‹ Introduction a la zoologie générale, ou, Considérations sur les tendances de la nature dans la constitution du règne animal (volume 2)Chapitre 80 sur 114 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

introduites par la nature dans la constitution des divers animaux ont des valeurs très-inégales. |

Cette inégalité dans la part d'influence qui semble être accordée à chaque disposition organique sur le caractère d’une portion ou de la totalité du reste de l’économie animale, a fixé depuis longtemps l'attention d’un de nos naturalistes dont la célébrité sera le plus durable, d’Antoine- Laurent de Jussieu, et a servi de base à l’échafaudage des classifications naturelles. En posant le principe de la subordination des caracteres, de Jussieu a fait voir que plus le mode d'organisation d’une portion déterminée des plantes est fixe, plus les relations entre cette disposition partielle et l’état de l’ensemble du végétal sont fortes et multipliées ;: que la valeur des caractères considérés comme indices de l’essence des êtres est très-inégale, et que, par conséquent, pour apprécier le degré d'affinité existant entre des espèces différentes, il faut peser les points de ressemblance, et non les compter.

Cuvier, en appliquant à la distribution méthodique du règne animal les principes des classifications naturelles, est allé plus loin que ne l’avait fait de Jussieu; car, ne se bornant pas à signaler la coïncidence entre la présence de tel ou tel caractère de première importance et tel mode de structure général, il a considéré ces dispositions comme élant une dépendance nécessaire l’une de l’autre. Pour lui le caractère supérieur est un caractere dominateur, c’està-dire une propriété qui entraîne toujours à sa suite un certain ensemble de propriétés secondaires, et règle, pour ainsi dire, la constitution de l’être tout entier.

Cette hypothèse a été d'une grande utilité en zoologie :

c'est en la prenant pour guide que Cuvier a pu ébaucher, presque du premier coup, la classification naturelle du

règne animal et qu’il est parvenu à faire apparaître aux yeux du naturaliste toutes ces Faunes anciennes dont la destruc: tion semble avoir précédé de longtemps la présence de l’homme sur la surface du globe, et dont on n’a pu soupconner l’existence que par quelques débris d’ossements enfouis dans la terre. Elle plait à l'esprit par sa simplicité et sa précision, elle permet la coordination d’un grand nombre de faits, et par conséquent elle facilite beaucoup les premières études du naturaliste; mais lorsqu'on approfondit davantage les investigations anatomiques, on est conduit à se demander si elle est réellement l'expression de la . vérité, ou plus tôt si elle est conforme aux résultats fournis par l’expérience.

Le principe de la subordination des caractères , c’est-àdire de l'inégalité dans leur valeur relative, est indubitable; mais existe-t-il, dans l’organisation de l'animal, une partie dont la disposition règle l’ordonnancement du reste de l’économie? Connaît-on un caractère anatomique quelconque dont la présence suppose nécessairement la coexistence d’une série d’autres particularités organiques qui manquent lorsque ce caractère est absent? Y a-t-il même incompatibilité entre tel mode de conformation d’un instrument déterminé et un type essentiel quelconque ? Lorsque les zoologistes n’avaient encore porté leur attention que sur les animaux les plus parfaits de chaque groupe naturel, on devait répondre affirmativement à ces questions ; mais depuis qu’on a étudié d’une manière sérieuse. les espèces dont l’organisation est plus simple, et celles qui tendent à lier entre elles des groupes différents, on a vu que les rapports organiques ne présentent pas toute l’invaria= bilité que suppose la doctrine des caractères dominateurs. Aïnsi, je ne connais aucun caractère, soit physiologique,

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