TROISIÈME BRANCHE DE LA VOIE MILITAIRE
Une autre branche partant immédiatement de Reims par la porte de Mars , Dg IE111S 4 s.«-0ceN- Ta passer la rivière d'Aisne à Bèry , Briva, où est aujourd'hui un bac au lieu du m. 1." hanche pont que les Romains y avaient construit. De là elle va traverser le ruisseau de fa»tai»t de saintla Miette, passer au milieu du bourg deCorbeny et ensuite côtoyer le» bois Ooextik. d'Anos au terroir d'Arency, qui, selon une charte de l'abbaye de Foigny de l'année 1273 (I), était contigu d'un côte r»« publiée.
On lit dans deux autres titres (2) des années 1233 et 1254 . Subtus magnam Calceiam, inter nemut quod dicitur Serain, et locum qui dicitur Bonda Rainoardi.
Un autre de l'année 1253(3) porte que le bois Serain était au-dessous d'Arenço: infrâ Arenchot. Elle laisse Aubigny à droite.
Il est mention dans deux titres, l'un de l'année 1239, l'autre de 1247 (4), d'un chemin qui conduisait à la grande chaussée , vers Aubigny : Via que de magna Cnlceia vertu* Aubigny vadit, a parte leprosorum de Bruni.
Là elle se trouvait au pied de la montagne du Vié-Laon, Viœ-Laudunenti» , sur laquelle était placé ie camp du Préfet des Sarmates-Gentils dont nous avons parlé. Ce camp était au levant et à seize cents toises de la chaussée.
D' Aubigny, elle va à Veslut: outre que l'étimologie latine Viœ-lucut de ce village l'indique, c'est que la direction de la chaussée depuis Corbeny jusqu'à Veslut est bien marquée dans deux chartes des années 1289 et 1253. On lit dans la première (5) : Magna Calceia que de Veelut apud Corbeni vadit , en passant près les bois de Bruni ; dans la seconde : Subtut Calceiam per quam itur de Veelut vertu» Corbeni. Une troisième de l'année 1252 (6) lui donne le nom de chaussée de Veslut à Reims: Inter Calceiam que ducit de Veelut Remit.
De Veslut, au lieu de tirer vers Laon , elle s'en éloignait du côté de l'est, pour passer à Athics et de là à Chambry, é*est-à-dire à dix-huit cents toises de la montagne de Laon. C'est le sentiment de M. le comte de Caylus (7); il s'est appuyé d'un titre de l'an 1254 de l'abbaye de Foigny ^8), au sujet d'un pré situé à Veslut.
{I) Carlul. fosniac.. fol. ITT, r.
(I) Ibid..rol. 1S8. T.M6l,r.
(3) Ibid., fol. las, t».
(tj Ibid., fui. 156, r, fol. 160-161.
(5) Ibid.. fol. ISA, r.
(6) Ibid., fol., 16i, r*.
(7) Retufil d'antiquitéi g«ul.t I. v, p. 318.
(8) an. «p., fol. 169, r.
Secus Calceynm que ducit de feeluy versut Chaumertj. La chaussée ta de là à Auluoy , ensuite au Mont fendu, c'cst-à-dirc coupé pour y faire passer la chaussée, après avoir laisse sur la gauche le bois de Tranloy (I) dont il est parle dans un titre d'Engucrrand de Couci , comte de Rouci, de l'an 1202. Du Mont-fendu elle va traverser la rivière de Serre , vers le village de Crécy ; d'autres disent à Poilly d'où elle tire droit à Richecourt et Séry, où était un pont construit sur la rivière d'Oise. De là, tirant sur la gauche, elle longe le terroir de Chcvresis-le- Meldeux, où clic prend le nom de Haute-Voiye , suivant le dénombrement servi au comte de Marie le 15 mars 1580, par François de Sons, écuyer, vicomte de Monantcuil. Elle passe par les villages de Montigny-sur-Clery, de La Ferté sur Pérou, de Villers-lc-Sec , ensuite deux bras de la rivière d'Oise au-dessous de la ville de Ribemont pour arriver à Catillon. De ce lieu , la chaussée est tirée eu ligne droite sur la ville de Saint-Quentin, laissant Itencourt sur la gauche et passant dans un bois appartenant partie au Décanat de Saint-Quentin, partie à l'abbaye d'Ile. Cette partie, quoique détruite presquentièrement, conserva encore Je nom de chemin Romeré, via Romanorum. De La Neuville-Saint-Amand elle descendait par la rue Mairesse, Vicut-Major ; du faubourg d'Ile, droit au pont Terrescend, comme nous l'apprend une charte de l'année 1045 d'Othon, comte de Vcrraandois (2),
en faveur de l'abbaye de Saint-Prix : a Ponte Terretcende utque ad campum
veterit villœ. On dit que cette branche de chaussée est très-bien marquée encore en plusieurs endroits par de grandes levées de terre et des chemins verts.
