MARCHE ET PROGRÈS DE L'ANTHROPOMORPHISME
scientifique de ces deux concepts, la distinction nette de la personne et de la chose entra dans la connaissance. C'est alors que commença ce qu'on appelle l'anthropomorphisme.
Car il n'est pas tout à fait juste de nommer ainsi le procédé mythologique primitif dont j'ai tâché de me faire une idée. La confusion qui en est Tessence s'oppose précisément à ce que le phénomène divinisé cesse d'être phénomène en jouant un personnage. Le dieu ne prend donc pas expressément la forme humaine, ou, si l'on veut, il la prend au point de vue idéal, puisqu'on le doue de passion et de volonté, mais il ne perd pas pour cela sa nature physique. En un mot, pour faire le dieu, le phénomène est posé homme idéal, à ce moment de l'esprit; et, au moment qui suit, V homme idéal est posé phénomène, et cela bientôt, non plus par identité, mais par causalité. L'anthropomorphisme est propre à cette dernière phase.
Dans la phase flottante et à la fois la plus féconde de la pure mythologie, dont le Rigvéda nous offre le modèle achevé, il n'y a pas encore place pour cet anthropomorphisme dont nous avons coutume de prendre le type dans la mythologie grecque. Ce qui le montre clairement, c'est que l'ordre des parentés, ce caractère si naturellement imposé à toute représentation de personnes humaines en rapport les unes avec les autres^ est constitué d'une manière à peu près fixe en ce qui concerne les dieux olympiens; les variantes tiennent à des différences locales de construction et de tradition des mythes. Rien n'approche, au contraire, de la liberté d'imagination avec laquelle les Aryens disposent des titres de paternité, de maternité et de filiation, et les échangent les uns contre les autres, chez les mêmes personnages, selon la rencontre des idées qu'ils veulent rendre par ce procédé mythologique. Par exemple, Aditi, sorte de personnification du ciel souverain, est tantôt mère, tantôt père, quelquefois fils, ou encore la réunion des dieux, tout ce qui doit naître, le ciel et la terre, leurs produits, enfin l'un de ses propres fils, les Adityas : Aryaman^ considéré en particulier. Cette même Aditi est tout à la fois la fille et la mère de Daksha, qui paraît être Agni ; et Agni lui-même engendre sa mère ; Soma est le père de son père, etc., etc. On comprend que des familles régulières d'êtres divins ne sauraient s'organiser^ sous^le pur règne de l'habitude mentale de prendre les rapports généalogiques pour signes de la génération des phénomènes, dont l'ordre de production varie selon le point de vue et peut prendre toutes sortes d'aspects. Remarquons en passant combien de difficultés attendent le mythologue qui cherche à introduire un esprit de système dans le chassé -croisé des divinités qui se subordonnent diversement les unes aux autres^ selon les cas des relations physiques que les mythes leur font exprimer, et qui s'élèvent chacune à la supré-
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