DANS LA PICARDIE
De la célébrité que le carnaval avait acquise parmi les Picards , viennent les dates employées dans les anciennes chartes pour indiquer non seulement les trois
[l) Elian. de Var. butor., 1. 1. (S) Tbetanro» eut. reg.. reçut. Si. cartt SIS
derniers jours gras , mais aussi la semaine qui précède le premier dimanche de carême. Ces dates sont celles-ci : Quaresmel et Quaresmiaux. Les Quarttoniaux étaient un de* cinq termes de Tannée pour le paiement des cens dus à l'abbaye de Corbie. On lit dans un compte de cette abbaye de l'an 1331 , vieux stile: Item por les tille* (de lard) des quaresmiaux XII livres. Dans un compte de l'Hôtel -Dieu de Montdidier de l'année 1 339 : Item le semaine des quaresmiaux. Dans un accord entre le chapitre de Saint- Vulfran d'AbbcTillc et le maître de la grande école de l'année 1 458 , le terme de quaresmiaux est employé pour désigner particulièrement le mardi-gras. Ainsi quand il est dit dans l'acte que celui qui demeure roi de l'école le nuiot des Quaresmiaux doit apporter devant le Haïeur le coq qui demeurera victorieux pour en faire la choie , c'est comme s'il parlait de celui qui serait roi le lundi-graa. C'est ainsi qu'il faut interpréter l'article du rôle des présents faits par la même ville, au mois de février 1496 (1497) : Item deux quesnes de tin données auxdicts frères mineurs pour faire les Kartsmùtulx ix sols m deniers. Ce jour est nommé Quaresmel dans un registre de l'Hôtel-de-Ville de Péronne: Bemembranohe du mardi jour du Quaresmel 21 février 1331 (1332). La même expression avait passe au dernier jour gras avant le carême de l'Avent des Cordeliers de la ville d'Abbeville, suivant un compte de l'Hôtel-de-Ville do 25 octobre 1460 ou 24 novembre 1461 : deux caisnes de vin à xx deniers le /ot, données le pénultième jour d'octobre aux Cordeliers, qui audiotjour firent leurs Caresmiaulx , vi sols viu deniers.
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CARNILEVARII, CARNIPRIVII , AUTRES ÉPOQUES.
L'auteur des superstitions anciennes et modernes (1) regarde comme telles, d'enterrer le Carême prenant , c'est-à-dire un fantôme auquel le peuple donne ce nom , s'imaginant , par ce moyen , qu'il aura moins de peine à jeûner. Nous avons vu pratiquer cette sotte cérémonie en Picardie le jour des Cendres. Ce jour fit époque chez nos pères, comme les Carémaux, sous les noms de Carnilevarii et de Carnipricii. Nous lisons dans une charte du mois de janvier 1192 (1 198) en faveur de l'abbaye de Saint-Barthélémy de Noyon , qu'il était dû une poule au seigneur de Buissu, près Péronne, in Carnilevarii (2) ; dans les statuts de Vermond, évêque de Noyon « de l'année 1256, pour la collégiale de Saint-Fursi, que les chanoines doivent avoir le past in die Carniprivii; dans une charte
(l) Sapent, «ne. ci mod., 1. 1. p. J7 , col. t. (S) Culal. S. fertbol. N<ithwi„ fol. «I, r.»
de Saint-Germer de Flay , du samedi après l'Ascension 1257, que cette abbaye défait au Maire de Saint-Pierre-am-Cfaamps : unam tibiam porci ad oarniprivium (I). Comme le Camiprivium des Ecclésiastiques était distingué autrefois des Camiprivium des séculiers (2), celui-là commençant au dimanche de la Quiuquagésime , et celui-ci au jour des cendres, peut-être s'agit-il du dernier dans ce passage.
ce.
CÉRÉMONIAL DE LA FÊTE DES BRANDONS LE PREMIER DIMANCHE DE CARÊME , EN PLUSIEURS LIEUX DE PICARDIE.
Nous avons parlé ailleurs (3) de l'époque que les Brandons avaient faite dans les actes ecclésiastiques et civils de la province, mais nous n'avons encore rien dit du cérémonial superstitieux de cette fête , qui ne tait , dit Deslions, la vanité des fouxt des da nses effrénée» qu'il (le démon) ntoit fait paner en coutume pa rmi le» poy*an» , qui règne encore en plusieurs lieux de la France , tous le titre de Dimanche aux Brandon* , ainsi intitulé dans quelque» lieux ecclésiastiques (4). On portait des Brandons dans les champs en conjurant les mulots, l'ivraie et la nielle (0). On s'imaginait faire beaucoup de bien aui jardins et y faire venir de gros oignons en y portant le premier dimanche de carême un tison de feu (6). Les enfants couraient parmi les champs , le Brandon à la main , afin de rendre les terres plus fertiles (7). Tout cela s'est pratiqué dans la Picardie et la cérémonie du Brandon n'y est point encore oubliée, surtout dans les villages en deçà et au-delà de la Somme jusqu'à Saint- Valéry. Nous avons appris, en 1769, de H. le curé d'ïlangest que les jeunes-gens de son village, le premier dimanche de carême, sur le soir, prennent chacun une longue perche, au bout de laquelle est attachée une torche de paille , vont allumer ces espèces de falots et courent à travers la plaine , dansant , sautant et chantant cette chanson :
Saint Christophe, envoyei-«n de grosses (pommes) Des pquots cafignons pour manger en saison.
