‹ Introduction à l'histoire du buddhisme indienChapitre 25 sur 45 · OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

Les recherches auxquelles sont consacrés ces Mémoires ont été entreprises à l'aide d'une collection nombreuse de livres sanscrits que la Société Asiatique de Paris a reçue, vers la fin de l'année 183.7, de M. Brian Houghlon Hodgson, résident anglais à la cour du Népal. Fixé par les devoirs de sa place au centre d'un pays où fleurit encore le Buddhisme, M. Hodgson eut, dès l'année 1821, la pensée de profiter de son séjour à Kathmandu pour étudier cette doctrine religieuse et philosophique alors si peu connue ; et quoique ses loisirs fussent presque entièrement employés par des travaux d'histoire naturelle qui ont rendu son nom célèbre, il sut encore trouver assez de temps pour rassembler plus de documents originaux sur le Buddhisme qu'on n'en avait recueilli jusqu'alors, soit en Asie, soit en Europe. M. Hodgson se mit en rapport avec un Buddhiste instruit de Patan, et il en obtint des renseignements très-curieux sur les dogmes fondamentaux de la religion du Népal, ainsi que des indications précises sur l'existence de livres buddhiques écrits en sanscrit, auxquels étaient puisés les détails qu'il tenait du Religieux de Patan (1). Il ne négligea rien pour voir ces livres; il en acquit, non sans peine, un certain nombre, en fit

(1) Hodgson, Quotations from orig. Sanscr. author., dans /oum. Asiat. Soc. of Beng., t. Y, p. 29.

copier d'autres; et après plusieurs années d'efforts et de recherches, il se vit en possession d'une collection considérable de traités buddhiques sanscrits, dont l'existence n'était pas même soupçonnée avant lui, à l'exception peut-être du seul Lalila vistara, espèce de vie de Çâkyamuni Buddha, dont W. Jones et Colebrooke avaient ou vu ou possédé un exemplaire.

M. Hodgson ne tarda pas à communiquer à rEur/)pe savante les résultats de ses découvertes. Les Recherches asiatiques de Calcutta, les Transactions de la Société Asiatique de Londres, le journal que publie celte Société, et celui que dirigeait James Prinsep, secrétaire de la Société du Bengale, reçurent successivement de M. Hodgson des communications du plus haut intérêt. Dès 1828 les Recherches asiatiques de Calcutta publiaient une dissertation de ce savant, remplie de notions tout à fait neuves sur les langues, la littérature et la religion des Buddhistes du Népal et du Bhot ou Tibet ; et ce premier essai renfermait déjà un exposé des diverses écoles philosophiques du Buddhisme de ce pays, qui n'a été ni surpassé, ni même égalé depuis (1). En même temps M. Hodgson mettait à la disposition de la Société de Calcutta trois traités buddhiques rédigés en sanscrit, que M. Wilson publiait dans ce même volume des Recherches, traduits et accompagnés d'un commentaire (2). Ce premier Mémoire révélait, entre autres découvertes importantes, ce fait capital et inconnu jusqu'alors, qu'il existait dans les monastères du Népal de grandes collections de Hvres composés en sanscrit, c'est-à-dire dans la langue du pays où le Buddhisme était né plusieurs siècles avant notre ère, et d'où les Brahmanes l'avaient depuis longtemps expulsé. M. Hodgson publiait une première liste de ces livres, avec la classification qu'en donnent les Népalais, et il y joignait une analyse et des extraits de ceux de ces ouvrages qui traitent des opinions philosophiques des Buddhistes, et font connaître les diverses écoles qui les divisent.

En 1829 M. Hodgson présenta au comité de la Société Asiatique de Londres un Essai sur le Buddhisme, rédigé d'après les ouvrages qu'il avait trouvés au Népal (3). En transmettant à la Société ce Mémoire par l'intermédiaire du docteur Nathaniel Wallich, l'auteur fit, pour la première fois, connaître en détail et le plan qu'il avait suivi d'^s son arrivée au Népal, pour se procurer des renseignements exacts sur la religion dite de Buddha, et le succès qui avait couronné ses efforts. Il faut lire la lettre à M. N. Wallich, qui précède l'essai

(1) Hodgson, l^oticei ofthe languages, literature and religion ofthe Bauddhas of Népal and Bhot, dans Asiat. Res., t. XVI, p. 409 sqq.

