‹ Introduction à la philosophie religieuseChapitre 1 sur 1 · MON PROGRAMME · texte numérisé non relu

MON PROGRAMME

L'unité religieuse est un besoin social de Tépoque, également connu et proclamé par les croyants en la vérité du culte qu'ils professent, et par les philosophes qui aspirent à donner une base stable au développement de rhumanité constamment progressive. Chez les uns et chez les autres, cette même conviction s'appuie sur celle que la vérité ne peut être qu't/ne et que, par conséquent, la diversité dans les croyances constitue une négation de ce principe. De l'exactitude de cette conséquence, il ré« suite que la tolérance religieuse, ou l'admission à un égal degré d'importance de tous les cultes, impliquerait aussi une contradiction avec le grand principe que nous venons d* énoncer, à moins de reconnaître que, dans toutes les religions, existent et sont acceptées des vérités identiques qui en constituent le fond, et que les cultes ne sont que des formes variables et transitoires d'une importance secondaire. On peut donc déduire de là

que les divergencesqui jusqu'aujourd'hui ont séparé les hommes sous le point de vue religieux, se rapportaient plus à la forme qu'au fond de leurs croyances respectivôfly etque^ par suite, la tolérance religieuse, Réméré conquête du protestantisme philosophique, cesse d'être une contradiction avec la proclamation de Vunité religieuse, dès qu'on considère cette tolérance comme exclusivement relative aux formes adoptées et suivies par les diverses croyances.

On peut aussi déduire une autre conséquence de cette manière philosophique et impartiale de considérer la tolérance : c'est qu'il ne peut avoir désormais qu'une utilité transitoire, remplissant la période qui sépare l'époque des diverses croyances admises sous le nom de religions^ et celle de la reconnaissance universelle d'une seule et unique religion.

Comment parvenir à ce grand résultat? Examinons

Nous avons admis, comme une vérité acceptée généralement^ l'existence de principes' identiques, dans toutes les religions, constituant leur base ou leur fond.

Quelle a été l'origine ou la source de ces principes ?

L'histoire et le raisonnement prouvent qu'ils n'ont pas été le résultat du développement progressif de l'intelligence humaine, car ils existaient chez les peuples les plus anciens du globe , les Aryas, par exemple, où, à côté d'une organisation sociale dans Tenfance^ puisqu'elle n'était pas encore arrivée à constituer des villes ou des cités (1), étaient admis et pratiqués les principes

(1) VoyeK àeet égard VSstai ttir le fVda, par £• Bamoaf, p. 88.

les plus sublimes de la morale, tandis qud les applieâtiens de l'intelligence, dans les arts et dans lesscieneet, oommeoçaient à peine à sortir de Tignoranee primi?tive (1).

lies grands principes religieux, connus de toutes les religions et reconnus et vénérés partons les peuples delà terre, ont été donnés aux hommes par une yéritable intuition, ecname leur ont été aussi donnés, ainsi qu'à tous les ^imau]^, desinstincts de conservation pour leur existence matérielle. Ces deux ordres de sentiments ou d'idées étaient respectivement destinés : les uns (les ins-tinets physiques)^ à la conservation et la reproduction de la vie matérielle; les autres (les sentiments moraux], 9Xk laaintie^ de la vie sociale, inhérente à Tespèce humaine.; Considérés sous ce point de vue, ces deux ordre9 d'idées étaient également nécessaires et indispensables à Texisf» tence complexe de l'homme.

Laissant de côté les instincts physiques, que personne ne nie, ainsi que leur origine indépendante et antérieure au développement de l'intelligence, bornons-nous à considérer les sentiments moraux provenant de la même source.

Nous dirons premièrement que, par ce même motif de leur origine, ils n'ont pas pu être soumis au raisonne^ ment pendant la longue période de Tenfance sociale, dans laquelle l'intelligence humaine se développait par des degrés lents et successifs, qui n'ont reçu un mouvement accéléré et rapide que dans la période moderne^

(1) Dans notre travail sur les R^oe7alion« sous le potnl de wte pM<MOphiqu», noxxB développerons ces idées*

Tous ces efforts» lents et pénibles, qui de temps en temps recevaient des impulsions subites et inattendues, dont nous tâcherons de découvrir l'origine et de constater Topportunité SDciale dans un autre écrit (1), sont parrenus à créer ou à révéler les moyens de satisfaire les besoins progressifs des hommes et des sociétés qu'ils constituaient partout.

C'est ainsi que, par les efforts de Tintelligence, les arts et les sciences ont suivi une marche progressive, tandis que les grands principes religieux restaient immuables dans leur fond, quoique les formes que leur associaient les hommes vinssent en altérer fréquemment la pureté et l'essence.

Puisque le raisonnement ne s'appliquait pas, ou ne pouvait pas s'appliquer, ou qu'il était défendu de l'appliquer (2) à ces grands principes primitifs et fondamentaux de l'ordre dans l'humanité, quelle base, quel appui ont-ils pu avoir pour vivre et se soutenir?

La réponse est facile. — La même cause qui les avait révélés aux hommes : le sentiment, inspirateur do la foi, mère de la croyance.

(1) Nous faisions aUtision à un grand nombre de découvertes inattendues qne les hommes ne cherchaient pas, et qu'on pourrait attribuer à un hasard aveogle, si une opportunité remarquable n'était pas son carac* tère distinctif.

(2) La défense d^examiner les principes et les fondements des reli^ ^onsy ainsi que leurs cultes respectifs, était le seul moyen de les conserver dans leur intégrité respective dans chaque circonscription religieuse. Ainsi est née Tintolérance^ qui a eu pour auxiliaires puissants, la division des peuples en nations, la diversité des langues, la création des douanes, le manque des moyens de communication, etc.

C'est pour cela que toutes les religions, sans exception aucune, ont yécu et se sont maintenues par la foi, attribut inhérent aux hommes et aux peuples pendant la période de leur enfance respective, soit individuelle chez les uns, soit sociale chez les autres. Cette période, (caractéristique de l'état de toute intelligence dans son commencement, lorsque Tobservation et l'expérience ne lui ont pas encore fourni assez d'idées pour raisonner), exigeait Taide de la foi, sentiment intime et comme supplétoire de la raison ; foi qui produit chez TenfiBait la croyance dans tout ce qu'on lui dit, ainsi que chez les peuples encore arriérés, et chez les hommes, non philosophes, la croyance dans les principes qu'ils sentent gravés au fond de leur cœur, se trouve fortement enra* cinée.

Mais par la même raison que les notions données aux enfants et acceptées par eux, ainsi que les croyances religieuses admises par les peuples, n'ont pas eu d'autre base que la/(?i, les unes et les autres se trouvent exposées à éprouver des altérations, des changements, plus ou moins profonds, plus ou moins complets, dès que la raison commence à appliquer le critérium de son examen aux sujets de leurs croyances respectives.

C'est ainsi que toutes les feiusses notions données à l'esprit de l'enfant par une éducation erronée, sont dé-< truites plus tard au moyen d'une instruction ration* nelle, et, par la même cause, les croyances religieuses subissent, dans l'âge adulte de Thumanité, les fortes atteintes du raisonnement scientifique.

Nous sommes témoins, dans l'époque actuelle, des yictpires obtenues par la science sur la foi, ce qui a prç*-

duit un affaiblissement notable , non-seulement envers leë croyances relatites aux cultes ou foi*mes religieuses, mais aussi enrers leé grands principes religieux con-^ Biittttifs de Tordre dans Thumanité. Cette commu* Bàuté dans là diteètion et la portée des coups dirigés oontte les ci*ôij'ancés tant fondamentales que secondaires^ n'a pas d'autfe causé que le principe , identique, de leUr appui, c*est-à*dire, la foi. Car la raison humaine est arri- Tée à une période de développement, où ellèdéclare lie rien Addiêttre doM là démonstration lui semble impossible.

De l'état des esprits partagés entre Ia/t?2 et la raison, \tk së(k)nde récusant et combattant tout ce qu'admet la Jjretiiiêre; celle-là récusant à la Seconde sa compétence poUî* démontrer les vérités qu'elle proclame, il résulte un choc, une lutte à armes inégales, dont les résultats, quant k la découverte de la vérité, sont aussi stériles que dtthgéïôUi pbur la société. Eu effet, leur stérilité provient dé rimpoSèibllité absolue d'arriver, par les moyens employés, à une victoire définitive, soit d'un bôté soit de l'autre. Lëu^ danger procède de Taffàiblissement qui fi opère dans les sentiments Religieux, en dehors desquels il n'y a pas d'existtînee sociale possible.

