‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 205 sur 291 · COHHUNTGATION DES TRADITIONS SÉMITIQUES SUR LE DÉLUGE · texte numérisé non relu

COHHUNTGATION DES TRADITIONS SÉMITIQUES SUR LE DÉLUGE

des esprits^ disposés de même, doivent avoir la même idée dans la même rencontre (1).

Parmi les peuples dont Thistoire ne sait rien du cataclysme, il faut citer le seul dont l'antiquité supérieure nous est maintenant connue. Les grandes inondations de TAsie, le déluge^ pour continuer de le nommer ainsi, est synchronique de deux dynasties collatérales en Egypte, la XIII< et la XIV», qui régnèrent plus de 2000 ans après Mena, plus de 1000 ans après Térection des pyramides. Les Phéniciens, établis entre le Liban et la mer, ont partagé Tignorance ou Tindifférence des riverains du Nil (2). Le déluge n'a pas place dans ce que nous avons de leurs cosmogonies, et les habitants de Tyr faisaient remonter la fondation du temple de l'Hercule national à 2300 ans avant l'historien Hérodote, c'est-à-dire à 400 ou 500 ans avant Tépoque probable de la destruction de Babylone par les eaux.

La tradition hellénique admettait plusieurs déluges distincts et locaux, relativement récents. On a dû renoncer à les confondre avec ceux d'Yâo, de Xisouthros et de Noah. L'inondation dite de Deucalion^ chargée de traits mythiques, ne devint pas moins, chez les anciens, le centre d'une agglomération légendaire dont la tradition sémitique voisine fournissait progressivement les traits. Et ce travail fut tardif. Ainsi, VJliade, VOdysséCy la ThéogoniCy les Travaux et les jours ne s'inspirent nulle part du souvenir d'un déluge. Un scoliaste attribue à Hésiode la mention d'un Deucalion mythique, mais bien grec, fils de Promètheus et de Pandora. En général, ce Deucalion passe pour un Als de Minos. Si c'est un roi primitif, le calcul des générations ne le fait remonter qu'au xvi*^ siècle. Hérodote ne le considère pas encore autrement. Il faut arriver à Pindare pour trouver Deucalion sauvé des eaux par la protection de Zeus le maître des orages, et une ville de Protogénie^ qui lui sert d'asile au pied du Parnasse. Plus tard, Apollodore fait mention de Varche : l'inondation est dite alors universelle; nous sommes vers 150 avant Tère vulgaire. Enûn^ ce n^est qu'en arrivant au commencement de notre ère, en consultant Ovide, Plutarque, Lucien, que nous voyons paraître les traits sémitiques de la colère divine, et des animaux sauvés, et des pigeons émissaires, et de l'arche

(1) Je parie des récits vraiment comparables à celai de la Genèse. Plusieurs ne le sont nullement, ou, quand ils le sont, se trouvent suspects d'additions ou d'altérations apportées anz légendes locales sous l'influence de la légende favorite des missionnaires clirétiens. Voir l'art. Déluge^ de M. A. Maury, dans V Encyctopéëie moderne.

(2) On ne cite à rencontre de cette ignorance, en ce qui concerne l'Egypte, qu'un passage de Tlûstorien Mauéthon, passage étranger à i'énumération suivie des dynasties, et d'une évidente provenance clialdéenne, si môme il n'est pas tout à fait interpolé par les compilateurs. On sait que l'ouvrage de Ma-» nélhon a été perdu.

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