvier d'une amitié à laquelle la mort seule a mis un terme, la classification des connaissances humaines devint durant plus do quinze ans, entre nous trois, un sujet constant de discussions. Ampère nous exposait les idées qu'il a réunies plus tard sous le titre d'Essai sur la philosophie des sciences^ et dans chacune de nos conférences les discussions duraient des heures entières.

172. En me rappelant ces conférences, plus do quarante-cinq ans après leur commencement, j'é-

prouve le besoin de dire quelques mots de la disposition d'esprit que chacun de nous y apportait.

175. Ampère admirait Descartes : il était simple étudiant, encore enfant, quand il lut Télog'e par Thomas du g-rand philosophe français, et dès lors s'éveillèrent en lui le sentiment d'admiration pour ce puissant esprit et le g'oût des sciences ; c'est Ampère qui le disait : il y a effectivement plus d'une ressemblance entre les esprits de Descartes et d'Ampère.

Le génie mathématique leur était incontestablement commun ; tous les deux sentaient le besoin de sortir de Yabsù*action mathématique pour méditer sur les phénomènes du monde visible, et étudier le monde physique , ou, ce qui revient au même , le concret :4il tous les deux Qncore, non satisfaits de ces étud^, aimaient à s'elanc^û|i^ monde invi de la métaphysique*

174. Si, pour le savant comme pour le vulgaire, de tels besoins dénotent de grandes et de nobles intelligences, reconnaissons l'impossibilité d'y satisfaire, tant ils dépassent les limites des facultés de l'individu-homme, quelque reculées qu'on les suppose!

206 LÀ PillLOSOPHlE NATLUELLE.

Par exemple , que pouvait expliquer Descartes à une épcKjue où tous les phénomènes du monde se réduisaient, pour le philosophe, à une matière inerte recevant le mouvement d'une impulsion extérieure? oii presque tous les phénomènes, si variés et si nombreux, (jue manifestent les diverses espèces de corps sous rinfluence des forces appelées chaleur, lumière, électricité et magnétisme, étaient inconnus, aussi bien que les phénomènes que nous rapportons aux actions chimiques?

Certes, nous ne nous plaindrons pas que Descartes ait trop écrit, mais, selon plusieurs savants , sa g*loire aurait g*ag*né à ce que ses publications eussent été restreintes à ses découvertes mathématiques, et aux seules questions de physique et de philosophie (|u'il a rrsolu(3s. Nous apprécions le motif de cette opinion en iw voyant (|ue la gloire du savant; mais si Ton considère avec nous les lumières que la psychologie retire d(* l'étude approfondie des g'randes int(»llif^(Mices, une publication restreinte ne doniUM'ait plus Tidcc du Descartes que nous connaissons, (4, qucl(|U(* sévcronicnt qu'on jug*e plu-^ si(*urs parties de sa philosophif», et sa physique, ne serait-il pas fâcheux ([u'on ne connût pas des écrits propres à rcvclcM» aux pcMiscurs la cause des erreurs (|u'il a connnis(»s?

175. Le premier précepte de Descartes est ainsi formulé (1) :

c« Le premier était de ne recevoir aucune chose « pour vraie que je ne la connusse évidemment être «telle; c'est-à-dire d'éviter soig'neusement la préce cipitation et la prévention, et de ne comprendre « rien de plus en mes jug^ements que ce qui se pré- « senterait si clairement et si distinctement à mon « esprit, que je n'eusse aucune occasion de le met- « tre en doute. » §

176. Ce précepte ne m'a jamais paru clair; et après avoir tenté de l'appliquer dans mes recherches, j'en ai attribué le manque de clarté, le défaut de précision, à une pétition de principe d'abord, et ensuite à la confusion de ce qui est un précepte avec ce qui en est la conséquence. *

« Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse éviclemment être telle. »

Mais qu'est-ce qu'on doit attendre d'en précepte, d'une méthode ? Évidemment c'est le moyen de con'naître la vérité: maiii, pour prévenir tajlbambigiiï^ dîstiimxioij^ djjjj^rd les deux sens domcette phrase est siSceptifile^

(^) Œuvres de Descartes^ édition de Coasin, tome I, page i4i.

