‹ Introduction a la zoologie générale, ou, Considérations sur les tendances de la nature dans la constitution du règne animal (volume 2)Chapitre 5 sur 114 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

de la diversité des organismes, n’a pas eu recours à toutes les combinaisons physiologiques qui auraient été possibles. Elle se montre, au contraire, toujours sobre d'innovations. On dirait qu'avant de recourir à des ressources nouvelles elle a voulu épuiser, en quelque sorte, chacun des procédés qu’elle avait mis en jeu ; et autant elle est prodigue de variété dans ses créations, aulant elle parait économe dans ‘les moyens qu’elle emploie pour diversifier ses œuvres.

La loi d'économie étend son influence sur le règne animal tout entier ; mais elle ne pèse pas du même poids sur toutes les parties des organismes. Son action semble être proportionnée à l'importance des choses, et la varsété est toujours d’autant plus grande que les dissemblances sont le résultat de modifications organiques plus légères.

Pour se convaincre de ces tendances de la nature, il suffit de comparer entre eux tous les animaux d’une même classe. On voit alors combien la diversité dans les produits peut s’allier à l’économie dans l'emploi de modifications de quelque importance. Ainsi chacun a dû admirer la variété extrême qui règne parmi les oiseaux : les zoologistes en connaissent aujourd’hui plus de sept mille espèces, et les individus de chaque espèce diffèrent entre eux suivant le sexe, l’âge et les conditions d’existence. Cet immense résultat a été obtenu cependant à peu de frais. Dans ces milliers d'espèces et dans ces variétés dont le nombre nous échappe, tout ce qui reste essentiel est invariable ; partout dans ce groupe l'organisme se compose des mêmes matériaux et se développe sur un même tracé. Pour diversifier tous ces êtres, la nature n’a eu recours à aucune création organique nouvelle; elle s’est bornée à changer, dans d’é-

troites limites , les proportions de quelques parties et à

varier les décorations sans toucher au caractère essentiel ni des murs ni des fondations de l’édifice. |

La classe des Insectes nous offre des exemples plus remarquables encore de cette tendance de la puissance créatrice à varier au plus haut degré ses produits, sans se départir un seul instant des principes d’économie qui la rendent avare de tout changement important. Ainsi, c'est sans porter aucune atteinte au plan général de structure dont le Scarabée ou le Hanneton nous offrent le modèle, que la nature a su former cette immense légion de Coléoptères dont le catalogue est encore bien incomplet, mais dont on compte déjà plus de quarante mille espèces réunies dans les musées entomologiques. A l’aide de quelques modifications : légères dans le mode de constitution propre à la Mouche commune, elle a produit tout le groupe des Insectes diptères, qui parait devoir être presque aussi riche en espèces que l’ordre dont il vient d’être question. Enfin, pour peu que l’on compare entre eux les Scarabées, les Mouches, les Sauterelles, les Papillonset l’Abeille, onvoit que les Insectes se ressemblent tous par les caractères les plus importants et les plus nombreux de leur organisation, que tous ont été créés d’après un même plan général, et que c’est en variant les détails d'exécution seulement que la nature a tiré d’une seule et même combinaison physiologique plus de cent mille animaux d’espèces différentes.

Si l’on se contentait de l'étude des êtres qui peuplent aujourd’hui notre globe, on pourrait croire que la nature ne s’est pas toujours montrée fidèle à ces principes, et que la tendance à varier ses produits l’a portée à se départir souvent des règles d'économie dont l'influence est si manifeste dans l’ensemble de son œuvre. On connait, en effet, plusieurs animaux dont les caractères essentiels ne se

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