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Introduction à la chymie: manuscrit inédit de Diderot

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A Monsieur Charles Richét

NOTICE ' PRÉUMINAiRÉ

Dans son Pian d'une Université pour le gouvernement de Russie, écrit vers. 1775 pour Catherine II,' Diderot insiste beaucoup sur Putilité de la chimie (i) : « Lé dffmiste Becker a dit que les physiciens n'étoient qUe des animaux stupides; qui ïéchoient la surface des corps, et ce dédain n'est pas tout à fait mal fondé; Rien n'est simple .dans la nature ; la chymie analyse, compose, décompose; c'est la rivale du grand ouvrier. L'athanor du laboratoire est une image fidèle de l'athanor universel. C'est dans le laboratoire que sont contrefaits l'éclair, le tonnerre, la crystallisatiôn des pierres pré" cieuses et des pierres communes, la formation des métaux, et tous les phénomènes qui se passent autour de nous, sous nos pieds, au-dessus de nos têtes. Quel est l'art méchanique où la science du chymiste n'entre pas ? L'agriculteur, le métallurgiste, le médecin, l'orfèvre, le monnoyeur, etc., peuvent-ils, s'en passer ? S'iJ

(i) Comparez Œuvres complètes, édition Assézat, toroo IIJ, page 46?.

8 ' • Introductiàa à la Ckymie.

n'y avoit que tr^à» sciences à apprendre, et qae le choix s'en fit pour 9(»s besoins, ils préfèreroient la mèchaniqoe l'histoire naturehe et la chymie. »

Pttis, passant aux livres classiques à recommander, Diderot ajc^^ei .: < W y ^ ^efai Hémens (ie chymie sans x^oiD.bre> il y en a en françois, il y en a en allemand. 'Makce qu'il y auroit de mieux à faire, ce seroit de se procurer les cahiers de Rouelle, revus, corrigés et augmentés par son frère et le docteur Darcet, et de leur enj.oindrede faire l'application des principes aux phénomènes de la nature et à la pratique des ateliers, moyens ée pertejcjionoer la pli^sique et d'écjairer le^s arts méçhaniques^.»,; ^

Djderot ajmait beaucoup Rouelle et lui consacra une très érjiue notice nécrologique (i). Il y avait d'ajlleufs entrecesdeux hommes plus d'un rapport : c'était le même désintéressement, la môme bonté pour les pauvres et les déshérités, la même ardeur pour le progrès des lumières, le même emportement d'improvisation, la même richesse d'idées, la même violence de caractère, la même expérience 4e loogs et difficiles débuts ; pour la distraction et le laisser-aller, Rouelle était sans égal. Ni de latin ni de français il ne se piquait; peu lui importaient barbarismes et solécismes : « Sommes-nous donc ici à l'Académie du b^au parlage ? » s'écriaît-il, allant de l'avant dans ses démonstrations. On conçoit qu'il se soucia fort peu de publier ses cour^ ; cependant c'est son enseignement qui a formé Lavoisier et la grande famille des chimistes ses contemporains ; ce sont ses leçons qui

(i) Œuvres complètes, édition Assézafj tome VI, page 405,

Notice préUminairâ,

ont inspiré à la société parisienne d*alors ^ passion do U chimie : tout le n)onde courait entendre le modeste pharmacien de la place Maubert ; la mode s*en mêla ; et les modes né sont jamais indifférentes au progrès de la science.

Ces cours, Diderot les suivit pendant trois ans. M. Etienne Cbaravay possède un manuscrit in-folio de > 614 pages, au commencement duquel on lit cette précieuse note : Cours de chymie ou Leçons de M, Rouelle recueillies pendant les années 1754-55, et rédigées en 1756. revues et corrigées en 1757 et ^B par M. Diderot. (Copié sur l'original écrit de la propre main de Diderot.) C'est un précis, nécessairement un peu sec, mais qui témoigne d*un énorme travail, d'une incontestable compétence et d'une vraie passion pour le professeur (i).

La Bibliothèque Nationale possède une autre copie, destinée à une duchesse, qui présente, comme le manuscrit que je viens de citer, en deux gros volumes petit infolio de 985 pages, le recueil des leçons de 1754 et de 1755, rédigé en 1756, revu et corrigé en 1757 et 1758. C'est le travail de Diderot, très développé par un anonyme; onne saurait admettre, en effet, que Diderot ait consacré 985 pages in-folio à un ouvrage qui venait de lui en coûter 614 ; d'ailleurs, il n*y a aucune trace de son style en cette rédaction.

M. Hœfer avait en sa possession deux cahiers du cours de Rouelle (2) ; dont M. Grimaux semble avoir fait Tac-

(i) C'est à M. Maurice Tourneùx que je dois de connaître l'existence de ce manuscrit.

(2) Histoire de la Chimie, tome II, page 389.

to Introduction à la Chymie.

quisitioa, il en sigaale d*autres chez Darcet qu*il serait sans doute intéressant de retrouver et d*étudier. En attendant, dans le catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Bordeaux» dont le tome I"* a été publié par M. Jules Delpit en 1880, j'ai rencontré un élément très Important de la question. C'est, sous le n» 5(^4, un m^aus» crit intitula :

GOUHS DC CHYAIIC DE M. ROUELLE Réoioé PAn V. DiDEROT ET éCLAlRCI PAR PLUSIEURS NOTES ,

Le catalogue ajoute que le manuscrit est écrit de la main de François Latapie de Paule en 1769.

En effât, tome I, on lit en bas du frontispice : Latapie 4r/ineav. 1709. Ce Latapie n'est pas un inconnu. François Latapie de Paule fut membre de l'Acadéniie de Bordeaux avant la Révolution, professeur de botanique pendant la Révolution, puis professeur et directeur de l'école centrale de la Gironde ; cette date de 1769 est sans doute la date de la copie du Cours de Chymie qu'il a écrite tout entière de sa main : il le déclare dans un catalogue de ses livres d'histoire naturelle conservé à la bibliothèque de la ville. Toutefois les notes consignées sur les feuillets interfoliés sont postérieures : elles ont été rédigées de 1772 31778 et, sans doute,pIus tard. En voici des preuves au hasard.

Tome II, en face de la page 155 : « M. Rouelle le jeune nous a montré de hcanelle d'une espèce supérieure à la canelle ordinaire du commerce, et qui commsnce à être en usage depuis sept ou huit ans (en 1772). »

Tome VI, en face de la page 839 : « Il nous a dit son secret [M. Rouellcle cadet] (cette année 1773). »

Notice prèliminaîre. IX

Tome Vin, en face de la page 1064 : « Le sieur Biberel» chaud ronniei* de Beauvais en Picardie, vient dC découvrir (en novembre 1777) un nouveau procédé ponr étamer le cuivre. »

Tome VII, en face la page 1004, un antidote contre le vitriol blanc est extrait de V Esprit des Journaux, juillet 1778.

Les notes sont de Latapie. Toms II, en face de la page 222, on lit : « Nous avons une sorte de résine à Bordeaux qu'on appelle galipot et qui découle des arbres, par incision ainsi qu'en Provence. » Cestun homme qui a voyagé, fort érudit, très intelligent, qui critique souvent avec finesse les cours de Rouelle et les complète.

Voici quelques renseignements qui me paraissent inédits :

Tome III, en face de la page 379, sur Teau spiritueuse de lavande :« Ce fut M. le comte de Caylus qui, charmé de Todear douce de Teau de lavande des dames de Fres< sel, engagea feu M. R. à faire des essais pour découvrir leur secret. Il y a apparence qu'il y est parvenu, puisqu'il a enlevé toute cette odeur de térébenthine qui reste à l!eau de lavande ordinaire après qu'on s'en est frot^ les mains. Voici en quoi consiste ce secret : sur 9 de fleurs de lavande jettez demi-livre de romarin et distillez. » Je citerai encore cette remarquable réflexion (tome IV, page 513) : «La thymie connoît^elle encore les loiî infinies .des* combinaison^ et des altérations des substances? Savons-nous en dernière analyse ce que c'est que la terre, l'eau, le phlogistique ? » Et celles:! (tome IV» page 514) : « ...Cette terre, ces chaux, qui présentent des qualités si différentes, sont-ce véritablement des

12 Introduction à ta Chymie,

êtres simples ? ils ne le sont que relativement à la force des agents que nous employons. Avant les belles expériences de Newton, qui n*eût pas soupçonné l'homogénéité dans un rayon de lumière ? » Ses additions sont inspirées surtout par les cours de Rouelle le jeune, qu'il cite presque à chaque page, et dont il a été l'auditeur assidu; il mentionne aussi les cahiers de Darcet.

Quelle est la part de Diderot dans ce Cours de Chymie ? Il l'aurait rédigé tout entier, s'il en faut croire le titre ; mais il y a là une exagération ; et en même temps ce n'est pas assez lui rendre justice, comme nous allons voir.

