LA SUPERSTITION FT LE CULTE DES FÉTICHES
au ciel. Le fétichiste, inférieur par rintellii,^ence et bas dans ses aspirations, regarde autour de lui, et le premier objet venu, le plus indiflérent ou le plus vil, devient l'objet de sa crainte ou de son adoration. Chaque fantaisie se fait ainsi son dieu et son mystère. En même temps, certains objets deviennent des fétiches de famille ou de tribu, soit que la superstilion les désigne arbitrairement, ou qu'ils se recommandent à elle par leur imiiortance naturelle, comme les llenves et les montagnes. Il y a anssi des animaux qui sont des fétiches, tantôt tels individus, tantôt des espèces enlières, ordinairement recojnmandablespar leurs services. Mais un caractère de cette religion inférieure est l'existence dune grande part faite à la fantaisie, à côté de la coutume, dans la siipeislition.
La HUjh'fslition, lacile à observer cliez beaucoup de tribus nf(icaines, consiste dans le sentiment intime d un rapport entre les événements heureux ou malheureux «le la vie humaine avec les ili8pu>itions cachées d'une chose ([uelconipie. si étrangère qu'elle y paraisse. L'explication d'un phénomène moral qui élonne à ce point la raison formée et exercée est facile selon nos principes. La loi du vertige intellectuel en rend com[)lèlement compte voir /:ss<iis dr uy(/<j>n; fjén éra le , De uxième l'ssai, ^ X l L .
Et d'abord, que des rap[.Mils clrang.'s, arbitraires, sans ombre de probabililé aucune, puissent venir à l'imagination et la frapi)er |.liis ou moins, c'est ce qui est inconte.stal)le. A celui qui ne sait poinlcela pour s'être observé lui-mènje, on peut ciler le témoignage d'hommes que personne n'accu era d'avir manqué d'esprit ni de culture (voir Rousseau, Confessions, I, vi).
Ordinairement, les suppositions de ce genre ne font que traverser notre pensée : l'accident, alors, .s'ex|)li(iue par la loi deFassocialiondes idées et par le fait de la généralité do la fonction intelleclive qui se prête à tout ce qui est logiquement possible. Mais^ au lieu de passer, elles persistent, là où la représentation est presque sans réflexion et sans examen. L'homme entièrement dénué de critique croit tout ce qu'il se représente, à peu près comme l'homme endormi. Sa crédulité ne trouverait des bornes que dans l'expérience ou Tautorité; mais ici l'autorité n'est que celle de ses pareils, ou de la tradition qu'ils ont établie, et qui, dans l'état social d'une infime tribu, est rarement constante; et l'expérience voudrait un observateur capable d'en tirer profit. Ajoutons que toutes les tribus fétichistes ont des sortes de ministres dont les facultés extatiques et divinatoires sont particulièrement développées. Chacun les consulte et subit la contagion de leurs fantaisies vertigineuses. Il peut aussi se rencontrer parmi eux quelques hommes plus clairvoyants qui embrassent la profession lucrative de servir la superstition commune. Et ces fonctions sont souvent hérédi-