‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 20 sur 294 · SA JONCTION AVEC LA GRANDE-BRETAGNE PAR UN ISTHME · texte numérisé non relu

SA JONCTION AVEC LA GRANDE-BRETAGNE PAR UN ISTHME

11 parait probable que la première était jointe autrefois à la Grande-Bretagne, comme la Sicile à l'Italie, la Barbarie à l'Espagne, le Negrepont à la Grèce, par un isthme qui donnait une communication libre ou du moins praticable entre les Belges et les Bretons ; que cet isthme a été rompu insensiblement par l'impétuosité des flots de la mer. Comme cette rupture avait été faite plusieurs siècles avant que les Gaulois eussent trouvé l'art de faire passer les événements aux siècles futurs , il n'est pas étonnant que l'histoire ancienne ne nous en ait rien dit : car Virgile et Claudien n'ont prétendu faire entendre autre chose, le premier par ce ver :

Toto divisos orbe BriUnnos (l).

le second par celui-ci :

.... El nostro diducU BriUnnia mundo (3).

sinon que les Bretons , et la Bretagne par conséquent, étaient séparés du cou-

(I) Lib. * . c. 17. (S) Cland. De conwl. Mallii Thwd.. v. 51.

<»/ Georg. Eck*. I\

tinent; mais les garants, comparaison faite des mœurs, des inclinations, des coutumes des anciens Bretons , c'est-à-dire de ceux qui étaient du voisinage de la Manche, avec celles des Belges, jointe aux observations physiques et géographiques des deux côtes , conviennent que l'Angleterre a été peuplée par les premiers hommes qui habitèrent la Gaule (1); que la plus part des colonies gauloises qui se sont établies dans la partie méridionale de cette isle , partirent de la Gaule Belgique (2); que l'affinité de la langue anglaise avec la nôtre , vient de ce qu'anciennement l'Angleterre était jointe par un isthme avec la France, à sçavoir par le Boulonois d'où elle a été divisée (8). C'est aussi le sentiment de M. Desraarest , auteur d'une dissertation sur cette matière , dans laquelle il n'a fait que développer le système de Musgravc : cette pièce a été couronnée par l'académie d'Amiens, en 1751 , et méritait de l'être. Nous suivrons l'auteur.

L'élévation des rivages de France et d'Angleterre , la nature des terres , la correspondance mutuelle de leurs couches, leur coupure perpendiculaire contre l'ordre que l'on remarque dans les montagnes et les hauteurs , situées sur les autres côtes , qui sont presque en pente vers les vallées , tous ces rapports frappants ont porté H. Buache (4) à dire que la montagne qui est coupée à Wissant par le détroit, et qui au-delà s'étend assez avant en Angleterre, en suivant la même direction , n'est que la continuation d'une branche de montagnes qui traverse les provinces du centre de la France. M. Gucttard (5) a observé la même interruption par rapport aux mines dont les bandes schisteuses et marneuses passaient de même de Picardie en Angleterre.

Si l'on considère la forme du détroit, on apercevra que la Manche qui a trente lieues dans sa plus grande largeur , entre l'île d'Ouessant en France et le cap Lézard en Angleterre (6) , va toujours en se rétrécissant , surtout depuis le cap de Saint-Valery qui répond à Bahihead jusqu'au Pas-de-Calais , de sorte qu'entre les caps de Blackness et deNess, le canal se trouve avoir à peine huit lieues de large. Au-delà du Pas-de-Calais, les côtes de la mer Baltique s'ouvrent par une progression successive et même plus rapide que celles de la Manche ne se sont rapprochées ; si l'on observe ensuite la disposition du fond de ce vaste bassin , on verra que la plus grande profondeur de la Manche étant de soixante-deux brasses entre Ouessant et le cap Léxard , la sonde ne descend plus qu'à seize dans la partie la plus étroite , parce qu'en cet endroit s'élève une chaîne de rochers de six

(I) Guill. MaJ«r. Belg. Britun., f i eU.

(S) Mem. de Ml., lom. p. M. 19*. 418.

(3) Borel, Tbr. de* recb. el laliq gtul. el fr»oç. p. 31.

(4) Mero. del acid. dwKieoc. de I7M, p. 419 el«uW.

(5) Ib. i en 1746 , p. 364 el laitr.

{•} Miu«r.pr*in.ropr., p. 6.

UAKS LE PAIS

cent vingt pieds de hauteur perpendiculaire au-dessus du fond de la mer , hauteur qui va toujours en diminuant du côté des côtes. Il en est de même à peu près du côté de la mer d'Allemagne. Tel est le résultat des observations faites par d'habiles Anglais , entr autres par le célèbre Halley , qui a dressé des tables des différente» profondeurs de ce détroit (I). M. Borel (2) a fait remarquer aussi que en général les mers qui ont des isthmes sont peu profondes aux endroits où étaient ces isthmes , mais beaucoup au côté; d'où il s'ensuit que le fond du détroit doit présenter le sommet aplati d'une montagne qui , en élevant autrefois sa cime au milieu des eaux , réunissait les deux extrémités des côtes de Douvres et de Calais , et séparait les deux mers. Autrement comment concevoir qu'une colonie d'hommes sans arts, sans connaissances, sans autre ressource que la barbarie, se soit déterminée à quitter un établissement vaste et tranquille tel que lui offrait la Belgique, à traverser un détroit sans avoir la première idée de la navigation , pour aller chercher une terre qu'elle connaissait à peine. On concevra encore moins que des animaux nuisibles , tels que les loups , y aient été transportés par les hommes ou en aient fait le trajet à la nage. Penser que ces premiers habitants soient éclos du sein de la terre comme des champignons, ce serait une crédulité aussi impie qu'absurde.

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