PRINCIPES DE LA CONSERVATION KT DU PROGRÈS
facile de mal /aire, ceux-là la liberté difficile de bien vivre et la grande peine de subsister. Les uns trouvent autour d'eux la place occupée et les rangs serrés ; les autres, dont les places sont retenues et gardées d'avance, se trouvent amenés infailliblement à soumettre la foule des disgraciés à la loi de leur bon plaisir en beaucoup de choses nécessaires à la vie. Ainsi un abime est creusé entre la justice universelle et la sphère des obligations positives. Les obligations sont contractées et les lois sont faites en conséquence de la donnée de l'inégalité sociale, et cette inégalité est telle que, la personne même étant dégradée chez un grand nombre d*hommes, ce respect mutuel, cette reconnaissance de la dignité qui est le fond de la justice se trouve incompatible avec les faits.
Dans cette situation, qui est de tous les temps, l'activité politique dessine deux partis : le premier a pour unique souci la justice positive; il demande la stricte observation des contrats en tous genres, il prêche la soumission à l'état de choses traditionnel et habituel comme la règle la plus sûre, à tout prendre, et la plus respectable. Ce principe^ littéralement obéi, ne serait seulement pas propre au maintien d'un statu quo réel; c'est le chemin de la décadence de la justice, à cause de ce qu'on nomme les abus, de leur inévitable invasion et de leur consécration parle temps. Le second parti, s'il obéit à la pure logique, exige que tous les membres du corps social soient mis en possession de sphères de personnalité égales et garanties, afin que le respect soit toujours possible autant qu'imposé, que les droits ne soient pas dans la plupart des cas une fiction, les devoirs des exigences arbitraires, et qu'enfin la justice devienne aussi facile à appliquer qu'elle nous parait simple à énoncer en thèse générale.
Il y a dans le parti du progrès cette différence et cette scission, que les uns veulent tendre à la justice de tous leurs efforts en respectant (chose délicate et souvent difficile) les contrats positifs existants, et même les habitudes prises, si du moins elles ne leur semblent pas tout à fait contraires à des droits naturels inamissibles; tandis que d'autres s'élancent par-dessus les obstacles au siège de la justice pure. Il arrive souvent que ceux-ci, consultant moins l'utile et le faisable que le rationnel abstrait, manquent à la fois le bien cherché et compromettent l'acquis^ impuissants qu'ils sont à vaincre tout à la fois la coutume, la loi, l'intérêt et l'ignorance : quelquefois la justice même est en danger dans leurs mains, parce que, dans la hâte où ils sont de réaliser l'égalité qu'elle réclame, ils travaillent à anéantir la liberté, sa première sauvegarde. Mais on voit aussi les politiques amis des tempéraments, consulteurs du temps et du possible, réduire le droit à l'état de vaine théorie, et ne proclamer par-