‹ Introduction a la psychanalyseChapitre 20 sur 41 · LA CENSURE DU RÊVE · texte numérisé non relu

LA CENSURE DU RÊVE

L'étude des rêves d'enfants nous a révélé le mode d'origine, l'essence et la fonction du rêve. Le rêve est un moyen de suppression d'excitations {psychiques) venant troubler le sommeil, cette suppressio?i s'effectuant à l'aide de la satisfaction hallucinatoire. En ce qui concerne les rêves d'adultes, nous n'avons pu en expliquer qu'un seul groupe, celui notamment que nous avons qualifiés de rêves du type infantile. Quant aux autres, nous ne savons encore rien les concernant ; je dirais même que nous ne les comprenons pas. Nous avons obtenu un résultat provisoire dont il ne faut pas sous-estimer la valeur : toutes les fois qu'un rêve nous est parfaitement intelligible, il se révèle comme étant une satisfaction hallucinatoire d'un désir. 11 s'agit là d'une coïncidence qui ne peut être ni accidentelle ni indifférente.

Quand nous nous trouvons en présence d'un rêve d'un autre genre, nous admettons, à la suite de diverses réflexions et par analogie avec la conception des actes manques, qu'il constitue une substitution déformée d'un contenu qui nous est inconnu et auquel il doit être ramené. Analyser, comprendre cette déformation du rêve, telle est donc notre tâche immédiate.

La déformation du rêve est ce qui nous fait apparaître celui-ci comme étrange et incompréhensible. Nous voulons savoir beaucoup de choses à son sujet : d'abord son origine, son dynamisme ; ensuite ce qu'elle fait et, enfin, comment elle le fait. Nous pouvons dire aussi que la déformation du rêve est le produit du travail qui s'accomplit dans le rêve. Nous allons décrire ce travail du rêve et le ramener aux forces dont il subit l'action.

Or, écoutez le rêve suivant. Il a été consigné par une

l53 LE RÊVE

dame de notre cercle ' et appartient, d'après ce qu'elle nous apprend, à une dame âgée, très estimée, très cultivée. 11 n'a pas été fait d'analyse de ce rêve. Notre informatrice prétend que pour les personnes s'occupant de psychanalyse il n'a besoin d'aucune interprétation. La rêveuse elle-même ne l'a pas interprété, mais elle l'a jugé et condamné comme si elle avait su l'interpréter. Voici notamment comment elle s'est prononcée à son sujet : « et c'est une femme de 5o ans qui fait un rêve aussi horrible et stupide, une femme qui nuit etjour n'a pas d'autre souci que celui de son enfant I »

Et, maintenant, voici le rêve concernant les services d'amour. « Elle se rend à l'hôpital militaire Ni et dit au planton qu'elle a à parler au médecin en chef (elle donne un nom qui lui est inconnu) auquel elle veut oflVir ses services à l'hôpital. Ce disant, elle accentue le mot services de telle sorte que le sous-offîcier s'aperçoit aussitôt qu'il s'agit de services d'amour. Voyant qu'il a affaire à une dame âgée, il la laisse passer après quelque hésitation. Mais au lieu de parvenir jusqu'au médecin en chef, elle échoue dans une grande et sombre pièce où de nombreux officiers et médecins militaires se tiennent assis ou debout autour d'une longue table. Elle s'adresse avec son ofïre à un médecin-major qui la comprend dès les premiers mots. Voici le texte de son discours tel qu'elle l'a prononcé dans son rêve : « Moi et beaucoup d'autres femmes et jeunes filles de Vienne, nous sommes prêtes, aux soldats, hommes et officiers sans distinction » Aces mots, elle entend (toujours en rêve) un

murmure.

Mais l'expression, tantôt gênée, tantôt malicieuse, qui se peint sur les visages des officiers, lui prouve que tous les assistants comprennent bien ce qu'elle veut dire. La dame continue : « Je sais que notre décision peut paraître bizarre, mais nous la prenons on ne peut plus au sérieux. On tae demande pas au soldat en campagne s'il veut mourir ou non. » Ici une minute de silence pénible. Le médecin-major la prend par la taille et lui dit : « Chère madame, supposez que nous en venions réellement là... » (Murmures.) Elle se dégage de son bras, tout en pensant

Page 1