‹ Introduction à l'histoire générale des littératures orientales: leçons faites à l'UniversitéChapitre 8 sur 9 · V. Groupe Tartare ou Tatare · texte numérisé non relu

V. Groupe Tartare ou Tatare

Le nom de ce groupe de peuples et de langues est une dénomination vague dont les historiens Européens ont étrangement abusé; il a été appliqué aux races du nord de l'Asie sans distinction ; cependant il ne convient qu'à la seule race des Mongols, ain^ appelés le plus souvent par les écrivains étrangers (1). Evidemment , le nom de Tartares ne peut être donné que par convention à l'immense groupe de peuples et de langues échelonné dans l'Asie septentrionale des frontières de la Chine aux bords de la mer Caspienne. Peut-être serait-il mieux de l'appeler groupe de la haute Asie ( hoch asiatisch), comme l'a proposé un Orientaliste allemand dans un travail grammatical sur cette classe de langues (2). L'usage a consacré jusqu'ici le mot Tartares, qui n'est pas même d'orthographe Asiatique et qui ne provient en réaUté que d'un jeu de mots, mainte fois rapporté : il faudrait s'en tenir au nom indigène, Tatar, Tatares, comme on le trouve dans les sources Chinoises ainsi que dans la plupart des livres Orientaux et des historiens Musulmans.

Nous trouvons dans Je groupe des langues Tartares ou Tatares trois familles principales qui sans doute n'ont point de rapport nécessaire et qui sembleraient être trois souches différentes de langues , mais qui d'autre part sont rapprochées par le même lien qui unit dans l'histoire les peuples envahisseurs de la haute Asie (3) :

(i; « Was sind Tataren?» Klaproth, Àsia Poty^fZ., p 202-9.

(2) W. ScHOTT, prof, à Tuniv. de Berlin, dans sa dissertation intitulée: yersuchûber die Tatarischen Sprachen (Berlin , 1856, 4** — p. 2).

(3) Des études spéciales sur le groupe entier sont déposées dans Tou-

i'' La famille Toungouse est celle qui répond aux peuples de rAsie Orientale, habitant la Mandschoarie entre la Chine et les déserts du Nord : ses langues sont divisées en général , comme les populations elles-mêmes, en deux classes, celle des Mandschous, race conquérante de Fempire Chinois, et celle des Toungouses, restés barbares à l'Est de la Sibérie même sous la domination Russe.

^ La famille Mongole est celle qu'on peut appeler proprement Tatare; elle appartient aux populations placées entre les puissans états de la Russie, de la Chine et du Tibet, et elle se subdivise dans les idiomes suivans : le Mongol, langue cultivée sous l'influence des idées Bouddhiques, le Bouréte , le Kalmoiick ou OUte,

S"* La famille Turque, répandue à l'Ouest des deux familles précédentes, possède un grand nombre de langues cultivées par une race puissante, mêlée à toutes les révolutions intérieures de l'Asie. Les branches principales de cette famille de langues sont :

a) L'OuïGOUR ou Turk orientai, dont l'alphabet , réputé longtemps d'une antiquité fabuleuse, a été emprunté aux caractères Estrangelo portés dans l'Asie centrale par les Nestoriens de la Syrie; b) le Tchakatéen, poli comme l'Ouïgour par une culture littéraire ; c) le Kuptschak, parlé par les Turks civilisés des gouvememens Russes de Kasan et d'Astrakan :

d) Le Turk ou Osmanli, qui règne dans les Turquies d'Europe et d'Asie avec la race Ottomane , maîtresse de Constantinople , et qui a été propagé par son influence jusque sur les côtes de Barbarie :

e) Le KiRGHis, qui domine dans les vastes régions du Turkestan ; f) trois dialectes qu'on peut regarder comme langues

vrage d'Abel Rémusat {Recherches sur les langues Tartares) et dans Vj4sia Polygl. de J. Klaproth (p. 210 suiv. ) : elles sont mises à profit par Balbi dans le tableau VIII" de son Atlas ethnographique.

sœurs : le Nogaïs avec leTchoulym ; le Yakoute, usité au N. E. de la Sibérie, le Tchouwache, répandu dans la Sibérie méridionale.

Page 1