En outre, comme les moyens qu'emploie la science. Sont progtesëifsetqnèceux de la foirestentstationnalres, on conçoit très-^bièn les progrès de la première dans la démolition successive et irrécusable d'un grand notiibre de dogmes de l'ordre secondaire, démolition dont la rai-* Bon est aujourd'hui admise par les défenseurs mênies deà religions. L'autorité et le prestige que ces conquêtes Incontestables donnent à la science, la présentent aut yeux de beaucoup de monde, eomioie étant capable aussi de dé-

molir toutes les autres croyances, jusqu'à celle des principeSy puisque ceux-ci appartiennent à la tnéme catégorie dépendante de la foi, combattue à outrance par la science moderne.

L'état actuel des opinious contribue à rendre plus inégale la lutte à laquelle nous venons de faire allusion ; car la foi ne peut plus déjà employer l'ancien et puissant moyen de la compression ; il ne lui resté que la persuar« sion, laquelle suppose toujours un fond de eroyanoé qui, comme nous Tavons dit, s'affaiblit toUsldS jours.

Les croyants môme aperçoivent et déplorent tous les jours la décadence progressive de leurs moyens, non pas de conversion à leurs dogmes , mais même à l'effet de maintenir seulement les fidèles dans la foi de leurs pères. Les désertions sont journalières, et si elles ne deviennent encore plus fréquentes et plus nombreuses, c'est gr&oe à la peur qu'inspirent le matérialisme et Tathéisme avec leurs désolantes conclusions. L'esprit de l'homme aspirant à une certitude, que la science matérialiste ne lui donne point, reste attaché à la foi à laquelle il se cramponne pour ne pas tomber dans Tablme.

Mais cet attachement est plus forcé que volontaire, car il est plutôt imposé par la crainte qu'inspiré par la conviction. Celle-ci a été blessée à mort par la môme science qui effraie (grâce aux conséquences affreuses qu'on veut tirer de ses conquêtes) , et c'est à cause de cela que ceux môme qu'elle ne parvient pas à entraîner restent chancelants, faibles et indécis à l'ombre de la foi^ crai« gnant toujours les nouvelles atteintes de la science, qu'ils blâment et maudissent, pour calmer leurs inquiétudes et se venger de ses attaques .

En résTuné, l'époque actuelle nous présente, en premier lieu, la science progressive, enyaliissante, en guerre ouverte avec la foi, et celle-ci s'alTaiblisEant toujours avec ses ancienB moyens de résistance. En second lieu, dans un terme plus ou moins éloigné, si l'on veut, on aperçoit la société privée de ses condîtiona morales d'existence, et l'ordre disparaissant dans toutes les relations de la vie humaine.

Mais cela est impossible, car l'ordre est le principe de vie dans la société, et dès lors ce qui peut amener l'extinction de toutes les croyances serût seulement ïanarchie; or comme l'anarchie conduirait aussi à la mort sociale, son existence ou sa durée ne peut âtre que passagère, quoique terrible et désastreuse.

Dans ces circonstances, que faut-il faire pour empêcher son arrivée? — Nous allons l'examiner, partant des prémisses incontestables que nous avons établies.

Puisque l'humBjiité est parvenue à une période de maturité où elle demande à la raison la preuve des vérités fondamentales de son existence, vérités qui, jusqu'à ce jour, avaient été simplement acceptées par un sentiment intime et profond ; puisque la raison se refuse aujourd'hui & admettre dans son domaine tout ce qui n'estpoint incontestablement démontré ; puisque, d'autre part, l'ancienne foi éprouve des pertes incessantes dans le sien, reconnaissant elle-même l'impuissance de ses moyens pour retenir dans ses liens l'armée qui déserte : la seule chose que l'esprit conçoit (pour sortir d'un pareil état, qui conduirait à l'anarchie sociale par l'ex- ^.tinction progressive des grands principes, conditions de ordre], c'est de les soumettre au critérium du raisonne-

ment le plus sévère, pour parvenir, s'il est possible, à leur démonstration irrécusable.

Deux fortes objections peuvent être faites à ce projet d'investigation philosophique, appliquée à la démonstra* tion des grands principes religieux. La première consiste dans la contradiction que semble renfermer l'idée de chercher, dans la science même qui a affaibli ou détruit toutes les croyances religieuses de l'humanité, la démonstration de leurs principes essentiels. On ne conçoit pas, au premier abord, comment la science pourrait parvenir à détruire ses propres conquêtes. La seconde objection, qui trouve des partisans dans les deux camps des croyants et des libres-penseurs, consiste à dire que la science ne pourra jamais donner une pareille démonstration, à cause, suivant les premiers, de l'insuffisance de l'intelligence humaine pour s'élever aux sublimes hauteurs des vérités religieuses, qui, à cause de cela, ont eu toujours leur base dans le sentiment intime de la conscience; à cause, selon les seconds, de l'impossibilité de soumettre aux méthodes expérimentales ou scientifiques les idées religieuses.

Nous allons examiner séparément ces deux objections, car il est indispensable de les réfuter pour baser notre programme.

Quant à la première^ relative à la contradiction qui semble apparaître, d'employer la science à démontrer la réalité de ce qu'elle démolit, nous répondrons : que ce travail de la science ne résulte point de ses investigations, des faits qu'elle découvre, des lois qu'elle déduit 4ans l'ordre des phénopiènes physiques ^ui sont du dq-*

maillé de son éxàmen. Nôtiii» avotis dit et répété, dans un récent ouvrage (1), que notre critique ne se rapporte, en aucune manière, aux observations, aux expériences, aux phénomènes exposés par les éminents professeurs auxquels nous faisons allusion; nous âcéeptofis même èès expériences comme vraies, comme exactes, comme incontestables, si Ton veut ; te qui ne Test pas pour nous, ce sont les déductions philosophiques et psychologiques tirées de ces faits. C'est donc une question de raisonnement, de logique, plutôt que de science expérimentale. Ainsi avons-nous combattu l'idée d'attribuer la sensibilité aux nerfs; rassimilation faite de la sensibilité avec les facultés organiques; la dénomination de force donnée à Tintelligence ; là sépai*ation de celle-^ci de la conscience; la confusion faite entre l'excitabilité nerveuse, propriété purement physique, et la sensibilité qui suppose la perception, faculté de l'âme; celle, extrêmement commune, d'attribueî» aux apparences le caractère de la réalité ; la dédadtion erronée , qu'on peut éprouver de la douleur, sans avoir conscience; enfin, toutes les fausses déductions tirées des mouvements produits, les attribuant à une cause Sensible, qui n'existe point.

La science expérimentale (et jusqu'à ce jour il n'y en a pas eu d'autre) sort évidemment de son domaine lorsque, en partant de la découverte des faits de l'ordre physique, elle cherche les causes des actes intellectuels et moraux. Les faits qu'elle constate peuvent être vrais^

(1) VAme, DémonstratioQ de sa réalité^ déduite de l'étude du oblo» roforme et du carare sur l'économie animale, pages 8, 69, etc.

et généralement ils le sont; maiâ les déductions qu'elle tire de ces faits sont fausses, toutes les fois qu'elles nô se rapportent pas au Inôme ordre matériel auquel lesditsi faits appartiennent. A ce point de vue la science est et doit être matérialiste^ car elle s'occupe de la matière et de ses lois. En cela elle n'est pas blâmable : c'est le domaine qui lui appartient exclusivement.

Nous pourrions citer plus d'un exemple, pour faire comprendre quelles sont ces limites que la science expérimentale ou matérialiste ne doit pas franchir sans tomber dans Terreur. En voici un assez récent.

Il j aquelques mois, un savant d'Utrecht, M. Donders, inventa deux instruments curieux, pour mesurer la durée, extrêmement courte, qui s'écoule entre l'instant d'une impression faite sur un sens extérieur et Tinstant de sa perception dans le cerveau, et aussi entre l'instant de cette perception et celui de la manifestation extérieure de la réaction volontaire. — Jusqu'ici il n'y a rien qui ne soit très-acceptable, tout en admirant la conception d'un pareil moyen. Mais un savant français est allé beaucoup plufl loin, donnant aux expériences une portée qu'elles Bont loin d'avoir et qu'elles ne pouvaient jamais avoir, en désignant ces instruments comme destinés à mesurer la vitesse relative des perceptions et celle de la pensée (1). De là probablement l'assertion parue quelques mois plus tard dans un journal athée, la Pensée nouvelle

(1] Voir, à ce siyct, notre communication insérée dans les Mondeé du 4 février 1869. —Voir aussi, sur ce même sujet, le n® du 3 avril 1869, Ae la même Revue, et le Cosmos du 2 janvier 1869.

