‹ Introduction a la zoologie générale, ou, Considérations sur les tendances de la nature dans la constitution du règne animal (volume 2)Chapitre 7 sur 114 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Tous les animaux sont,il est vrai, également bien constitués pour remplir le rôle qui leur est assigné dans l’ensemble de la création, et, à ce point de vue, on peut dire qu’ils sont tous également parfaits dans leur espèce ; mais ce rôle est loin d’avoir toujours la même étendue et la même importance. Tout être animé se nourrit, sent, se meut et se reproduit; mais rien n'est plus variable que la manière dont ces facultés s’exercent et le degré d’activité qu’elles atteignent. Chez les uns, les résultats du travail physiologique sont faibles, obcurs et grossiers ; les actes varient peu et sont d’une grande simplicité; la puissance vitale ne semble pouvoir s’exercer que dans une shpère étroite, et elle s’éteint promptement. Chez d’autres, au contraire, les fonctions se multiplient à un haut degré ; la vie se complique et se prolonge, les facultés s’élèvent, et le jeu de l’organisme s’effectue avec autant de précision que de puissance. Les animaux sont, par conséquent, inégalement dotés : les uns sont supérieurs aux autres sous le rapport physiologique; et comme les fonctions des êtres vivants, de même que le travail d’une machine inanimée, sont nécessairement en relation avec leur structure, il en résulte que les animaux diffèrent aussi entre eux par le degré de perfectionnement que présente leur organisation. Ainsi, pour ne citer qu'un petit nombre d’exemples, la supériorité du Chien sur le Lièvre ou sur le Mouton est bien connue de tous, tandis quele Chien est à son tour dépassé en longévité, en force et en intelligence par l’Orang; mais le Mouton et le Lièvre, quoique inférieurs à la plupart des Mammifères, ont une supériorité évidente lorsqu’on les compare au Lézard, à la Couleuvre ou à la Grenouille: le Lézard est une machine physiologique plus parfaite que la Carpe; la Limace est moins bien partagée que ne

l'est aucune des espèces précédentes, et cependant la puissance vitale se manifeste chez ce Mollusque d’une manière plus énergique et plus variée que chez l’Huïître ou le Taret ; là toutes les facultés s’atténuent et s’obscurcissent ; l'Huître est néanmoins un animal plus parfait que la Méduse ou le Polype; et bien au-dessous de tous ces êtres dégradés vient se ranger l’Éponge, dont l’action physiologique est d'ordinaire si faible, si lente et si bornée qu’il est difficile d’y reconnaitre les caractères de l’animalité.

Cette tendance de la nature à diversifier ses produits en les perfectionnant inégalement se manifeste dans la formation de chaque organisme individuel aussi bien que dans la création des espèces zoologiques. Les changements qui s'effectuent dans la constitution des êtres aux diverses périodes de leur développement, se lient pour la plupart à des modifications physiologiques de ce genre, et l'individu en voie de formation se perfectionne peu à peu ainsi que nous voyons le type idéal de l’animal se perfectionner lorsque nous nous élevons de l’Éponge jusqu’à l'Homme. Pour s’en convaincre il suffit d'observer ce qui se passe dans le corps humain depuis le moment de la naissance jusqu’à l’âge adulte, ou mieux encore de passer en revue les phénomènes des premiers temps de la vie embryonnaire.

En effet, l’être le plus parfait de la création se montre d’abord sous la forme d’une masse à peine perceptible de matière vivante, composée de quelques cellules seulement et dépourvue des attributs caractéristiques de l’animalité; Il n’est doué ni de la sensibilité ni du mouvement ; il ne saurait attaquer par la digestion les corps étrangers nécessaires à sa subsistance, et sa puissance ne consiste que dans la faculté de se nourrir aux dépens des fluides dont son tissu s’imbibe ; il végète seulement, et ses facultés

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