‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 284 sur 291 · RÉCAPITULATION. LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION. LA PRIÈRE

vages, et qu'au regard de cet abaissement , nous plaçons les hymnes du Rigvêda dans lesquels Thomme implore ou bénit les grandes et bienfaisantes œuvres des dieux dans la naturel ou les graves légendes de la Génèsej qui nous rapportent des pactes sérieux et profonds des familles des patriarches avec la puissance divine, nous trouvons que la différence est grande, et nous reconnaissons jusqu'où va Tinfluence de la moralité humaine pour la transfiguration d'un seul et même élément de religion dans les âmes. Cependant, à n'examiner que le principe même de la prière et des modifications objectives du monde qu'elle vise à obtenir, on doit avouer que la raison s'y montre faible en estimant les phénomènes désunis et comme individuels, arbitraires, dépendants de volitions toutes spéciales. La personnalité de Thomme y devient de l'égoïsme, puisqu'elle rapporte tout à elle, et souvent à ses moindres intérêts, et subordonne le cours de l'univers aux faveurs dont elle veut être l'objet. Enfin toute la série des illusions psychologiques survient, ici comme en ce qui touche la divination et les prophéties, dans la disposition à tirer parti des coïncidences fortuites, à employer toutes les ressources de l'interprétation, au besoin à s'halluciner soi-même par l'imagination et la foi, pour tirer de l'expérience une vérification de l'attente que la prière fait naître.

Tout cela est si vrai, que le développement des facultés rationnelles de l'homme, celui de l'idée de régularité et de constance appliquée à l'ordre du monde, même alors qu'ils se sont produits concurremment avec des croyances religieuses très vives* ont amené une transformation profonde de la notion de la prière et de ses efiets. Autant qu'on l'a pu, on a généralisé et moralisé l'objet des implorations ; l'action divine a été de moins en moins envisagée dans les accidents naturels, et de plus en plus dans la conduite de l'histoire, surtout dans les déterminations particulières des âmes, où il était relativement aisé d'Y croire, impossible à l'incrédulité d'y opposer des raisons décisives.

C'est à ces conditions qu'il paraît désormais nécessaire de réduire un élément aussi primitif et universel de religion, aussi essentiel à toute forme imaginable de croyance positive et de culte, que celui qui consiste à demander et à attendre de la divinité la réalisation du bien. La transformation est opérée en partie, et serait entière déjà peut-être, sans les embarras qui proviennent de l'acceptation forcée et de l'explication délicate de traditions révérées. Il en est d'ailleurs des visions et des révélations divines comme de la prière objective et des miracles communs. Les phénomènes que j'appellerai du genre de Vextase, pour être bref, tendent à s'effacer du culte et de la foi moderne, quoiqu'ils aient tenu tant de place à l'origine, et encore aux époques de réveil, et qu'on puisse les regarder comme essentiels à toute fondation religieuse. La loi de décadence de ces phénomènes

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