(7 mars 1869), « que le microscope voit le cerveau de « ranimai ou de Thomme penser et se souvenir ; *• et dont le Cosmos (24 avril 1869) s'est moqué dans un article très-spirituel, endemandant, audit journal, quels sont les perfectionnements auxquels le microscope doit des propriétés si nouvelles et si étonnantes.

Pour résumer, en peu de lignes, ce que nous croyons nécessaire de dire pour réfuter la première objection que nous examinons, et constater le rôle présent et futur de lascience, nous dirons que, jusqu'à ce jour, et ensuivant la voie empirique ou expérimentale, elle était et ne pouvait qu'être matérialiste, caractère ou attribut qui accompagnait forcément toutes ses déductions. Parmi celles-ci s'en trouvaient un certain nombre qui, par leur nature, sortaient du domaine de ses moyens ; mais comme la science n'en possédait pas d'autres, elle les appliquait également à la recherche de vérités qui, par leur nature spéciale, lui étaient inaccessibles.

Ce fut alors que, ne trouvant pas la cause de ces faits qu'elle cherchait, par ses moyens expérimentaux, elle nia son existence, et attribua les résultats observés à la seule cause matérielle qui lui était connue. Cela explique les assertions des savants qui ont dit n'avoir pas besoin de Dieu pour expliquer les lois de l'univers, et n'avoir jamais trouvé l'âme sous leur scalpel.

Les conclusions matérialistes de la science actuelle, dans Tordre des actes de la vie intellectuelle et morale, provenant plutôt d'une erreur de logique que d'un défaut d'exactitude dans les observations et les expériences, c'est à détruire ladite erreur qu'il faut diriger les nouvelles inyestigations, afin d'obtenir un résultat

contraire à celui donné jusqu'ici par la science empirique. Pour cela il faut commencer par placer celle-ci sur un point d'observation plus élevé, afin qu'elle découvre et qu'elle domine un horizon plus vaste. C'est lorsqu'elle sera placée là, qu'elle-même s'apercevra bientôt du grand vice de ses anciennes recherches bornées à un espace trop restreint.

La réponse qu'exige la seconde objection faite au moyen que je propose, consistant à déclarer la science incompétente soit pour aborder les sujets religieux, selon les croyants, soit pour démontrer l'existence d'aucun principe en dehors des manifestations matérielles, suivant quelques libres-penseurs de l'école athée ; la ré« ponse à une telle objection, dis-je, peut trouver des éléments puissants dansles considérations que nousvenons d'exposer. Celles-ci, se rapportant àunedirection nouvelle que doit prendre la science, détruisent la cause de son insuffisance actuelle ; car, et quoique n'étant pas encore sortie de la phase empirique, elle nous donne des preuves assez fréquentes de l'expansion, si Von peut s'exprimer ainsi, de sa compétence pour résoudre des questions qu'on aurait déclarées, auparavant, tout à fait en dehors de son domaine. Qui aurait prédit, par exemple, il y a quelques années seulement, que les recherches scienti-* fiques parviendraient à constater l'existence, dans les cavités immenses du soleil, de substances terrestres, à l'état de vapeur métallique, telles que le chrome, le nickel, le cobalt, et dans son atmosphère ainsi que dans celle d'Uranus, deThydrogène et d'autres corps gazeux? Cependant, le spectre révèle tout cela. Qui aurait imaginé qu'on serait parvenu à déterminer les nombres de200

pa 300 et plus vibrations par seconde, dans l es ailes 4e certains insectes ? Nonobstant, les expériences de M. Marcy les constatent. — Comment aurait-on pu espérer de parrenir à mesurer les vitesses inconcevables, ^les que celles de Félectricité, des impressions serveuses, ou des températures de la lumière directement arrivée des étoiles, avec plus de facilité que celle de la lumière réfléchie par la surface de la lune ? Mais les appareils électriques et les instruments ingénieux de M. Donders obtiennent les premiers résultats, et les récentes expériences de M. William Huggins démontrent le second. Ces indications suffisent pour donner une idée de la puissance future des moyens scientifiques^ pour découvrir des faits et des lois qu on croyait supé* rieurs à Tinvestigation humaine.

L'insuffisance donc de la science, pour résoudre tel ou tel problème, soit de l'ordre physique, soit de Tordre moral, est un mauvais argument contre sa compétence future.

On sera d'accord déjà, d'aprèsles résultats que nous venons de signaler, etdautres,que cette compétence est incontestable pour ce qui concerne tous les phénomènes de Tordre matériel, mais on ajoutera sans doute qu'on ne peat dire la même chose quant aux faits moraux ou intelleetuels.

, Ceux qui raisonnent de cette manière oublient, probablement, Tintime union qui existe entre la matière et Tesprit, ou entre Torganisme etTâme, d*où résultent des phénomènes complexes, dans lesquels il n'est pas impossible d'étudier Taction ou coopération respective de Ton à Tautre élément, et même d'en séparer, jusqu'à un

certain point» lôs manifestations. J'ai tâohé dd donner un exemple de la nature de cette étude, par mon récent livre sur Y âme. Cela est dit pour oç qui>0oneer)V6 l'application delà science à la démonstration de la réalité de ^lle<*i^i; réalité qui constitue un des grands principes essentiel^i de la religion. Quaqt à Tautre» savoir, la réalité àeVÉtre intelligeuti Justice éternelle, nous essaierons aussi 4^ donner la démonstration scientifique» S9,n.s recourir, comme le craint M, h- Auguste Martin, au genre d'oxp4riences au moy^n desquelles, il dit, qu'on prétend, d^Qâ certains cercles, manifester \B,jiùstice éternelle (i).

Mai§ nous &e pouvons pas, dans ce moçieiit ^t dans cette rapide ^gquisse de notre programme, entrer dans les développements qu'exigerait Texpoçé de la xaéthode analytique qui demande l'application de I4 science 4 des sujets intellectuels et moraux, qui semblent, à tort, être en dehors de sa portée et de son examen.

Nous n'insisterons pas pour faire partager nos convie^ tiens sur la compétence de la soienee pour ce genre de démonstrations, aux croyants des diverses religions, car au défaut qui leur est epmmun de rabaisser trop la portée des moyens scientifiques, la foi qu'ils possèdent leur suffit pour ét£)«blir l'espèce de conviction, pi^r sentiment, qu'elle procure, sans se soucier, par conséquent, d'aller chercher, par d'autres moyens^des preuves dont ils n'ont pas besoiu. Nos raisonnements s'adressent plutôt aux libres-penseur?} et particulièrement aux libres-penseurs religieux î^vec lesquelles nous sommes en communauté d'idées sur la nécessité de raffermir, par une forte con«

(l) Annuaire phUosophi^tté oaméie de ieptembm 1868.

viction religieuse^ Tordre social, si profondément troublé de nos jours.

C'est donc à ceux-ci que nous nous adressonSy car c'est sur leurs efforts que nous comptons plus tard, lorsque leur adhésion nous sera acquise, pour propager la démonstration scientiBque qui doit produire la conviction partout : c'est à eux enfin, c'est-à-dire à ceux qui doutent ou qui nient encore la compétence de la science pour résoudre ce problème de Tordre (problème vital , puisque la foi dépérit), que nous adressons le raisonnement suivant :

L'unité religieuse, but de vos efforts, ne peut être obtenue que par la démonstration de la réalité des deux grands principes sur lesquels Tordre s'est conservé jusqu'ici. Si cette démonstration est en dehors de la compétence scientifique, alors Tordre restera dépendant du sentiment ou de la foi; mais, puisqu'il est évident que celle-ci ne peut continuer à servir de soutien à la vérité religieuse, en présence du libre examen, qui la combat toujours et la fait chanceler, cette vérité religieuse, malgré la faiblesse de sa base, continuera d'être dépendante de la foi, dont Tinefficacité pour la conservation de Tordre est aujourd'hui incontestable. Dès lors, la prétendue impossibilité de démontrer la réalité des principes religieux, par le raisonnement, ou, ce qui est la même chosOi au moyen de la science, amène forcément à la nécessité de maintenir la foi pour les conserver ; mais, comme la foi s'affaiblit et dépérit toujours, à cause de la prédominance du libre examen, il devient impossible de soutenir Tordre en constituant solidement Vunité religieuse. L'anarchie donc serait la conséquence inévitable de la

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prétendue incompétence de la science ou de la raison pour démontrer la réalité des grands principes sur lesquels Tordre désormais peut être solidement basé; car " Tunité religieuse et l'ordre social ne peuvent plus déjà être maintenus au sein de l'humanité, si la démonstration scientifique de leur réalité reste toujours en dehors de la raison humaine.

