DES CORPS AU GLISSEMENT
On a vu ci-dessus (353) que, pour les surfaces planes, ou
{*) Ce même fait paraît se présenter quelquefois aussi dans les machines, notamment dans les embrayages par cônes de friction ; on comprend, en effet, que dans ce cas, l'air ne puisse pas s'insinuer entre les couronnes en contact, ainsi que cela arrive, suivant l'Auteur, dans les glissements ordinaires où les surfaces en contact se détachent plus ou moins dans le sens normal. ( K.)
pour celles qui, en général, offrent une grande étendue de contact, il était nécessaire de distinguer le frottement après un certain temps de repos sous Tinfluence de la pression, de celui qui a lieu quand le mouvement est une fois acquis; mais que cette distinction était inutile pour le cas des tourillons cylindriques, frottant sur des coussinets pareils, et qui offrent généralement une continuité, une durée de mouvement qui n*a pas lieu dans le glissement réciproque des surfaces planes. Cette circonstance a engagé les physiciens à classer à part, ainsi qu'il suit, les résultats des expériences qui se rapportent à ces trois circonstances principales.
355. Frottement des métaux y des'hois, du cuir et du chan^ vrey après un certain temps de repos sous la pression. — Les résultats qui concernent ce genre de résistance^ ne comportent pas une très-grande rigueur, surtout lorsqu'il s'agit de corps organiques, tels que les bois, les cuirs, etc. : non-seulement ils varient avec la durée de la compression réciproque des corps, mais encore ils dépendent de la disposition accidentelle des aspérités et des fibres, à chaque renouvellement d'expérience; c'est pourquoi nous n'avons pas cru devoir étendre beaucoup le tableau suivant, qui est principalement déduit des résultats obtenus par M. Morin, et dans lequel nous avons eu égard, néanmoins, pour plusieurs cas, aux recherches de Coulomb et des autres expérimentateurs.
11 nous suffira de remarquer que, si l'on n'y a point établi de distinction entre les résultats qui se rapportent aux différentes espèces de bois ou de métaux, et à la direction des fibres, par rapport au sens du glissement, c'est que ces résultats offrent, par eux-mêmes, trop de contradictions, pour qu'on puisse démêler, dans chaque cas, la part d'influence qui peut être due à ces circonstances. Cependant, il est nécessaire ici de le dire, on s'accorde, assez généralement, à regarder le frottement des bois debout, et de ceux dont les fibres sont croisées, comme moindre que le frottement des mêmes bois glissant simplement dans le sens des fibres ; et l'on admet, plus généralement encore, que les corps, à contexlure homogène, glissant les uns sur les autres, offrent, à circonstances semblables d'ailleurs, une plus grande résistance que
ceux dont la conlexlure est différente. Ainsi, par exemple, d'après ce principe, admis par tous les physiciens, et par Coulomb lui-même, le frottement du fer sur le fer, ou du cuivre sur le cuivre, serait plus grand que celui du fer sur le cuivre, ei vice versa.
Ce principe paraissait, en effet, juslifié par quelques données spéciales de l'expérience, et par cette considération qu'une organisation similaire des corps doit nécessairement amener un engrènement plus intime, plus favorable de leurs aspérités. Mais les recherches expérimentales de M. Morin lui ont donné lieu de croire qu'une telle opinion, encore bien qu'elle soit généralement adoptée par les praticiens, n'a aucun fondement réel, et, par exemple, il pense que, si l'on choisit ordinairement des tourillons en fer ou en acier, pour les faire frotter contre des boîtes ou coussinets en cuivre, c'est principalement afin d'éviter qu'ils ne s'usent trop promptement, et qu'on ne soit obligé de les remplacer souvent; opération qui offre bien moins d'inconvénients pour les boîtes ou coussinets. Néanmoins, et jusqu'à ce que de nouvelles expériences soient venues lever entièrement les doutes, il sera bon d'avoir égard à ces remarques, dans le choix et l'application des nombres qui se trouvent rapportés dans les tableaux ci-après; mais il sera surtout essentiel de tenir compte du degré et de la nature du poli des deux corps (351); de l'espèce de l'enduit (352); de la durée et de l'étendue du contact (353), etc.
Quant à la différence qui peut exister entre le frottement de deux mêmes corps, selon que c'est l'un ou l'autre qui est en repos ou en mouvement, on ne saurait la ranger encore ici au nombre des faits avérés ; elle paraîtrait, d'après quelquesunes des expériences de M. Morin, devoir être très-appréciable pour certains cas, notamment pour l'orme et le chêne, la fonte de fer et le bronze, qui, dans ces circonstances distinctes, présentent, pour ainsi dire, les limites supérieure et inférieure des résistances relatives soit aux bois, soit aux métaux.
Enfin, nous ne saurions ici passer sous silence une remarque très-importante, due au même observateur, et qui consiste en ce qu'un léger ébranlement des surfaces en contact, peut souvent occasionner le départ du corps mobile ou du traî-
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neau» sous un effort bien moindre que celui qui serait capable de vaincre le frollemenl sans celle circonstance; riniensité de cet effort est alors, à peu près, égale à celle du frottement qui a lieu pendant le mouvement prolongé du traîneau. Ce fait, qui s'explique de lui-même (353 et 354), s'est particulièrement offert pour les bois, notamment pour l'orme glissant à sec sur du chêne, et, quoique M. Morin n'ait point eu occasion de l'observer dans toutes les circonstances, il sera bon néanmoins d'y avoir égard dans les calculs relatifs à la stabilité des constructions où le frottement joue un rôle très-important; c'est-à-dire qu'il faudra, dans beaucoup de cas, réduire son coefficient à celui qui suppose le mouvement déjà établi; car les édifices sont tous plus ou moins soumis à des ébranlements, pendant la durée de leur existence.
Table des rapports du frottement à la pression, pour les surfaces planes, au moment du départ et après un certain temps de repos.
WDICATIOX
des surfaces.
Bois sur bois.
minim.
moyen, maxim .
Bois et métaux.