TRAITEMENT MARIN. — CURE D'ALTITUDE
C'est une question souvent posée que celle du choix d'une station estivale, et c'est toujours entre ces trois séjours qu'il s'agit d'opter : la mer, la campagne ou la montagne.
En dehors des questions de convenance, nous avons souvent à faire violence au goût des malades pour les déterminer à choisir l'un à défaut de l'autre. Cependant le point est capital, car le succès ou l'insuccès dépendent de notre choix.
Il est donc important de préciser.
L'influence du climat marin s'affirme habituellement chez les femmes par des troubles congestifs, l'apparition prématurée des règles et leur abondance anormale. Ces phénomènes ont incontestablement une forme active.
L'éréthisme génital parait donc être une des premières conséquences du passage brusque du séjour des villes à celui de la mer, car il est bien entendu que l'acclimatement peut moditier à la longue cette susceptibilité.
On a noté à tort ou à raison que certaines femmes font des faussescouches très facilement au bord de la mer, que d'autres y supportent mal la grossesse, enfin que l'expulsif-n du fœtus a lieu prématurément.
Il n'est pas rare que les accoucheurs aient à donner leur avis à cet égard. Il ne faudrait pas forcer cette façon de démonstration, d'autant plus qu'il y a peut-être beaucoup d'exagération dans celte opinion. Mais ce qui est indéniable, c'est que, dans ces condi-
tions tout à fail physiologiques, vacuité ou gravidité, menstruation ou période intercalaire, les fluxions génitales s'exagèrent à la mer, du moins dans les premiers temps, et se manifestent par de la leucorrhée abondante et des ménorrhagies.
11 est évident qu'à cet égard les neurasthéniques à ménorrhagies congestives ne peuvent retirer aucun bien de la mer.
Dans un autre ordre d'idées, le climat marin affecte assurément l'élément sensitif et l'élément psychique. Le réveil des névralgies faciales, la coloration vultueuse de la face, l'insomnie, l'état d'agitation excessive, ressentis par certaines femmes, expliquent le fâcheux effet de l'air marin sur les nerveuses à excitation psychique prédominante, à spasmes faciles, à névralgies persistantes et mobiles. Or, il est de constatation fréquente que l'air de la campagne ou le climat d'altitude conviennent mieux à ces sortes de malades. On pourra objecter que la neurasthénie n'est pas l'élément réel de la contreindication au traitement marin et que ces malades sont des arthritiques, à foie ou rein défectueux; cela est possible, cela est même souvent certain; mais nous dirons que, loin de nous inscrire contre cette interprétation, nous admettons l'association de l'arthritisme avec la neurasthénie, les considérant d'ailleurs, avec les palhologistes, comme des résultats connexes de la dégénérescence organique.
Cela ne peut donc que fortifier la proscription du climat marin chez de telles malades.
Par contre, les formes atoniques, lorsqu'elles sont dégagées de tout élément spasmodique et douloureux. — nous insistons sur cette exception à dessein, — tirent généralement un bénéfice réel du climat marin.
Nous dirons môme qu'à l'égal de l'air des montagnes, l'air de la mer ravive très promptement ces organismes. C'est surtout lorsque la nutrition a profondément souffert, en raison de pertes répétées, d'un surmenage physique et nerveux prolongé, que les résultats sont manifestes.
La distinction qui précède s'accorde bien avec ce que l'on sait des effets du traitement marin sur le système nerveux tropliique, de son action à la fois excitante et reconstituante. Tant qu'il ne s'agira donc que de rendre aux appareils musculaires leur contractilité, aux parois utérines leur tonus normal, aux vaisseaux l'excitation norma-
lement coordonnée de leur sysième de nerfs, et de vaincre des ménorrhagies qui souvent alternent avec de longues périodes d'aménorrhée, le séjour à la mer paraît indiqué de par l'observation.
D'ailleurs, et en cela comme en bien d'autres choses, l'expérience acquise d'un essai antérieur est une garantie, mais non pourtant absolue. Enfin il importe de ne pas pousser trop loin une tentative d'acclimatement à la mer; et l'aggravation des troubles morbides équivaut à une injonction absolue d'abandonner ce genre de traitement.