Voilà la conclusion où Ton arrive en niant la compétence de la science pour démontrer les grands principes religieux. Nous la soumettons aux libres-penseurs religieux.

Ceux auxquels nous venons d'adresser le précédent raisonnement offrent, dans la négation de la compétence de la science pour démontrer les principes religieux, une contradiction remarquable. £n effet, ayant reconnu la suprématie de la raison pour découvrir et démontrer toutes les vérités qui concernent le bonheur de l'homme et de l'humanité, on ne conçoit pas pourquoi on éliminerait de son pouvoir les principes les plus essentiels pour arriver à ces résultats. Le motif énoncé plus haut, que ces principes existent dans l'homme avant le développement de son intelligence, a, en sa faveur le privilège de son origine poui^ constituer sa puissance, qui s'est conservée et maintenue pendant des siècles, mais ne saurait plus prévaloir dans l'époque où la raison, s'émancipant de la foi, s'est déclarée en même temps souveraine et omnipotente. Dès lors Timpuissance de la foi était proclamée, et la nécessité de chercher par le raisonnement ce qu'elle avait inculqué depuis Tenfance sociale devenait un corollaire logique. Ce corollaire a été admis dans la partie de protestation qu*il renferme contre Teffica-

— incité de rancienae foi, mais il a été récusé par wjl à$mn sa partie affirmative à T égard de la raison ou dd la science peur la remplacer. Telle est la contradietien qne nous devons constater et qu'il £aut combattre pour q^e les corollaires deviennent des conséquences logiqnes des principes établis et acceptés aujourd'hui par les lîbreftpenseurs religieux.

Néanmoins, quel que soit le degré de maturité ot la raison humaine soit parvenue, et quelle que soit la sosune de connaissances acquises, pour lui permettre de doiuier la démonstration scientifique des grands principe» qui auparavant étaient en dehors de sa portée, il ne faut pas s'imaginer que nous la croyons déjà arrivée à un degré tel de développement et de perfection» que désormai» toute intervention supérieure semblable k la primitive, deviendra inutile. Cela équivaudrait à croire que la raison humaine pourra suffire complètement, pour conduire Thumanité vers ses plus hautes destinées. Mais, tel n'est pas notre avis ; si nous lui accordons la faculté de parvenir à comprendre, à se rendre con^teetàdéiBontrer les grands principes qui servent de base & Tordre social, parce que cette connaissance est devenue néeesc saire, nous sommes loin de croire qu'elle pourra étendre la sphère de ses propres conquêtes et la puissance de sonraisonnement jusqu'à remplacer, pour ainsi dire, l'in* telligence supérieure, dans la direction initiatrice, pro* gressive et* prévoyante, vers la solution des grands problèmes qui composent k vie de l'humanité.

Mais cet important sujet des révélations progressives quij de temps en temps, viennent éclairer la marche de l'intelligence humaine, pour aider son impulsion ea:igi<

naireetla diriger vers les fins qu'elle ignore, ne peut entrer qu'accidentellement dans le présent programme de nos études. Nous y reviendrons en nous occupant des Révélations ^ dan» un autre travail, déjà terminé.

Il y a déji plus d'une trentaine d'années qu'un de ces libres penseurs dont nons parlions il n'y a qu'un ins« tant, hommeéminenty dont la moralité pratique répondait à l'universalité de sa science» intelligence supérieure qui a abordé, dans ses nombreux ouvrages à peine connus, tons les problèmes de Tordre politique, économique et religieux, c'est-à-dire^ la science sociale tout entière. Nous l'avions d'abord connu sous les tropiques et nous l'avons retrouvé à Parts, à notre retour, restant depuis lors toujours en rapport intime avec lui, jusqu'à sa mort arrivée en 1859. II avait embrassé, dans ses immenses recherches, la résolution scientifique du problème que BOUS formulons aujourd'hui dans ce programme.

En parcourant ses ouvrages, d'une étude difficile à cause de la méthode d'exposition qu'il avait adoptée^ on reste convaincu qu'aucun philosophe, avant lui, n'avait, fait un examen aussi profond, aussi juste, du développement de la pensée humaine, en passant par les trois phases d'ignorance, de protestation et de science; qu'aucun avant lui n'avait mieux eonstaté les causes de l'état anarchique de la société moderne, la période matérialiste où la science se trouvait, et la nécessité urgente d'arriver à une nouvelle et désormais invariable constitution de Tordre, au moyen de la démonstration des deux grands principes religieux qui, auparavant, avaient rempli ce rôle suprême, mais sous l'appui seulement de la foi.

Colins, en effet, passe en revue les âges de l'humanité,

à chacun desquels il assigne et démontre sa raison d'être. Bien différent, en cela, de quelques historiens modernes, qui trouvent blâmables, ridicules et même absurdes,les périodes anciennes d'ignorance,d'esclavage, de despotisme qu*a suivies l'humanité comme lois inhérentes à son développement progressif.

En arrivant à la période actuelle, il constate chez les peuples qui représentent ce dernier degré de virilité incipiente, la lutte qui le constitue, entre les croyances anciennes qui s'affaiblissent, parce que leur base, la/be, a perdu sa force primitive, et la raison restée encore impuissante à la remplacer par la démonstration des grands principes sur lesquels Tordre social s'est conservé jusqu'à ce jour.

Colins, à l'instar de quelques catholiques éminents (1), ne croyait pas à la possibilité du retour de l'ancienne foi au cœur des sociétés modernes , d'où il déduisait cette alternative inévitable : ou le maintien de l'ordre au moyen de la force, ou la démonstration, par la science, , de la vérité religieuse.

Arrivant à ce dilemme, Colins démontrait facilement que la foi par le despotisme était aujourd'hui impossible, et une revue rétrospective des périodes précédentes lui servait à constater cette vérité que la foi, étant en décadence, finissait par s'éteindre lorsqu'on forçait à

(1) Entre autres, notre célèbre compatriote Donoso Contés, qui dans un discours mémorable prononcé devant rassemblée espagnole, le 4 janvier 1849, disait: « J'ai vu, Messieurs, des individus qui, après avoir « abandonné la foi, sont retournés à la foi; mais malheureusement je M n*ai jamais y\x aucun peuple revenir à la foi après l'avoir perdue. »

Taccepter ; car la croyance veut être libre comme la pensée, toute contrainte la gêne etTaffaiblit.

C'est donc à la recherche de cette démonstration, pour la substituer à la foi affaiblie et menacée de s'éteindre, que Colins consacra une longue série de recherches scientifiques, de raisonnements puissants et vigoureux. Malheureusement, pour en apprécier Tensemble et la portée, il faut les chercher dans tous les volumes , dans tous les chapitres où ils sont disséminés, au milieu de citations innombrables, de commentaires infinis et répétés.

Nous avons entrepris ce travail, peut-être unique, sur les travaux du profond penseur, étant arrivé à nous former une collection, catalogue ou série de renvois , au moyen de laquelle nous pouvons trouver les pages où chaque idée, chaque raisonnement, chaque doctrine se trouve exposée, répétée en totalité ou en partie, ou simplement indiquée.

Ce travail, qui contient quelques milliers de cartes classées alphabétiquement et par ordre de matières, était nécessaire pour nos études entreprises déjà avant la publication des ouvrages de Colins, car il nous communiquai t,de son vivant, ainsi qu'à de Potter, de Bruxelles, les volumes manuscrits, au fur et à mesure qu'ils sortaient de sa plume féconde, et desquels, Fun et l'autre, nous tirions des copies nettes et lisibles. Une partie, même, de ces manuscrits, n'a pas encore été publiée.

