‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 258 sur 291 · I.NTRODUCTION · texte numérisé non relu

I.NTRODUCTION

quentes aujourd'hui, si ce n'est tout à fait vivantes, qui ont leur importance en librairie, dans les églises et dans les salons (1).

Les sacrifices humains, et spécialement ceux qui prenaient pour victimes les êtres les plus chers à la famille durent s'introduire chez les Sémites, comme chez d'autres nations, dans les circonstances terribles où la foi aux expiations réclamait des offrandes du plus grand prix. Mais, plus que chez d'autres, ils s'étendirent et durèrent. La divinité qui reçut en aliment (2) ces offrandes monstrueuses était la Puissance ou les Puissances (les Schédim de la Bible), sous le symbole astrolâtrique du Feu dévorant, et sous la représentation matérielle du taureau, soit que cet emblème animal eût été emprunté à rÉgypte ou à l'Assyrie, ou qu'il eût été choisi pour son double caractère de force fécondante et d'impétuosité aveugle. Ainsi, on livrait à Baalthis la Noire, la même qu'Astaroth en tant que Nature dévorante, des animaux vivants et des enfants, brûlés dans un taureau d'airain. Le plus souvent c'est à Baal-Moloch que s'offraient ces sacrifices. Ils étaient réels et fréquents, et imputables au fanatisme des parents eux-mêmes. On en est très assuré par les livres des Juifis (3), chez lesquels ils se répandirent avec les autres prostitutiottë étrangères, pour employer l'expression des prophètes. Mais on voit par les mêmes passages que tout se réduisait dans certains cas^ et sans doute les plus communs, k une cérémonie figurative. Alors les enfants passaient par le feu, c'est-à-dire entre deux bûchers allumés. Ainsi se préparait la transformation de l'horrible réalité en symboles modifiables et progressifs, pour l'époque où le sentiment religieux devait subordonner jusqu'à un certain point, le mobile de la terreur à d'autres mobiles.

Ces coutumes nous paraissent effroyables, et en effet elles le sont. Cependant si nous les comparons au culte de peuplades encore plus dégradées, que nous voyons tabouei\ puis assommer par surprise^ en l'honneur des Dieux, les malheureux et les déshérités d'entre leurs membres, il faudra reconnaître qu'il y a eu moins de bassesse, plus de religion et plus d'avenir chez les nations qui livraient leurs propres entrailles en expiation à la divinité dévorante. L'horreur n'est pas pour cela diminuée. On peut même dire que, se liant à des dogmes tout autrement puissants, elle nous contraint de réfléchir à cet enfantement (Pactes scélérats qui naissent de l'idée religieuse,

(1) De M&istre, Soirées de Saint-Pétersbourg ^ et toute l'école qai voudrait supplier Dieu par les supplices,

(2) Ez^hiel, xvi, 20.

(3) Psaume cvi ; Rois, ii, 16 ; Lévitigue, ztiii, 21, et xz, 2 ; Jérémie, vn ; 31 et xxui, 35 ; Ézéchiel, zvi, 19-38.

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selon le poète (i). Mais nous savons, ce que le poète ignorait, que le mal religieux est un effet du mal moral, lequel, essentiellement^ est le mal humain. Nous savons que le progrès des mœurs et le mélange des peuples amènent le progrès de la religion, à travers bien des oscillations, et autant que le permet Thabitude, principe conservateur du mal comme du bien, du mal encore plus facilement que du du bien. Un culte idéalisé , transporté des hommes aux personnes divines, se retrouve après quatre mille ans dans la doctrine descendue des sources sémitiques, et qui couvre TEurope. Mais il faut Tœil du critique pour démêler encore dans la croyance des chrétiens la tradition, le symbole et la morale des sacrifices humains.

(t) Lucrèce, I, v. 81 : Vereor ne forte rearis Impia te rationU iDire elementa (en embraftsant le matérialisme d'Epicure) viamque Indogredi sceleris : qaod contra saspius illa Relligio peperit ftcelerosa atqua impia facta. Aulide, etc.

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