Voyons maintenant l'influence du traitement marin sur la convalescence des inflammations de l'appareil génital. Là où l'action stimulante à forme congestive du climat marin se manifeste avec excès et devient préjudiciable aux malades, c'est dans les convalescences prématurées, c'est-à-dire dans la période où l'aftéction aiguë est jugée guérie par anticipation, tandis que l'infection initiale, restée latente, n'en est pas moins encore active, quoique reléguée dans des points limités des organes.
Le danger s'accuse, chaque fois qu'il est acquis que les germes infectieux ne sont pas tellement cantonnés dans un foyer circonscrit exactement par une coque scléreuse qui les isole, qu'ils ne puissent de nouveau, sous l'influence d'un raptus congestif, s'irradier dans les tissus indemnes.
Tous les germes d'infection n'ont pas la même importance sans doute. Les inflammations banales et l'infection gonococcienne ne nous ont pas fourni matière à des observations suffisantes pour que nous puissions tirer dès maintenant des conclusions des faits recueillis; mais il est à craindre que le traitement marin, de même que l'hydrothérapie, de même que le traitement balnéaire salin ou sulfureux, ne soient souvent d'un effet déplorable lorsqu'ils sont intempestifs, c'est-à-dire appliqués prématurément.
L'infection streptococcique fournit des observations probantes.
Dans diflérents cas, on a observé des recrudescences très vives de l'affection, supposée éteinte, à la première réapparition des règles au bord de la mer, ou même à une période intercalaire des règles. L'infection qui, dans la période puerpérique aiguë, s'était diffusée dans tout l'appareil génital, pour disparaître après un long traitement suivi de plusieurs mois d'observation, sans qu'aucun trouble
eût été constaté, a subi un retour à l'état aigu caractérisé par la réapparition d'un muco-pus abondant provenant du col utérin.
Dans un cas, le mari ayant eu des relations avec sa femme a été contaminé et a contracté une streptococcite uréthrale qui a cédé d'ailleurs rapidement; et il a été fort intéressant de pouvoir ainsi, dans ce cas, rapprocher le début infectieux primordial, spécifié par l'examen bactériologique, du retour à l'état aigu, et de la transmission au mari du même germe microbien.
Ce n'est pas tout, car l'infection cervicale n'a pas tardé, cliez les différents sujets que nous avons observés, à se généraliser au corps de l'utérus, aux annexes; et ces malades sont revenues souvent avec une infection pelvienne unilatérale ou bilatérale caractérisée.
On pourrait objecter aux cas de celte espèce que toute cause d'excitation eût pu créer de même une infection ascendante, par trouble réflexe prolongé amenant un état spasmodique du sphincter cervical, en plein retour de cervicite aiguë, et que ce mécanisme n'est point spécial au climat marin, toute médication excitante intempestive pouvant conduire à ce môme résultat.
Cela est vrai. Toutefois il importe que les gynécologues soient fixés sur ce fait qu'à l'égal de certaines eaux thermo-minérales, chlorurées sodiques ou sulfureuses, le climat marin doit être proscrit dans de telles conditions. Les fluxions congestives qu'il ramène dans une muqueuse qui ne se débarrasse que très lentement des germes pathogènes, comme la muqueuse cervicale, sont des appels favorables aux atrésies spasmodiques et aux complications pelviennes qui en sont la conséquence fréquente.
Le rôle de la congestion., du spasme qui l'accompagne ou lui succède, de la fluxion menstruelle qui peut fortuitement coïncider avec les deux premiers facteurs, constituent donc un ensemble pathogénique qui ne paraît pas contestable, dans l'espèce, et que nous nous contentons de préciser sans discussion.
Il s'ensuit que toute médication d'ordre cosmique ou climatérique qui n'engendrera point de senblables effets, ou du moins qui supprimera le plus important, à savoir le spasme prolongé, sera préférable à toute autre. En effet, si l'on suppose, avec une cervicite accompagnée d'une sécrétion très abondante, un drainage parfait de la matr ice, réalisé par des parois atones, réagissant peu, et un trajet utérin absolument libre, l'écoulement se faisant à l'extérieur,
sans rétention aucune des produits sécrétés, — la complication pelvienne si redoutable, la salpingo-ovarite, ne se produira pas.