C'est donc par ce moyen pénible de dépouillement de tant de volumes, que nous sommes parvenu à saisir et à comprendre les raisonnements et les conclusions de notre respectable ami, dans toutes les immenses questions ituxquelles ils se rapportent. Nous devons déclarer ici

qud nous atons reconnu l'exaictitode d'an grand nombre, dont Colins nous a permia Temploi dans nos travaux successifs, comsie d'une doctrine acquise par nos efforts intellectuels. Tetles sont, en général, celles qui ont pour sujet spécial la politique, l'économie sociale, l'histoire intellectuelle de Thumanité. Mais nous dirons ayec la même franchisse, en répétant ce que nous avons déjà imprimé de son vivant, en 1859 (1), qu'un certain nombre de ses déductions scientifiques, qui lui servent de prémisses pour établir ce qu'il donne comme une démonstration de Timmortalité des &mes« ainsi qne sa négation de V existence réelle d'un êtue supérieur, qu'il croyait oontradictoire avec la réalité de l'Ame, sont pour nous contraires aux fruits de nos recherches philosophiques. Il ne nous semble pas inutile de dire ici, pour nous faire comprendre, que Colins admettait l'automatisme ou insensibilité chez les animaux, no reconnaissant d'antres intelligences que celles des âmes, et que relativement à la jcsTicE érBttNELLE, sanction inécitabledes actes humains^ il la considérait comme leur étant inhérente, ihtale comme une loi, ainsi que les lois physiques sont inhérentes à rexistenoe des corps matériels.

En résumé, Colins n'admettait pas d'autre existence réelle que celle des âmes, qui, étant unies à une partie de la matière qui constitue leur organisme , peuvent ainsi être en rapport avec le monde extérieur, monde de la matière ou de la force, dont les changements incessants

donnent lieu aux phénomènes sentis ou perçus par les

ff

(1} Introduetîoxi du livre intitulé le Mal et U Bemèdt.

(1). T<ml dans ee monde extérieur se meut, mais ne senipas, mêlas les ammaux ménie les plus avancés dans lasTS organismes respectifs et dont les manifestations ont tonte l'apparence de celles de la i^nsibîlité. Colins croyait dono^ «MMM Desevrtes, les animaux automates^ avec la diffiéiettee que, ce qni pour le eeeond était seulement une «oméqiMiioe forcée de «a manière de Toir la justice éternelle^ qui detiendrMt injustice si les animaux sonffraient «ans motif et sans récompenise, était pour le second ie résultat d'un raisonnement tendant à démontra la série des êtres complètement brisée, en arrivant à rbommc, «euldoué de sensibilité on tTdme, En résumé, Dosearies pffésentait comme une A^j^o^Aé^c^ d'admission néeewnire, à camée de ses croyances, T automatisme des anÔBEux, élevé par Colins à la catégorie de vérkësdenti^ fique et fondamentale de sa démonstration de la réalité derâme(2).

(1) Cette seconde partie de la doctrine de Colin, entre aujondllmi dans le cmà9 phUosopbi^e de q«e]i|«iks Ubves^-peaMon^ «uftétiifiites et athées; miùs il parait queceiurci n'ont pas eu connaissaoûo de la maaifestation antérieurement faîte de leur doctrine actuelle.

(2) Cette notion, qui aujourd^bai doit paraître au AÙns étrange, avait été soutenue longues années avant Descartes, par un médecin es* pagnol nammé Gomettut Psretra, qui, en 1554, la développa dans le premier volume de soa ouvrage, volume qui a le titre singulier de Àaêaniana Margariia^ foraié des pvteoms de son përe et de sa mère, iaipiÎBé «n «laraetàres gotUqoes, îia-^eUo^ k Mediaa-dél-Campo, Cet «a* vri^ fut bfianeoop de sensation alors, mais Descartes n'avait em faaka notice de son existence. J'ai fait hommage à la bibliothèque de rinstitut d'un ex<)mplaire de la deuxième édition, en deux volumes également in-folîo, mais imprimés en caractères latins k Madrid vers la fin du siècle

II annulait aussi, comme nous Tavons dit, Texistence de Y Être principe , faisant reposer Tordre moral, dont il a été un des apôtres les plus ardents, dans une justice ÉTERNELLE, loi Suprême et inflexible, d*après laquelle s'établissait , pendant les existences successives des âmes, la série logique mais fatale des peines et des récompenses, selon le démérite ou le mérite des actions de ces âmes, absolument libres et indépendantes.

Il est évident que nous ne pouvions pas faire consister le programme de nos futures recherches, dans ce mélange d'erreurs et de vérités, et ainsi une élimination des premières devenait indispensable pour la continuation utile de nos études. Nous Tavons faite, non sans de rudes combats entre trois éléments qui semblaient se disputer le champ de notre pensée, savoir : les principes fondamentaux de toute croyance religieuse ; les idées matérialistes inoculées par une science incomplète ; et les théories de Colins, dont une partie séduisait notre esprit.

L'inefficacité de la foi, étant comme le point de départ de nos conclusions, comme elle Tavait été aussi pour Colins et pour quelques catholiques éminents, nous nous sommes décidé à poursuivre la voie tracée par le premier, à la recherche d*uno démonstration scientifique qui puisse a remplacer. Nous préférons ce moyen à la conduite de ceux qui se bornciit à se plaindre du malheur arrivé aux anciennes croyances, espérant d*un miracle le rétablissement de la foi dans les consciences. C'est par la force de nos études que sous sommes parvenu à nous convaincre que l'enracinement futur des grands principes religieux lie serait pas déso^^mj^is le fruit d'une révçl^tÎQu

supérieure, mais d'une conquête de notre propre intelligence, assez avancée déjà pour pouvoir entreprendre une pareille recherche, La révélation, dans le sens philosophique que nous donnons à ce mot, dans un autre écrit, c'est-à-dire Y intuition, sans aucune connaissance préalable des grands principes indispensables à Texistence de Tordre, doit cesser de se renouveler, dès que l'intelligence peut démontrer son existence ; et cette démonstration devient nécessaire, dès que la raison l'exige pour accepter une vérité quelconque. Nous avons constaté que ce moment est arrivé.

Mais, nous demanderont peut-être les croyants, qui n'ont d'espoir ni de fol que dans un miracle de la Providence'; êtes-vous certain que la science possède les moyens suffisants de démonstration pour les grands principes religieux que vous vous proposez de lui soumettre? — Est-elle assez avancée^ assez épurée d'erreurs pour entreprendre un semblable travail?

Nous avons déjà répondu à cette sérieuse question que nous nous sommes posée à nous-môme au commencement de nos études ; mais aussi, nous devons répondre à une autre objection, qui, ayant le même but, s'appuie sur une autre hypothèse. Elle provient d'un grand nombre de croyants, qui, par suite de la connaissance intime des dangers qui menacent aujourd'hui leur Eglise, s'imaginent vaincre dans la lutte, en donnant à celle-ci plus de force, plus de moyens que ceux qu'en réalité elle possède. Récusant la science comme incapable de démontrer les grands principes religieux, dont ils sentent en même temps la nécessité imprescriptible, ils attribuent aux efforts que l'Eglise fait et à ceux qu'elle pourra taire

encùte, laooBservation ou le ooftiotien de leur empira but les hommes ou sur les sociétés.

Ce se&tioieBl; (csr ce n'est pas luitre chose) chez les eropats Auj^oek je Tiens de ikire allusion, a doue pour origine, d'un côté, leur foi aveugle dans la puissance de leur Ëglise, et, de Vautre, un manque de confiance dans la raison humaine'. Nous ne saurions affirmer lequel de ces deux sentiments est le plus vigoureux chez eux.

Sans vouloir, pour le moment» combattre le seeond, ce qui serait difficile (car, en vérité, la science n'a pas fait encore ses preuves de manière à lui gagner une conviction universelle sur la puissance de ses moyens,) nous nous permettrons quelques observations contre la prétendue puissaoee inébraidable de l'Eglise ; et, sous ee rapport, il faut eommeneer par reconnaître qu^elle a oublié sa propre histoire. Eu effet, et sans remonter à des époques trop reculées, où la multitude des schismes par«tagea le grand Iroapeau de l'Eglise primitive, les temps modernes ont été témoins de fractionnements phis ou moins considérables* Pour résultat de ces protestations réitérées de la part des croyants d'un côté, delà part de la science de Tiuitre, l'orthodoxie s'est vile obligée de &ire des concessions diverses aux deux camps révoltés. La grande concession faite par TEglise w protes*tantisme religieux, consiste dans la tolérance qn'^e Inî accorde ; les concessions faites au protestantisme phi* losophique sont manifestes dans le nombre considérable de croyances religieuses, renversées par la science et en faveur desquelles l'Eglise a eomplétement cessé de faire la moindre réclamation. Nous n'avons pas besoin d'en faire l'ttonmération ; car ces conquêtes de la science oo-

eienne et modôrn^ sumt coDBues do tous. Mais nous dirons franchement que nous ne pouvons pas prévoir jusqu où aes concessions de l'Eglise pourront aller, ou A quelles limites elles s'arrêteront, car nous voyons en même temps le travail de démolition en actif progrès, et «celui de la foi en décadence, d'après laveu de ses plus ardents apôtres.