(2) Wilson, Notice of three tracts received from Népal, dans Asiatic Researches, t. XVI, p. -450.

(3) Sketch of Buddhism derived from the Bauddha scriptures of Nipal, dans Transact. of the Roy. Asiat. Society, t. II, p. 222 sqq.

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dont je parle, pour apprécier le zèle désintéressé qui animait M. Hodgson, et la persévérance qu'il avait mise à poursuivre l'objet de ses recherches. Je la rappelle ici, moins à cause de l'honneur qu'elle fait à son auteur que parce qu'elle marque le point de départ de ses travaux, et qu'elle constate les soins qu'il prit pour se mettre à même de vérifier sur les textes sacrés les renseignements qu'il tenait du Buddhiste de Patan- En effftt, pendant qu'il résumait sous une forme précise les réponses que le Buddhiste donnait à ses questions, il faisait exécuter une liste des livres buçidhiques, rédigés en sanscrit, que l'on connaissait au Népal, et il se procurait des copies de ceux de ces livres auxquels il lui était possible d'avoir accès, dans le dessein de les envoyer à Calcutta et à Londres. Il voulait par là donner aux corps savants qui s'occupent de l'histoire de l'Asie les moyens de contrôler, d'étendre et de compléter, par l'étude des textes originaux, les résultats qu'il avait recueillis dans ses conversations avec le Buddhiste de Patan.

Une circonstance heureuse le servit dans la composition de la liste des écritures buddhiques du Népal, qu'il cherchait 'à dresser. Il apprit que les copistes ou les possesseurs de Hvres religieux avaient autrefois l'usage d'ajouter à la fm de leurs exemplaires des espèces de listes des ouvrages sacrés qui leur étaient connus. La découverte de ces listes le mit en état de compiler le catalogue d'une véritable bibliothèque buddhique, lequel ne renferme pas moins de deux cent dix-huit articles, dont plusieurs sont d'une étendue considérable, ainsi qu'on l'a pu vérifier depuis. Ce catalogue, beaucoup plus important et plus complet que celui qu'il avait adressé à la Société du Bengale, fut imprimé, dans les Transactions de celles de Londres, en caractères dêvanâgaris (1). Je ne parle pas d'autres communications dont s'enrichirent les Transactions de la Société Asiatique de la Grande-Bretagne, ainsi que les autres recueils scientifiques cités plus haut, et je me hâte d'arriver au résultat qui, pour M. Hodgson, avait toujours été un des objets les plus importants de ses recherches, je veux dire le don qu'il avait l'intention de faire à la Société Asiatique de Londres, comme il l'avait fait depuis quelque temps à celle de Calcutta (2), de la collection des manuscrits buddhiques découverts par ses soins.

Au commencement de l'année 4830 il fit parvenir à Londres sept volumes de manuscrits bhoteas (tibétains), comme les désigne, sans autre description, la hste des dons faits à la Société Asiatique, qui est insérée à la fin du troisième

(1) Transact. of ihe Roy. Âsiat. Soc, t. II, p. 224 sqq.

(2) De 1824 à 1839, M. Hodgson avait envoyé à la Société Asiatique de Calcutta près de cinquante volumes en sanscrit, et quatre fois autant en tibétain. {European Specul onBuddliism, dans /owrw. ofthe Asiat. Soc. of Bengal, t. III, p. 885, note.)