; Premier sens. L'esprit d'invesligution veut découvrir une vérité qui lui est cachée.

Deuxième sens. L'esprit critique veut reconnaître si une proposition donnée comme vérité en est une réellement.

Le premier sens sig'nifîe que la vérité est à découvrir.

Le deuxième sem suppose une proposition découverte, que la critique examine pour savoir si elle est vraie comme on l'avance. §

Sans aucun doute, ce sens est celui du premier précopte de Descartes.

Or ce précepte ne donnant pas le mot/en, mais le résultat sa?is le moyen, est bien à mon sens une pétition de principe.

(( ... De \\i' conipreiulre rien de plus en mes jugpe- (( nKîuts (|U(M,*e (|ui s(î présenterait si clairement et (( si distincleniont à mon esprit, que je n'eusse au- « eune occasion d(î le melln» en doute. »

Evidemment ce n'est pas là un précepte : car si c'en était un, que d'avocats, que de [professeurs, je ne dis pas que d(î sophistes, avec une parole éloquente ou simplement un discours clair et précis, vous feraif^it pn^ndre pour des vérités des choses imag*inaires, inexactes ou fausses?

Qu'y a-t-il d'exact dans les paroles de Descartes? C'est (\u une proposition démontrée vraie a pour consé-

LA PHILOSOPIIIK NATLKELLE. 209

qiience la clarté et la précision. Mais on ne peut avancer comme précepte iiuune idée claire est vraie, à cause de sa clarté même et de la facilité avec la- (|uelle Tesprit la comprend.

177. Les préceptes 2, 3 et 4 me paraissent clairs f'I \Tais. Ils s'appliquent à la recherche de Finconnu, mais Je ne les trouve pas suffisamment développés : et dans l'ordre log-ique il me semble cju'ils devraient précéder le premier; car, à mon sons, celui-ci est plutôt un critérium propre à apprérier le degré de certitude des choses découvertes qu'il n'est un moyen de faire découvrir ces choses, comme je l'ai dit plus haut (176).

178. Je ne doute pas que, si Descartes eût plus souvent appliqué d'une manière rig-oureuse, à Fétude des phénomènes du monde visible, les préceptes qu'il a donnés, il ne les eût modifiés dans l'expression, parce qu'alors il eût senti la nécessité d'indicjuer des critères dont il s'est abstenu déparier; enfin les applications qu'il en eût faites l'auraient conduit à reconnaître comme erronées des propositions données par lui pour des vérités.

179. Qu'Ampère n'eût cultivé que les mathéixiatiques, jamais la pensée ne lui serait venue de faire une classification des connaissances humaines;

mais parce qu'il possédait des connaissances profondes en physique et en chimie, des connaissance réelles en histoire naturelle, et que ses études littéraires avaient été excellentes (1), la classification qu'il méditait ne pouvait lui paraître une lémérité de la part de son esprit.

180. Deux circonstances me parlaient en faveur des idées d'Ampère, son àg-e dépassant le mien d'im(î douzaine d'années à peu près, et ma profonde estime pour son g^énie ; mais d'autres circonstances ag'issaient différemment pour atténuer Teffet des premières : d'abord l'indépendance de mon esprit, la disposition où je suis de me rendre un compte exact de la diversité des manières dont les esprits divers prooèdcMit à la recherche de rinconnu, enfin Tardeur relit/ictfsr ^ Tépithètc est vrai(\ que je nie connais dès renlanco jjour la vèi'ité.

