‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 42 sur 253 · DÉFINITION PLUS EXACTE DU PREMIER MAL · texte numérisé non relu

DÉFINITION PLUS EXACTE DU PREMIER MAL

vicieux dans le développement des contraires, en fait d'ordre passionnel pur, d'autant plus que la passion même ne se produit que par des oppositions. F:nsuite l'idée d'une violation de l'amour n'a pas du sens : l'amoiir violé n'est plus, car il est passé à son contraire; qu'estce alors qui a été violé? Il faut, si l'on veut y découvrir un sens, reitionter à un ordre, à une loi dont roblijçation reposerait sur une autorité transcendante qui nous l'aurait prescrite. Mais ce procédé a le double défaut de revenir à la notion de justice, qu'on voulait éviter dans cette hypothèse, et d'y revenir en sortant du monde humain et des données sociales naturelles, pour envisager le Juste hors de la conscience^ ou en tant que commandement externe. D'où savons-nous que la fraternité a été prescrite aux hommes comme loi absolue de leurs rapports? Ne faisons pas descendre un Dieu pour nous imposer des devoirs qui ne peuvent exister comme tels qu'autant que notre nature morale les ratifie.

Si nous le reconnaissons, ce devoir de fraternité sans réserve, où nous mènerait-il'' A l'abolition de la propre idée de devoir; car le devoir ne peut être donné iuiniédiatement à la conscience qu'avec le droit son corrélatif, et il ne saurait y avoir de droit quand la loi est de toujours aimer et toujours donner sans retour et sans condition. Admettre cette loi, c'est poser l'homme comme destiné à se développer dans le pur amour, par la préférence d'autrui à soi en toute occasion, par le sacrilice constant et entier de sa personne. Or, je ne nie point qu'il n'y ait làune idée d^^saintelè faite pour toucher de grands cœurs, au milieu du monde où nous soiiinies, déchiré par la lutte et troublé par toutes les passions du combat. Mais enfin l'homme n'est point tel, et il s'élève en lui contre cette perfection de sainteté, tant que le mal existe au dehors, non pas seulement des passions, et des passions très nobles, mais la raison, la justice, l'idée d'une perfection de justice dont la beauté bien comprise surpasse toute la gloire des saints. L'idéal du Saint rappelle ces doctrines d'indistinction p'imitive, d'unité, d'émanation, de chute et de retoui-, qui placent la racine du péché dans l'apparition de l'individualité et la séparation des personnes. L'idéal du Juste, au contraire, établit l'homme contre l'homme jusque dans l'amour, enveloppe chaque personne d'une sphère de dignité moralement inviolable, lui accorde, lui impose au besoin un droit de conservation de soi, en même temps que le devoir du respect d'autrui, et, dans la prévision des luttes internes et externes que le développement passionnel des consciences amène, appelle un règle ment des droits et des devoirs des libres associés.

Le premier manquement à la loi morale s'est donc produit essentiellement à rencontre de la justice, non de l'amour pur et absolu, qui n'était point une loi. La justice était lu loi même. Tous les délits,

di:finitfon plus exacte du premier mal

tous les crimes postérieurs ont été de la même nature, c'est-à-dire commis en violation du juste. C'est dans le but de les prévenir que l'idée de la justice, donnée d'abord à l'état de sentiment el presque d'instinct est allée se précisant, se formulant, et que des applications successives de celte idée ont été faites à l'établissement social. Pour nous rendre un compte encore plus exact de l'essence du manquement à la Loi, de la Loi elle-même, de la diversité de ses applications et de la possibilité de ses changements et de ses progrès, il faut que nous poussions plus loin l'analyse, car ce sujet éternel est resté très neuf pour la critique.

l.NTHOl>LCriOS.

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