II. Perturbai IONS
I Accidents et maladies.
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2 Retraites.
3 Décès.
4 Sinistres.
5 Chômages.
6 Dettes.
7 Inconduite.
8 Condamnations.
9 Service public.
10 Calamités sociales.
11 Autres perturbations.
Lorsqu’on connaît îes moyens d’existence de la famille ouvrière, on est qualifié pour étudier son mode d’existence et sa vie même. La première des quatre divisoins du tableau nous invite à étudier la famille dans sa structure et son personnel. Il est superflu, je l’espère, d’insister sur l’importance toute spéciale de cette analyse : nous sommes là, pourrait-on dire, au centre même des grands mécanismes de la vie sociale et si l’enquéteur peut parvenir à une analyse pénétrante de la vie domestique des familles, des souhaits et des plans qu’elles forment, des désirs et des craintes qu’elles éprouvent, de l’éducation qu’elles donnent à leurs enfants, il aura fait un grand pas vers la connaissance s:ientifîque de la société tout entière.
Faut-il dire que les sociologues, en cette troisième décade du XX® siècle, sont en meilleure posture pour anidyser méthodiquement les institutions familiales.^ La désorganisation rapide de ces institutions, dans nos sociétés occidentales, par l’inconduite de la jeunesse, le divorce, l’infécondité systématique, l’avortement et Thomosexualité, nous ont appris à ne plus confondre l’instinct sexuel avec l’instinct de procréation, et l’analyse devra dégager les éléments psychologiques dont la
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convergence incite les adultes à accepter les disciplines familiales, indispensables à la satisfaction du deuxième besoin social, celui du recrutement de la race.
En poursuivant cette étude, notre observation sociologique va d’ailleurs s’approfondir et s’amplifier. Dans les groupements relatifs aux mo3ens d’existence et au travail, nous n’avions jusqu’ici rtncontré que des adultes, ou du moins que des personnes ni trop jeunes ni trop âgées pour pouvoir participer à l’œuvre de production. Ici nous allons rencontrer tous les âges, notamment la jeune génération, celle qui demain formera la société même.
D’autre part, la rudesse des exigences économiques risquait de voiler à nos yeux la trame si riche de sentiments, de désirs, de tendances, de représentations sur laquelle se tisse la vie sociale tout entière ; ici nous allons en apercevoir tous les fils et toutes les nuances ; la ps3œhologie totale des individus va se manifester, en fonction des représentations de la vie auxquelles ils adhèrent, et aux mille détails minuscules de la vie domestique, nous pourrons mieux connaître la conception qui dirige et oriente les conduites.
La Famille est d’abord étudiée, en elle-même, dans son personnel, dans les membres qui la composent. Par famille, le sociologue entend toute variété d’association établie entre deux personnes de sexe différent, dans le dessein d’instituer entre elles une communauté de vie et de perpétuer la race. Toute famille n’est pas également apte à remplir sa fonction, mais du point de vue scientifique cette inégalité nous est présentement indifférente.
11 faudra beaucoup de finesse et d’expérience pour analyser exactement les procédés de l’éducation, et en cette enquête, on aura souvent l’occasion de se souvenir
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de rimportante distinction, signalée plus haut, entre la prospérité parasitaire et la prospérité harmoniq-oe. Le sociologue devra se demander si la famille réussit à fournir à la société un nombre suffisant d'enfants préparés à la servir et à lui assurer les contributions bénévoles sans lesquelles elle ne peut prospérer ni même s'entretenir, et il ne lui suffira pas de constater que l'adolescent a acquis l'aptitude à « se tirer d'affaire ».