181. La rèsullanlo de ces circonstances était poni' moi 1(^ bf^soin d'uiu* méthode sévère applicable' aux (explorations variées des sciences naturelles pniT's et appli(|nè(^s. Mais à cette* épof[ue il y avait cU* ma part siuilcincnl tendance à la i*ech(M*cher, et l'es-

(i) Ma phriiée ne wwi pas dire qu'il avait fait ses étudc> dans un colléj;e; la vérilé est qu'/V les avait faites esctllentes i

LA PHILOSOPHIE >ATLBELLE. 2H

pérance d'y parvenir reposait seulemenC sur les résultats de quelques séries de recherches chimiques accomplies heureusement dans la direction dont je parle, c'est-à-dire en partant de la méthode a posteriori que j'appliquais déjà avec l'intention de rechercher les causes immédiates des effets soumis à mes études. Cette disposition d'esprit me mettait souvent en opposition avec des propositions avancées par Ampère, sans preuve suffisante à mon sens; et la réflexion mé disait qu'il ne pouvait en Atre autrement. Effectivement le champ des connaissances humaines qu'il voulait embrasser pour mettre chacun d^s g'roupes qu'il imaginait devoir subordonner à une classification rationnelle, quelque élevée que fût son intelligence, était trop vaste pour que, en bien des cas, il ne fût pas fatalement entraîné par son imagination , lorsque , croyant obéir à une induction suscitée par l'observation et l'expérience, il usait en réalité de la m^/Aofife a priori. Alors, surtout de ma part, la lutte était ardente ; ma force naissait de ma foi dans l'avenir de la méthode A POSTERIORI, qu'à Cette époque je n'avais pas définie en la qualifiant i^ expérimentale,

182. Quelle était la position de Frédéric Cuvier dans ces discussions? La voici :

Frédéric Cuvier était chef de la ménagerie du

2hJ LA IMIILOSOPIHE NATURELLE.

Miiséiiin. S'il n'avait pas fait les études universitaires prc)f(3ndes de son frère Georg-es, il était bien de sa famille par les facukés de Tesprit. Les excellentes descriptions des animaux vivants qu'il a observés à la ménag^erie du Muséum témoignent de l'exactitude du naturaliste; le traité sur les Denis çnvisagées comme caractère de classification montre que l'auteur n'éta,it point un naturaliste vulg'aire; enfin ses écrits sur les facultés intellectuelles et instinctives, étudiées cliez les animaux, recommanderont toujours leur auteur aux naturalistes penseurs, et aux pbilosopbes qui considèrent les études dont je parle comme indispensables à la connaissance de riiomme.

185. Kirdi'i'ic (luvipr portail dans ses élude> plulosophir|U('s dos animaux toute la sévérité des savants livivs à la cnllure dos scioncos physiques et naturrllos, désireux do no publier que dos o])servations oxaol(»s, cjuc^ dos ivsuitats inconlostablos; parlaitoiuont au oourant dos dootrrnos philosophiques (hi dix-huitionio ot (hi clix-iiouvionio sioelo, il avait lait la |)art (\r oo (pril d(îvait admettre comnu' pi'ouvo, (lo 00 (|N il (lovait rojotor connue inexact, *'t (Mifin (Ir 00 (|uo Ton devait ajourner, comme pn)l)al)lo, vraisoinl)lîd)l(^ mais non encore prouvi». L'ospril pliil()S()phi(|iio du naturaliste apparaît dans

LA ÇIHLOSOPIHE NATURELLE. 213

l'article Instinct du Dictiomiaire des scimces naturelles. et dans les Mémoires qui font partie des Annales du Muséum sur le phoque, sur la sociabilité et la domesticité des animaux.

On voit que Frédéric Cuvier devait prendre une g^rande part aux discussions relatives à la philosophie et à la ziiplog^ie, et que dans toutes les questions où Ampère se laissait aller à la méthode a PRIORI, Frédéric Cuvier invoquait la méthode a posteriori. En cela nos raisonnements reposaient sur les mêmes bases puisqu'ils sortaient d'une même source. i^j^Jl^

184. Le champ de la discussion était' bien plus vaste pour Ampère que pour nous, puisqu'il ne s'ag'issait pas moins de toutes les eonncûssances humaines distribuées par lui dans une classification philosophique qu'il soumettait à un examen purement critique de notre part, et cet examen ne cessa jamais de l'être; car ni Frédéric Cuvier ni moi n'eûmes jamais la pensée d'élever autel contre autel, en critiquant la cjassifîcation d'Ampère par des classifications que nous aurions opposées à la sienne. Ces discussions ont eu sur moi l'influence la plus heureuse. En exerçant mon sens critique, elles l'affermirent en l'étendant de la manière la plus avantageuse, qu'il saj^ît, soit d'une discussion entre

l>li Ï.A PIHLOSOPHIE NATURELLE.