volume de ses Mémoires (1). Peu de temps après, en 1835, publiant dans le Journal de cette Société une série de textes extraits des livres sanscrits du Népal, afin de justifier par des preuves authentiques son Essai sur le Buddhisme, M. Hodgson annonçait que la collection des livres sanscrits qu'il avait rassemblés au Népal comprenait environ soixante gros volumes, et il ajoutait à cette indication ces généreuses paroles : c Je serai heureux de procurer des copies des € ouvrages dont se compose cette collection aux corps savants qui désireront « les posséder (2). > Vers la fin de cette même année, M. Hodgson fit parvenir à Londres vingt-six volumes contenant la grande compilation intitulée Pradjhâ pâramitâ, en cent mille articles, qui faisait partie de la collection précédemment annoncée (3), et il promit d'adresser successivement à la Société Asiatique de la Grande-Bretagne, non seulement les neuf ouvrages qui passent pour canoniques au Népal, mais encore tout ce qu'il avait pu rassembler de livres sanscrits relatifs au Buddhisme (4). En etîet, une année s'était à peine écoulée depuis cette promesse, que la Société recevait une seconde série de soixante-six volumes sanscrits, tous relatifs à la religion et à la philosophie des Buddhistes du Népal (5).

Mais ce n'était pas assez pour M. Hodgson d'avoir donné à une société anglaise dont il était membre ces preuves nombreuses de sa libéralité; il voulut encore appeler la Société Asiatique de Paris à partager les fruits de ses découvertes, et il lui fit don en 1837 de vingt-quatre ouvrages sanscrits parmi lesquels plusieurs sont d'une étendue considérable (6). Ce présent fut suivi d'un envoi beaucoup plus précieux encore : il se composait de soixante-quatre manuscrits renfermant à peu près tout ce que possédait depuis peu de temps la Société Asiatique de Londres (7). M. Hodgson avait fait copier ces manuscrits pour le compte de la Société Asiatique de Paris, qui dès 1836 s'était hâtée d'accepter l'offre que faisait ce savant, de transmettre aux corps littéraires qui désireraient les posséder des copies des manuscrits qu'il avait découverts. Ainsi, grâce à ce double acte de libéralité et de zèle, la Société Asiatique de Paris, à laquelle celle du Bengale venait d'envoyer, une année auparavant, la grande collection des ouvrages buddhiques traduits en tibétain, connue sous le nom de Kah-gyur (Bkah-hgyur), possédait la plus grande partie des textes sanscrits, qui de l'aveu

(1) Transact., etc., t. III, Append., p. xlij.

(2) Journ. of the Roy. Asiat. Soc, t. II, p. 288, note 2.

(3) Ibid., t. III, p. iij.

(4) Ibid., t. III, p. vij et viij.

(5) Ibid., p. Ixxiij.

(6) Journ. de la Société Asiat. de Paris, iif série, t. III, p. 31G.

(7) Journ. Asiatique, me série, t. III, p. 557, et t. IV, p. 91.

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des Buddhistes du Bhot, comme de ceux du Népal, passent pour être les originaux sur lesquels ont été exécutées les traductions tibétaines.

La Société Asiatique ne négligea rien pour témoigner à M. Hodgson toute sa gratitude; mais il était évident qu'un des plus sûrs moyens de la lui exprimer, c'était de répondre d'une manière scientifique à l'appel qu'il avait cru pouvoir lui faire. M. Hodgson n'avait certainement pas envoyé à Paris deux collections de cette étendue pour qu'elles dormissent paisiblement sur les rayons d'une bibliothèque. Il voulait voir se poursuivre en Europe les recherches qu'il avait commencées lui-même avec tant de succès en Asie ; et c'eût été mal reconnaître les efforts qu'il avait faits pour se procurer ces manuscrits, et la générosité avec laquelle il en disposait en faveur de la France, que de ne pas essayer de porter la lumière sur quelques-uns des ouvrages qu'ils renfermaient. Je sentis, pour ma part, comme membre de la Société Asiatique de Paris, tout ce qu'il y avait d'honorable et de pressant dans l'appel de M. Hodgson, et je résolus dès lors d'y répondre autant qu'il était en moi. Telles sont les circonstances qui ont donné lieu aux recherches qui font l'objet des Mémoires contenus dans ce volume. On verra, je l'espère du moins, que ces recherches ont leur place marquée dans le cadre des études relatives à l'Inde ancienne que j'ai tracé, il y a quelque temps, à la fm de mon introduction au Bhâgavata Purâna.

