DÉFINITION DES TEMPS NON HISTORIOUES
et de lumières, pour que je puisse me dispenser de les établir longuement. Ils se réduisent, en principe, à accepter et à suivre sans hésitation et sans crainte, dans cette matière comme dans toute autre, la méthode unique de la recherche du vrai, la comparaison, l'analyse, l'induction, et à n'admettre de connaissances a priori que celles qui sont essentielles à la constitution même de la raison. Quand il s'agit des temps antéhistoriques, où les matériaux semblent de prime abord manquer à l'analyse, la critique trouve de grandes et précieuses ressources dans l'étude des langues et de leurs lois, dans l'exploration des monuments, dans la considération attentive des données constantes de l'esprit humain.
La dénomination de temps antéhistorique peut s'entendre en un sens relatif. Elle convient alors à des époques même récentes et à des peuples nouveaux, c'est-à-dire nouveaux k l'égard de ceux dont les traditions régulières remontent plus haut que les leurs. On peut l'appliquer avec exactitude à la vie entière de ces nations, en quelque sorte inconnues d'elles-mêmes, qui n'atteignirent jamais ou qui n'acquirent pas suffisamment la conscience pure du vrai, en matière d'événements et de faits, mais dont les traditions et les idées ne cessèrent point d'appartenir au règne de la spontanéité et d'obéir aux variations et aux erreurs d'une imagination passionnée. L'histoire devient possiblejusqu'à un certain point, et réclame pourtant de grands travaux de la part de la critique, lorsque la nation qui ne l'a point possédée s'est trouvée en relation avec d'autres qui avaient du moins quelque chronologie et des annales et qui ont pu nous les transmettre.
Un certain nombre de peuples ont conservé longtemps, auprès de traditions à peu près raisonnables, ou même de l'histoire écrite, une part de développement étrangère et rebelle aux lois communes de la vérité des faits. Pour eux, les temps non historiques embrassent un cAté de la vie, le côté religieux; et l'histoire occupe l'autre. Tels furent les Grecs eux-mêmes avec leurs oracles et leurs pratiques augurales, et malgré l'élan que l'esprit scientifique avait pris parmi eux. Tels furent aussi les Juifs et, à leur suite, les races qui accueillirent leurs légendes sacrées. Jusque dans le sein des sociétés élevées au plus haut degi'é connu de la rationalité, il s'est perpétué et il existe encore des classes d'hommes ignorants, impropres à l'observation exacte, dénués de la notion de la rigueur et de tout esprit de méthode, portés à l'admiration et ennemis de la réflexion qui la désenchante, dominés enfin par les facultés réceptives de la nature humaines. Ces classes-là, par elles-mêmes, continuent d'appartenir à la série des temps non historiques. Aussi voit-on quelquefois se produire au milieu d'elles des phénomènes semblables à ceux de l'enfance des nations, comme par exemple des miracles, des prophéties, des scènes