Cela revient à dire qu'en cette circonstance particulière du retour à l'état aigu, comme au début de l'infection, la constitution spéciale de la malade, sa prédisposition nerveuse, ont un rôle prépondérant qui explique d'ailleurs la marche très différente d'infections initiales, identiques, se cantonnant très aisément chez les unes, se propageant avec rapidité chez les autres.
Pour résumer ce point, nous dirons que, loin de faire une exception particulière pour le climat marin, appliqué à la convalescence des inflammations de l'appareil génital, nous le considérons comme conlre-indiqué, à l'égal des moyens pevtui'batcurs violents, tels que les douches et les bains salés, dans ces conditions bien déterminées : susceptibilité nerveuse eocagérée, permanence de germes infectieux, dans la muqueuse cervicale. De la première de ces conditions nous ne dirons rien de plus. Quant à la seconde, elle touche à un point de diagnostic capital qui servira de guide au gynécologue dans la conduite à suivre.
Il importe en effet qu'une fois l'infection aiguë du conduit génital disparue, en apparence du moins, la réinfection générale ne se puisse point produire, qu'aucun foyer ne recèle plus de germes suffisamment pathogènes pour réoccuper à nouveau les points abandonnés. Il en va, dans ce cas, comme pour ces érysipèles saisonniers qui sont ramenés incessamment par la permanence d'un foyer streptococcique dans le nez ou le pharynx ; nous entendons qu'il s'agit de streptocoques restés très virulents, et dont les conditions^ spéciales à certaines époques de l'année, augmentent peut-être encore la nocivité.
Nous ne voulons pas insister sur les procédés gynécologiques décrits plus haut, pour assurer la complète asepsie de la muqueuse génitale très accessible à nos moyens de traitement, mais nous tenons à poser cette condition sine qua non de la nécessité d'obtenir cette asepsie ou de la constater, avant de prescrire l'usage des procédés thérapeutiques excitants comme est le climat marin.
Et, comme corollaire pratique, nous pensons que, tant que la preuve n'est pas faite de celte asepsie utérine, il y a danger à user du traitement à la mer.
Au contraire, lorsque cette preuve est acquise de la stérilisation
des foyers microbiens, surtout du col utérin, nous ne craignons pas d'affirmer que les lésions pelviennes chroniques, paraniétrites cicatricielles, indurations exsudatives des ligaments, adhérences pelviennes, périmétrites et salpingo-ovarites arrivées à la période de torpidifé, dégagées dès lors de tout risque de réinfection par la voie utérine, ont tout à gagner du traitement excitant et perturbateur, à la tète duquel on peut placer l'ensemble du traitement marin, c'està-dire le séjour prolongé sur les plages, les bains de mer, ou l'hydrothérapie marine.
Si cette démarcation que nous indiquons, à l'endroit de l'action bienfaisante ou malfaisante de ce traitement, parait trop radicale, nous nous contenterons de rappeler, ce dont personne ne doute, c'est que rien ne demande plus de sagacité que le maniement du traitement excitant ou perturbateur quel qu'il soit. Savoir le doser, tout est là. Or, comme nous voyons tous des accidents aigus survenir chez des femmes, au début d'une série de douches, ou d'un traitement salin ou autre ; comme nous voyons de même la balnéation sulfureuse, sédative ici et sans danger, devenir dangereuse ailleurs, nous sommes bien obligés de convenir qu'il y a un dosage à observer dans cette thérapeutique et que les conditions qui doivent régler ce dosage échappent aussi bien à nous qu'aux médecins spéciaux chargés d'appliquer le traitement. Force nous est donc de nous appliquer à établir des catégories de malades bien distinctes :
Aux unes l'air marin, aux autres le climat vivifiant et sédatif de la montagne ;
Aux premières la suractivité fonctionnelle qui assure la consommation rapide des déchets, les combustions actives qui hàlent la disparition des exsudais ;
Aux autres l'action tonique lente, mais certaine, du climat montagnard aidé d'une balnéation thermominérale sagement mesurée.
TABLE DES MATIÈRES