Nous sommes loin de blâmer la conduite de l'Eglise en pliant son âoitorité orthodoxe devant les conquêtes de la raison, gloire de l'homme et de Tlntelligeuce Suprême qui l'a créée ; nous constatons ses effets; mais ces effets mêmes enhardissent la raison pour porter son examen partout^ jusqu'il sortir des limites qui, sans aucun doute, lui sont prescrites. Elle peut bien, par conséquent, s'égarer dans son travail de démolition, croyant; que, ses moyens étant bien dirigés,seront encore pluB puissants et plus efficaces pour consolider que pour détruire.

Nonobstant, son travail de démolition se continue k>us les jours» ei son progrès et son expansion dans toutes les classes de la société moderne, ne prouvent pas en faveur de l'efficacité des moyens actuels de l'Eglise. Elle doit s'apercevoir, comme tout le monde, que pas un seul objet du culte n'a été exempt des attaques de la nouvelle philosophie, dont les leviers démolisseurs sont les sciences physiques ou naturelles, qui, non satisfaites de porter leurs coups contre les dogmes constitutif du culte, qui sont divers dans les différentes religions, £ont devenues assez hardies pour saper les bases qui leur servent de fondement. Contre cette atteinte s'est soulevé, il est vrai, le sentiment religieux, même

chez les philosophes et les savants qui avaient suivi la science dans ses autres entreprises ; mais malheureusement TEgliso ne leur donne pas d'autres moyens de lutter avec avantage , que ceux queux-mêmes possèdent.

A ce point de vue, les croyants orthodoxes doivent nous savoir gré de l'appui scientifique que nous venons prêter à leurs efforts en faveur des grands principes religieux et fondamentaux que nous voyons aussi menacés que les autres, éliminés du programme de nos études, laissant à l'Eglise la tâche exclusive de les soutenir et de les défendre, jusqu'où elle pourra, par tous les moyens qu elle possède et à l'efficacité desquels elle per< siste à croire.

La question religieuse est devenue de nos jours extrêmement complexe, parce qu'on a confondu dans les religions et leurs cultes respectifs, ce qui concernait la base ou fondement de toutes, avec les formes variées et multiples dans chacune. La science qui proteste a tiré un parti avantageux de cette même confusion , car en attaquant avec avantage certaines manifestations religieuses, avec Tassentiment plus ou moins tacite de l'Eglise, elle est parvenue à ébranler dans les esprits toutes les autres croyances, jusqu'aux plus essentielles pour le maintien de l'ordre. Ce résultat fâcheux, la science l'a obtenu et l'obtient, en faisant semblant d'admettre, avec l'Eglise» la communauté d'origine de tous les principes du culte, ce qui Tautorise à les considérer tous, sans aucune exception, comme insoutenables devant ses raisonnements.

}1 est doge évident <|ue, pour procéder ^v^o méthode

et chance de succès dans le travail de consolidation^ au moyen de la science, que nous avons entrepris, il faut commencer par établir une ligne de démarcation infranchissable entre les grands principes qui constituent les bases de toutes les religions, et les formes religieuses des cultes qui ont varié] chez tous les peuples et dans toutes les époques de la vie humanitaire. Notre programme de démonstration scientifique concerne exclusivement les premiers, laissant le soutien et la défense des seconds aux églises respectives aui les ont acceptées.

Nous espérons qu aucun croyant, quelle que soit la religion ou la secte à laquelle il appartienne, ne nous saura mauvais gré de cette limitation que nous imposons à notre tâche. Ainsi bornée, elle est encore vaste et difficile, comme nous allons essayer de le démonlror.

En effet, quoique la science soit un moyen de démonstration, ce n'est qu*en employant les vérités qu'elle possède qu*on peut parvenir au but. Mais cet emploi suppose non-seulement que les vérités, conquises par la science, soient incontestables , mais que les déductions qu'on en tire le soient aussi, sans manquer jamais à la logique, règle primordiale de tout raisonnement scientifique. — Nous avons déjà vu, en donnant des exemples, que tel n'était pas le caractère des déductions qu'elle tirait des faits donnés par Tobservation et l'expérience.

Une seconde condition qui demande l'application de la science aux recherches de l'ordre intellectuel, consiste dans l'exacte détermination des mots dont on fait usage, car, s'ils sont employés avec des significations diverses, ou seulement vagues, la confusion se mêle dans'les rai-

sonnements qui ne donnent jamais, dans ce cas, la vérité comme résultat.

Nous demandons maintenant ': là science actuelle se trouve -l- elle en possession de ces deux conditions d'exactitude, indispensables pour la rendre apte aux recherches de Tordre intellectuel?— L'examen impartial de mille exemples de son emploi, nous donnerait une réponse négative. Quant à la seconde règle de Texactitude scientifique appliquée aux recherches de Tordre intellectuel, savoir, Texactitude dans Tacccption des mots, depuis les dictionnaires des langues en général, et particulièrement de la française, qui doit nous occuper ici, jusqu'aux ouvrages scientifiques, soit élémentaires, où se trouvent les définitions, soit plus transcendants, où les mots sont employés sans définition préalable, tous fourmillent d'inexactitudes, de contradictions, d'indéterminations si nombreuses qu'on pourrait former un autre dictionnaire extrêmement curieux de ces variantes. Comme, dans le cours de notre travail, nous devons com-. mencer par déterminer et bien préciser la valeur et la signification des mots employés, la démonstration incontestable du blâme sévère que nous venons d'infliger à la langue scientifique^ ressortira de notre analyse.

On peut prévoir, par ce que nous venons de dire, une partie des difficultés inhérentes à Tapplîcatîon de la science, telle qu'elle se trouve, à la démonstration des vérités de Tordre intellectuel, qui, par leur nature, sortent du domaine de l'expérience directe ou de la constatation empirique. Mais ces difficultés ne sont pas les seules à^vaiucre avant d'arriver à un résultat satisfaisant. Il en existe d'un autre ordre, et qui dépendent de la

nature même des vérités qu'on chereèe à démontrer au moyen de la science. Le voici.

Par la même raison que les rèritéB de ce genre ont été, jusqu'ici, admises parla seule gSLtnfniie An sentiment, elles avaient pris une espèce d'attribut spirituel ou idéal qui semblait les tenir toujours éloignées de la portée de notre esprit, de la sphère de nos raisonnements. Cette opinion^ enracinée pendant des siècles, était devenue une conviction pour la presque totalité des }t<»nmefli ; d'où il en est résulté que la croyance, dans Tinipossibilité de soumettre les vérités de sentiment à la démonstration scientifique, a rendu la science extrêmement malaâ»>ite, si on peut s'exprimer ainsi, pour appliquer les fruits de ses reehercfaes k la constatation desdites vérités de l'ordre moral. Et, chose étrange ! elle se enrôlait au même temps apte pour les récuser, pour les nier^ déclarant nul ou non existant ce qui ne tombait pas matériellement sous ees moyens ordinaires d'analyse.

Il est arrivé à la science, pendant sa longue période empirique, ce qui arrive en chimie avec la découverte de nouveaux corps, simplement étudiés et employés au commencement, par les propriétés physiques qu'ils possèdent, et élevés plus tard au rang de moycsis puissants d'analyse, qu'on était loin» bien des ibis, de leur supposer.

De la même manière, la seience, trsdnée pendant des siècles dans le rail empirique, se trouve aujourd'hui forcée, par la nature diverse des applications auxquelles on la destine, à s'élever et à planer sur le monde matériel, d'où elle découvrira l'horizon spirituel caché auparavant à ses regards*

Dans un livre, imprimé il y a déjà dix ans, et que peu de personnes connaissent en Franco (1), nous avons annoncé la future évolution de la science, comparativement à son état actuel, dans une série d*aphoriames dont deux, que voici, caractérisent notre thèse :

1146. « Le matérialisme constitaela première période de la science qui est purement expérimentale. »»

1205. M La science future aura pour but, outre l'investigation et l'application utile des lois du monde physique, les déductions logiques des grands principes révélés (2) au profit de Tordre moral. »

Nous nous apercevons de la difficulté de faire bien saisir ce sujet aux personnes qui nous lisent ; mais leur conviction viendra lorsque nous traiterons ce sujet pour découvrir soit les inexactitudes de la science quant à la détermination précise des mots qu'elle emploie, soit le manque et le défaut de logique dans ses déductions, soit, enfin, l'étendue trop bornée du champ de ses investigations. Nous ne faisons, dans ce moment, qu'indiquer le genre ou la nature des difficultés qu'elle offre pour être appliquée à la démonstration des grands principes religieux, qui la demandent, sauf à reconnaître plus tard la valeur et la puissance de ces difficultés, agissant comme des obstacles à l'application que nous nous proposons de faire.

