‹ Introduction à l'histoire du buddhisme indienChapitre 23 sur 45 · XXXVI AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

XXXVI AVERTISSEMENT

Une histoire du Buddhisme, pour être complète, devrait donc, après avoir expliqué l'origine de cette religion, et exposé les vicissitudes de son existence dans l'Inde, la suivre hors de sa terre natale, et l'étudier chez les peuples qui l'ont successivement recueillie. J'ignore s'il est actuellement possible à un seul homme d'embrasser cet inunense sujet, mais j'ai à peine besoin de déclarer que je n'ai pas eu la prétention de le faire. Je me suis spécialement attaché au Buddhisme indien; et une fois mon sujet ainsi limité, j'ai borné mes désirs à composer une Introduction qui ouvrît la voie à des recherches plus étendues et plus profondes.

Cette observation me justifiera, aux yeux 'du lecteur, d'avoir fait un aussi sobre usage des matériaux que des savants du premier ordre ont extraits de livres étrangers à l'Inde, avec l'intention d'expliquer les dogmes religieux et philosophiques du Buddhisme en général. Il est bien loin de ma pensée de méconnaître la grandeur et le mérite de ces tentatives; et on verra, dans le cours de ces Mémoires, avec quel empressement je me déclare redevable des éclaircissements les plus lumineux aux ingénieuses et profondes recherches d'un Abel Rémusat et d'un Schmidt. Mais on reconnaîtra aussi que je n'ai fait appel k leur témoignage que quand il m'a paru s'accorder avec celui des livres indiens qui font la base de mes Mémoires, ou lorsqu'il a pu, par sa divei-gence même, jeter quelque jour sur un point ,obscur ou controversé. Ce que je veux dire ici, c'est que pouvant consulter, grâce à la libérahté de M. Hodgson, une collection considérable de livres buddhiques rédigés en sanscrit, j'ai cru que mon premier devoir était d'analyser ces livres, et d'en exti'aire ce qui pouvait servir à la connaissance du Buddhisme de l'Inde. En un mot, comme j'avais, pour étudier cette religion indienne, des matériaux indiens, il m'a semblé que je ne devais recourir aux sources étrangères que dans les cas de nécessité absolue. Ce parti a eu à mes yeux un autre avantage; il m'a dispensé d'afficher devant le public la prétention de parler de choses dont je n'avais pu faire une étude spéciale.

AVERTISSEMENT. xxxvii

Ce premier volume conduit le lecteur jusqu'au point où le Buddhisme va entrer dans l'histoire. Je n'ai donc pas eu besoin d'y exposer le système chronologique applicable aux faits qui ont signalé la naissance et les développements de cette religion; l'exposition de ce système a, suivant le plan de mon ouvrage, sa place marquée après l'analyse de la collection sacrée des Singhalais. Cependant comme toutes mes recherches m'ont conduit à ce résultat, qu'entre les deux opinions dominantes touchant la date de Çâkyamuni, celle des Chinois ou des Buddhistes du Nord, qui le placent au xi® siècle avant notre ère, et celle des Singhalais ou des Buddhistes du Sud, qui le placent au vif, là seule véritable est l'opinion des Singhalais, j'avoue franchement que c'est de ce point de vue qu'ont été envisagés les faits dont j'ai eu à parler dans le présent volume. C'est ailleurs que je compte démontrer les incohérences de ce système étranger à l'Inde, qui donne au fondateur du Buddhisme quatre siècles d'antiquité de plus que ne lui en reconnaissent les Singhalais, dont les annales indiennes, conservées avec un soin et une régularité remarquables, depuis le iv" siècle environ avant notre ère, nous offrent les seuls renseignements originaux et authentiques que nous possédions jusqu'ici sur l'origine et l'histoire du Buddhisme. J'ai cru devoir cette déclaration aux lecteurs qui seraient surpris de ne pas rencontrer plus de dates précises dans un ouvrage de critique littéraire et philosophique. Je ne pouvais même me dispenser de la faire, sans autoriser par mon silence l'opinion déjà trop répandue, et qu'on s'attache à répandre chaque jour davantage, qu'il est impossible de trouver dans l'Inde rien de réellement historique. Si un savant illustre a pu expliquer, et jusqu'à un certain point excuser l'indifférence du public français à l'égard des études indiennes, en se fondant sur celte opinion, je serai peut-être excusable à mon tour de prendre quelques réserves contre des assertions qui tendent, sans doute à l*insu de leurs auteurs, à "propager et à justifier cette indifférence.

On comprend en outre quels motifs j'ai eus pour attacher le plus grand prix au^ Mémoires de MM* Hodgson et Turnour, qui sont rédigés

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