Les manuscrits de Bordeaux diffèrent des manuscrits de la Bibliothèque Nationale : i^ par les prolégomènes (la matière du premier volume) rédigés tout différemment et supérieurement; 29 par un assez grand nombre d'interpolations dans le texte renfermées entre deux crochets ; $^ par les notes des feuillets interfoliés ; 40 dans le tome VII il y a plus de développements sur la dissolution du zinc dans l'acide nitrèux, et dans le tome VIII plus de développements sur la calcination du fer par le soufre ; $^ après le tome VI il -y a une grande lacune, sans doute la matière d'un tome disparu swt les pierres et les terres. Ces différentes établies et Je premier volume réservé, les tomes II-IX' ne diffèrent du manuscrit de Paris que par le changement perpétuel de « je dis », « je fais », etc., en « M. Rouelle dit », « M. Rouelle fait », etc.

Ce^ différences sont l'œuvre de Rouelle le cadet et de Darcet.

Notice préliminaire, 13

Examinons les notes de Latapie. 11 suffit de les parcourir pour y rencontrer à chaque page importante les noms de Rouelle le cadet et de Darcet. Je cite au hasard :

Tome II, en face de la page 176 : M. Rouelle le cadet a voulu éprouver s'il seroit possible d'épuiser les cendres de leur alkali par 60 lotions et évaporations succès^ sives... Tome U, page 177 : M. Rouelle le cadet prétend que cette terre n'est point calcaire ni absorbante, mais fondante et vitrescible (il s'agit du résidu de la calcinatien d'une plante), etc. Et tome V, pag2 561 : M. Darcet a démontré que les terres et pierres calcaires sont très fusibles,.. Tome V, page 564: Af. Darcet ayant renouvelle les expériences de Florence a trouvé que le diamant se délruisoit au feu, etc. Ces citations fréquentes des cours de Rouelle le cadet et des cahiers de Darcet constatées dans les hôtes du chimiste bordelais, sont une première probabilité en faveur de l'hypothèse qui nous leur fait attribuer les différences entre les manuscrits de Paris et de Bordeaux. Rouelle le cadet, qui succéda à Rouelle l'aîné dans la chaire du Jardin des Plantes, ne pouvait manquer de communiquer à ses auditeurs le cours de son frère, modifié suivant ses vues personnelles. N'est-il pas naturel que Diderot recommandât à l'impératrice Catherine un cours qu'il connaissait si bien ? Mais voici' que le cadet est cité lui-même dans le cours du texte. Nous lisons dans le tome VI, page 839, du manuscrit de Bordeaux : « L'alkali volatil qu'on retire du sel ammoniac par l'intermède de la chaux vive a des propriétés singulières. Il ne prend jamais la forme concrète et on l'a toujours en liqueur. M. Rouelle le cadet prétend être le maître de ce sel sous forme concrète ou

14 Introduction à la Chynùe.

âaide à sa volonté. » Cette dernière phrase manque dans le manuscrit de la Bibliothèque Nationale : nouvel indice que nous sommes bien en présence des « cabieri de Rouelle, revus, corrigés et augmentés par son frère et le docteur Darcet », que Diderot recommande à Catherine pour ses Universtés.

Diderot a-t-il tenu dans les interpolations de ces oeuf volumes la plume de Rouelle le cadet et de Darcet ? C'çst possible. En tout cas, il a été plus que simpU rédacteur dans les prolégomènes du nouveau cours.

Il faut se souvenir d*abord que Rouelle n'était pas le moins du monde érudit : de plus, les notes prises par Diderot à ses cours de 1754 et de 175;, et qui constituent le manuscrit de M. Charavay, sont presque nuUe$ au point de vue historique : très incomplète encore est l'introduction historique du cours de la Bibliothèque Nationale. On est ainsi conduit à attribuer une très grande part à Diderot dans l'élaboration de U partie historique et à considérer tous les cahiers de cours postérieurs à 1757 et à 1758 comme ayant directement ou indirectement mis à contribution son travail. Dans les généralités qui terminent ces prolégomènes, il est encore plus lui-même, s'il est possible. Je ne dis rien de cette remarque au moins déplacée dans un cours de chimie : « moins de prières et plus d'argent, voilà le but des ministres de l'Eglise », qui est bien de l'auteur de& ÉUuthéromanes ; mais on me permettra d'attirer l'attention sur les lignes consacrées aux vitraux des églises gothiques : ce sont en des termes plus vifs les idées qu'il exprime à Grimm dans son Essai sur la Peinture : « Il ne s'agit point ici, mon ami, d'examiner le

Notice préliminaire, 15

caractère des différons ordres d'architecture, encore moins de balancer les avantages de l'architecture grecque et romaine avec les prérogatives de Tarchilecture gothiqu3, de 'vous montrer celle-ci étendant l'espace au dedans par la hauteur des voûtes et la légèreté de ses colonnes, détruisant au dehors l'imposant de la masse par la multitude et le mauvais goût des ornemens, de faire valoir l\nalogie de l'obscurité des vitraux colorés avec la nature incompréhensible de l'être adoré et les idées sombres de l'adorateur... »

Ces préjugés, que tout le xvm^ siècle partageait, n'empêcheront pas le lecteur de rendre hommage à l'esprit scientifique de ce morceau inédit, d'une incomplète érudition pour nous, mais qui appartient en somme aU cours de chimie le plus célèbre de l'autre siècle, à celui qui aéduqtiè la génération des chimistes rénovateurs de la science. Jamais aucun génie n'a été précurseur dans tout le domaine de l'esprit ; peu l'ont été autant que Diderot.

En résumé, le manuscrit de Bordeaux renferme :

10 La rédaction du cours de Rouelle l'aîné, — rédaction qui se retrouve dans les manuscrits de la Bibliothèque Nationale et qui a été faite par un anonyme, sans doute, sur des notes prises par Diderot et consignées dans le manuscrit de M. Charavay;

2° Des additions de Rouelle le cadet et de Darcet ;

30 Des «additions de Diderot, sensibles surtout dans les prolégomènes publiés ci-après.

4® Des notes interfoliées de Latapie, un savant bordelais qu'il m serait pas sans intérêt de remettre en lumière. Charles HENRY.

PAR DIDEkOT

tf

. « Noo enim aliunde animo venit robur quam a bonis artibus, quam a contempiatioae natura^. >

(Senec, Nat, qu<est., lib. YI.)

La Chymie considérée dans toute son étendue et restrainte à ses vraies limites est une science qui s'occupe des séparations et des unions des principes ébnstituans des corps, soit qu'elles soient opérées par la Nature, ou qu'elles soient les résultats des procédés de l'Art, dans la vue de •découvrir les propriétés et les usages de ces corps. Combiner et décomposer ^ voilà où se

i8 Diderot.

réduit tout l'art du chymiste. La synthèse et l'analyse sont les deux opérations générales et fondamentales de la chymie.

Les auteurs étymologistes sont peu d'accord sur l'origine du mot chymie. Les uns le dérivent du mot gr^C' X'j^Jid; qu| signifie suit, se |>ndant sur la décomposition que la chymie fait des corps, sur l'examen qu'elle fait de leurs ^p^rties constituantes^ et, pour ainsi dire, de leurs sucs ; les autres le tirent d'un mot arabe qui signifie caché, Zozyme Panopolite prétend que la chymie a été apprise aux hommes par les Génies, enfans de Dieu, qu'un amour criminel fit allier aux femmes, et que ses secrets furent écrits dans un livre appelé -/jfxa, d'où est venu le nom de cbynjie. Mais l'étymologie la plus naturelle de ce. mot est celle qui le dérive du nom Chemia^ que l'Egypte, qui en .a été le berceau, portort, ou Chamia^ terre de Cham ou Chemin comme l'appellent encore aujourd'hui les Cophtes, suivant la remar-» quç de Bochard.

Le nom de chymie n*a pas toujours été donné

à cette science : elle a été longtems cachée sous les nom» imposants et vagues à! art par exceU lence, d'art grand et sacré, d'art divin, d'art hrmitique, de son prétendu inventeur Hermès.

On Ta aussi nommée pyrotechnie^ art du feu, parce que le feu est un des prihcipaux instru* mens des opérations cbymiques. On lui a aussi donné le nom de spagirie^ formé de deux mots grecs, anaâ et à^dpuy, qui signifient joindre et séparer^ ce qui comprend toutes les opérations chymiques.

Paracelse lui a donné le nomd'ar^ hyssopique^ partant de l'idée que la chymie s'occupoit à donner la pureté qu'il croyoif manquer aux métaux. Julius Maternus Firmicus, qui écrivoit au commencement du iv« siècle, est le pre« mier qui ait employé le mot chymie. Les Arabes lui ont ajouté Tarticle al et en ont fait alchymie, ce qui signifie proprement l'art ou la chymie par excellence. Mais on a bientôt laissé ce nom à la partie de la chymie qui s'occupe de la transmutation des^ métaux, et Ton a donné le

30 Diderot,

nom d'alchymistes, d'adeptes, de philosophes hcr-mitiques, qu'on avoit pris en mauvaise part» à ceux d'entre les chymistes qui travailloient à la pierre philosophale, qui devbit opérer la trans* mutation, suivant leurs vues.

