‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 220 sur 291 · DISTRIBUTION DES RACES HUMAINES AU POINT DE VUE SÉMITIQUE · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DES RACES HUMAINES AU POINT DE VUE SÉMITIQUE

père de Prométhée. Il faut plutôt croire qu'une heureuse rencontre a favorisé le jeu de mots étymologique que le génie hébreu a cherché, en voulant assigner le rapport du caractère et du nom, conformément à sa pente ovàinaiTe {Genèse ^ ix, 27). L'idée caractéristique de Yexpansion est, au reste, d'autant plus justifiable que, s'appliquant aux Aryens, elle aurait enveloppé la race touranienne à laquelle le document ethnico-géographique n'a pas fait une place distincte (1).

Cette vue est confirmée par le résultat d'éludés mythologiques, qui placent vers l'orient de l'Asie Mineure, au sud du Caucase, la plus ancienne élaboration des mythes relatifs à Japhet. Or le dixième chapitre de la Genèse symbolise, dans les fils de ce patriarche^ des peuples qui appartiennent en partie à cette contrée, quoique l'exacte détermination n'en soit pas toujours facile aujourd'hui. Les Grecs ou Ioniens s'y reconnaissent sous le nom de Javan. On peut, enfin, regarder comme démontré que l'Asie Mineure, à peu près entière, a appartenu dans l'antiquité à des peuples aryens, et que ceux de celte même race qui sont passés en Europe ont longé de côté ou d'autre les rives de la mer Noire et par conséquent peuvent avoir séjourné ou s'être succédé à des intervalles plus ou moins longs aux frontières septentrionales du monde sémitique. Toutes ces considérations m'engagent à conclure :

1» Que Japhet a personnifié pour les Hébreux, non seulement la région de leur horizon, mais encore plusieurs races dont l'une a fourni le nom du fils envahissant de Noah. Des Aryens et des Touraniens ont dû ainsi être confondus» en une commune opposition au sémitisme civilisé, impérialiste, odieux aux Sémites nomades.

2" Que les traditions orales, sur lesquelles s'est formée la légende ethnographique, peuvent remonter à une époque très ancienne et même antérieure à la descente des Abramides en Egypte, à quelque époque au surplus qu'elles aient été écrites et que le contenu ait pu en être retouché.

3^ Que la bénédiction donnée à Japhet, l'approbation singulière accordée à sa force expansive, jusque sous les tentes de Sem {Genèse, IX, 27), et l'admission à la qualité de Sémites de quelques peuples appartenant probablement à d'autres races, expriment la préférence que l'Hébreu témoigna de temps immémorial à celles-ci, comparées, soit à ses frères désavoués, soit à l'Egypte, à laquelle il rattacha ces

(1) Le document compte Madaï et Magog parmi les fils de Japhet; or le premier de ces noms répond à uae coatrée (la Médie) qui est maintenaut reconnue pour avoir été de langue touranienne dans la haute antiquité, et le second désigne les peuples septentrionaux, tant aryens que touraniens probabltiment, que les anciens ont appelés des Scythes et dont les iucursions étaient redoutées dans toute TÂsie méridionale.

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derniers. Nous voici ramenés à Gham, l'autre ancêtre dont nous avons à parler. Son vaste domaine, où prennent place les éléments sémitiques répudiés, est la contre-partie naturelle d'un domaine sémitique où d'autres races ont pu s'introduire.

Gham (le Chaud) étant la dénomination ancienne et originale de rÉgypte, comme les égyptologues l'ont .prouvé, il est vraisemblable que la signification hébraïque de ce nom est résultée de l'impression que les Sémites reçurent du climat de la terre noire^ la terre de Chémi. Le même nom servit à grouper les races du midi sous un chef unique. Ainsi donc, ici encore, nous trouvons un symbole géographique, parce que les peuples rattachés à Gham par la Genèse appartiennent en général à la région méridionale par rapport aux Hébreux; et nous rencontrons une valeur ethnologique en même temps, car l'Égyptien est aussi différent du Sémite que celui-ci Test de l'Aryen.

G'est dans les fils de Gham seulement que parait l'arbitraire passionné de cette classiCcation des races. L'antique légende de la malédiction provoquée par un acte obscène du fils de Noah représente énergiquement la répugnance de l'Hébreu pour les mœurs impudiques et pour les religions qui admettaient l'exhibition et l'adoration de l'organe viril, comme symbole de la puissance génératrice phy* sique. G'était le cas de l'Egypte, qui est Gham; c'était le cas de Kanaan et des peuplades phéniciennes; c'est pourquoi Kanaan est déclaré fils de Gham (quoique Sémite pour nous) et maudit après lui, avec toutes les tribus sorties de lui.

Misraïm, autre fils de Gham, est une personnification plus particulière de l'Egypte : la légende ethnographique en fait émaner d'autres nations voisines, sans autre caractéristique probable que la nature des mœurs et des cultes. Mais celui des fils de Gham qui doit nous intéresser le plus est l'aîné, Kousch, père de Nimrod le fondateur d'empires. G'est en effet une importante question, de savoir si nous avons encore ici une branche considérable de Sémites, désavouée par les Hébreux, ou si nous sommes obligés de joindre aux trois races, que nous venons d'assigner, un quatrième grand peuple, un autre et le plus antique élément original des civilisations de l'Asie occidentale

Le droit de la critique, et son devoir aussi, je le crois, est de rejeter l'existence de la race Kouschite, en tant que distincte de la famille sémitique dans son ensemble. Toutes les raisons puisées dans les faits l'exigent. En effet, le document ethnographique de la Genèse rattache à l'ethnique de Kousch deux sortes de personnages. Examinons-les successivement. Mais, avant cela, remarquons que Gham est donné pour le père de Kousch, de manière que si les fils de ce

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