Lorsque, pour la première fois, M. Hodgson fit connaître ses découvertes, il présenta au monde savant les ouvrages qui en étaient le fruit, comme les textes originaux d'après lesquels avaient été exécutées les traductions des livres qui font autorité chez la plupart des nations de l'Asie converties au Buddhisme(l). x\ucune voix ne s'éleva contre cette assertion que tant de témoignages devaient bientôt confirmer. En effet, peu de temps après que M. Hodgson eut publié sa liste des livres sanscrits du Népal, Csoma de Gôrôs, que des études poursuivies avec un dévoûment héroïque avaient rendu maître de la langue tibétaine, inséra dans le journal de la Société Asiatique du Bengale, et particulièrement dans les Becherches de cette savante compagnie, des analyses exactes et détaillées de la grande bibliothèque tibétaine de Kah-gyur, qui, comme l'indique son titre de Traduction des Préceptes, se compose de versions faites sur des ouvrages sanscrits qu'on retrouve presque tous dans la collection de M. Hodgson (2). C'est

(1) Hodgson, Quotations in proof of his Sketch of Buddhism, dans /owni. of the Roy. Asiat. Soc, t. II, p. 288; et dans Journ. of the Asiat. Soc. of Bengal, l. V, p. 29.

(2) Abslract of the contents of the Diil-va, etc., dans Journ. of the Asiat. Soc. of Bengal, t. I, p. i sqq. Analysis of the Kah-gyur, ibid., p. 375. Analysis of the Dul-va, dans Asiat. Res., t. XX, p. 41 sqq. Analysis of the Sher-chin, etc., ibid., t. XX, p. 392.

ainsi que la partie du Kah-gyur intitulée Cher-tchin (Cher-phyin), qui traite, en vingt et un volumes, de la métaphysique du Buddhisme, est renfermée tout entière, moins les derniers volumes peut-être, dans les diverses éditions de la Pradjnâ pâramitâ en sanscrit, découvertes par M. Hodgson (1).lll en faut dire autant d'un bon nombre de volumes appartenant à la section du Kah-gyur nommée Mdo-sde, et répondant à la grande division des écritures buddhiques du Népal dite Sûtrânta^ ou simplement Sûtra. Par exemple, le second volume de la section tibétaine est la traduction du Lalita vistara, c'est-à-dire d'une exposition religieuse de la vie de Çàkyamuni (2). Une partie du cinquième volume renferme la version du traité philosophique sanscrit intitulé Langkâvatara (3), ouvrage qui, pour le dire en passant, existe également à la Chine (4). Le septième volume donne la traduction du Saddharma pundarîka, ou du Lotus blanc de la bonne loi, dont je publierai prochainement une traduction française (5). Ce même volume contient, entre autres traités, une traduction du Karanda vyûha, dont le texte sanscrit existe également dans la collection de M. Hodgson (6). Le vingt-neuvième volume donne une version tibétaine très-littérale, ainsi que je l'ai vérifié moi-même, d'un recueil de légendes intitulé Avadâna çlaka, dont je m'occuperai ailleurs plus en détail, et dont j'ai déjà traduit deux livres (7). Je ne parle pas d'un nombre considérable de morceaux qui se trouvent dispersés, soit dans la section dite Mdo, et dont le Bivya avadâna de M. Hodgson donne les originaux sanscrits, soit dans la section Did-va (Hdul-va-gji). Les rapprochements que je viens d'indiquer suffisent pour prouver combien est digne de confiance le témoignage des Népalais, quand ils affirment que leurs textes sanscrits sont les originaux des versions tibétaines. Ces citations donnent en même temps une grande vraisemblance à cette opinion de M. Hodgson, qu'il n'est, dans la collection du Tibet, presque aucun traité dont on ne doive garder l'espérance de retrouver un jour l'original sanscrit (8). Si M. Hodgson s'exprimait

(1) Csomade Coros, Anal, of the Sher-chin, dans Asiat. Res., t. XX, p. 393 seqq., comparé avec Hodgson, Sketch of Buddh., dans Transad. of the Roy. Asiat. Soc, t. II, p. 224 sqq.

(2) Csoma, ibid., p. 416 sqq., comparé avec Hodgson, Sketch, elc, p. 224.