L'antiquité de la chymie et son origine ont été l'objet des travaux, des discussions, des disputes et des rêveries d'un grand nombre d'écrivains chymistes. Il n'est aucune sorte de monument qui ait échappé au zèle infatigable et aux recherches curieuses de ceux qui se sont crus intéressés à soutenir Pancienneté de leur art. Us ont fouillé dans tous les recoins de Thistoire sacrée et pro^ phane et dans les tems fabuleux, pour y trouver le détail de quelque opération chymique ; et comme dans les choses extrêmement obscures chacun trouve ce qu'il y cherche, les chymistes ont découvert des procédés où les théologiens voioient des mystères ou des cérémonies religieusest où le moraliste apercevoit une allégorie instructive, où d'autres trouvoient des détails

physiques»

De tous les auteurs qui ont écrit en fiaveur de l'antiquité de la chymie, nul ne s'est montré plus profond et plus érudit que Olaus Borrichius. Il s'est battu avec un zèle incroyable contre Pincré* dule ConringiuS) auquel il étoit bien supérieur, sinon en bonnes raisons peur étayer ses idées, du moins ed vraies connoissances chymiques. Il a d'abord trouvé dans le IV"* livre de la Genèse Tubalcain, qui étoit malleator et faber in cuncta gênera œris et fer ri, qui fit plusieurs ouvrages et des instrumens de musique avec ces métaux ; d'où il suit qu'il savoit exploiter les mines et qu'il étoit non Seulement forgeron, mais habile métallurgiste. Le travail des mines de cuivre, qui est très-délicat, suppose une grande connoissance de cette partie de chymie. Borrichius trouve encore d'autres témoignages en faveur de la chymie antédiluvienne sur les colonnes qui échappèrent' au déluge et $ur lesquelles étoit écrite, suivant lui, toute la chymie en caractères hiéroglyphiques. Tous les auteurs ne conviens nent pas de la réalité de ces colonnes et ne croient

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paroit connoistre la distillation en préparant le piccoleum, et les affinités des corps en revivifiant le Mercure du cinnabre sur une capsule de fer qui servoit d'intermède ; on trouve aussi, chez les Grecs, dans Orphée, Homère, Hésiode, Platon, Pindare, Sappho, etc., des vestiges de chymie ou d'art chymique. Borrichius regarde Platon comme un grand chymiste parce qu'il voit dans ses écrits le grand principe de Tart : Concors concordi adkœret, discordia rebellant Les semblables s'approchent toujours de leurs semblables 4 Les termes de sympathie et d'antijpathie si souvent emploies par les anciens lui paroissent être les vrais mots techniques de la chymie et indiquer cette science dans ceux qui s'en servoient. La base de l'art se trouve encore, suivant lui, dans cette autre sentence rapportée par Démocrite sur le sanctuaire de Memphis où elle étoit gravée : y) çudi; TTicpucrs ix ^preiai, la Nature aime la Nature; fjÇùai; t^ v^ja IV vtxa, la Nature surmonte la Nature; Yj çu-jt; xf^v îpj^tv xpaxsî, la Nature commande la Nature, Cet auteur 'passe pour un des chymistes

26 biderot,

anciens les plus instruits ; on dit qu'il a su ramollir l'ivoire, changerles pierres en émeraudes. Diodore de Sicile et Michel parlent des ouvrages qu'il a composés sur la teinture du soleil et de la lune, sur les pierres précieuses et sur la pourpre. Sénéque rapporte qu'il est le premier qui ait fait un pont et aussi suivant d*autre$ un livre ; mais il avoit puisé toutes ces sciences chez les Égyptiens où 11 étoit resté longtems et où l'on croit qu'il fut initié aux mystères d'Osiris par le grand Osthenes. C'est aussi de ces peuples que Galien avoue avoir appris la composition des remèdes métalliqueSy tels que l'écaillé de cuivre rouge, la i*ouille, l'alun» la térébenthine et leurs usages dans les blessures.

La Zymotechnie panaire et vinaire ou les arts de faire du pain avec de la pâte levée, et de mettre en fermentation les sucs doUx et surtout ceux des raisins, remontent jusqu'aux tems qui suivent immédiatement le déluge. L'art d'en tirer les esprits est moins ancien, de même que d'en préparer avec les substances farineuses ou de faire

de la bière. L'art des embaumemens, qui est certainement très-chymîque, existe chez les Egyptiens dès l'antiquité la plus reculée. Diodore de Sicile parle de leurs mines. Les arts de la teinture, de la verrerie, celui de préparer les couleurs pour la peinture, et même d'en composer d'artificielles, telles que le bleu d'Egypte factice dont parle Théophraste, sont très-anciens, Il en est de même de la connoissance des mordans. (Voyez à ce sujet un passage de Pline, lib. XXXY, cap, n.) Cet art parott être celui de nos manu-* factures de toiles peintes. Il y a lieu de penser qu'ils se servoient pour cela de toiles de coton qui prennent mieux les couleurs et sont d'une blancheur plus éclatante que celles de fil ; sans doute que leur linum étoit notre coton. Le voile du temple de Jérusalem paroît avoir été de coton et préparé avec cette méthode. Suivant le même auteur, les Égyptiens connoissoient l'émail qui est un verre fondu opaque, fait avec des chaux métalliques, et ils Tappliquoient sur des ouvrages d'or et d'argent. Ils possédoient aussi l'art de

28 Diderot.

peindre le verre ou d'appliquer sur lui des couleurs transparentes, art qu'il n'est pas impossible de retrouver (Pline, lib. XXXIII, cap. ii). Ils savoient, suivant le même écrivain, colorer le crystal et imiter les pierres précieuses ; ils avoieot en conséquence des émeraudes hautes de plusieurs coudées chacune : les émeraudes naturelles les plus considérables ont la grosseur du bout du doigt : telle est celle de la couronne. Nery et Merret, son commentateur et traducteur, parlent de cet art. Kunckel a inutilement essayé d'y parvenir. M. Pott dit avoir vu un de ces coureurs charlatans qui avoit ce secret. Le grand art est d'empêcher le verre de casser dans le refroissement. La manière d'amalgamer les métaux est d'une antiquité plus reculée. Pline et Vitruve rapportent qu'on s'en servoit pour retirer l'or et l'argent des vieux habits, et qu'on séparoit le mercure de l'or en l'exprimant à travers un drap. Il est aussi fait mention, dans les plus anciens auteurs, d'opérations halotechniques. Aristote dit que l'extraction des sels des cendres est en

usage parmi Jes paysans de l'Orabrie, et Varron rapporte la même choses de certains peuples des bords du Rhin. Pline parle d'un verre malléable offert à Néron.

Tous ces arts sont évidemment chymiques ; ils supposent, il est vrai, une connoissance exacte du manuel de ces opérations ; maïs ils ne prouvent pas qu'on soit guidé en les faisant par aucune vue scientifique, ou qu'on ait pensé à autre chose qu'aux besoins de la vie ou aux commodités du luxe.

La science n'a dû se former que longtems après, lorsqu'on, a pu apercevoir une chaîne commune qui lioit ces différens arts, et remonter jusqu'aux principes féconds qui éclairoient sur leur correspondance. Le premier pas qu'ait fait la chymie devenue science a été. dans les recherches de la pierre philosophale; alors l'aichyraîste ou l'adepte a fait des opérations particulières, a connu des nouveaux résultats avec des aitiologies. Ainsi, les premiers chymistes ont été alchymistes, et la chymie n'a pris forme de science

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3' DidirDt.

Trismégisle que toutes les scieoc» rerendiquent toujours et quivraisemblabiement n'appartient à aucune. Les aoiiquaires ne sont p3s d'accord entre eux ni sur le tems où il vivoil, ni sur sa personne ; oa lui a donné plusieurs noms cliez les dilTérens peuples ; on a mis sous son nom la Fable d'irruraudt, i'Asclepias, le Parmandtr, le Minerva mundi, l'inlromalhematka , les sept chapitres de lapidis phitosophici ou physici secreto imprimés dans le Thealrum chvmîaim ; mais il est trèsdécidé que tous ces traités ont été forgés dans les premiers siècles du christianisme, demémequ'ua grand nombre d'autres qu'on attribue àdesauteurs très-anciens. Ainsi l'adoption généraSe d'Hermès pour inventeur et le père de la chymie est tout à fait gratuite. Son existence est un fait Irèfr* douteux.

Ceux qu'on peut soupçonner d'avoir réellecomposé les ouvrages qui portent leurs noms, tels* que Synesius, Héliodorei auteur du roman éagènei et CharkUe, où l'on trouve une ption du grand œuvre, Johanncs Sum-

mus, Zozime Panopolitanus» etc., dont .les dis«< sertations sont rassemblées par Olympiodore, n'ont pas existé avant les premiers siècles de l'Église, et même avant Constantin le Grand.

Ils ne parlent tous que de l'alcbymie la plus transcendante.