Ampère et Frédéric Cuvier, soil d*une discussion entre Ampère et moi, où intervenait Frédéric Civvier. Évidemment ces discussions prolongées entre trois personnes qui n'avaient pas d'autre but que la vérité et qu'unissait la plus intime amitié, sans qu'aucune rivalité misérable intervînt pour la troubler, était- l'exercice le plus etRqpce pour m'éclaîrer que je pusse concevoir.

185. Il est une idée d'Ampère que j'acceptai avec empressement dès qu'il l'eut énoncée; c'est que les mathématiques appartiennent au règ^ie des sciences, qu'il cj^l^ifie de cosmologiques, ou à mon sens aux sciences comprises dans \ïi philosophie naturelle.

Le règ^ne des sciences cosinologiques d'Ampère embrasse les sciences mathématiques, physiques, naturelles et médicales, et son rôg^ne des sciences nooloifiques comprend les vèritk relatives à la PENSÉE considérée, soif en elle-même, soit dans les signes par lesquels les hommes se transmettent leurs idées, leurs sentnnents, leurs passions^ etc.

Je compte clans la philosophie naturelle toutes les connaissances du réo'ne des sciences cosmologiques (fAmpèrCy et plusieurs autres de son règ*ne des sciences noologiques , \mv exemple celle qu'il appelle art militaire.

LA PHILOSOPHIE NATURELLE. 21 o

186. Si les mathématiques pures semblaient devoir être séparées des sciences physiques et naturelles, parce qu'on les jug-erait exclusivement du domaine du raisonnement, je répondrais avec Ampère qu'elles empruntent à l'observation du monde extérieur les notions de la grandeur continue ou cV espace, ei de lag*randeur discontinue ou de nombre.

Je suis satisfait de penser que non-seulement rillustre M. Hermite admet cette manière de voir, mais qu'il accorde une g'rande part à X observation dans la théorie des nombres, comme on peut le voir dans une note qu'il a bien voulu rédiger à ma prière (1).

(i) Note de M. Hermite.

<r II sera toujours difficile , dans toute branche de nos

« connaisiances, de rendre compte, avec quelque fidélité,

« de la méthode suivie par les inventeurs; il faut même

« croire que hauteur JCune découverte pourrait seul ap^

« prendre comment^ açec les moyens toujours faibles de

« notre esprit^ une vérité nouvelle a été obtenue. Mais c'est

« peut-être à Fégard des mathématiques que le fait intel-

« lectuel de Tinvention semble plus mystérieux, car la série

« de ces transitions, où Ton reconnaîtrait la voie réellement

« suivie dans la recherche, le plus souvent n'apparaît pas

« d'une manière sensible dans la démonstration. Cette faci-

« lité d'isoler ainsi la preuve et d'ajouter à la concision du

« raisonnement, sans rien lui ôter <lc sa rigueur et de sa

216 h\ PIlILOSOPUfE NATURELLE.

187. En définitive, à mon sens, les mathémati- (|iies sont le produit de Vobservation et du raisonnement, et les sciences physiques et naturelles, pures

« clarté, explique toute la difficulté deTanalyse des métho- « (les en mathématiques. On peut néanmoins, à r^;ard des n procédés intellectuels propres aux géomètres» faire cette u remarque fort simple, que justifiera F histoire même de la " science, c'est que l*obserifation y tient une place impor- « tante et y joue un grand rôle.

« Toutes les branches des mathématiques fournissent des « preuves a l'appui de cette assertion^ mais je les choisirai « de préférence dans Tune de celles qu'on regarde comme « plus abstraites, je veux parler de la théorie des nombres.

