CHARLES IX
Pour éviter la confusion qui résultait de cette multiplicité d'époques, le roi Charles IX les ramena toutes à la romaine, et fixa pour toujours le commencement de l'année au 1." janvier par l'ordonnance de Houssillon de l'an 1564, ou plutôt, suivant l'extrait des registres du bailliage d'Amiens que nous donnerons parmi les preuves, par l'édit fait aux Etats d'Orléans. Le Parlement de Paris ne s'y étant conformé qu'en 1567, c'est-à-dire n'ayant commencé qu'au mois de janvier 1566, vieux style, l'année 1567, le bailliage d'Amiens n'adopta cette réformation qu'au mois de février suivant. Voici la date de son enregistrement : 7 de février 1 566 et 1 567, date renouvellèe au premier janvier. Elle fut enregistrée postérieurement dans les prévôtés ressortissantes audit bailliage. L'église de ISoyon ne commença à compter suivant le nouveau style que le I" de janvier 1568 (8) ; l'église de BcauTais, douxe ans plus tard (4), c'est-à-dire qu'elle n'exécuta l'ordonnance de 1564, que le 1." de janvier 1580. Deiff ans après, le roi Henri III donna un autre édit le 3 de novembre 1 582 pour retrancher dix jours de la môme année ; il fut publié à Amiens le 0, pour compter 20 au lieu de 10, et commencer l'année 1583 sept jours après la fête de Noël (5). Le Chapitre de Saint-Fursy de Péronne (6), le samedi 17 de novembre, enjoignit aux curés et aux chefs des
(l) Disl. géneal. de Montmor.. pr., p. tu. (l) Aimas, de Beau*. 1700, p. 6.
(1} TiouT. Utile de diplon.,'lom. r», p. 4M, oote. (5) Pr., put. i. n*...
(3) BegUI. cap. an t«S. («) BegUI. capital., an t&M , fol. SS, rect.
communautés de la ville de commencer le jour même les vêpres de l'A vent , et le lendemain 18 le premier dimanche, selon le nouveau calendrier, c'est-à-dire le calendrier reformé par Grégoire XIII.
RELIGION BELGICO-GAULOISE.
La religion des Romains ne prévalut, aussi que pour un temps sur celle des culte hindi u\ Belges. Il n'est point de peuple qui n'ait eu un culte particulier de religion, êléiiemts kt wx suivant les idées plus ou moins nettes qu'il avait de l'Etrc-Suprème. Trop éloignés de la pureté de la source , nos pères prirent l'ombre pour la réalité, et , à l'exemple des autres peuples, ils se forgèrent des dieux. Mais à travers les épaisses ténèbres qui voilent leur culte bizarre, on aperçoit comme dans la langue et la chronologie une communication avec des peuples éclnirés , et ce qu'ils avaient ajouté à des emprunts plus anciens, ainsi qu'à des usages particuliers à toute la nation gauloise. Leur culte laisse entrevoir qu'ils avaient conservé quelques idées de la divinité. Ils étaient si persuadés qu'elle ne pouvait être renfermée dans aucune enceinte, ni représentée sous aucune forme corporelle, qu'ils n'avaient ni temples, ni statues; et, dans les provinces où ils en trouvaient, ils avaient grand soin de les détruire. Les autres nations, disait Cicéron (1), prennent les armes pour leurs religions ; les Gaulois les prennent contre la religion de tous les autres peuples: Cœterœ pro religionibus tut* bel In suteipiunt, i»tœ contra omnium relitjione». Mais cette divinité suprême était émanée , suivant leur façon de penser, d'une infinité de divinités subalternes, ou plutôt de génies, dont chaque partie du monde visible était le siège et le temple. Il y en avait dans la terre , dans l'eau, dans le feu, dans l'air, dans les astres; les arbres, les forêts, les fleuves, les montagnes , les rochers , les vents , la foudre , les tempêtes en contenaient aussi et méritaient par là un culte religieux.
On croit que les Gaulois, en général , avaient emprunté des Perses le culte religieux qu'ils rendaient au feu et à l'eau , au soleil , à la lune et aux étoiles (2). En effet , Pline assure (3) que les Gaulois et les Perses pratiquaient si bien les mêmes cérémonies qu'on eût dit que les uns les eussent prises des autres ; mais ces deux peuples avaient-ils les mêmes motifs en offrant les sacrifices au feu et à l'eau P 11 est certain que les Gaulois croyaient qu'un jour ces deux éléments pren-
fl) Oral. pro. Fonlcio. (S) Plin. . I. 90.
(I) Emut, mjlh., lom.n. p. ji».
draient le dessus (1), c'est-à-dire que tout se résoudrait en feu et en eau. Dans les commencements, le culte devait être dirigé vers l'intelligence qui animait ces êtres et non vers l'objet visible ; telle fut la religion des Belges avant qu'elle eût été altérée par le commerce avec les peuples qui, passant pour plus policés, avaient aussi donne plus d'essor à leur imagination.
ai v AtiBEs, Au culte des astres et des éléments ils joignirent celui des arbres, particulicrc-
rAïnci liibement ment celui du chêne ; robora, dit Claudicn , nummù inxtar (2). Rien n'égalait le w ciièse. respect qu'ils portaient à ces bois sacrés, robora sacra (3), soit qu'il eût son principe, comme plusieurs l'ont cru, dans le chêne de Membre sous lequel Abraham invoqua le nom du Seigneur (A) ; soit qu'il Tint des actes de religion que les premiers hommes habitant les forêts firent sous des arbres, car cette coutume a pu passer à leur postérité comme une pratique religieuse dont on ne devait pas se dispenser ; soit enfin qu'il eût son origine dans une certaine correspondance de la vénération qu'ils avaient pour les forêts , avec le culte qu'ils rendaient aux astres et aux éléments. En effet , comme nos pères avaient été portés , sans doute , à honorer le soleil et la lune, parce que le premier, en dissipant les ténèbres et en échauffant leur terre , la seconde , en les éclairant pendant la nuit , leur procurait un bien sensible; c'est ainsi que les Germains, dit César (0), ne reconnaissent point d'autres dieux que ceux qu'ils voient , et ceux dont ils reçoivent évidemment quelques bienfaits: Deorum numéro eos solum ducunt,quos cernunt, et quorum opibus apertè juvantur. De même les Gaulois, voyant ces deux astres se perdre dans leurs épaisses forêts et en sortir, il n'en fallait pas davantage pour leur faire croire que ces forêts étaient le temple des deux divinités, et pour former dans l'esprit de ces hommes grossiers une espèce de consécration de ces lieux. Les eaux pouvaient avoir été consacrées de même par ceux qui habitaient les côtes de la mer et le voisinage des grandes rivières.