Au commencement du ivo siècle, Maternas Firmicus fait une mention expresse de la chymie sous son nom connu, comme d'une chose déjà connue (lib. III, Matheseos) ; ce qu'il dit de cette science n'est presque que traduit des Égyp*» tiens. Il distingue très-bien les chymistes d'avec ceux qui travaillent les métaux. Celui qui natt sous Saturne possédera^, dit-il, le secret de la chymie; si la dixième partie du Scorpion se trouve dans Vhoroscope, il fera des bijoutiers, doreurs, orphèvres (lib. VI ï, cap. xxviii). Sur la fin du même siècle, itineas Gozellus écrivoit : et jam apud nos qui materiœ peritiam habent argentum ei stannum capiunt ac priori specie abolita in angustius ac pretiosius convertunt, aurumque pulcherrimum conficiunt. Ceci prouve au moins le

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K2S il t'ec a pas éê noi::* p-asftif, îres-€iact et

tbsiîq^e d=::s les C'pérz:i:>ss L>i taies, n les a accocpazr:ées de réf exîzrs r-iiôesses isii k';:js eras et sur k^rs ss^^es îr^n-édîats.(rest a lui q^se cociœîure la cbjsie piîl jsï>pliîqoe ou raisocrée qui a fkit pea de progrès depuis hû icf^j'a HoIIa^cus et BasîleValestin; i me cosnoissoît pas les acides minéraux ; ce que BOUS aTOfls de >ui passe p3ur a*étre qu'nae trèspedte partie de ses currages.

Les Arabes oot cultlré la ch jinîe après Gheber. On iroore des traces de cocr^îssaoces chvmîqiies daas les ouTrages traduits 01 latin et imprîmes de leurs médecins, de Rhazès, d'ATÎoenDe, de Balcharxis, de Meroc, de Babbî Moïse, d*Aferrohés, d'Hdi Abbss, d'Aîsararrus et dans queues manuscrits à peu près du i&écie tents doflî Robert Durai donne la liste. Ces médecins se sont parûculiérement appliques à tirer des secours de la chymie pour l'usage de la méde-

3(5 Lfder^.

cîne. Ils passent aussi pour les foaciatears et la cfcjniie pharmaceutique. A^izinrui a^oit aussi écrit un lÎTTe sur l'aich vraie que nous c'aTons point. !1 j a eu aussi quelques alchv existes de la même nation, tels que Lalzd Mz^^s^ dit le Rck main, etc. Mais !a vraie chyinie misonnee. analytique, n'a £ait aucun prozrès depuis Ghebcr, qu'on n*a pas même copié.

Vers le commencement du mr siècle, k ch varie pénétra enfin en Europe, soit par le coa* fflerce que les croisades avoient occasioané entre les Orientaux et les Européens, soît car lâ iraduclioss que Tempereur Frédéric II fit Éaire des livres arabes. Elle fut avidement reçue parle petit nombre de savans qui existaient alors comme une chose nouvelle et qui en promettoit de grandes, les richesses et la santé. Albert le Grand et Roztr Bacon, tous deux voiries, le premier dominicain, et le second cordelier, se sont le plus distingues de ces premiers sectateurs. Ces deux hommes appartiecLcnt à toutes lés sciences et surtout Roger Baxp. lis avoieni l'un et Tauire

Introduction à la Cfiymie, ^ 37

un génie vif, hardi et entreprenant. Us sont célè^bres par des connoissances très-étendues/ par beaucoup d'erreurs et par des découvertes précieuses. Albert a écrit de la Nature des minéraux^ en homme qui connoissoit bien son sujet et qui avoit emploie pour le connoistre les moyens cbyniiques les plus propres à ce but; il avoit lu les ouvrages des alchymistes et croioit qu'ils étoient propres à répandre du jour sur la physique des minéraux. On lui a attribué un ouvrage sur l'alchymie, imprimé dans le Theatrum chymicunit deux volumes ; mais cet ouvrage n'est pas plus de lui que Its secrets du petit Albert.

Roger Bacon naquit en 12 14. Il mit Aristote à l'écart pour étudier la nature par voie d'expé*rience, ne se laissant asservir à aucune autorité. Il fit des découvertes surprenantes dans Tastro* nomie, la méchanique, l'optique, la chymie et là médecine. Il y a décrit exactement les lunettes," la chambre obscure, les télescopes, les miroiri ardens, les réflexions de la lumière, les feux d'artifices : il a fait des pétards, des fusées

38 Diderot

volantes et paroît par là avoir connu la poudre à canon.

Avec tant de connoissances, il falloit qu'on le regardât comme un sorcier ou comme un s^aint. Les grf^nds hommes étant peu soupçonnés de sainteté, on se détermina à le regarder comme instruit dans la magie. Cet homme, digne d'un siècle plus éclairé, fut chassé par Tignorance et la barbarie du couvent de Paris ; il se réfugia en Angleterre, où Ton prétend qu'il fut brûlé, ce que les Anglois nient. 11 a écrit de nuUitate magiœ, de poiesiate artls et naturce^ et dans son apolo* gie à Nicolas V, il proposoit la réformation du calendrier, qu'on a exécutée plus de trois cents ans après liii, sur son plan. Il a écrit sur les moyens de s'opposer à 1* Antéchrist. Il croîoit qu'il viendjToit par les Portes caspiennes dont il a donné une description très exacte. Il y a dans son Opus magnum des traités sut* la Pierre philoso-phale, sur VArt de conserver la santé et de retarder la vieillesse. Il ne reconnoissoit d'autre remède ^ue la médecine Universelle ; il admettoit dans

ùvnditcTi'in i la. Chymîd. 59

les corps deni princices le s«:;aphre et le mercTire : en qaoi il a ete siitt par Paimcnd Ldie.

A peîi près daiTs le xéme tenrs parut en Fraace À''^cud iri Villdnm'iii, processeur dans rUarrKsftê de médecine de Min^ceilier- aé as comaicmcement d*i xi:i* siècle, à Vîlleaeu-vey petite if-Ie <Lu Las^^dcc, vis-à-vis A^iznca. sur le Ri^me, wi 2orr:ch:i;s prétend avoir tu un baron de Mcurcesaî, descendant de ce ch'-niiste, <pi£ lai doana des preuves de son habileté aéré- £taire en ch'.'.T.ie, Amaud de Villeneuve fut ■eifecin de Jacques îl, rc;- d'Am^-on. C'est là qa'3 a eu roccaiicn d'apprendre L'inibe. Il a été appelé âtiss: auprès dj. oùpe Nicolas V. qu'il a guéri de sa ladrerie- II est le premier qui ait parié de la distiilaîioa et de Tesprît-de-v:!:, aoa côîn nie d'urxe découverte, maisccnnne d*unecr:.>se connue ; aussi le commerce d'eau-de-vie a ccameacé par la Sicile, la Calibre, d'où il a passé i Venise. Jaddé^, Flore crin, en avcit ùit xenàca avant lui. Il a cor.nu aussi la préaint^on de Teaa •.€ la Reiae d'H:cgrie, qu'on diici: avcir etè

40 Diderot.

apportée par un ange. Il passe pour avoir eu la pierre philosopbale et pour avoir convaincu par Texpérience son disciple Raimond Lulle, fort incrédule sur sa réalité.

Raimond Lulle, né dans llie Majorque, d'une famille noble, en 1235, et o^ort en Afrique en 1 3 15, est un des philosophes qui a fait le plus de bruit et dont les aventures, les mœurs et les connoissances ont le plus de singularité. On en a fait un saint, un hérétique et un martyr. Son zèle pour la religion Taiatit fait passer en Afrique, il y fut martyrisé. On lui a élevé une belle église à Majorque et en Espagne. Il y a des religieux lulHstes. Il commença par faire l'amour dont il fut détourné par un cancer que sa maîtresse avoit au sein. 11 se jetta de là dans la dévotion, fit un voiage à la. Terre Sainte et parcourut ensuite la Bohême, l'Allemagne, l'Angleterre et la France. Il fut un des premiers qui prêcha les croisades, et pour y engager Edouard III, roy d'Angleterre, qu'il avoit connu par le moyen de l'abbé Crammer, son ami, il offrit de faire les frais du

voyage. Pour cela^ il transmua du plomb et du mercure en or. Le Rpy aiant reçu cet or, manqua à sa parole, et fit la guerre aux François, ce qui indigna le zélé chymiste. 11 cria et se plaignit de telle sorte qu* Edouard le fit mettre en prison. On battit avec son or une médaille et des monnoies qui avoient d'un côté Jésus, et de Tautre, une. rose avec cette légende ; Transiit autem Jésus in medio eorum. Il a fait un grand nombre d'our vrages sur différentes sciences. On lui a attribué plus de 60 traités chymiques, sans compter ceux qui sont perdus ou ensevelis dans quelques bibllo^ thèques espagnoles, et qu'on a lieu de regretter beaucoup à en juger par ceux qui restent, qui décèlent beaucoup de connoissances chymiques. 11$ contiennent des faits, des analyses exécutées avec les menstrues tirés des végétaux, et des matériaux précieux pour rétablissement de la TMorie, surtout son Testamentum novissimum Carolo Régi dicatum et ses Expérimenta.

