CHAPITRE VIL
nourrir. de matières liquides seulement, les autres à introduire dans leur corps des substances solides; les uns sont carnassiers, les autres ne font usage que d'aliments végétaux; les uns se traînent lenteinent sur la surface du sol, les autres sautent ou grimpent avec agilité, et souvent il en est. d’autres encore qui peuvent même se soutenir dans l'atmosphère par les mouvements du vol.
Les procédés employés par la nature pour approprier ainsi l’organisation des animaux à des genres de vie fort différents, sont d’ailleurs les mêmes que les moyens mis en usage pour le perfectionnement de ces êtres. C’est d’abord en imprimant quelques modifications légères aux parties
déjà existantes dans le type général, puis en transformant
-plus complétement ces parties, qu’elle adapte la structure
des dérivés de ce type à des conditions d’existence nou- velles; et elle ne semble avoir recours à des créations or- - ganiques spéciales que lorsque les moyens plus écono- . miques ne répondent plus à ses besoins.
Ainsi, pour donner à un Poisson la faculté de respirer dans l'air aussi bien que dans l’eau, la nature ne crée point un appareil pulmonaire spécial ; elle se contente de dispositions propres à prévenir la dessiccalion des branchies et à assurer le jeu de ces organes lorsque l'animal sortira de l’eau et restera quelque temps à terre. Mais la respiration effectuée de la sorte ne peut être que très-bornée; et lorsque le caractère terrestre se prononce davantage,comme cela a lieu chez les Batraciens et chez tous les Vertébrés supérieurs, l’organisation s'enrichit d'un instrument nouveau, dans la constitution duquel tout a été combiné pour satisfaire aux besoins d’une vie aérienne.
Pour approprier l’organisation de l’Insecte suceur au régime que cet animal doit avoir, la nature ne crée pas à
son usagc des parties nouvelles, mais se sert des màchoires ou des lèvres dont l’appareil masticateur des Insectes ordinaires est garni, et en constitue ici une trompe, là un siphon. Veut-elle façonner diverses espèces dérivées d’un même type pour se mouvoir dans des milieux différents, elle fournit aux uns des pattes, à d’autres des nageoires, et à d’autres encore des ailes. Mais en général ce sont les mêmes parties qui servent à former tous ces organes, et c’est par de simples transformations de parties communes que ces organismes s'adaptent à ces conditions d’existences variées. Dans laile de la Chauve- Souris, la nageoire pectorale de la Baleine, et la patte du Chien, l'espèce de bêche donnée à la Taupe pour creuser le sol, et la main à l’aide delaquelle le Singe grimpe à la cime de arbres, l’anatomiste retrouve les mêmes matériaux, et voit que ces matériaux sont disposés suivant le même plan général : ils ne diffèrent un peu que par leur forme ou leur grandeur. Il en est encore à peu près de même pour l’aile de l’Oiseau ou la nageoire d’un Poisson comparée à la patte d’un Lézard ; ou encore de la nageoire d’un Crabe pélagique par rapport à la patte d'un Crabe de terre ou à l'espèce de grappin dont se servent les Caliges et les autres Crustacés parasites, pour se fixer sur leur proie. Quelquefois ces moyens paraissent être insuffisants, et la nature ajoute, de prime-abord, à l'organisme un instrument de création nouvelle : les ailes de l’insecte, par exemple ; mais, je le répète, elle ne semble se décider que rarement à entrer dans cette. voie avant que d’avoir tiré tout le service possible des matériaux organiques qu’elle possède déjà.
Ainsi, soit par de simples transformations, soit par les adjonctions nouvelles, la nature varie les espèces dérivées d'un même type de façon à approprier leur organisme à