« Je citerai ainsi pour exemples :

«^ La périodicité du développement en fraction continue « des racines d'une équation du second degré à coefficients « commensurahles ;

«c La loi de réciprocité pour les résidus quadratiques ;

o La loi <!(• réciprocité pour les résidus cubiques, qu*ou u voit dans les œuvres posthumes d'Euler, déduite par » robservation dans les termes mêmes où elle a été décou- «• verte et démontrée par Jacobi (Euler avait à un tel degré " le sentiment de Timportanee et de la vérité de cette loi , « qu'il Ta placée dans le recueil de ses mémoires, destiné à « être publié cent ans après sa mort);

« L'expression approchée du nombre des nombres pre- « miers jusqu'à une limite donnée.

« Enfin et plus récemment, Jacobi a demandé à Tobser-

L\ PFIILOSOPIIIE ■NATURELLK. 217

et appliquées, sont le produit de Y observation ^ du raisonnement et de Y expérience ;ei ces dernières sciences ressortissent à la méthode a posteriori que je

« vation de révéler la loi de la représentation des nombres « par une somme de cubes, en faisant construire, par un « calculateur habile, les tables qui ont é|é.p]ubliées sur cette «« question dans le journal de Grelle.

« Mais les résultats qui précèdent, si remarquables et si M importants qu'ils soient, ne suffisent point ai donner Tidée « complète du rôle qu'on peut attribuer à l'observation ; « en analysant les procédés de démonstration d'un certaih « nombre de théorèmes, on s'en rendra mieux compte , « comme je vais essayer de le faire voir par un seul exema pie. La proposition que je choisis est celle-ci : la suite « des nombres premiers est illimitée, et on commence la « démonstration en supposant qu'il n'en existe qa'iin.nom- «V bre fini et limité. Or, en formant leur produjpt4^iy<aj<;|u- <c tant une unité, on obtient un nouveau nomlKi^yi^^jE^^ « dan&.ljliypothèse admise, et^Si|pér|euivaux p]^4|$lents , «c d'où résulte que l'hypothèse IdjMïlkJ^e rejetée pudaqu'elle « amène une contradiction. Le pomt essentiel ici consiste « évidemment dans la considération dé-ce produit de tous « les nombres premiers admis, auquel on ajoute Tunité, et « on accordera sans peine que cette considération ne résulte « pas du seul raisonnement, mais qu'on y doit reconnaître « le fruit de l'observation d'un fait très-simple, relatif à la « divisibilité, fait déjà acquis et utilisé par le raisonnement , « auquel il sert de point d'appui poijr arriver à la démons- « tration. »

2\H LA PIIILOSOIMIIE NATLUFXLE.

((iiaiifW* (V PxpMmentale , en la considérant de la mariifTfi suivante :

Mfthofie A POSTERIORI expérimentale.

188. Avant tout, au point de viïe de cette mé- Ihoflo, jo déclare n'admettre aucune diflerenoe rssonliolip ent^ Yohservation d'un phénomène accompli dans lo monde extérieur sans Tinler^'ention (le riiomme, et Vobservation d'un phénomène ae- (*ompli dans des circonstances particulières imafi;*incos par un savant expérimentateur; parce que, dans les deux cas, la méthode, telle que je la définis, n'intervient pas. D'où la conséquence, qu'on peut faire beaucoup crexpériene^s sans que pour cela on ail rvconrs n la mftthndo a posteriori expérimentale.

Dans If^ cas d'//;/^ simple observation ou de oe (jn'on appf»ll(w////' ^vy>m>//(v\ la méthode \ posteriori expérimentale inlcrvienl à la condilion expresse que le savant insliln(» des expcricncos propres à prouver la vcritcd'un raisonnoincnt fait avec Tintention de ramener à sa cause inmiédiaU^ le phénomène donné par Xoliserration on |)ar la simple expérience.

189. La philosophie (|ue Je qualifie de morale comprend la théodicée, la tbéolog*ie, les connaissances relatives à l'Aine, à la morale, ainsi qu'aux

droits sur lesquels reposent les sociétés. A mon sens, la méthode a priori est à la philosophie morale ce que la méthode a posteriori expérimentale est à la philosophie naturelle.

190. Revenons à la classification des connaissances humaines d'Ampère. Malgré de nombreuses concessions faites à la suite de nos discussions, nous ne pûmes Tadopter, F. Cuvier et moi.