Basile Valentin a vécu sur la fin du xiv^ siècle et au commencement du xv^; il est commu-

44 Diderot,

nouvelles lumières, et pour montrer l'ardeur qu'il avoit de s'instruire ; consultant à ce sujet, sarans, îgnorans, femmelettes, barbiers, chirurgiens, etc., il parcourut la Hongrie, l'Ailemagne, la Russie, où il fut pris par les Tartares et de là mené à Constantinople. Il y apprit, dit<* on, la pierre pbilosophale» paya sa rançon, repassa en Allemagne où il fut fait médecin* chirurgien des armées. Il se fit une grande réputation par les succès inouïs qu'il avoit dans le traitement des maladies réputées incurables, Thydropisie, la lèpre, l'épilepsie ; il emploioit dans leur traitement l'opium, le mercure, Tantimoine et différentes plantes inusitées, enfin d'autres préparations chymiques inconnues. La vérole qui commença dès lors à paroistre et qui éludoît toutes les méthodes, fut une des maladies dont la guérison contribua le plus à étendre sa réputation. Il se servit pour cela du mercure dont il avoit appris la vertu en Espagne. Berengarius Carpus Tavoit déjà emploie avant lui. Il introduisit avec ce même succès les préparations de

"' ■=»,•- -V-. -r^j*^, -"«.J^^. s^. 1,11 ^0 ^ t^tmmmm

Ititroducti&n à la Chymie. 45

térébenthine pour le pansement des ulcères et des plaieSy donna le soupbre intérieurement. Fier de tous ses succès, il s'arrogea le singulier titre de prince de la Médecine et de monarque des Arcanes, écrivit contre les opinions de Galien qui étoient les seules en vogue de son tems, fit voir l'absurdité de la plupart de ses dogmes et même ayant été fait professeur à Bâle, il brûla dans la première leçon qu'il fit les livres de Galien, d'Avicenne et. des Arabes dans un feu de souphre et de mercure et il s*écrioit alors : Sic vos ardetis in gehennam. Il substitua à ces livres les ouvrages du divin Hippocrate que tant de commentateurs avoient défigurés. Par cette conduite» tl se mit à dos tous les médecins indignés qu'on osât traiter d'absurdités les opinions qu'ils soutçnoient. Ils écrivirent contre Paracelse tout ce que le fanatisme du métier, et l'amour-propre offensé put leur suggérer de raisons et d'injures. Paracelse se défendoit avec beaucoup de force et n'ouUioit pas les invectives ; il eut des sectateurs qui répandirent sa doctrine. C'est lui qui

46 Diderot, ^

commença cette fameuse révolution 'qbi a fait tomber le galenisme et qui a ' substihié le chymisme, la plus grande qu'ait éprouvée la méde-< cine. Les physiciens et les chymistes imitèrent les médecins dans leurs déclamations contre Paracelse. Il ne professa que deux ans à Bâle. Il fut obligé d'en sortir à l'occasion d'un procès qu'il eut avec un chanoine qu'il avoit guéri comme par enchantement d'une colique, par le moyen d'opium, et qui lui. refusoit un honoraire proportionné au service. Les juges ne lui aiant pas été favorables, il les insulta, quitta le païs et parcourut avec quelques disciples pattàî lesquels étoit Aporinus, depuis son ennemi, le reste de l'Allemagne . Il mourut à Saltzbourg dans un cabaret, en 1 541, âgé de quarante-Siéfit ans, donna tout son bien à l'hôpital et voulut qu'on mît sur son épitaphe qu'il 'avoit guéri les maladies incurables. On prétend qu'il mourut empoisonné et qu'il avoit échappé deux ou trois fois à ce genre de mort. Il étoit adonné au vin, crapihleux, visionnaire, superstitieux, entêté des chi-

Introduction à la Chyme, 47

mères de Pastrologîe, de la roagié, de la cabale et des autreis sciences occultes; mais, quoique hardi, présomptueux et fanatique, la médecine et la chymie lui doivent beaucoup. Ses écrits sont inintelligibles tant à cause des expressions barbares et purement arbitraires dont il s'est fait un jargon particulier qu'à cause du désordre et des fréquentes contradictions dans lesquelles il est tombé. Il avoit communiqué à quelques amis la clef de ses ouvrages qu'il paroît que Van Helmont n'a point eu.

 la fin du xiv^ et au commencement du xv« siècle, parut Georges Agricola^ Allemand, le premier chymiste qui se soit addonné à la métaU lurgie, qui y ait appliqué les connoissances chymiques. Il a beaucoup écrit et très-exactement sur ta Docimasie ou les Essais des mines : de re metallica, de ortu et causa subtenaneorum, de naiura earum quœ sunt e terra, de natura fossi^ lium, etc. Sa diction est pure et simple ; il est fort érudit; tous les métallurgistes qui sont venus après lui ont puisé dans ses ouvrages. Les

48 Diderot

plus célèbres qui lui ont succédé sont : Laiart Erkerdf auteur très-exact, qui a fait un traité trèsestimé sous le titre de : Olla subierraneorum, Domina dominantium, Begina reginantium, etc. Il parut en France, dans le même tems que ces célèbres métallurgisles, un homme véritablement singulier, simple manœuvre sans lettres, mais ayant beaucoup de s,agacité et de justesse d'esprit ; il, se nommoît Bernard Palis\y et prenoit à la tête de ses ouvrages, imprimés à Paris en 1580, le titre à' Inventeur des rustiques figulines du Roy et de la Reine sa mère. Il y a de très-bonnes choses sur l'agriculture, le jardinage, la conduite des eaux, la poterie, les émaux et des idées très-saines et neuves sur la chymie, 1^ physique et l'histoire naturelle,, dont il a fait le premier des cours à Paris, en 1555. La çhyraie lui doit des faits intéressans sur Jes terres, leurs usages dans la construction des vaisseaux, sur la préparation du sel commun dans les marais salans, sur les glaces, les émaux, sur le feu et. des raisonnemens fort justes sur la chymie^ les

métaux, leur génération, leur composition, la nature de leurs principes et sur les propriétés de plusieurs autres corps.

La fin du nséme siècle vit paroistre les ouvrages d'André Libaviiis, collecteur laborieux et intelligent, défenseur zélé de Talchyraie contre les clameurs des zoïles antichymistes de son tems. Nous lui devons, outre beaucoup de connoissances particulières sur les minéraux; le premier corps d'ouvrage que nous aions sur la chyroie. 11 W formé de tous les bons matériaux qu'il a trouvés épars et noyés dans des ouvrage^ rebutans et remplis de. mauvaises choses. •

Trente-six ans après Paracelse,* naquit à Bruxelles en 1577, de parents nobles, le célèbre Jean-^ Baptiste van Helmont, qui tient un rang distingué parmi les chyraistes. On lui fit d'abord étudier les mathé/patiques, la philosophie d'Anstote et. la, médecine dans les ouvrages d'Hippocrate. 11 reçut à dix-huit ans le bonnet de docteur. Peu de tems après, ayant été attaqué de la galle, il essaya les dilTérens remèdes qu'ont

50 Diderot.

rantoit dans les écoles et surtout les purgatifs forts ; mais il apprit par sa propre expérience combien ces remèdes étoîent nuisibles à Téconomie animale sans être utiles contre sa maladie : il commença dès lors à se désabuser des préceptes de l'Ecole, à roir la fausseté de la doctrine des humoristes qu'il combattit ensuite avec tant de chaleur et tant de succès. Avant pris du souphre par le conseil de quelque disciple de Paracelse, il fut parfaitement guéri, ce qui l'engagea à étudier ses ouvrages avec beaucoup de soin ; il se retira à Wilworden, passant les jours et les nuits à l'étude de la chymie et de la médecine. Il écrivit d'abord sur k$ eaux de Spa, et ensuite de Uthiasi. Ces deux ouvrages suffisent pour faire voir combien il avoit de connoissances chymiques, et combien il méritoit le titre qu'il se donnoit de philosophe par le feu. L'Empereur et un électeur essayèrent inutilement de l'arracher de ce séjour pour l'attirer à leur cour. Van Helmont refusa avec fermeté et s'occupa à' écrire ; il imita Paracelse dans ses déclamations

Introduction' à là Chymie. $i

contre le galénisme et raristotélisrae, mais il leur porta des coups mieux assurés. que Para* celse, ayant par-dessus cet auteur axi^ imagination plus féconde et plus brillante, pla^*^ de connoissances et un goût décidé pour le gra^d- et souvent pour le vrai ; il célébroit d'ailleurs à son exemple une médecine universelle et Tefficaciti des remèdes chymiques ; il se fit aussi un jar«' gon particulier et ambitionna le titre de réforma* teur ; il n'a pas laissé cependant de le combattre en plusieurs endroits. La chymie, la médecine et surtout l'économie animale lui doivent des faits intéressans et de grandes idées souvent neuves et lumineuses. Il avoue n'avoir jamais eu la pierre philosophale qu'il a cherchée avec beaucoup de soin, mais en avoir vu deux fois les eifets. Il disoit posséder VAlkaest ou le dissolvant universel dont il se servoit pour obtenir la pierre philosophale, mais qui est opposé, suivant la remarque du Philatethe, aux opérations qui y conduisent. Ce chymiste mourut à la fin de l'année 1644. Ce fut à peu près dans ce tems que la

-rt*

chTcie coîn'rea:* i se réoanirs iins It-s é-coîes dâ zieirciriii i i^ pUce d-: £Ï.zzh=.e écrasé par î?5 ^ir-^Tien'STîctone-ix e: ies cu'-es célèbres de Paracelîès de vaa Helxjiit e: de leurs disciples. La^ccts cc^nic-je se f:îr-na carmî ie-s ziéiecfss ci4 2e5 ; drs Icrs, toutes IcS fcrcasns du corps

