‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 100 sur 253 · PREMIERS ÉLÉMENTS DE RELIGION EN CHINE · texte numérisé non relu

PREMIERS ÉLÉMENTS DE RELIGION EN CHINE

au sièofe de l'autorité souveraine. Mais cette autorité devait être en grande partie nominale à regard des intérêts les plus prochains des colons. La nnasse du peuple continuait el continua encore sous la troisième dynastie PàMiyre des défriclieiiifiils et des conquêtes pacifiques. C'est (lire qu'elle demeurait morale, el que le gouvernement paternel des chefs des grandes familles se conformait dans une certaine mesure à ces principes d'équité et d'ordre général dont le souvenir, devenu plus tard un idéal et rappelé sans cesse aux empereurs, fit de Koun-fou-lseu et des Lptfn's, ses disciples, les advers^aires déclrrés de la grande cenlrali.-^ation politique.

La troisième dynastie, celle des Tcheou, arriva à l'empire par l'efTel d'une réaction semblal)le à celle qui avait amené la deuxième, et au profit d'une famille que la fondation d'un nouveau royaume dans la vallée de la Weï avait rendue prépondérante. Ce fut la ^nierre qui décida de la souveraineté. Il est remarquable que les reproches les plus graves adressés aux princ«^s déchus dénotent chez eux une politique ou, pour mieux dire, des passions qui auraient tendu à constituer la Chine comme l'avait été rKgy{t[e à une époque plus reculée. En effet, les moralistes annalistes qui composèrent les plus anciens livres de la Chine si^^nalent à l'indignation publique l'arbitraire impérial, le mépris des cérémonies ou ri/<'s, cette garantie essentielle des peuples, la transmission héréditaire des fonctions, la construction des monuments fastueux, les débauches de cour et les cruautés, enfin même, chez l'un des derniers Chafis, des pratiques fétichistes et idolàtriques, ridicules et basses, qui contrastaient avec la sage tenue du culte national. Le parti de la moralité triompha avec les Tcheou, et, plus tard, malgré les entreprises des empereurs à différentes époques, le respect traditionnel du bon sens, le sentiment profond de Vordi'e du rif} pI tJ<- la tci-rp ne cessèrent de former une opinion publique invincible. Les devoirs universellement attribués aux gouvernants ne purent jamais devenir tout à fait une lettre morte, parce que des rites invariables en consacraient la mémoire, et souvent l'observation. Seulement il arriva que la conception patriarcale de l'État, et une théorie morale où le droit ne paraissait pointcomme la contre-partie du devoir, conduisirent le peuple chinois à une décadence d'un genre particulier et très triste, à l'époque où d'autres notions lui eussent été néces.saires. C'est ce que nous aurons occasion d'expliquer ailleurs.

Les Tcheou, maîtres du pouvoir central (1), travaillèrent à cette organisation savante et minutieuse de l'administration et de la vie

(l) Voir, sur cette révolution, la fin de la S" partie du Chou-kiû el le commencement de la 4*. Voir aussi le cliapitre xvm de celte dernière parlie.

officielle des Chinois dont le tableau si curieux nous est parvenu dans le Tcheou-li (Rites des Tcheou). Cet ouvrage nous transporte authentiquement aux premières années du xi"^ siècle avant noire ère, comme le prouve, outre la tradition positive, une observation gnoinonique qui y est rappoitée el que Laplace a conlrôlée. Nous le prendrons pour buse de ce qu'il est possible de savoir de la plus ancienne religion de la Chine. Non que les livres canonitiues, les Kiù, ne remontent quelquefois, el surtout pour le fond, à une antiquité beaucoup plus reculée; mais leur rédaction relativement récente et les remaniements qu'ils ont dû subir de la part des Lettrés, ou du moins de Koufi-fou-lseu qui les édita, les rendent d'un emploi moins sûr (1). Le seul de ces livres dont certaines ffyure^ ■dk^ni été supposées receler desdoijmes métaphysiques, le )-/.//>, les présente, si véritablement ils y sont, enveloppés dans des énigmes depuis longtemps impénétrables, el dont les inlerpivlcs ou commentateurs, énigmatiques euxmêmes quand ils sont anciens, ne remontent pas plus haut que la dynastie des Tcheou. Je reviendrai sur V Y-k'in à propos de la divination et des sorts.

Au réble, les notions générales de religion el de culte qui se tirent du Tdieou-U ne diffèrent point de celles que donne le Chou-kln, recueil vénéré des traditions les plus antiques, et ne s'éloignent pas davantage de ce qui est toujours demeuré la foi ollicielle el dominante de la nation, et qu'où trouve enregistré dans le U-k\, par exemple. Ou i)eul y voir avec pleine assurance la pensée première et constante d'un peuple chez qui, plus que chez tout autre, l'habitude fut tellement puissante, que les sentiments acquis de quelques familles descendues des montagnes se perpétuèrent à travers cent cinquante générations jusqu'à notre siècle. Sans doute des superstitions, d'origine étrangère en grande partie, s'implantèrent chez les classes inférieures ; d'un autre côté, des vues tout opposées à l'esprit chinois séduisirent des philosophes et des religieux solitaires, mais on vit toujours le vieil esprit chinois conserver son empire dans les régions

(l; Ces livr.s.au uoiubrc de cinq, uuivt;rseUcuieut révérés comme antiques et saycs, non comme sacrés ou révélés, s<.ut pour nous d'une importance très iué'-ale. Le plus ancien de tous, le Y-kin, serait d'un luutmlérct sil'o.i pouvait espérer le comprendre jaruais. Le Chou-kin, livre des anciennes annales, est un des plus véaérables monuments des anciens àf^es. Le Cfu-kin, livre des vers, est un recueil de chants religieux et nationaux encore trop peu étudié. Le Li-ki, livre des rites, appartient en grande partie aux premiers siècles avant l'ère vulgaire (le Tcheou-li, q-ioique plus ancien, ayant perdu sa valeur canonique par TeUet de la désuclude où beaucoup de ses prescriptions et ordonnances étaient tombées). Eutiu, le Chouen-t^ieou n'est qu'une collection des annales locales de Lou, rédigée par Kouû-fou-tseu, qui était originaire de ce petit royaume.

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