Le pont Terrescend est célèbre par la découverte du corps de Saint-Quentin que Rictius Varus avait fait jeter dans la rivière de Somme, près de ce lieu, disent les actes de l'invention des reliques du saint (3), où passait le chemin qui conduit d'Amiens vers Laon: juxta fluenta Somine, ubi via publica trannt ab Ambianensiwn civitate veniem contra Laudunum: ou ce qui dit la même chose (A),juxta flutium qui vocatur Somna , ubi trannt agger publiou* qui tenit de Ambianensium civitate etpergit contra Lugdunum clavatum. Ce pont était un peu plus bas que celui qui correspond à la porte d'Ile. Il n'y eut point de pont dans cette partie jusques vers l'an 950, qu Anselme, abbé de Saint-Quentin, en fit construire un en pierre pour la commodité de ceux de la ville (5), qui jusque là avaient été obligés de venir en bateaux visiter les reliques de Saint-Quentin : Qyapropter tuprd memoratus Antelmus primum cmstruxit pontem uixigenum t perquem citiut veniretur ad insulœ locellum. Nam antea nnvigio veniebalur.
(1) Preuv., part. II. u«. (») AH., n.» SÎ99.
(i) Hem. Aug. Virom. rfg., p. 30. (5) Hrm. Sop., p. «3.
(3) CcJci fcg.. a: ÏS7S.
Du pont de Terrescend, la chaussée cuirait dans l'Auguste de Vcrmandois et en sortait par la porte que nous nommerons Porte d' simiens , qui répondait au détroit de Pontoilles. On lit dans un ancien bornage de la banlieue de Sainl- Quentiu (1): item li destroil de Pont eul les dure toute le cauchie de devant le four de Ponteulles des tes à le porte et au lie* devant Saint-Nicaise et dure encore toute la cauchie des Kes à Puisot. Il parait qu'au détroit de Pontoilles, la chaussée se partageait en deux branches. •
La principale branche va passer sur le territoire et dans les bois d'Holnon. de samt-qcemtin a Une charte de l'hôtcl-de-ville de Saint-Quentin de l'année 1295 (2), «mi fait •«»"■• nvx*** mention en ces termes: Calceia, in territoriode Holnon; ensuite la petite rivière "A>cnE nE fsl*T~ d'Aumignon â Marterille où elle est nommée la cauchie dans un titre du mois °lE*mde septembre 1260 (8), puis au pied du camp de Vcrmand. Mous avons observé en cet endroit que la chaussée avait pour base un lit de gros cailloux de deux pieds environ d'épaisseur: que ce lit était chargé, sur un pied et demi, d'un second lit formé partie de gros cailloux, partie de morceaux de grés liaisonnes ensemble avec du sable; que celui-ci en avait un troisième, d'environ quatre pouces, qui n'était que de l'espèce de cailloux qu'on nomme cornus dans le pays: qu'enfin, le tout était recouvert de cran, à l'épaisseur d'un pied. Du camp de Vermand, elle passe sur les confins des terroirs de Pœuiily, de Vraigncs, de Cauvigny, de Tertry (4) , suivant une charte du mois d'août 1240 : in territoriis
de Peulli et de Vrignes et de Cauvigni subtui Calœiam versus Ais justa
terrant Bartholomei Le Cet très mencoldos de super Calceiam, et une autre du mois de juin 1248: in loco tenenti ad Calceiam versus Tritrich ocloginta'viryœ, tribus virgis minus (5); puis à Etrée, Estrees in Calceia, dit un titre du mois de juillet 1296 (6). Arrivée à Brie, Briva, la chaussée y traversait la Somme sur un pont qui a laissé son nom moderne à un hameau qui est de l'autre côté de la rivière. Ce lieu, ainsi que le pont, appartenait en 1108 et en 1197 au prieuré de Lihons en Santerre (7). M. Lenain , ingénieur du Roi , parle de celte chaussée passant par Bric et Pout en ces termes (8) :
a Une chaussée militaire des Romains vient aboutir au village de Bric et se » reprend au-dessus de Pont. C'est une des cinq chaussées militaires de la » Belgique qui part de Bavai en Hainault et va passer à Amiens: et cependant
(I) Archives de l'bAltl-de-rille de Sainl-Qaenlin. (S) Cariât, aller., roi. 10. »*.
