RAPPORTS ET CARACTÈRES DES ÉGYPTIENS ET DES GOIXOIS
riens syncrétistes doit donc se reporter au temps des premières origines, c'est-à-dire avant toute histoire connue, à six ou sept mille ans d'antiquité. Là seulement ils peuvent donner satisfaction à leur passion de tout unir, c'est-à-dire de tout confondre, s'ils ne se croient point arrêtés par les diversités radicales de l'ethnique ou des langues de nations, telles que les Égyptiens, les Chinois, les Aryens, les Sémites.
Il vint cependant (ce qui n'eut pas lieu pour la Chine) un temps où la sagesse égyptienne entra dans le courant général de l'élaboration religieuse de l'Occident. Ce fut quelques siècles avant et après notre ère. Mais alors cette sagesse fut singulièrement surfaite, interprétée, altérée. Parmi les idées véritablement antiques, nous verrons que celles de l'Egypte ne prirent part que bien transfoimées à la constitution des croyances qui triomphèrent à cette époque. Disons seulement, ce que nous développerons plus tard, qu'il ne tint pas aux efforts de tout genre, aux erreurs de critique, aux falsifications, à l'enthousiasme, aux rêveries d'une école, qui parut un moment envelopper toutes les sectes, que l'identification universelle des doctrines, faussement envisagée à leurs berceaux, ne devînt une réalité au moment de leur commune vieillesse. De nos jours, une érudition malsaine reprend de temps à autre ou continue, dans les sciences historiques, ce travail autrefois manqué dans les dogmes, et tend à remplacer l'histoire véritable des idées, avec leurs distinctions, leurs oppositions et leurs luttes, par un symbolisme universel, élucubré dans une tête moderne. Revenons aux Égyptiens et aux Chinois.
Ces deux peuples singuliers ont dans leur isolement quelque chose de commun. Leurs langues monosyllabiques, leurs écritures idéographiques établissent entre eux une remarquable analogie. Mais ces langues et ces écritures sont tout à fait diverses, tant en elles-mêmes que par la nature des pensées qu'elles expriment de préférence. On ne doit pas s'étonner que deux races différentes, sans communication, se soient rencontrées dans l'un de ces procédés, après tout peu nombreux, entre lesquels doit nécessairement se fixer le choix des hommes ou plutôt peuvent partager leurs instincts. Mais autant ces deux races se distinguent par le sang, de toute antiquité, autant leurs langages, malgré ce qu'ils ont de commun, tranchent l'un sur l'autre par la nature et l'accentuation des syllabes, autant leurs écritures s'éloignent dans la forme et l'adaptation symbolique des caractères, autant surtout l'intelligence et la foi portent manifestement chez elles des empreintes diverses ou opposées.
L'Égyptien a été l'homme le plus religieux de la terre, en ce sens que nul autre n'a plus développé le culte et fait d'actes de religion