I. La philosophie ne peut être une science distincte
de la religion.
Nous voici arrivés au terme de nos recherches, et il nous semble que chacun peut à présent tirer la dernière conséquence d’une philosophie qui oblige la raison de se soumettre à la foi, dans les sciences mêmes qui semblent être si indépendantes de toute autorité.
Nous l’avons dit, et l’étude de l’homme et de ses connoissances nous l’a fait assez voir; toutes les notions morales sont perpétuées dans la société par la tradition ; et sans ce moyen primitif de connoître, l’homme vivroit abruti , par la raison que, n’ayant point l’usage de la parole, il n’auroit point d’idée. Cette vérité d’expérience une fois établie, nous montons sans effort jusqu’à la révélation : là commence l’origine des con-
noissances humaines, et sans cette origine, l’homme ne peut en aucune manière en trouver la source ni en expliquer le développement.
Mais après que l’homme a reçu ainsi de la société, c'est-à-dire de Dieu lui-même, auteur et conservateur de la société, les notions qui constituent son intelligence, il cherche à en établir la certitude philosophique par le simple raisonnement, et alors il sent encore la nécessité de mettre en tête de ses démonstrations Dieu , unique raison primitive de toutes choses, et sans lequel rien ne peut être rigoureusement démontré; ce qui est toujours forcément se soumettre à l’enseignement par lequel l’homme a appris l’existence de Dieu; ce qui est, par conséquent, commencer toute philosophie par un acte de foi. Et comme le philosophe, dans sa vanité, voudroit d’abord pouvoir commencer par un acte de foi en lui-même, ce qui seroit mettre le désordre dans les intelligences, nous démontrons qu’il n’y a de vraie philosophie que celle qui commence par un acte de foi dans l’enseignement universel de la société. De là une règle donnée aux esprits, et un moyen toujours sûr de distinguer ce qui est vrai au milieu des erreurs et des folies de la raison livrée à ses caprices.
Cette manière de raisonner en philosophie, la seule qui puisse résister aux sophistes, se rapporte, comme on le voit, à la manière dont la religion est enseignée et perpétuée dans la société; et elle devroit, par cette unique raison, avoir une grande autorité parmi les hommes. Chose singulière ! c’est précisément pour cette raison même que les hommes la repoussent , et non - seulement les hommes ennemis de la religion, mais encore, faut-il le dire, quelques hommes préve-
nus qui pensent pouvoir sans danger admettre une méthode propre aux démonstrations philosophiques, et une autre méthode propre aux démonstrations religieuses. Mais nous demanderons à ces philosophes, dont la bonne foi nous étonne, s’ils ont fait de même la distinction des vérités religieuses et des vérités philosophiques. Quelle est la vérité qui ne soit point religieuse? Je parle ici des vérités morales, les seules qui soient l’objet fondamental de la philosophie. L’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme, les devoirs de l’homme, ne sont-ce pas là des vérités essentielles à la religion? et nous dira-t-on quelles doivent être démontrées de diverses manières, suivant qu’on les considère comme obligatoires pour la conscience, par rapport à Dieu, qui les a manifestées par sa parole, ou qu’on les considère comme le fondement de je ne sais quelles croyances purement philosophiques? Pour nous, nous n’entendons pas une distinction si subtile ; nous voyons que Dieu a établi dans la société des vérités sans lesquelles nous ne comprenons pas que la société existe un instant. Ces vérités sont religieuses , parce qu’elles lient les hommes entre eux, en les liant à Dieu, et comme elles sont l’objet des démonstrations de la philosophie, nous ne pouvons par aucun effort d’esprit séparer la philosophie de la religion.