Ils reviennent à la maison , où ils trouvent préparé un régale champêtre , qui consiste en une jatte de lait froid. lia nomment cela la fête de Leur die, au lieu
(I) Carlul. deS.Germ. de Flay. 1. 1. p. 108.
(%) Du Cange , gU»M. au mol Carniprivitm.
(S) Vojm ei-de*Mit ebap. xci.
(4) Owliom, 1." dUconri rar le roi de U «Te, p. U.
(S) Stipent. âne et mod. iup., p. 161, col. 1." (S) Ibid., p. es . col. 1." Çl) iBid.,C0l.S.
de Behourdich. Nous trouvons la même chose dans des lettres de rémission de l'an 1414: comme il est acooustumé chatoun an , le dimanche des Brandons, faire esbatemens et dances, environ le soir, et avoir des faloz à bouchon de feut re en un baslon, et mettre le feu dedans en les appelant Brandons (1). Un spectacle bien amusant, nous disait M. le curé de l'Etoile, c'est de considérer du portail de son église, placée presqu'au sommet de la montagne, les vastes plaines du Vimcux tout éclairées de ces feux voltigeants. Le même divertissement se fait à Poix , à Conty et dans tous les villages des environs. Bores n'a conservé qu'une partie du cérémonial. Les filles et les garçons se contentent d'aller danser sous certains arbres au refrain de cette chanson picarde :
Brcaudé Breaudon
Par mendelé, par quarteron
Pour les enfeos de nos moisons.
A Beau vais, les enfants courent les rues avec des balais flambloyants , ce qui s'appelle faire le Behourdis. A Breteuil , le menu peuple va danser autour des arbres, des pommiers principalement, le jour des Bordées; c'est ainsi qu'ils nomment le premier dimanche du carême. Il n'y a plus de Brandont depuis longtemps au village de Senantes; les torches et les danses autour des arbres, pour avoir abondance de fruits , y ont été abolies de nos jours. Cette fête ne le sera pas de sitôt à Chambly , parce que le seigneur a cédé aux habitants quelques arpents de bois dans les environs pour fournir les perches nécessaires à la célébration des Brandons ; et cela pour racheter le privilège que les anciens seigneurs de Chambly leur avaient accordé de mettre tous leurs bois à contribution.
Dans les villes et les villages situés sur la rive gauche de l'Oise et du diocèse de Laon , toute la cérémonie des Brandons consiste aujourd'hui à faire uu feu le premier dimanche de carême. On faisait la même cérémonie , non seulement en ce jour, mais aussi aux dimanches suivants dans le diocèse de Soissons, comme il est évident par des lettres de rémission de l'année 1306 : Ioellui Jaquemain estait allez après souper, en la ville de Villeblain, en l'éveschià de Soismms , veoir les feux que Von a acooustumé de faire chascun dimenche en quaresme au dict pays (2). Dans le Noyonnois, les danses des Brandons n'existent plus que dans quelques endroits. Dans la partie du Ponthieu située entre la Somme, l'Authie et la (anche, on danse en rond, la torche flamboyante de paille à la main. On en fait de même dans les environs d'Encre on Albert. Les habitants d'Auchi-Ie-
(l) Trt*. des Ch*rt., regUt. US , clurt. II*. (ï) Ibid., rtgùt. 151 , ehait ISS.
Château ne s'en tiennent pas là , ils vont sautillant autour des arbres à fruits , passant le Brandon sur le tronc et sur les branches, comme pour les purifier. Ils appellent cela le jour des Bourdons. Les Brandon» ne sont éteints dans le San terre que depuis une trentaine d'années. Le peuple de Sentis ne Ta plus, comme autrefois, célébrer cette fête sur la montagne d'Aumont et y manger de la chair. Les deux discours de M. Deslions les ont fait revenir, sans doute, de l'erreur superstitieuse où ils étaient. Depuis une quinzaine d'années, M. le curé d'Acy, en Soissonnois, a aboli absolument l'usage des Brandons en réformant l'abus qui y subsistait de danser en rond autour d'un gros arbre, planté sur la place publique, nommé l'arbre de Bétisy. Dans la Thiérache, à Vcrvins , à Rosoy et dans les entours, les enfants font des feux, prennent des tisons ou des torches de paille allumée et courent dans les campagnes. Ce jour y est nommé le dimanche de» Buiret. Depuis quelques années, M. le curé d'Ittencourt a aboli dans son village le feu des Brandon*y autour duquel on dansait pour avoir abondance dois