:: j-nais, tous ies dcrm^e.-Tiens, toutes les cnla-

'^*.'«.<J k*«> ..—•.> CJk ^». ^ ^ «. >^ V^^ • -•' --^ >»<. -Li v.x.fc. A . L«. -^ - aj

Wi/.ii, a j leur d'us tr^i:é sur !i lernie station fort eitiriiible et inTei:e;:r des deuî prliicipes passifs âl'jiis au rerrLîire de Piracelse. furent les cbefs et les procîz^teurs ce ce::e nii^uve^e d^cmne.. Les éoles ne reienrireât plus eue des termes aisl apprécies de soupire, de se: e: d'esprits; le corps Lu-nair. çiis::: pour ua libératoire ou un ala-nbic ; ::us les chas ^ex ers eu: v arriv:,icr.t é:::er.: ces pi:é' jzièr.es ci:.yni:ques, des f^rmjitati'n? ou e'Ter^escér.ces que Ton ne savait pas distinguer. Cet abus de ia cbyicie se perptua dans la niédecine ;usqu a ce qu'entin

catcois, firent subir aux. chymistes médecins le S(Ht que ces derniers avoient fait éprouTer aux gaiénisies. La cbymie et la raédeciae souffrirent également de cet excès des chymistes, car la chrmîe fot livrée au raisonnement et à It fureur des explications, et la médecine fut remplie de théories monstrueuses qui retardèrent considérablement ses progrès, en diminuant le goût de robservatiop-.

Dans ce même tems, la chymie fut partagée en différentes branches. Les adeptes ou les chercheurs de la pierre philosophale, devenus plus rares à mesure que la chvmie se perfectionnoit, firent une classe à part. Les plus célèbres furent Morienus, Arabe, Geors^es Sypley^ Anglois, Despagnef, président du Parlement de Toulouse, le Cicéron de la chymie, et le célèbre Flammel^ qui posséda ce précieux secret. H osa le communiquer à sa femme Pernelle, qui eut la vertu si rare à son sexe de le garder. Il emploia les richesses immenses qu'il acquit par ce moven, à bâtir les Innocens, Saint-Jacques de la Boucherie,

54 Diderot,

Sainte-Geneviève des Ardens, et un hôpital à Boulogne-sur-Mer. Il fit peindre sur une des vitres de Saint-Jacques de la Boucherie une allégorie sur la pierre philosophale tirée de la Vierge, de la sagesse de Salomon, des signes du zodiaque, etc., où Ton voit: Turris eburnea, Domus aurea avec TAtbanor. Il fut accusé d'avoir volé un dépôt laissé* par les Juifs, lorsqu'ils furent chassés de France; mais cette calomnie tombe d'elle-même, puisqu'il est né plus de soixante-dix ans après la sortie des Juifs.

.Une autre branche de la chymie fut celle des médecins chymistes dont nous avons parlé. Une troisième classe comprit ceux qui écrivirent sur la chymie en rangeant suivant différentes méthodes les objets dont elle s'occupe. Mullerus (Miracul. chym.) suivit celle qui est fondée sur les différens degrés de chaleur ; d'autres prirent pour règles les différentes opérations telles que la distillation, la crystallisation, la dissolution, etc. De ce nombre furent Béguin, un des plus anciens disciples de Paracelce, Lefevre et, dans les tems

postérieurs, Lemery qui les a copiés sans les citer.

D'autres divisèrent leurs travaux en trois sections relativement aux trois règnes de la nature, végétal, minéral et animal. Cette méthode a été suivie dans ces teras par Nicolas Lemery et Boerhaave dont nous parlerons.

Les métallurgistes composèrent une quatrième classe; à Georges Agricola, Erkerd et Fuchs se joignît le célèbre Glauber ; mais il est dans tous les genres, et il mérite d'être rapporté à la cinquième classe qui comprend les chymistes qui, sans s'asservir à aucune méthode particulière et à aucun objet, eurent dans leurs travaux des vues d'analyse, se servirent des combinaisons pour connoistre les corps, et fonder des aitiologies qui pussent être emploiées comme les matériaux naturels d'une théorie chymique liée et soutenue. De ce nombre sont Glauber, Bêcher, Boyle, Kunckel et Stahl.

Jean-Rodolphe Glauber, Allemand fixé en Hollande, étoit né vers le commencement du

58 Diderot.

tiques, politique, jurisprudence, etc., tout fut de

son ressort; mais il n'a travaillé sur aucune partie

aussi assidûment et avec autant de fruit et de

succès que sur la chymie. Sa Physique souter^

raine, que malheureusement nous n'avons pas

complette, contient au moins le germe de toutes

les vérités chymiques et du système qui les ràs«

semble en corps. Mais sa doctrine est encore

plus belle et plus lumineuse, exposée, édaircie

et confirmée par Stahl dans le Spécimen Bêche-

rianum. Avec tant de mérites Bêcher ne pouvoit

pas manquer d'exciter l'envie et la jalousie;

d'ailleurs d'un caractère dur, inflexible, ennemi

des charlatans et des flatteurs, peu propre en

un mot à tous les manèges de la cour, il fut obligé

de la quitter. Il se retira en Hollande où il fut

eilcore persécuté par le ministre de l'Empereur

qui Taccusa d'être Juif, pendant qu'il venoit de

composer Tlmitation de Jésus-Christ mourant*

Il traita avec les ministres de Hollande pour éta^

blir sa Minerva perpétua semper aurum etargen-

tumfundens. Il tira de l'or et de l'argent avec

lesquels on battit monnoie. Il prétendit qu il en fesoit, il proposa même de faire des travaux en grand, mais il eut du désagrément et ne fut pas paie. Ainsi, après y avoir passé onze mois, il alla en Aûgleterre où le prince de Rupelmonde et Boyle avoient tâché de l'attirer en lui envoyant Larcy, apoticaire-chymiste françois réfugié. Tous les savans vinrent lui offrir tous les secours dont il pouvoit avoir besoin. Il fit plusieurs voiages dans les mines et imagina de faire servir à leur exploitation le charbon minéral qui y étoit peu propre, à cause de la quantité de souphre et de bitume qu^il contient. Pour y réussir il fit brûler à demi ce charbon pour dissiper ces substances^ Dès lors ce charbon fut emploie non^^seulement dans les mines mais encore dans les maisons. Ce service valut aux Anglois, qui manquoient dé bois, des sommes immenses et eût fait élevef à Rome et à Athènes des statues à Bêcher. Il a composé, outre sa Physique souterraine, plusieurs traités particuliers dont quelques-uns roulent sur Tatchymie. Il a écrit aussi sur différens sujets de

Oo Didtrot.

médecine, de grammaire, de beiles-lettres, de politique, de théologie, de mathématiques, de méchanique, etc. !1 avoit conçu l'idée de faire une langue universelle à Tusage de tous les savans> analogue à celle des Chinois. Il est mort à Londres en 1682.

Robert Bovle. ûh de Richard Bovle, comte de Corck en Irlande, fut contemporain et ami de Bêcher. Sa première étude fut celle des livres saints où il puisa un attachement sans bornes au christianisme. L'Angleterre, les Indes orientales, la Turquie, conservent des monumens de sa libéralité pour répandre la religion chrétienne. 11 emploioit tous les ans 25 mille sterling à faire traduire des livres et à envoyer des prêtres pour prêcher et convertir les infidèles. On a remar* que que lors du décollement du roy d'Angle* terre, deux poètes et lui furent les seuls qui ne prirent point de part à cette révolution et qui n'embrassèrent aucun parti, en sorte qu'on ne trouvoit dans tout le royaume que trois tètes sages et qui étoieni, comme l'on voit, appliquées

Introduction à la Chymie. 6i

aux sciences et aux beaux-arts. Tous les élémens furent soumis à ses observations et i ses expériences. Il prétendoit dérober le secret de la nature par la chymie et se glorifioit d'être philosophe par le feu, comme van Helmont, à qui Boyle refusoit Ce titre. Mais M. Rouelle pense qu'il méritoit moins, aiant été plus physi^ cîen que chymiste. Il a beaucoup écrit sur Télastîcité de Tair, sur le vuide, sur la forme spirale des molécules de Tair que Bêcher, avant les newtoniens, a tournée en ridicule. Bêcher se plaint à lui-même, dans une épître dédfcatôire qu'il lui adresse, de ce qu'il a perdu un tems considérable pour du vent et qu'il auroit mieux emploie aux expériences chymiques. Celles- qu'il nous a laissées sont toutes fort exactes, bien détaillées et faciles à répéter; mais les conséque;nces qu'il en tire ne sont pas toujours bien déduites et les explications fondées sur sa physique corpusculaire ne sont pas recevables en chymie. La réfutation qu'il en tire des erreurs répandues parmi le peuple des chymistes n'étoit

62 Diderot.

pas nécessaire^ puisqu'elles avoient été apperçues et bannies avant lui par les chymistes éclairés; il mourut en 1691, après avoir passé une vie languissante ou dans des douleurs vives de néphrétique ou dans des incommodités habi* tuelles; ce n*estque par le moyen du régime le plus exact et le plus soutenu, qu'il a pu résister à la délicatesse de son tempérament.