Notre raisonnement est simple. La philosophie, disons-nous, se propose d’appuyer, ou bien elle se propose de renverser les croyances humaines, la foi en Dieu, l’immortalité de l’âme, les devoirs : si elle se propose de les appuyer, elle est religieuse, cela est inévitable, et par conséquent elle doit suivre l’ordre des démonstrations que la religion met à la portée de
tous les esprits ; si elle se propose de les renverser, elle est impie, et par conséquent elle doit suivre une route qui la conduise à cet objet de ruine et de destruction. Or, il y a deux méthodes philosophiques bien distinctes, l’une commence par être fidèle à ce qui lui a été enseigné ; l’autre ne croit que ce qu’elle pense découvrir elle-même. L’une soumet la raison de chaque homme à une loi commune ; l’autre affranchit chaque raison , et proclame son indépendance. L’une maintient l’unité de la vérité parmi les intelligences; l’autre consacre les variétés innombrables de l’erreur ; et entre de telles méthodes, je comprends que les hommes qui sont acharnés à détruire dans la société toute croyance commune, suivent celle qui laisse à la raison privée sa liberté, et qui fait comme une loi de l’anarchie. Mais se peut-il imaginer que ceux qui veulent au contraire garder la foi des vérités fondamentales emploient à la fortifier la méthode de démonstration qui sert à la détruire? Cela passe toute contradiction, et peut s’ajouter comme un grand exemple de plus dans l’histoire des bizarreries de l’esprit humain.
Quoi qu’il en soit, la philosophie chrétienne qui poursuit la raison dans son étroit domaine, et qui la force de se réfugier dans la foi, offre d’invincibles armes contre l’impie, et au lieu de lui conserver le droit étrange d’attaquer sans cesse les croyances dogmatiques, on le soumet enfin à la nécessité de se défendre luimême. Et comment le pourroit-il? Dès qu’il veut échapper à l’autorité de l’enseignement, tout s’écroule devant lui; le monde tout entier lui devient une grande chimère ; le doute l’environne de toutes parts, et il ne peut prononcer une parole qu’il ne soit aisé de le con-
fondre par ses propres contradictions et sa perpétuelle ignorance.
C’est ici que triomphe notre philosophie; elle dél’oule sous les yeux de la raison superbe tous les mystères de l’intelligence, et toutes les obscurités des sciences humaines. La logique ne peut rien démontrer d’elle-même; la métaphysique, réduite à ses propres connoissances, est un profond abîme; la morale n’a aucune règle ni aucun fondement ; la physique reste confondue à l’aspect de tous les prodiges qu’elle ne peut comprendre. Il faut donc enfin monter jusqu’à Dieu. Il faut donc de toute nécessité faire apparoître dans toutes les sciences cette grande lumière du monde, ce flambeau resplendissant de l’intelligence humaine, sans lequel tout reste voilé de mystères. Voilà comme nous poursuivons l’impiété; et ici nous comprenons que notre philosophie, appuyée sur une première vérité dont la certitude philosophique se fonde sur l’autorité de l’enseignement, doit se confondre naturellement avec la religion qui repose aussi sur ce fondement unique.
Les premiers défenseurs du christianisme avoient établi dès le commencement une si simple doctrine ! « Connoître la vérité, dit Lactance, est le propre de la divine sagesse ; mais l’homme par lui-même ne peut jamais arriver à cette connoissance, s’il n’est enseigné de Dieu*.)) Donc la vraie philosophie se confond avec la religion, et la révélation est le fondement de l’une et de l’autre. Pascal va nous le confirmer. « La philosophie, dit-il, conduit insensiblement à la théologie, et
1 De Or. Erroris , lib. u.
il est difficile de n’y pas entrer, quelque vérité que l’on traite, puisqu’elle est le centre de toutes les vérités1.» Voilà donc encore une fois la philosophie qui s’identifie d’elle-même avec la religion; et comme il y a une religion au monde, c’est-à-dire le christianisme, qui est le développement complet de la vérité par le moyen de l’enseignement, voilà le christianisme établi dans la raison de l’homme comme la seule vraie philosophie, par des démonstrations hors de toute atteinte.
II. Comment la distinction que Von fait quelquefois des dogmes et des miracles dans le christianisme peut devenir une source d’erreurs.
