‹ Introduction a la zoologie générale, ou, Considérations sur les tendances de la nature dans la constitution du règne animal (volume 2)Chapitre 19 sur 114 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

peut continuer à fonctionner comme avant sa séparation et agir comme agissait la masse tout entière. Là il n'existe donc aucune division du travail vital, et chaque portion de l'individu est à la fois un instrument de sensibilité, de mouvement, de nutrition et de reproduction.

Les expériences célèbres de Tremblay, sur les Polypes d’eau douce, nous fournissent un exemple remarquable de cette coexistence de toutes les facultés de l’animal dans

chacune des parties de l’organisme. On sait, en effet, que Tremblay, ayant coupé en morceaux le corps d’un de ces “Polypes, vit chaque fragment continuer à vivre, donner des signes non équivoques de sensibilité, se mouvoir, s’accroître et constituer bientôt un nouvel individu semblable par sa conformation et par ses facultés à l'individu dont il faisait primitivement partie. Il est donc évident que chez ces Zoophytes aueun acte de relation, de nutrition, ni de reproduction ne s'exerce à l’aide d’une partie déterminée de l'organisme qui en serait l’instrument nécessaire : Car si la faculté de sentir, par exemple, ou celle de se mouvoir, dépendait de l’action d’un organe spécial, le fragment du À corps renfermant cet organe aurait été Le seul à conserver sa sensibilité ou sa contractilité primitive ; tous les autres en auraient été privés par le seul fait de leur séparation. Chez ces animaux singuliers, que le morcellement multiplie, toute portion de l’organisme est done un agent commun, un instrument propre à tous les usages auxquels est destiné soit une partie voisine quelconque, soit l’ensemble de l’individu ; la vie se manifeste, comme toujours, par une série nombreuse d’actes divers ; mais on n’aperçoit aucune division dans le travail physiologique, aucune spéciaté dans les rôles assignés aux organes.

Il en est autrement dès qu’on s'élève dans chacune des +

séries d’êtres de plus en plus parfaits dont l’ensemble compose le règne animal. On voit alors la division du travail s’introduire de plus en plus complétement dans l’organisme; les facultés diverses s’isolent et se localisent ; chaque acte vital tend à s’effectuer au moyen d’un instrument particulier, et c’est par le concours d’agents dissemblables que le résultat général s’obtient. Or, les facultés de l'animal deviennent d'autant plus exquises que cette division du travail est portée plus loin; quand un même organe exerce à la fois plusieurs fonctions, les effets produits sont tous imparfaits et chaque instrument physiologique remplit d'autant mieux son rôle que ce rôle est plus spécial.

Ainsi chez les animaux, comme chez les plantes, le travail vital doit assurer non-seulement l'existence de l’individu, mais aussi la conservation de sa race, et se compose par conséquent de deux séries principales d’actions bien distinctes : les fonctions de nutrition et les fonctions de reproduction. Chez les animaux les plus inférieurs, ce double résultat s’obtient cependant à l’aide d’un seul agent; il n’y a dans l'organisme aucun instrument qui soit affecté spécialement au travail de la génération, et la production de l'être nouveau est la conséquence d’un simple phénomène de nutrition. Ainsi chez un grand nombre d'infusoires, tels que les Paramécies et les Kerones, le corps de l'animal, en voie de se multiplier, se divise en deux ou en plusieurs portions qui, après leur séparation, continuent à vivre, grossissent et constituent bientôt autant d'individus nouveaux. La section d’un Lombric ou ver de terre peut donner un résultat analogue. Enfin, chez certains Molluscoïdes, ainsi que chez un grand nombre de Polypes, la nutrition exubérante d’une portion quelconque de l’organisme peut amener la formation d’un bourgeon repro-

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