Jean Kunckel, chymiste allemand, aussi cooitemporain de Boyle et de Bêcher, fut un travailleur très-appliqué et un observateur sur la fidélité et la sincérité duquel on peut compter. U commença ses. travaux par k pharmacie et la verrerie. Successivement appelé auprèside l'Électeur de Brandebourg et du roy de Suède, il eut enfin la direction d'une verrerie ou il trouva, par le moyen d'un feu vif et continuel, la facilité de faire beaucoup d'expériences curieuses, tl tépéta aussi la plupart de celles d!Isaac le Hollandois. Il eut encore l'occasion de faire beaucoup d'ob* servations sur la vei'rerie qu'il ajouta au traité de Merret, commenté par Nery, et en fit un

ouvrage complet ; mais des expériences les plus belles et les plus lumineuses, il tira la théorie la plus absurde sur le feu. Il nie qu'il y ait dans la nature un principe élémentaire du feu et admet

à sa place les qualités occultes des anciens, le

calidum et lefrigidum. Stahl a profité de la plus grande partie de son traité du souphre et le combat souvent avec ses propres armes, Kunckel a travaillé aussi sur Talchymie et les transmutations et calcinations des métaux. Il a réfuté les chercheurs de la pierre philosophale dans la règle qu'il appelle piscatores in aère*

A ces trois célèbres chymistes succéda le grand Stahl (Georges-Ernest), né à Anspach en 1660, premier médecin du duc de Saxe-Weîmar en 1687, professeur en médecine dans l'Université de Hall en 1694, où il se fit une très-grande réputation ; il professa jusqu'en 1716, qu'il alla à Berlin où le feu roi de Prusse l'appella pour être son premier médecin, place qu'il a remplie jusqu'en 1734, année de sa mort. Ses talens pour la chymie se développèrent de bonne heure;

tu Diilerol.

il étudioit à l'âge de quinze ans les ouvrages de Kunckel et de Beclier; il se montra digne disciple de ces grands maîtres et donna à vlngtdeuï ans Fundamenta ckymice dogmalkœ experùnentalis, ouvrage qui, quoiqu'il se ressente de son âge, donna de lui de grandes espérances. II se lepent dans son dernier ouvrage de J'ayoir Fait et t'appelle l'ouvrage des folies de sa jeunesse, H écrivit sur différentes parties de la médecine, 6l renaître le pouvoir de la.A^ture dans la formation et la guérison des maladies ligués ; . mais il voulut déterminer cette nature et l'identiiier avec l'âme, Cette doctrine se glorifie du litre pompeux de stahlianisme. Stahl promit de faire lui seul une académie, et, pour remplir cet engagement, il donnait un mémoire tous les trois mois. Il fut obligé, étant professeur, de discontinuer cette entreprise; mais il fit paroistreses dissertations en thèse et n'en changea que la forme. Parmi les obligations que la chymie lui a, celle nls Bêcher à la portée des lecteurs, de evêtu de la forme philosophique, n'est

f>as la moindre, 11 a, outre ceU, bien mérité de la chymie par le genre de travail le plus difficile» le plus délicat et le plus important, celui qui regarde le phlogistique, la seconde terre d# Bêcher. Il a porté ce travail à un tel point de perfection, que si toutes les branches de la chy** mie étoiçnt ainsi discutées et éclaircies» on guroit w corps de chymie complet. On a rcpro*» cbé à M. Stahl d'avoir écrit d'un stilc dur, $erré et embarrassé. Cette observation» qui a choqué quelques amateurs, a été approuvée par quelques chy. listes, qui n'ont vu qu'à regret prostituer l'art aux prophanes et divulguer ses mystères en publiant &cs principes en langue populaire et sur le ton ordinaire des sciences ; mais ce défaut ne peut que multiplier la lumitljre et les utilités qui résultent naturellement des connoissances chymiques, sans nuire à ses progrès.

Jean-Frédéric Henckel, un peu plus moderne que Stahl, fut son disciple et celui de Bêcher. 11 J);,t epîploié pendant soixante ai. s dans la basse

^ Didtrai,

Saxe, en qualité de conseiller des mines. C'est là qu'il a puisé les coonoissances profondes et liées qu'il nous a données sur les minéraux et il a pris avec les mineurs le stile dur avec lequel il les expose. Son traité De Origine lapidum'cst le fondement de la Lithogéognosie de Pott. Ses principaux ouvrages sont le Flora saturni^anSy la Pyritologie^ le Traite de V appropriation^ Kali-^ genicul. Germ.

Frédéric Hoffmann, rival de Stahl, auquel il a succédé dans la place de premier médecin du roy de Prusse, n'a eu d'autre voca.ion à la chy» mie que la jalousie inspirée par les succès de son prédécesseur. Il paroît qu'il se servoit dans ses opérations chimiques de la main de quelque manœuvre, peu sûr et mauvais observateur. Ses observations sont isolées, roulent sur de petits objets et n*ont point le mérite de la nouveauté, et ses dissertations sur les eaux minérales, qui ont été fort admirées et fort copiées, ne sont qu'un mauvais ouvrage bien fait.

Nicolas Lemery, nui naroît n'avoir pas eu con.

Introduction à la Qhynde, 6;

noissance de Slahl, a donné au commencement de ce siècle quelques ouvrages chymiques» entre lesquels son Traité dt Chymie lui a fait beaucoup de réputation, même chez les Allemands qui, quoique fort riches en ce genre, l'ont tra* duit. Les opérations y sont très-exactement décrites, accompagnées de réflexions judicieuses sur le manuel et d'explications peu satisfaisantes sur la théorie. Ces explications sont tirées de la physique corpusculaire qui dominoit de son tems. Ta, Rouelle lui reproche de n'avoir jamais été inventeur, et de n'avoir montré aucune vue dans ses expériences, et d'avoir fait enfin bouillir de Pantimoine avec des choux pour voir comme cela feroit, selon l'expression favorite de M. Rouelle. Le stahlianisme a été connu en France par les leçons de M. Rouelle et par les ouvrages de M. Macquer. M. Rouelle a répandu le goût de la saine chymie en France, Ta enrichi de plusieurs découvertes sur la crystallisation des sels, sur les sels avec excès d'acide, sur l'inflammation des huiles par les acides, sur plusieurs prin-

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arps, leurs pr."^pr:c:è$ ^•.\;:,.Vc v:i. n.nv *\n'Av^ distinciives. Sa'ts elle \; o* >s >.% o '"V\;v ; ■>< . \ pa s'occuper ce ses couw.l^v :s. l'^Vs; oo îa cfajmle qu'elle a déjà a.'^pris ou o;ïVV,c a.\.^ crtt^ a les vraies causes des i^ranols l^^.^^i\^vv^;u^s ^^u^ nous présente la nature» co;r.nio les >\Niv\^«s^

cipes des végétaux, li a reciilié et corrigé beaucoup de procédés et ses corrections soflt fondées sur une suite de principes qui doanent uae théorie complète de la distillatioa. 11 a rendu les manuels plus parfaits, plus sûrs, en les éclairant toujours par des aitîologies bien déduites, enfin il a ajouté beaucoup d'idées neuves et utiles à la doctrine de. s;s maîtres Stahl et Bêcher, et il occupe le premier rang parmi les chymistes modernes...

La chymie de Boerhaave, qui a paru quelques' années après la connoissance des principes de Stahl ea France, eut à la faveur de la célébrité ur une grande vogue ;.maiE depuis, ! par les chymistes, elle a été appréste valeur. On a trouvé l'ordre qu'il' lirable et celui qu'il adopte fort mau-; ailé du feu est une compilation bien igrette que Boerhaave n'ait pas fait lême travail. On a jugé assez unaoi- Boerhaave n'étoit pas chymiste, qu'il lé d'autre feu que celui de sa lampe,

et qu'il n'avoit fait aucune opération propre à éclairer la théorie.

Tel est l'état de la chymie et des chymistes depuis son origine jusqu^à présent.

Toutes les connoissances physiques aussi bien que les procédés des arts doivent quelque chose à la chymie qui s'est enrichie de tous les résultats des opérations suivies et r .^fléchies que lui ont fournies les artistes ou les manœuvres.

Si la physique lui prête des connoissances en lui montrant les propriétés générales des corps, en lui offrant tous les secours de la méchaniquQ et de l'hydrostatique et la guidant par leurs principes, elle reçoit à son tour de la chymie les connoissances particulières et intimes de ces corps, leurs propriétés singulières, spécifiques et distinctives. Sans elle la physique n'auroit jamais pu s'occuper de ses généralités. C'est de la chymie qu'elle a déjà appris ou qu'elle apprendra les vraies causes des grands phénomènes que nous présente la nature, comme les volcans,

70 Diderot,

les tremblemens de terre, la foudre, les éclairs, La chymle ne cherche pas de vains raisonnements ; elle ne cherche que des faits. Lui demandet-on, par exemple, ce que c'est que le cinnabre } Elle répond que c'est un composé de souphre et de mercure : pour le prouver, elle le réduit en ces deux substances qu'elle fait voir séparées. Elle fait plus : avec du souphre et du mercure elle compose un véritable cinnabre. Il est vrai cependant qu'elle ne peut pas étendre cette démonstration à tous les corps, surtout aux animaux et aux végétaux dont l'organisation est un secret de la nature qui a échappé à toutes les recherches.