Mais ici nous avons besoin de présenter quelques rapides observations pour éclaircir des difficultés apparentes. On distingue quelquefois deux choses dans le christianisme : les vérités dogmatiques et les faits miraculeux qui ont accompagné leur manifestation. Il faut bien s’entendre dans une pareille distinction si on veut éviter qu’elle devienne une source d’erreur. Et d’abord les principales vérités chrétiennes sont bien, sans aucun doute, les mêmes vérités morales que Dieu avoit empreintes dès le commencement dans la société; c’est toujours un Dieu unique, une âme immortelle, un culte et des devoirs enseignés aux hommes, mais par un moyen plus solennel, par une autorité annoncée d’avance à la terre, par celle de ce réparateur promis aux nations, et si long-temps attendu par elles; en sorte que l’on peut dire avec une grande rigueur que le christianisme n’est autre chose que la
1 Pensées, lora. I, pag. 288, cdit. Hcnouard.
révélation primitive, mais plus complète et entourée d’une plus éclatante lumière de vérité : la simple différence qui existe naturellement entre des événemens attendus et des événemens accomplis. On est donc chrétien, quoi qu’on fasse, c’est-à-dire on participe rigoureusement aux vérités saintes du christianisme, dès que, sans être séduit par les enseignemens particuliers d’ une raison facile à s’égarer, on reste fidèle aux croyances universellement transmises par la société; car ces croyances, encore une fois, ne sont autre chose que des dogmes chrétiens.
Mais il y a des faits remarquables dans l’établissement du christianisme, c’est-à-dire dans la manifestation nouvelle de ces anciennes vérités par le moyen d’un rédempteur; et sans doute le rédempteur promis à la terre devoit apparoître avec des signes qui le fissent reconnoitre aux nations. Les miracles, qu’une philosophie incrédule vou droit pouvoir retrancher de la partie dogmatique du christianisme, comme un fardeau trop lourd pour la raison, lui doivent donc au contraire rester invinciblement attachés. Sans les miracles, la philosophie du christianisme, si je puis ainsi parler, s’écroule, et cette morale si sublime de l’Evangile, que le monde veut bien quelquefois admirer, devient une morale purement humaine, dont le fondement échappe à la raison *. Il faut en effet que Jésus- Christ soit le réparateur annoncé au monde, pour que le système des dogmes chrétiens soit complet et inattaquable; l’ancienne attente de son avènement eût été sans cela une profonde illusion, et clans cette supposi-
1 Si opéra non fecissem in eis quæ nemo alius fecit , peccatuai non haberent.... Ev. sec. Joan.cap. i5, vers. 2<h
tion, que devient la certitude humaine si elle manque aux traditions universelles? Or, les miracles sont les seuls signes auxquels le Rédempteur ait pu faire reconnoître sa haute mission. Ses enseignemens ne peuvent donc être distingues des miracles qui en consacrent l’autorité, et par conséquent cette philosophie purement humaine, qui s’attache uniquement à la morale du christianisme, parce qu’elle ne peut supporter ce qu’il a de merveilleux dans les circonstances de son établissement, donne une preuve manifeste de peu de logique, et manque tout-à-fait de cet esprit ferme et droit qui embrasse l’ensemble des vérités dans leur origine et dans leurs conséquences. Le christianisme est universel, parce qu’il est vrai ; et les miracles lui sont propres, parce que l’on ne conçoit pas sans miracles l’avénement d’un réparateur promis et attendu.
Voilà la vérité où nous sommes conduits invinciblement par toute la suite de nos démonstrations, ou plutôt parle simple énoncé des traditions et des enseignemens de la société.