(ï) Cart. S. Qnenl., p. M. (7) Carlul. I.elwn., fol. IS, r." el Ifl. r.
(3) PreuT.. part. I, (*) Plani MS8. de* |««agM de la riy:ére de Somme.
(« Cari. S. BarOiel. aoriom., fol. 187, r. ««•
15} PreuT., part. II.
» nous ne voyons pas de marques de passage affermi dans les marais ni sur la » rivière en ces endroits. »
De la, elle va gagner Villers-Carbonnel , nommé Villert-en-le-Cauchie , en un titre du mois de juillet 1263 (1). Elle est couverte de verdure depuis la Somme jusqu'à ce village exclusivement, et en assez bon état. Entrée dans le Santerre, elle va à Etrée, en côtoyant le terroir de Uarleu. Il est mention de cette chaussée passant au terroir d'Etréc dans une charte du seigneur de Nesle de l'an 1 146 (2) en faveur de l'abbaye de Saint-Crépin-lc-Grand de Soissons. Elle va de là à Faucocourt. Elle traverse le territoire de Proyart : plusieurs journaux de terre de ce terroir sont situés les uns au-dessous le cauchic en Coron ki vient vert la voie de Fremerville ; les autres, par devert Proyettel , detout la cauchie ; d'autre enfin , dateur le cauchie Saint-Vaat , comme |>ortc un partage des dixmes de Proyart, dont l'église est sous le vocable de Saint-Vast , entre la collégiale de Saint-Fursi de Péronneet le prieuré de Lihous, du mois d'août 1257. De là elle entre dans le bois du Sart, suivant le dénombrement fourni le 13 novembre 1674 à l'abbaye de Corbie, par M. le marquis de Fcuquières, d'un fief qu'il tenait du comté (3). Le territoire de Fcuquières s'étendait aussi en deçà et au-delà de cette chaussée , suivant les lettres du prieur de Mericourt-sur-Somme, de l'année 1326 (4): Subtut tuprà Calceiam, us que ad viam que duoit de Mourecort apud Lihunum.S... usque ad vallem de Flequieret, ad partent subtut Calceiam,
vertus dictam vallem de Flequieret tuper Calceiam ad partent versut
Framerville.
Il est dit aussi que le terroir de Cauviller est tout entier au-dessous de la chaussée : Item territorium de Caviler non te extendit subtut Calceiam , ted totum ett tupra Cnlceyam.
En passant sur le terroir de Bayonviller, elle laisse des indications que l'on retrouve dan» les chartes. La collégiale de Saint-Quentin inféode, en 1266, deui journaux et un quart de terre , juncta Calceie ex una parte (6). Elle vend en 1311 (6) dix-sept journaux de terre séant en une pièce, au lieu que l'on dit Lambert-Selve , tenante d'une part à le cauchie , par lequel on va d'Amient à Saint-Quentin. On lit dans un autre titre de la même église du mois de novembre
1267 : A le Turele ad Calceiam ad Auteut ad Calceiam. Un fief de l'abbaye
de Corbie situé à Cérisy avait onxe journaux de terre le long de la cauchie de
(I) Canal. S. Dartbot., lup., fol. Vf], r>. (4) Certultlre de Llbon», fol. 47, r.
(3) PreuT., pari. II, n*. (5) Cirt. SL-Qainl. ISol. O., p*g. Si.
(S) Arcb. de l'tbb. de Corbfc-, irai. 3, S, n.« 5. (6) Ibld., p. 4J.
Bayonviller, au lieu que l'on dit le Vieil-Qaroug , suivant un dénombrement servi à cette abbaye en 1320. On lit Qarrouge dans des lettres du prieur de Méricourtsur-Somme, citées ci-dessus. On ne sait (1) si les quatre journaux et quinze verges de terre situés à la cauchie , dont Jacques Palet de Vers donne son aveu à la même abbaye en 1291 , ne faisaient pas partie d'un autre fief. La chaussée passe au milieu du village de Lamotte en Santerre et à l'extrémité du terroir d'Abancourt, village ruiné, où était une colonne milliaire, Vie» Pierre, vieille pierre dans l'acte de fondation d'une chapelle dans ce village , au mois de mars 1221 : Tria jornalia et tret quartier, tribut virgi» minus , ad vie» Pierre. Elle laisse Warfusée et Villers Bretonncux du même côté (2), gagne par la vallée le village de Longueau , y traverse la rivière d'Avre , passe entre les vignes et les marais de la Bouteillerie , suit la chaussée de Saint-Acheul, ainsi nommée dans une ancienne notice des droits de l'Rvêque d'Amiens, jusqu'à la porte de la cité où saint Martin donna à un pauvre la moitié de son manteau.