L'enquête devra notamment rechercher comment l’éducation réussit à concilier deux exigences sociales quelque peu contradictoires : la société a besoin que la nouvelle génération s’insère dans une tradition et accepte de la continuer dans ses caractères spécifiques mais elle a besoin aussi que des nouveautés apparaissent, que des innovations se produisent et que soient respectés les tempéraments vigoureux et les initiatives bienfaisantes. C'est d’abord au foyer familial que doit se faire cette conciliation délicate entre la liberté et l'autorité, et les solutions heureuses données à ce problème intéressent beaucoup plus qu’on ne croit communément la solution du même problème, sur les plans de l'activité professionnelle et de la vie publique. En dépit d'une formule assez débile, et que beaucoup de braves gens aiment à répéter, croyant par là honorer l’institution familiale, la famille est bien autre chose que la cellule sociale ; elle est le laboratoire et la manufacture où se fabriquent non plus seulement les marchandises, les denrées et les machines, mais l’homme même qui les produira toutes. En elle et par elle, se forment et se préparent les personnels variés de tous les autres groupements sociaux ; aussi tous les détails de son fonctionnement devront-ils être étudiés avec un soin particulier^
Au sujet du Mode d'existence^ je n’ai qu’une prière à adresser et à demander au sociologue de se souvenir de sa qualité ; il se rappellera que les détails techniques qu’il recueille sur la nourriture ou le vêtement n’ont de signification qu’en fonction de leur répercussion sociale et dans la mesure où ils aident à mieux comprendre et à mieux interpréter les faits sociaux h
Lorsqu’on connaît les ressources de la famille et ses dépenses, on est bien placé pour étudier son Epargne ou l’insuffisance de son budget. Le tableau appelle l’attention sur les deux méthodes de l’épargne, celle qui escompte les accroissements de la production et des capacités économiques, celle qui met davantage sa confiance dans la restriction des dépenses... et trop souvent du nombre des enfants. 11 conviendra de suivre, à travers toute la nomenclature, les répercussions de l’une et de l’autre, et de montrer la différence des résultats
Les Phases de V existence nous invitent à une analyse plus approfondie et plus pénétrante. Avec le mode d’existence, il ne s’agissait que de la trame ordinaire de la vie quotidienne d’une famille; mais si régulier que soit le train de l’existence, des événements surviennent qui troublent en bien ou en mal cette économie, soit que
1. Trop souvent l’auteur d’une monographie s’étend avec complaisance sur la nature et la qualité des aliments, sur les différentes dépenses du ménage et il oublie de montrer l’intérêt social des renseignements qu’il donne. — C’est à propos du mode d’existence que s’offre l’occasion d’appliquer la méthode du budget de famille. A titre subsidiaire, cette méthode est précieuse, car elle conduit à découvrir des faits qui autrement eussent passé inaperçus.
2. Cf, notre récente étude sur T Evolution des Doctrines économiques sur l’Epargne depuis soixante ans, brochure publiée par la Ligue Française d’Education morale.
le seul écoulement des années ait produit cette nouveauté, soit plus souvent que des rencontres imprévisibles ou tout au moins imprévues aient mis tout à coup la famille en face d’une situation nouvelle.
De récentes études ^ ont montré l’importance, pour l’enquête sociale, de ces phases de l’existence, qui sont après tout assimilables aux phénomènes de la vie courante, mais « dynamisés et rendus plus intenses par l’état de crise. » La solution que l’homme se montre capable de faire prévaloir, en ces épreuves cruciales, est la pierre de touche de l’organisation véritable du foyer : dans le train ordinaire de la vie quotidienne, deux familles paraissaient se ressembler et suivre ensemble le même chemin; cependant l’une a su rester solide et ferme, malgré un enrichissement rapide qui a désorganisé l’autre, l’une a su résister au choc d’une calamité sociale ou économique qui a emporté l’autre. Il faut donc croire que les formations morales et sociales de ces deux familles étaient différentes, puisqu’en des crises semblables, elles se sont comportées de manière dissemblable.
Parmi ces survenances et crises notables, je dois signaler celle qui provient de la mort du chef de famille, et plus spécialement de la transmission du domaine, de l’entreprise ou du patrimoine après le décès de ce chef. Le problème est d’importance et Alexis de Tocqueville ^
1. La Science Soci(^le d’après Le Play et de Tourville, dans Science Sociale, fasc. 109, Octobre 1913, par Philippe Champault.
2. « Je m’étonne que les publicistes anciens et modernes n’aient pas attribué aux lois sur les successions une plus grande influence dans la marche des alTaires humaines. Ces lois appartiennent, il est vrai, à l’ordre civil, mais elles devraient être placées en tête de toutes les institutions politiques, car elles intluent incroyablement sur l’état social des peuples, dont les lois politiques ne sont que l’expression ». La Démocratie en Amérique, t. i®*" ch. III. — Le Play fut très frappé de cette remarque, qui a dominé tous ses travaux.
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et Le Play s’étonnaient à juste titre qu’on Pétudiât si peu. Avec une périodicité impitoyable, la mort vient tous les trente ou trente-cinq ans éliminer le chef de famille de la direction de son domaine, de son entreprise ou de son patrimoine et la fait passer aux mains de la g:énération nouvelle. Comment concilier la permanence nécessaire au progrès dans le travail avec ce brisement inévitable? L’affection des parents qui aiment d’une égale tendresse tous leurs enfants répugne aux préférences et cependant les exigences les plus certaines de l’économie résistent au morcellement, à cette pulvérisation périodique. Question difficile que les Français de notre temps ne parviennent plus à résoudre, puisque le système de l’enfant unique ou des deux enfants n’est qu’une honteuse caricature de solution \ mais question importante aussi, puisque la solution adoptée réclame de longues préparations et engendre à son tour d’infinies conséquences. L’enquête devra faire connaître non pas seulement le mécanisme juridique, mais surtout les éléments psychologiques et sociaux de la solution adoptée.