Mais remarquons que celte manière de consacrer en quelque sorte par le raisonnement philosophique l’enchaînement rigoureux, et pour ainsi dire l’unité des dogmes chrétiens et des miracles de Jésus-Christ, n’empêche pas ensuite de considérer à part, soit la sainteté des dogmes, soit l’authenticité des miracles, et que chacune de ces considérations ne soit un moyen puissant d’affermir les hommes dans la foi , ou d’y ramener les incrédules. C’est la méthode le plus souvent employée par l’éloquence des apologistes; elle a fait des conversions, elle doit en faire encore; excitons donc le zèle des prédicateurs de l’Évangile, qui, tan-
tôt par 1 image de ses bienfaits et de ses purs enseignemens, tantôt par l’histoire des miracles de Jésus-Christ et des promesses accomplies, frappent l’esprit des peuples, étonnent ia conscience des impies et grossissent la foule des Chrétiens. Mais il est des temps où il faut prendre garde aux ruses de l’impiété. Nous l’avons entendue parler avec admiration de la morale de Jésus- Christ, mais repousser en même temps le récit de ses merveilles. Elle veut bien le vénérer comme un bienfaiteur, elle tremble de le considérer comme un Dieu. Montrez-lui dans le christianisme les leçons d’une part, et les miracles de l’autre; elle adoptera la moitié de vos paroles, mais vous aurez fait un vain effort pour la faire tomber aux pieds de la croix : il faut donc poursuivre aujourd’hui l’impiété avec de nouvelles armes, parce qu’elle-même a trouvé des ruses nouvelles pour échapper à la foi. Il faut lui démontrer que si Jésus-Christ n’est pas Dieu , s’il n’a point fait de miracle, si son avènement n’est pas l’accomplissement d’une promesse ancienne faite à l’univers, s’il n’est pas venu pour réparer une faute originelle, si le christianisme enfin n’est pas une loi primitive qui remonte jusqu’à l’origine de l’homme, il est insensé d’attacher son amour et sa vénération à un code de morale qui manque de fondement comme tous les autres, et qui laisse les hommes livrés au même doute et à la même indépendance de pensée, d’action et de désir.
III. U enseignement du catholicisme est fondé sur les memes principes qui servent de régie à notre philosophie. Nécessité de s’attacher a cette doctrine .
Voilà comme notre philosophie ramène toujours
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invinciblement la raison à la soumission du christianisme. Ne sait-on pasque cet enseignement s’identifie de lui-même avec celui qui, sous le nom de catholicisme, perpétue la religion de Jésus-Christ dans sa primitive simplicité? L’un et l’autre ont le caractère propre d’attacher l’homme à ce qui est constant et perpétuel dans les doctrines sociales. Nous avons vu comment notre philosophie donne à la vérité un signe toujours facile à reconnoître parmi les variations infinies de l’erreur. Le catholicisme ne fait point autre chose. Comme il a sa vérité propre, ilia rend toujours reconnoissable parmi la multitude des sectes. ïl dit aussi aux hérésies qui le déchirent : « Tout ce que la raison privée, fût-ce celle d’un saint et d’un docteur, et d’un évêque et d’un martyr, ose penser contre le sentiment de tous, doit être classé parmi les opinions privées, occultes et personnelles, et condamné par l’autorité du sentiment commun et universel . Pden n’est vrai, certain, indubitable, que ce
qui est confirmé par l’assentiment constant de tout le monde;... et tous les catholiques qui désirent se montrer enfans légitimes delà mère Église doivent repousser les nouveautés profanes et mourir attachés à la sainte foi des saints Pères 1 . » Hors delà le catholicisme ne montre aux sectes infidèles que la confusion de l’erreur, le doute de l’intelligence et la mort même. Et voilà aussi comme notre philosophie s’identifie, dans ses enseignemens, avec les enseignemens catholiques. Car c’est par des raisonnemens semblables que nous poussons aux extrémités les plus funestes la raison qui refuse en général de se soumettre à l’autorité que Dieu a rendue vivante dans la société humaine, et qui, sans doute,
1 Vincent de Lérins, Commonit.
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ne proclame pas ces oracles parla bouche d’un pasteur visible, comme est le chef et le gardien du catholicisme j mais qui a néanmoins un moyen manifeste de faire constamment éclater la vérité aux regards des hommes par ses invariables enseignemens.