L'accomplissement de notre programme exige donc, comme préliminaire indispensable, une espèce d'enquôte

(1) U mal et U remède^ Paris 1859.

(2) Dans le sens philosophique que nous donnons à ce mot dans un autre ouvrage (o*est-à-dire intuitifi).

sur Tétat de la science, enquête critique, qui nous dé* couvre ses défauts, ses vices, son manque d'habitude pour les applications transcendantes, en dehors du monde physique, dont elle s'est occupée presque exclii* sivement jusqu'ici. Nous signalons une malheureuse exception à une application absolument exclusive, en faisant allusion aux déductions erronées, dans Tordre intellectuel ou moral, que la science ou plutdt les savants se sont permis de tirer des faits obtenus par leurs observations, et desquelles nous avons cité quelques exemples.

L'enquête critique que nous devons entreprendre embrassera deux sciences capitales, savoir : la physique et la physiologie^ comprenant dans la première tous les phénomènes qui ont rapport à la ma^'^e, synonyme pour nous de force^ à ses lois et manifestations diverses. Par conséquent, nous ne pouvons pas exclure de son vaste domaine la mécanique, la chimie et l'astronomie, car toutes ces sciences ont pour but Tétude des forces et de leurs manifestations par le mouvement.

Mais outre les mouvements expression des forces brutes qui résident dans les corps inanimés, il y a d'autres mouvements résultat des organismes, et qui, par cela même, offrent une complexité remarquable.Nous verrons, en les étudiant, qu'il est nécessaire de les distinguer d'après les deux origines diverses auxquelles ils sont dus.En effet, un grand nombre de ces mouvements sont des résultats des forces inhérentes à l'organisme, ou dépendant de la complication de celui-ci, qui fait surgir ou apparaître de nouvelles forces révélées par des mouvements nouveaux.

L'examen des phénomènes jD%^io/o^2^t/és ou des fonc-

tiMsd«B0]*gàn6S nous fera connàttrè eo houfèail monde de lA fbf dé et dti mouremêttt, que noUB tfOttveroni idti-* flnement lié à tm ordre de mAûifetrtalioni» où la forée et le iMavemettt eoht eoiimis à un Antre Agent inrmible et pttistAnti doMles faMliêi le rendent abBôltttaetitdUtliiet tê lA feree et de eee propriétés. Je reui pArler de 1a sm^ ètUUtê^ piAMïpù et Agent eomprie par erreur dAAA la «AtA^rtedei fbrees organiques, et qu'il e^t eftsentiel de AépArev Abielttinent, quoiqu'il Agisee au moyen de la mi^

tiëre.

De eea oomidérAtione réttultent Awt ordre» de iSi^ts )M Mwdevtitib loamettre àiaetre examM» «AVoAr x

Ceux qui te rapportent direetement à la fwtè et au motioemetif , et eeux qui dépendent de V esprit et de la WhsîèUiti; résuniAnt en deuk mots tous led phânomtoes que préeente Tunivere et touë les actes qui caMetériient Thômme \ mm^êirmit et amOmenis eortélAtife au deux eausës qui les produisent ou deequellee ils eont les ma* nifestations caraoiériitiqttes t la Iporce et rfisi^am

G0 ne feera doue qu'après aroir fait la sévère enq\ièle eritique de Tétat de la scienee dAus les deux or^ dree de tonnAissanoes que nous menons de formuler ) oe ne HèrA donc qu^après avoir nettement distingué ee qui appartient à la fi)ree ou A la matière , de œ qui dé« pend etehieitement de l'Ame ou de resprii» que nous eieaierons tl'appliquet lee tonquêtes de la eeienee, dans la première de ees deux branehes d'étudo, à la démon** Btration dea grande prineipes qui, par son eaaraotère m«> Bentiellementintelleetuel» moral ou méts^hysique^ sem** blaient sortir de son domaine; et c'est aloM que noaa dé*

nmntreyons lA wiee de rtmmir Inhénsnte aux déduetieng

d^ oet ordre, que leu sftvants ont quelquefois iiriei de leurs «xp4rîeDoe« empiriques.

Nous ajouterons que nous avons déjà publié un pre-* mier essai, présentant nos conclusions sur un ordre de ]diénomènes, oeuz de Vtmesthésie (l), étudiés sous le point de vue de nos futures recherches sur une plus vaste échelle : mais ce travail n'était qu'une partie dé-' tachée, appartenant ou devimt appartenir à un travail plus complet.

Nous pourrions déjà considérer notre tâche comme étant terminée, puisque non-seulement notre programme est clairement défini, mais aussi que nous croyons Tavoir aesia sur la base d'une utilité et d'une nécessité ineontes^ tables. En outre, comme complément à notre démonstraition, nous avons prouvé que désormais tous les efiCbrts qu'on essaierait pour baser Tordre social sur le satinent ancien de la foi, échoueraient devant l'énergique protestation de l'esprit humain, qui n'admet rien qui ne soit contrôlé par la raison.

Soua ce rapport nous regrettons de n'être pas du même avis que les croyants sincères, qui, malgré les incessantes leçons d'une longue expérience, espèrent encore que la toi triomphera de sa puissante rivale. Mais il faut reconnaître que, dans eette maïkière de voir, agit beau* ooup l'idée qu'il se sent formée de la mission de Thomme •or la terre, que noue eonsidéroQs comme agrandie pour nims dans des proportions immenses, et queux renferment dana des limites tmp restreintes.

Quant à nous, tout en portant nos aspirations en de*

(1) Dans notre livre miàlmi^éVàME, ééjk eîU.

hors de ce monde, tout en donnant une faible importance à la courte période de notre passage sur cette planète, nous savons distinguer cet instant rapide, de la réunion de toutes les durées des existences individuelles qui forment et constituent réellementla vie terrestre deThumanité. — Or, c'est à elle, être collectif, qu'est dévolu raccomplissement de la grande mission de notre destinée, qui embrasse Tamélioration simultanée de la demeure et de rhàbitant, et leurs perfectionnements respectifs vers de hautes et grandes destinées.

Nous venons de signaler la loi du progrès^ considérée d'une manière différente par les croyants et par les penseurs religieux ; les seconds lui donnant une importance immense et transcendantale que lui refusent les premiers.

Nous croyons en avoir dit assez, et il serait inutile de définir ici le groupe auquel nous appartenons. Il nous suffira de répéter ce que nous disions il y a déjà dix ans : « Nous sommes Y ami du progrès; bien plus, M nous sommes à la fois son soldat et son apôtre. Si nous « pouvions être plus, nous le serions (1). »»

Maintenant nous devons ajouter que, nonobstant notre affiliation dans la nombreuse phalange des hommes de progrès, nous différons d'eux dans la manière de le considérer, et même dans les moyens de le seconder, A ce sujet, une autre citation de notre livre pourra servir pour mettre le lecteur sur la voie de nos doctrines. En effet, nous disions aussi, en 1859 : « he progrès est sem- M blable àunpyroscaphe lancé à toute vapeur, dont il est

(1). Lt Mal et It Rtmide — - IntrodactîOD, p. xli.

M impossible d'arrêter la marche , mais qu'on est mattre « de diriger. Il va toujours, car il faut qu'il aille; c'est «< à la sagesse du pilote d'en empêcher les écarts et d'é- « viterlesécueils (1). »»

Ces indications prouvaient assez que nous craignons, dans le progrès, les écarts et une fausse direction, et dès lors c'était notre devoir de signaler la cause ainsi que les moyens d'éviter les uns et de bien régler Vautre. C'est justement cela qui va clore notre présent travail.

Le défaut capital que nous trouvons dans la conduite des libres*penseurs, amis dévoués du progrès, c'est de croire qu'il possède, en lui-même, une espèce de virtualité permanente, pour se diriger vers le bien, et qu'il suffit de le laisser libre de toute entrave et indépendant de toute direction, pour qu'il parvienne à son but final; qui est le bien et le bonheur de l'humanité. Il est évident que si à une telle virtualité constitutive vient se joindre l'effort persévérant des intelligences, la marche, vers le même but, ne saurait être que plus accélérée et plus rapide.

Telle est, ou au moins telle semble être la conviction des hommes de progrès, dans les deux grands ordres d'amélioration sociale qui comprennent Y économie et la politique, auxquels par conséquent ils donnent une importance aussi exclusive, que pour eux il semble ne pas exister uji autre ordre de faits sociaux.

