‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 118 sur 253 · DIEUX D UELIOPOLIS, DE SAIS, ETC · texte numérisé non relu

DIEUX D UELIOPOLIS, DE SAIS, ETC

que le travail théologique ait tendu à fondre les croyances en les rattachant à un même principe générateur et à des symboles communs, et aussi qu'il n'y soit parvenu que très imparfaitement.

Par exemple, nous trouvons à côté des triades de Tlièbes et de Memphis une divinité souveraine, rebelle aux hiérarchies, Neit, la déesse de Sais. L'inscription de son temple est célèbre : Je suis ce qui est, ce qui sera, ce qui a été; nul na levé ma tunique, et le fruit que fai enfanté est le Soleil. On voit qu'il s'aj^it d'une essence divine vierge, primitive et démiurgique. Mais comme il faut toujours que l'idée de la génération physique prenne sa place, le double sexe est attribué ailleurs à cette déesse Neit, née d'elle-même, et le bélier lui est consacré, comme à Amoun, dont elle est une vraie rivale.

Le caractère féminin est au contraire inséparable d'Athor, déesse Vache des villes que les Grecs appelèrent ap/iroditopolesj déesse Épervier, sous une autre ftice, de même que Neit est quelquefois Vautour. Athor était la patronne et le type d'apothéose des femmes : les défuntes ou justifiées reçurent à une certaine époque le titre à'athoriennes, comme les hommes prenaient celui d'osiriens. Cette déesse avait probablement un caractère indépendant, quand on la nommait Siège et Mère du Soleil. Ensuite elle fut associée à la légende et au culte d'Isi, à Abydos et à Memphis, et devint la nourrice du dieu enfant, Hor, qu'elle porta dans ses bras.

L'énuméralion serait longue des divinités que leurs titres élèvent indifféremment à l'absolu. C'est Ra, Vincréé, ou qui se crée luimême, ce Soleil, qui a tout fait et sans qui n'a été fait rien, ce grand Chat, destimcteur du mal, qui traiiche la tête du Serpent. Cest Cheper, le grand Scarabée, celui qui est par soi, c'est-à-dire éternellement. Ce sont les dieux de An (Héliopolis) : Atoum, l'inaccessible, Dieu vivant et unique, hahitant seul l'ahime, Soleil avant le lever, créateur et maître dit ciel ri de tous les êtres; Schou, l'Atlas égyptien, lumière essentielle ou primitive, et en même temps force initiale, dont les bras levés supportent et font tourner le grand corps de la déesse Ciel. C'est Hésiri, Soleil nocturne et vie dans le passé sans limites, comme Atoum; Hésiri, qui copule avec lui-même, et Hor, son fils et son représentant, autre dieu unique et vivant générateur du monde, émasculateur du mal. Enfin, c'est Taout, le dieu de la science et de l'art, qui combat à côté de Hor et qui luimême n'a pas été produit ; et d'autres encore, sans reparler de Noum, le premier existant, père des pères et mère des mères, qui souffle Vceuf où naquit Ptah, ni d'Amoun, ni de Ptah, aussi, père des commencements, créateur de l'œuf du soleil et de la lune. Tous sont également les premiers pères et seigneurs de l'univers.

On se tromperait même en croyant que ce peuple, qu'on nous

peint si entier, si exclusif, et qui n'était qu'ivre d'adorations, opposa toujours une résistance invincible aux cultes étrangers. Ici je ne fais pas allusion au christianisme, pour qui l'Egypte fut une terre féconde. Bien des siècles auparavant, l'influence sémitique apporta sur les bords du Nil des dieux qui semblaient avoir servi trop efficacement les armes des nations leurs garantes, pour que l'Égyptien ne se crût pas obligé de leur rendre ses devoirs, conformément à l'esprit du polythéisme. Les monuments constatent, sous la XIX^ dynastie (xv° et xiv» siècles), un culte de Bel, la grande divinité des peuples sémites, et d'Astarolh, déesse phénicienne, et de divers dieux locaux du pays de Kanaan, tout spécialement de Soulech (est-ce encore Bel?) que l'on sait avoir été le dieu national de ces nomades qui avaient conquis et occupé l'Egypte. Sous la dynastie précédente, les campagnes d'Asie des Pharaons avaient déjà introduit en Egypte, avec de nouveaux éléments de civihsation et de puirsance (le cheval, inconnu jusque-là, les chars de guerre, le chameau peut-être), cette représentation imposante du sphinx, que Ton a cru longtemps originaire d'Egypte et dont la provenance assyrienne n'est plus douteuse. L'art égyptien consacra cette figure au symbole des rois, en tant que dieux Soleils. C'est encore de la même époque, celle des premières communications avec Babylone et l'empire d'Assyrie, qu'on doit faire dater probablement les spéculations mythologiques sur le zodiaque, empruntées par l'Egypte au sacerdoce chaldéo-baby Ionien. L'Asie, non l'Egypte, a été le siège de l'antique religion astrolatrique, et par suite le berceau de l'aslronomie.

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