Ces discussions, prolong^ées plus de quinze ans, m'avaient sug^g^ré un g»rand nombre de questions dont la solution n'a jamais cessé de m'occuper. Au mois 4'octobre de l'année 1840, je profitai de quelques jours de loisir pour écrire l'introduction d'un ouvragée intitulé : De t abstraction considérée comme élément des connaissances humaines dans la recherche de la vérité absolue. A cette époque, j'avais perdu mes deux excellents amis et je crus payer une dette à l'amitié en consacrant mon œuvre à leur mémoire.

Toutes les fois que le temps me l'a permis, depuis 1840 jusqu'en 1852, je me suis occupé de la composition de cet ouvragée : sur sept parties, cinq sont à peu près achevées. La quatrième, la plus courte de toutes, a paru dans les Mémoires de l'Académie de Dijon, de l'année 1864; elle envisagée V abstraction relativement aux beaux-arts et a la littérature.

'l'in \.\ PHILOSOI'HIK \ \Trr.FJ.I.K.

lîH. r.ri ouvrap* a »ni U* grand avantapre de nir Ihirr» jwissiM' twi vo\{\t' li»s connaissances humaines (lu rt'ssiirl il*» la plûlnsophic nalurHle, afin d'appli- «|inM- à rhaniiu» d'olh's ma définition du moi FAIT, et fit* mmilnr r«^xtt'nsioudoiit rst suscoplible, au point \W Mit» t'rilii|iit\ lïi mt'tliode \ i»osterior! expérimeniale, W\W i(Ui» j(» l'ai (It'tinieplus haut (188, quand il ^'aj;'il «II» lirtM* tios n>nf!usînns ivlalives au degrt-de l'tM'lilihlt» dt» iitis ronnaissant'i^s.

lîKJ. r»'rsl dt» ft^t luivraf»'»' que j'ai pu tirer les i«lt't»s lontlainriitah'sih» wm^)^ Lettres adressées à M. Yil- Av/irii//; c|u«»lltM|u\Mi st>it la brièveté, elles suffisent, jt» |>iMist», à intMdn»r la véritable connexion des sri«MU't»s aver la littérature et les beaux-arts, etcom- \i\i'\\ lîH^sfMïl à «l«'sirtM\ sons rr rapport, Ynrhre *l* li'irnn r\ Vf/r/f/r fi,/fn'r /kw d\\/f'f/tftf>r/ dans It* rliscour> prrliininniri' Ar rMnryflnp»Mlii'.

!}>,*>. Moo oppnsiiinii à rrprt'stMilrr lf»s (*onnai>sîint't^s Iminaiih'^, snil smis la Inr-int' tliin arbre pourru tir srs rmn'fiu.r, st»il à It's cnmpi'tMïdre dans um ( /f/ssi/irtf/inn ///n/Zot/ur i) rrllr (F Ainjtrrey où, SOUS 1«* pri'lrxlt» tlu rfitinniiHsnn\ on ddail li»s dilïrrenlt's parlirs dt's scifocfs Icjit's <ni fllfs oui «Ht'* circonscrilt's par W foiuiniiii tlt's iiN'nt'i'alitins dt» savants rt de it'llrt's, a fu i)oiir con^iMiiidUM^ dt» nu» faire inlilu-

LA IMIILOSOPHIK NATUIŒLLK. 221

1er le quatrième livre de cette introduction à Thistoire des connaissances chimiques : Distribution (et non classification) des connaissances humaines du ressort de la philosophie naturelle; parce qu'en effet, me con- 'formant absolument à la méthoék kVO^ii^KiOKi expérimentale, je reconnais en fait, comtne Vexpression dr l'esprit humain, la circonscription des sciences telle* que l'admet Tensemble des esprits.

494. La recherche des relations mutuelles de ces connaissances m'a conduit à en disting^uer quatre catégories.

1" CATÉGORIE : les sciences naturelles pures , la physique comprise;

2* CATÉGORIE : les sciences mathématiques pures ;

3* CATÉGORIE : les sciences mathématiques appliquées;

4* jjjTÉGÇRiE : les sciences naturelles appliquées.

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