On sait 1q lien étroit qui unit la chymie à la médecine. Elle lui fournit les secours les plus efficaces, les plus actifs, les plus sûrs ; elle lui donne l'explication de plusieurs phénomènes qui sans elle sont inintelligibles ; elle seule peut rendre raison de tous les changemens qui arrivent aux liqueurs du corps animal dans les différens états oii elles se trou vent et qui puissent en faire connoistre la nature, la composition et les effets : la diges-

tion, la gangrène, la carie des os, Tépaississement des liqueurs, etc., sont des phénomènes dont la chymie a le dénouement.

La peinture doit à la chymie ses couleurs les plus belles et les plus durables, comme Toutremer ou le bleu céleste, le cinnabre, le carmin, le jaune de plomb, les terres colorées, les lacques, le plus beau noir, le bleu de Prusse.

La teinture a reçu d'elle Tart d'enlever à la soie^ au coton et à la laine une matière grasse qui les empêche de prendre les couleurs ; c'est par le moyen des alkalis fixes et volatils, de la bile des animaux, des lotions et macérations, etc., qu'on y parvient. Le chef-d'œuvre de la teinture, Técar* late, est dû à un habile chymiste, Drebbel, HoUandois. Son gendre s'enrichit de son secret. L'éclat de celte couleur dépend d'une dissolution d'étâin dans Teau-forte qui exalte la couleur de la cochenille et toutes les autres couleurs rouges. On a découvert depuis peu deux nouvelles couleurs sous le nom de vert et de bleu de Saxe, parce qu'elles ont été trouvées pat un chymiste

72 Diderot.

de ce pais. II paroît que c'est le cuivre qui fournît la matière de ces couleurs.

L'art des vernis qui imite la transparence, le poli et le brillant du verre est nouvellement sorti de la chy^nie.

L*art de la verrerie est d'un usage si entendu qu'on peut le regarder comme un des plus nécessaires ; il est tout chymique; c'est par lui que l'homme dans sa vieillesse supplée au défaut de ses yeux, que l'astronome a pénétré dans les cieux, que le naturaliste a découvert un nombre prodigieux d'êtres animés inconnus aux siècles qui nous ont précédés. Agricole, Nery, Merret, Kunckel ont le plus contribué à sa perfection.

C'est la- verrerie qui nous a donné Tart des émaux ou l'art d'appliquer difTérens verres colorés Sur des métaLiques. C'est entre les mains d*uù chymiste de nos jours, M. de Montamy, que cet art se perfectionne par la substitution importante des couleurs fixes au feu à celles que la vitrification fesoit changer et qui exigeaient que l'artiste eût toujours présente, en travaillant, une palette

idéale. L'art de faire pénétrer dans le verre des couleurs transparentes ou Fart de peindre le verre n'est pas perdu comme bien des gens le prétendent; Cet art, autrefois emploie pour les vîtreS des églises, dans lesquelles on cherchoit à introduire une sainte obscurité qui, cachant les défauts d'un^ grossière architecture," inspiroit plus de piété et de recueillement, cet art, dis-je, est dévenu inutile aujourd'hui, parce que l'architecture plus noble a souffert là clarté, et que la dévotion n'a plus été regardée comme un point intéressant ; moins de prières et plus d'argent, voilà le but des ministres de l'Église. '

La chymie fait encore plus que de per^eC-' tionner la verrerie : ellîe imite les pièfreâ pré-; cieuses et leurs couleurs. Quoique cet art soit encore dans son enfance, il surpâsseroit déjà la nature, sî l'on pouvoit rendre le verre cinq à' six fois plus dur qu'il n'est. M. Polt assure, dans sa Lithogéognosie, qu'il est parvenu àluidônhef une dureté supérieure à celle du crystal déroche.

Les arts qui travaillent sur les métaux tirent

74 Diderot,

presque tous leurs secours de la chymie : par son moyen ils donnent aux uns la ductilité^ à d'autres plus de dureté, aux autres une couleur et un éclat étrangers. C'est ainsi qu'on rend l'or plus doux çt plus ductile par Talliage; qu'on rehausse sa couleur quand il est pâle par le moyen de Tant!, pioine et de la cémentation. On fait aussi p^r des mélanges de nouvelles compositions. Le Cuivre jaune ou laiton^ le tombac ou métal du Prince sont des produits de la chymie qu'on doit à Bêcher.

C'est la chymie qui a donné naissance à la métallurgie, ou du moins qui Ta perfectionnée otl débrouillée. Cet art, qui consiste à retirer les métaux de leurs mines et de les séparer de tous les corps étrangers avec lesquels ils sont confondujs ou unis, ou enfîii minéralisés, doit beaucoup à Bêcher et à M. Pott. La façon de traiter les mines d'or par le iûercUre est due à Alonzo. Barba, cuf é de Potosi, ,qui par ce . Secret a fait Continuer l'exploitation des mines du Potosi qu€ le défaut de bois avoit fait cesser. Les montagnes

de. ce p3ϧ ne* sont plus couvertes que d'une petite bruyère qu'on ménage pour les travaux qui demandent absolument du feu.

La guerre doit à la cfa^ymie ses armes lé) plus redoutabje^, le/ew grégeois^ la poudre i canon et tes ieuH d'artifice. Schwartz, moine allemand, publia le premier la poudre à canon et la coni* muniqua aux Vénitiens; .mais sa composition était connue de Roger et d'Albert le Grand, dans les ouvrages desquds on trouvje aussi des traces des étoiles et des fusées ivolantes. Le docteUr Friend soupçonne que Bacon avoit appris le se* cretdç la poitdre à canoodans un manuscrit d'un nommé Marc, intitulé Liber tgniuniy qu'il trouva dans I4 bibliothèque de Richard de Mead et qui se trouve aussi dans la Bibliothèque du Roy. Les Chinois ne Tont point connue availt.nous, gre^» née» telle qu'il faut qu'dle soit polir! les armes à feu,; il, n'ont eu que cetle composition qui es^ propre pour les feux d'artifice.

Notis ne parlerons point de la magie; il est irèsrpirobable que toutes les merveilles qu'opèn

76 Diderot

roient les anciens mages et les gens qu'on a appelles ensuite magiciens, et par le moyen desquelles ils étonnoient les hommes ignorans et crédules» ils les dévoient à T étude de la nature qui fe soit Pobj^t de leur application; toutes les merveilles qui surprenoient étoient la suite de Padresse avec laquelle ils savoient faire con* courir Tart avec la nature dans certains effets dont ils cach oient les causes. La poudre à canon; les liqueurs fulminantes, le phosphore ont pu sans doute faire soupçonner dans ceux qui s'en sont servis les premiers quelque chose de diabolique et de divin, faire crier à la magie ou au miracle.

La cuisine ou l'art de conserver et de pré-»

parer les alimens doit à la chymie des pré-^ ceptes, des loix et des préparations qui établts^^ sent leur salubrité. Elle lui doit Tart de réduire les viandes en gelées et concentrer même ces gelées pour en faire des tablettes de bouiiioa propres à être transportées dans les voiages de long cours. La colle forte peut être emploiée

Introduction à la Chymie. jj

pour le même usage, n'étant qu'un extrait de pies de bœuf. Boyle a trouvé l'art de conserver les viandes cuites en les enveloppant dans le saindoux. Glauber a fait voir que l'esprit de sel avoit la propriété de conserver les viandes et les poissons et leur donner même un goût agréable sanà leur communiquer aucune dureté» comme fait le sel marin entier.

M. de Réaumur nous a appris de même à conserver les œufs frais par le moyen du vernis dont on enduit la coque.

Outre les alimens que la chymie sait assaisonner» elle fournit encore à la table d^ boissons spiritueuses très-agréables formées du suc des résines ou des fruits sucrés qui ont éprouvé la fermentation. Elle a aussi montré les moyens d'en tirer les esprits inflammables, et, par différentes combinaisons avec les esprits aromatiques des végétaux, d'en faire différentes sortes de liqueurs et de parfums.

On lui doit encore de souphrer les vins pour en arrêter la fermentation, afin de les rendre

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plus durables et de lès mettre en état de support ter le transport.

L'alciiymie enfin tire des lumières de lachymie philosophique et analytique à qui elle en donne à son tour. Quelques alchymistes Tont crue inutile pour leurs travaux ; mais les vrais adeptes en sentent lotît le prix et la conseillent, surtout cette partie de 1^ chymie qui traite des métaux Avec son secours le chymiste sera détourné de, g^addonner à la recherche pénible et infructueuse de la pierre philosophale ; ou s'il la cherche, ce sera avec plus de connoissances ou avec plus de précautions; ils' épargnera une foule d'opérations inutiles et ridicules, pour ne s'atta* cher qu'à celles qui mènent plus directement au but.

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