(3) Csoma, ibid., p. 432, comparé avec Hodgson, Sketch, etc., p. 224. Nous verrons plus bas que le véritable titre de cet ouvrage est Saddharma Langkâvatûra.

(4) A. Rémusat, Recherches sur les langues tartares, t. I, p. 206. Mél. Asiat., 1. 1, p. •ISl. Observ. sur trois Mém. de M. de Guignes, dans le Noiiv. Journ. Asiat., t. VII, p. 295.

(5) Csoma, Analijs.,etc., ibid., p. 436 seqq., comparé avec Hodgson, Sketch, etc., p. 224.

(6) Csoma, ibid., p. 437, comparé avec Hodgson, Sketch, etc., p. 225.

(7) Csoma, ibid., p. 481, comparé avec Hodgson, Sketch, etc., p. 224.'

(8) Letter to the secret. Asiat. Soc, dans Journ. of the Roy. Asiat. Soc. of London, t. III, p. viij. Quotations from orig. Sanscr. author. inproof, etc., dans Journ. ofthe Asiat. Soc. of Bengal, t. Y, p. 29, note f.

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ainsi avant que Csoma de Côrôs eût publié son excellente analyse du Kah-gyur, cette assertion ne peut plus faire l'objet d'un doute depuis que cette analyse nous a donné, avec le titre des traités tibétains contenus dans ce vaste recueil, celui des originaux sanscrits dont ces traités ne sont que la traduction.

Ce que je viens de. dire des livres tibétains s'applique également aux livres mongols, autant du moins qu'il m'est permis de le reconnaître, pour ceux des traités religieux dont je puis vérifier les titres. La belle collection d'imprimés et de manuscrits tibétains et mongols dont M. Schilling de Ganstadt fil présent, en i837, à l'Institut de France, renferme la traduction mongole de quelques traités sanscrits du Népal. Je citerai, entre autres, la Pradjhâ pâramitâ, en vingt-cinq mille stances, dont la version mongole forme deux forts volumes (I); le Suvarna prabhâsa, dont la version mongole est citée par M. Schmidl sous le titre d'Altan gerel (2) ; le Vadjra tchhêdika, dont on doit à M. Schmidt une traduction faite sur le tibétain (3), et deux recueils de petits traités ou formules d'une moindre importance (4). Si je ne cite pas d'autres livres, c'est que je n'en ai pas un plus grand nombre à ma disposition; mais je ne prétends en aucune manière limiter à ces indications nécessairement incomplètes la liste des ouvrages que les Mongols ont dû traduire du sanscrit, ou au moins du tibétain. C'est à M. Schmidt, qui a extrait des livres mongols de si précieux renseignements sur le Buddhisme de l'Asie centrale, qu'il appartient de déterminer l'étendue des emprunts que les Mongols ont faits à la littérature buddhique du Nord de l'Inde. Cette tâche serait d'autant moins difficile pour cet habile orientaliste, que dès l'année 1830 il affirmait que parmi les deux cent dix-huit ouvrages buddhiques dont M. Hodgson donnait la liste, la plupart avaient été traduits en mongol, et que presque tous se trouvaient entre ses mains ou lui étaient bien connus sous leur titre sanscrit (5).

Je possède moins de renseignements encore sur la relation de la littérature buddhique de la Chine avec celle du Népal, parce que les livres des Buddhisles chinois n'ont pas été jusqu'ici analysés en détail comme ceux des Tibétains, et que les titres de ceux qu'on connaît ne peuvent être aisément rendus à leur forme originale sans la double connaissance du chinois et du sanscrit. Mais ce

(1) Catal. man. de la collection Schilling, nos go et 81.

(2) J.-J. Schmidt, Mongol. Gramm., p. 142. Geschichte der Ost-Mongol., p. 307. Catal. man. de la collect. Schilling, n» 83.

(3) Catal. man. de la coll. Schilling, n» 86. Schmidt, Mém. de l'Acad. des sciences de Saint- Pétersbourg, t. IV, p. 126 sqq.

(4) Catal. man. de la coll. Schilling, nos Si, 85.

(5) Ueber einige Grundlehren des Buddhism, dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Saint- Pétersbourg, t. I, p. 92, 93.

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