‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 44 sur 291 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Suite. — Essence, progrès ou décadence de la justice.

Claire ouconfuse, la notion du juste a toujours existé chez l'homme, ou du moins nous ne considérons l'homme que sous cette donnée, à défaut de laquelle il n'est plus celui que nous étudions. Si l'on a pu en contester la nécessité ou l'universalité, c'est qu'on a confondu les applications de l'idée avec son essence. Il est très vrai que l'homme, traite de juste ou d'injuste un même acte selon les temps et les lieux, mais cela même constate l'existence de la notion. Cette idée assez générale pour se prêter à des divergences d'application, on ne peut plus graves dans les faits, n'est pas difficile à assigner. Elle consiste dans la loi de conscience en vertu de laquelle, étant donnés deux hommes en des rapports sociaux quelconques, soit distinctement établis, soit aperçus confusément, chacun d'eux se croit en droit d'aU tendre^ ou croit qu'il est de son devoir d^offrir certains actes déterminés de Tordre de la volonté. A cette loi s'attache nécessairement la reconnaissance d'un lien réciproque, qui n'engage l'un qu*autant qu'il engage l'autre, puis celle d'une propriété de chacun, composant la sphère de ce qui lui est dû. Le suum cuique tribuere^ texte d'une jurisprudence formulée, était déjà au fond des relations primitives des hommes. Seulement la détermination du suum cuique ne se présentait ni comme rationnelle ni invariablement la même, altérée qu'elle était par la passion, ensuite par l'habitude ; et il s'en fallait que la réciprocité entraînât ordinairement l'égalité.

Maintenant remarquons que Tamour n^est point exclu de l'essence de la justice; il en est au contraire un élément nécessaire, ainsi que de la nature humaine. Nous allons nous en convaincre. De quelque manière qu'on essaye de préciser la notion du juste, on y trouve toujours, si empiriquement que l'on procède, une trace de ce principe : que la personne ne doit point se faire le centre de tout, mais qu'elle doit reconnaître dans une autre personne un autre centre semblable

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