‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 40 sur 291 · SI L^HOHME EST SOCIAL PAR NATURE · texte numérisé non relu

SI L^HOHME EST SOCIAL PAR NATURE

ment sur les cœurs, mais qui ne laisse pas d*avoir son premier fondement dans la crainte ou dans l'espérance.

J'ai traité du mal initial en rendant mon sujet aussi abstrait que possible, afin de mieux apercevoir les vérités les plus générales et qui sont d'importance majeure pour la critique de l'histoire humaine. Ici, je m'applique en même temps à l'essence originelle du lien social, et je vois le mal se produire sur un théâtre plus étendu qui me permettra d'en discerner des séries entières de conséquences.

Je réponds sans peine à la question : Si Vhomme est un être essentiellement socta/? L'homme est d'abord un être social en ce sens qu'il est un être domestique, en ce que les enfants ont besoin de leurs parents, que les parents aiment et dirigent leurs enfants au delà du temps nécessaire à l'éducation, et que ceux-ci contractent l'habitude du respect et de l'obéissance jusqu'au moment où ils peuvent être à leur tour des chefs de famille, et encore au delà, si d'autres sentiments naturels ne se trouvent pas mis à de trop fortes épreuves. Or c'est là un lien social suffisant à l'origine, ou du moins dont les premiers développements n'altèrent que peu la nature. Lorsque les familles ont essaimé, peuplant la terre de proche en proche, l'instinct et des traditions de fraternité président à leurs relations, si d'ailleurs les subsistances ne manquent pas, et tant que le mal ne s'est pas produit et généralisé dans une certaine mesure. Cet état social naturel, non encore rationnel, ne se dément que par l'effet des passions qu'amènent des rivalités diverses ou l'invasion de la misère. Mais alors précisément la société primitive traverse une crise qui la transforme, et, niée par des faits d'antagonisme et de guerre, elle s'affirme de nouveau avec plus de conscience d'elle-même et tend à devenir, d'instinctive qu'elle était, presque rationnelle; de naturelle, presque conventionnelle et positive; la société succède à la famille.

L'homme n'est donc social^ dans la pleine extension du mot, qu*en puissance et par son développement. S'il nous plaît de poser la question abstractivement et d'imaginer un homme en présence d'un de ses semblables, hors de tout groupe antérieurement formé, nous dirons qu'il est social et antisocial, comme il est bon et méchant, selon que nous considérons en lui une passion ou une autre, un besoin ou un autre besoin, une idée ou une autre idée, la sympathie ou la crainte, la faiblesse qui demande secours, ou la faim qui ne veut qu'une proie, la bienveillance amenant l'égalité et le partage, ou régoîsme qui fait du soi le centre universel. Mais, sous le point de vue historique, bien que la double tendance se conserve nécessairement et apparaisse toujours, il faudra dire que l'homme est social par essence, puisque c'est dans la société et par elle qu'il développe sa

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