Nous pourrions développer davantage cette conformité de notre philosophie avec le catholicisme ; mais ici s’ouvriroit devant nous une carrière toute nouvelle, que nous laissons à des hommes plus capables de la parcourir. Qu’il nous suffise d’avoir montré que la philosophie ne sauroit jamais être une science distincte de la religion. D’autres voix plus savantes avoient déjà consacré cette alliance. Et ne sera-t-il pas bientôt temps delà proclamer hautement dans nos écoles, après le funeste essai qui a été fait de la division des doctrines chrétiennes et des doctrines philosophiques? On sait assez maintenant, ce nous semble, ce que c’est qu’une philosophie qui se réduit à ses propres connoissances, et qui répudie tout ce qui est transmis à l’homme par l’enseignement. Qu’est-il résulté de tous les efforts d’esprit par lesquels on croyoit pouvoir appuyer les croyances humaines sur des démonstrations purement philosophiques! L’esprit de secte avoit le premier donné le signal de cette indépendance téméraire qui ose vouloir ne s’attacher qu’à la raison privée. On a vu depuis les honteux égaremens où il s’est perdu, et le catholicisme, toujours un dans son principe, peut demander aux hérésies modernes de compter, si elles peuvent, les erreurs infinies où chaque esprit est allé s’abîmer. La philosophie n’a-t-elle point été entraînée par cet exemple? Fille du protestantisme, elle a, comme lui, brisé le joug de l’autorité, et a ôté le frein à la raison de l’homme.
Qui racontera les opinions insensées qu’aussitôt on a vues se répandre? Qui dira les ravages qu’elles ont portés dans le monde? C’etoit toujours le protestantisme qui, sous un autre nom, répandoit son esprit de secte.
Meme liberté, même affranchissement de la foi com- * •
raune; maisaussi mêmes incertitudes, même anarchie. Rien n’a. plus été constant parmi les intelligences. Chacun a suivi la pente de ses pensées. L’univers a été un chaos; le désordre eût été profond dans les intelligences, quand il n’auroit pas été extrême dans la société. Ne faut-il donc pas enfin sortir avec effort du fond de l’abîme? Songeons que le mal est venu dune liberté funeste donnée aux esprits. Comment le remède pourroit-il venir de cette même liberté? Une philosophie qui, par son principe, a rompu le lien des intelligences , pourroit-elle jamais les ramènera la soumission par ses raisonnemens? On fait d’inutiles efforts dans les écoles pour plier à la foi chrétienne une doctrine sortie de l’hérésie, et mère de l’impiété des temps modernes. On ne parvient qu'à jeter des idées confuses dans ces jeunes esprits qui, chrétiens par la foi, deviennent philosophes par la dispute, et ne parviennent guère à concilier des enseignemens si contraires. Soyons enfin conséquens. Si nous posons en tête des philosophies la liberté de la raison et l’évidence de la vérité, marchons droit à l'hérésie, marchons au protestantisme, aux sectes, et ensuite au doute : c'est là notre pente. Que si nous voulons être chrétienset catholiques, ne craignons pas d’humilier notre raison en la soumettant à la foi, et montrons que, quoi qu'il hisse, l'homme, en effet, commence toujours par la soumission; que c’est sa nature, que c’est une loi d’ordre et de conservation, sans
laquelle il n’y a ni société, ni vérité, ni intelligence.
Cet ouvrage remplira-t-il le but que je me suis proposé? J’ai voulu éclaircir quelques questions mal entendues, disposer les hommes à mieux recueillir la vérité qui leur est offerte ; j’ai voulu joindre ma foible voix aux voix éloquentes dont l’éclat a plus d’une fois averti et étonné le monde dans ces derniers temps. Quelque chose de mystérieux semble se préparer dans la société. L’erreur est arrivée à son dernier terme; mais il semble que la vérité se lève plus resplendissante que jamais. Les hommes toutefois s’obstinent encore à ne point apercevoir sa lumière; mais la voilà au-dessus de l’horizon. Qui pourra pressentir ce qui doit arriver au monde lorsqu’elle aura fait son cours, et percé les nuages, et rempli toutes les intelligences de ses clartés? Je ne sonde pas ces mystères; mais j’adore les secrets de Dieu, en sollicitant les hommes d’écouter sa voix et de rester soumis à ses éternels enseignemens.