LES TQÈSES MORALES DE KANT
le plus léger mensonge, ne saurait s'auloriser du but, ou de l'Utile, ou de quelque grand bien qu'on espérât en tirer. Mais l'autorisation peut naître de l'injustice des hommes. Ce n'est pas le bien, la justice de la fin qui justifiera Tinjustice des moyens. Cette justification est radicalement impossible. H y aura seulement excuse et permission du mal, à cause du mal même, e^. en vertu de la justice même. Le principe absolu de Kant est vrai, incontestable et seul moral, à Tégard de rhomme en général, ou de l'idée de l'humanité; il est encore vrai de l'homme individuel, si les autres hommes sont exactement assimilables à lui, si tous sont également sous la Loi : pour qu'il fût vrai indépendamment de cette hypothèse, il faudrait que la justice concernât l'homme seul, et non ses relations avec des semblables, avec des égaux.
Mais cette égalité n'existe pas en fait, et la justice rigoureuse est dès lors impossible. Le mal, c est-à-dire la guerre et ses effets, que la solidarité rend universels et permanents, étant une fois donnés, il ne se peut plus que l'individu, à moins de sacrifier en mille occasions tout ce qui lui est cher et son droit, accepte et surtout observe fidèlement les lois et maximes qui seraient applicables à un règne d'égalité et de paix, dans la société idéale. De là, cette vérité trop connue, que chacun est à l'état de défense personnelle contre chacun et contre Tautorité de fait, quelle qu'elle soit, contre tous. De là cette quasi-nécessité de consacrer par la pratique et l'usage une série de modes de parler et d'agir injustifiables, et dont même il n'y a pas de théorie; car le tâtonnement seul est capable de déterminer les à-peu-près d'une espèce de droit de la guerre, destiné à créer des garanties mutuelles dans le danger commun. De là la disposition du vulgaire à consulter, à apprécier dans chaque circonstance, non pas tant le juste et le vrai, qu'il connaît mal et dont il espère peu, que l'utile ou le possible réel, c'est-à-dire qui passe pour tel. De là enfin la substitution générale de l'honneur à la vertu comme mobile supérieur de la vie, l'honneur se référant au degré de vertu réputé possible et exigible. Les choses étant ainsi, le philosophe et le véritable honnête homme pourront s'efforcer d'agrandir pour eux et dans le monde la sphère de l'idéal accessible, que tant d'autres tâchent de diminuer; ils sauront au besoin se défier de l'illusion et de l'indiscipline propres à la passion, même légitime, et se conformer à la règle immuable, comme plus sûre en certains cas que la conscience empirique : en conséquence, ils iront jusqu'à s'exposer journellement, de crainte de mal juger et de mal agir, et jusqu'à rendre le bien pour le mal, quand ils le pourront sans détriment d'autrui ou sans trop grand détriment d'eux-mêmes. Mais il ne faut point attendre d'eux qu'ils échappent en tout à la coutume et à la solidarité du ma), encore moins qu'ils généralisent la