BERCEAU DES RACES SÉMITIQUES : DOCUMENT JÉHOV-ÉLOHISTE
Sans doute, on peut opposer à ces arguments la possibilité que les Sémites aient gardé de leur côté, comme les Iraniens du leur, le souvenir d'un séjour terrestre commun^ et qu'ils Taient associé à la croyance d'une perfection primitive. Mais il est inconcevable, dans cette hypothèse, que, le document de la Genèse étant ainsi sorti du fond et de la substance propre du peuple hébreu, l'idée religieuse essentielle du récit, tellement essentielle que bien des siècles plus tard toute une religion y trouva son aliment, cette idée de la défense intimée à l'homme par Jéhovah, de la séduction de la Femme par le Serpent, du péché originel, de la condamnation et de la déchéance, soit demeurée une lettre morte; que ni les autres livres qu'on attribua à Moïse, ni les prophètes et les hagiographes n'aient donné signe qu'ils la connussent, par la moindre allusion notable; et qu'enfin les écoles, les docteurs et les controverses se soient multipliés jusqu'au judéo-christianisme des évangélistes inclusivement, sans que personne ait jamais paru se douter que les hommes fussent responsables d'autres péchés que de ceux de leur vie commune et terrestre. Un tel phénomène est contradictoire avec toutes les lois de l'histoire, s'il ne signifie pas que le document jéhov-élohiste est le produit d'un travail particulier, fait dans Israël, sans doute, mais sur des idées qui n'émanaient pas d'Israël et ne le touchaient pas profondément.
Si ce document n'est point sémitique d'origine, s'il est d'origine iranienne, au moins pour quelques-unes de ses données, devons-nous penser que sa composition se place ou au temps de la captivité des Juifs à Babylone ou à celui qui suivit leur délivrance? Il est certain que ce n'est pas avant cette époque qu'ils se retrouvèrent en contact avec des peuples aryens, entièrement perdus de vue par eux depuis leur entrée en Egypte. Mai's alorson s'expliquera plus difficilement encore l'isolement de la doctrine de la chute, son influence nulle, son parfait contraste avec les idées et les œuvres de la restauration mosaïque à cette époque, ainsi qu'avec la direction terrestre et nationale qu'eut toujours la théorie du salut. La légende d'Adam et Eve doit appartenir à une autre antiquité que celle de Juda et d'Israël sous le second, aussi bien que sous le premier temple. Ne craignons pas de remonter à la plus lointaine ère du sémitisme nomade, à ce temps où YEnfant de Sem, errant entre l'Arménie, la Babylonie et les pays chananéens, pouvait recevoir communication des légendes d'une race qui lui était moralement plus sympathique que ne l'étaient des races parentes(l). On comprend bien que je n'essaie pas ici de déterminer
(1) 11 ressort des découvertes auxquelles la lecture des iuscriptions cunéiformes a conduit, sur Thistoire ancienne de TAsie, que des races touraniennes occupaient réellement dans la Médie antique, dans le pays d'Élam et encore
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le moment où la légende fut fixée, mais seulement celai où se fit Temprunt des éléments iraniens qui devaient s'y introduire.
Les Hébreux de la haute époque, autant que leurs sentiments se révèlent par les documents les plus anciens, éprouvaient une sympathie relative pour des races positivement dififérenfes d'eux-mêmes, tandis que leur répugnance était extrême à l'égard de peuples détachés de leur propre souche, et parvenus à la civilisation matérielle. Leurs passions religieuses et politiques semblent avoir roulé dès l'origine autour de Tidée d'une dépossession future de Kanaan à leur profit^ tandis que Japhet était autorisé à habiter sous les tentes de Sem et à prendre, lui aussi, Kanaan pour esclave. D'autres nations, étrangères à Sem, se trouvaient adoptées par ce dernier, en vertu d'une ethnographie fictive et systématique. C'est là un phénomène moral et psychologique tout naturel. La haine entre voisins ou consanguins, le rapprochement des termes extrêmes, en apparence les plus divergents, sont des faits mille fois observés dans la politique, dans la religion, dans les accidents des guerres étrangères et des guerres civiles.
Tout lecteur non prévenu de la Bible trouvera dans cette observation la véritable clef de ce dixième chapitre de la Genèse, sur lequel tant de commentateurs ont épuisé leur savoir-faire. Que la distribution des races humaines qu'on y voit exposée ne soit nullement une ethnologie rigoureuse, au moins dans ses développements, cela résulte, avec la dernière clarté, de nos connaissances définitives en linguistique et en histoire. Par exemple, il est incontestable que le Kananéen était parent de l'Hébreu, et que l'Élamite ne l'était pas. La classification, si elle n'est ethnologique, est donc géographique? Il le faut pour qu'elle réponde à une réalité. Mais elle est avant tout sentimentale, dans l'attribution qu'elle fait d'un ancêtre ou d'un autre à chaque race géographiquement assise. L'auteur du document, ou plutôt les auteurs des légendes qu'il a recueillies, consultent essentiellement les convenances morales, l'état de bénédiction ou de ma-
ailleurs, aussi bien que dans la Chaldée, une place qu*0Q attribuait jusqu'ici a des races aryennes. Mais ce serait aller beaucoup trop loia que de n'admettre dans le pays polyglotte et polyethnique par excellence la présence à aucun degré de ces dernières, et particulièrement des Iraoiens de Zoroastre. Le renversement d'une dynastie kouschite et l'avènement d'uoe dynastie médigue à Babylone vers l'an 2500 avant notre ère, selon Bérose, peut n'avoir point de rapport avec le Bactrien Zoroastre^ malgré ce qu'en dit cet historien — encore est-ce bien certain? — et une partie de population iranienne, portant des légendes mazJéi^nnes avec elle, n'avoir pas laissé de s'introduire dans ia Babylonie et la Chaldée k la suite de cette invasion.