En effet, et quoiqu'un certain nombife des libres-penseurs se déclarent religieux, je doute fort qu'ils attribuent aux principes de cet ordre une prépondérance supérieure aux idées économiques et politiques qui les

(1). là. Jd,

préoccupent; Boaût ce qui e»t mconieatable, c*eAt que toui les autres concentrent leurs efforts sur le développement incessant de ceUes«ci. Cela provient de Terreur où ils se trouvent, croyant les deux ordres de progrès qu'ils enoouragent capables de parvenir» tout seuls, au terme de leurs nobles aspirations.

Nous avons aussi pajé un tribut à cette erreur^ et la preuve en est consignée dans nos longuto et persévérantes recherches pour trouver» dans différents pajs, des institutions, des inventions» des progrès enfin, dans toutes les branches de la civilisation moderne^ pour lea introduire dans notre malheureuse patrie. Ce ne fut qu'après avoir fait ces longues études dont les résultais sont en partie consignés dans divers ouvrages (1), que nous nous sommes aperçu de la stérilité de nos investigations pour le but tr^mscendant que nous nous proposions : car nous avons fini par nous oonvain<Mre> qu'à toutes ces savantes institutions, k toutes ces réformes politiques et économiques, manquait la base morale^ pri^sque anéantie, ou au moins complètement éliminée de leurs conceptions, dans les temps modernes.

A peine nous sommi^MMaious aperçu de ce défimtcapi* taU que nous nous sommes empresaé de le dénoncer* Cette seconde phase de nos efforts philosophiques date déjà de 1844 et 1846, que nous avons eamm^s^k Uë exposer, dans une Revue spéciale que nous pnbliîoas à Madrid, et dont le résumé apfaoristique, sous forme de

(1) Cinq moi* mux Etats-Unii de C Amérique du Nord; Paris, 1836- I8S7 — Voyage et» Hollande et en Belgique Paris, 1839. — Notae de Viaje; Madrid, 1844 etc.

— 3ft —

i, iiit.Mmmmiîqtté par noM à l'Aoadémid éêê sciences morales et politiques, cUuu ks séuMMi deslSet 30 septembre 1846. -~QiMlq«e»*iui«i de cm eondisflions étaient bien caractériatiqoea : eomine eéUea^ci :

« La base religieuse détruite» le mot liberté est ab- « surde. La négation du lien religieux est Taffirmation « du matérialisme» et Faifirmatiion du matérialisme est M la négation de la Kberté. »

M De là résulte que ce qui est aujourdliuî si fausse- «* ment nommé liberté, est éminemment anarchique, et «< que les sociétés prétendues libres sont éminemment M anarchiques. »

M La sanction religieuse évanouie, la loi dut se borner « à la protection des intérêts des passions, deTégoîsme « des passions. »

M L^anarcbie règne universellement dans lé système •• industriel, dans le système intellectuel, dans le sys- M tème moral ; en résumé, dans le système social qui les

M renferme tous. »

« Maia oe ne ait que ^«a tard« dans lea nameato eriti-

q«ies de 1848^ que noua ar«aa développé nos priaeipea

àeet éaiand. en d^diîaaBi dfliM ""* laéiBoiM deatiaé & être ]« devant i' «Afiidéime des ecâmoas «amlei» qui a'«a a pas permis la continuation dans la séance du 7 déoKa" bre ^1). Veicn qaelqaei eeaaiaiîeaa oapîtalas. NeM étims

^i) Jfff» cosUtfv«a< diUc«imt« 1 fv Isa oopditiimw 46 r^ooto •( 4m xéfonneB looîaleB. Ce premier mémoire^ préeentë à l'Aiaâéinie en juin 1848, avslt été inspiré par la demande faite par le général Cairaîgnao» 6M du pouvoir alors, de Itd venir en aide pour combattre fanarohie des idées.

bien loin de soupçonner alors qu'il faudrait les soutenir yingt années plus tard :

« "Ces conclusions (qui montraient comme une utopie, pour la situation présente, la pratique des grands principes sociaux, en politique et en économie) que nous pour- « rions confirmer par des citations innombrables des M écrivains les plus éminents de la France, conduisent à « une autre conséquence ; savoir : que l'application pra- « tique des principes économiques et sociaux au sein de « la société actuelle, ne donne et ne peut donner pour « résultat qu'une protestation irrécusable contre la théo- « rie, économique ou sociale, qui les a dictés » (p. 56).

Et plus loin : « Ayant, par une série de raisonnements « incontestables, basés sur des identités et non pas sur « des analogies, élargi le cercle de nos conclusions logi- « ques sur tous les systèmes d'amélioration sociale, nous « n'hésitons pas à les condamner comme impuissants « pour établir directement Tordre rationnel ; et, comme M nous l'avons déjà dit, nous n'hésitons pas non plus à « porter, a priori, le même jugement contre tout sysu tème économique encore à naître, car toutes les foru mules conçues et à concevoir, en y comprenant même « la formule rationnelle, reposent ou sont basées sur « des conditions morales qui n'existent pas encore **

En précisant mieux» sur le défaut de base morale, nous disions aussi : « D'après ce principe, nous pouvons de- « mander quel sera le résultat de tout système d'orga- « nisation matérielle ou économique établi indépendam- M ment de l'organisation morale? — Nous avons déjà « répondu dans d'autres écrits : i,' anarchie. »

Enfin, il y a une dizaine d'années, dans un livre où nous résumions en formules aphoristiques toutes nos conclusions scientifiques, économiques, politiques, philosophiques et religieuses (l), nous consignions celles-ci :

831 . « Le défaut de moralité dans les principes économiques et politiques des sociétés modernes, fait que ror* dre social devient impossible. »

859. M Le progrès, indépendant du principe religieux, est essentiellement révolutionnaire. «

867. » Aucun système économique, aucune mesure administrative ne peut empêcher les funestes conséquences du progrès matériel indépendant du sentiment moral, n

On pourrait soupçonner que notre manière de voir, dans la constitution pratique de Tordre moral, basé sur des principes religieux incontestablement démontrés, un préliminaire indispensable pourrorganisation des ordres politique et économique dans là société future, suppose chez nous la conviction de la nécessité d'arrêter le progrès matériel pendant que la démonstration et Taccèptation de tels principes ne sont pas établies. Mais, tel n'est pas notre avis, qui, du reste, deviendrait illusoire dans la pratique. A cet égard, nous n'avons pas*besoin de donner d'autres preuves que celle de la répétition de ce que nous avons imprimé en 1849, constatant d'une manière assez claire le rôle social du progrès matériel, pour la grande évolution morale et religieuse qu'attend l'humanité. En parlant de la reconstitution économi-

(1) L$ mal it le r§mèd$.

qti6, nom disions (1) : « Quoique la réfbriM éoa&omique ràtionnelie ne porte pas enelle-mteie letbties de Tordre social, elle forcera à les oheroher et à les éia«* bltr. La surexcitation des 1)esoins produite psr un dé^ reloppement inconnu 4aQS la production ; Vactiviti des échanges favorisés par tous les moyens matériels que la société possède ; la destruction de toutes les entraves opposées jusqu'ici au libre exercice du travail» doivent réagir sur le développement de toutes les intelligences qui se trouvent alors, relativement à l'ordre des idées, dans une anarcliie pareille à celle qui règne aigourd*faui dans l'ordre des faits. Mais alors, aussi, la réferme économique chez les masses, ayant opéré une organisation vigoureuse par la liberté, leur donnera la Tiotoire mntre la minorité t eulemeat exploitante par les restes des privilèges amn^t». L'ordre •odbl étaat inooaeevaUe en dehors de la snbordina** tion de la liberté à la raisoa, cette deuxième manifes^ taftioa de la loi kisfyprique de rfaumanitè doit se faire Bècessairement. Alors, l'humanité arrivera à la couqaétede l'ordre, sous pdne de mort soeiale.

«• Ce sera ainsi que k progrès dans le système ma» iériel ou éeonomique, par l'effet même de Timmense et inéritaUe perturbation qu'il doit jeter dans un mem^bre de l'équatioa sociale, amènera le déreloppement de i'aatoe,afinqMde l'égsUté eatr^ euxièsidierharmonie e«reinlra.G*#it dece poîiA deTuequenosis exsmino&s

^) Cas ert tipposë k 7aB8«rtion de Pronflhon, ^onr lequel la réforme économique, avec les conaéquencts qui en découlenty constitue tout le «octo* Usmem

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