CHAPITRE X
tude des produits. La vésicule proligère qui est destinée à la formation d’un embryon humain ne se distinguerait pas d’abord de la vésicule fondamentale de l’œuf d’un Poisson ou d’un Reptile; et dans le principe, la masse organisée qui constitue le germe du nouvel individu est en apparence identique chez tous ces animaux. Les harmonies, soit rationnelles, soit empyriques, que l’on découvre dans la structure des êtres, ne sont donc pas des conséquences de la disposition spéciale d'une partie déterminée du corps, mais les effets d’une cause générale qui dans chaque organisme règle les rapports aussi bien que la nature intime des parties. Dés lors on conçoit la possibilité de combinaisons physiologiques dans lesquelles le même élément peut tour à tour jouer un rôle de premier ordre, ou descendre peu à peu jusqu’à devenir presque nul: si la disposition particulière de cet élément était la cause déterminante du mode d’ordonnancement général de l’organisme, le caractère essentiel de l'animal devrait alors changer ; mais si cette disposition locale n’est qu’une conséquence de la force que règle cet ordonnancement du tout, on comprend la possibilité de quelques changements dans les propriétés de chacune des parties sans qu’il en résulte nécessairement un changement dans le plan général : et c’est là ce qui ressort effectivement de l’observation des faits.
Mais si dans l’organisation des animaux il n’est aucune partie qui règle nécessairement l’ordonnancement du reste et détermine l’essence de l’être tout entier, il n’en est pas moins évident que, dans chaque type zoologique, la coincidence entre un certain mode de constitution dans l’ensemble de l'économie et la disposition particulière d’une ou de plusieurs parties déterminées du corps, tend à s'établir et devient d'autant plus constante que cet ensemble est plus
parfait. Dans chaque groupe naturel il existe dans l’organisme certains caractères prédominants, sans qu'il y ait des organes dominateurs.
Les rapports entre la disposition particulière d’un organe et celle du reste de l’économie animale sont en général d'autant plus stables, disons-nous, que cet organe est luimême un agent physiologique plus important, et que la disposition dont il est question est de nature à exercer une plus grande influence sur les résultats de son action. Il s'ensuit qu’un organe dont le rôle est prédominant chez les animaux où cet organe est très-développé, doit nécessairement perdre de sa fixité anatomique lorsqu'il est déchu de son rang physiologique, et que les caractères fournis par cet organe ne peuvent être que des caractères subordonnés, du moment où cet organe tend à s’effacer de l’économie ou à devenir rudimentaire.
Ainsi, la valeur zoologique d'un même caractère anatomique varie dans les différentes parties d'une même série d'animaux, aussi bien que d'un groupe naturel à un autre.
Le système dentaire, par exemple, acquiert chez la plupart des Mammifères une grande importance, et présente alors, dans sa disposition, des particularités qui ne varient pas chez les diverses espèces dont l'organisation est essentiellement la même, et dont la réunion constitue ce que les zoologistes appellent une famille naturelle : aussi peut-on se contenter de l’inspection de cette petite portion du corps pour savoir si l'animal que l’on étudie est de la famille des Singes, de celle des Chats ou de celle des Pachydermes, des Ruminans, des Rongeurs, etc. Mais lorsque cet appareil devenu moins parfait, cesse de remplir le même rôle physiologique et tend à disparaître, comme cela a lieu chez les Mammifères pisciformes, l'harmonie entre sa disposi-
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tion particulière et le mode d’ordonnancement de l’ensemble de l'organisme cesse aussi d'être rigoureuse, et les caractères qu’on en peut tirer perdent toute leur valeur zoologique. On sait en effet combien il y a de ressemblance entre la Baleine et le Cachalot, ainsi qu'entre le Marsouin et le Narval, et cependant le système dentaire diffère complétement chez ces divers Cétacés, puisque chez le Marsouin les deux mâchoires sont garnies d’une série de petitles dents pointues qui dépassent à peine la gencive, et que chez le Narval il n’existe pas de dents dans l'intérieur de la bouche ; mais la mâchoire supérieure est armée d’une incisive immense, s’avançant comme une broche au-devant de la tête, et que chez le Cachalot, la mâchoire inférieure porte une rangée de dents ordinaire, tandis que chez la Baleine toute espèce de dents a disparu pour être remplacée par des fanons.
Des organes d'une importance plus grande encore nous montrent la même tendance à varier dès que leur rôle physiologique s’amoindrit. Ainsi, chez tous les animaux vertébrés, où la respiration pulmonaire a une très-grande activité, la petite circulation se fait de la même manière, et le cœur n'offre dans sa structure aucune modification notable. Chez tous les Mammifères et chez tous les Oiseaux, cet organe présente en effet le même caractère. Mais dès que dans la classe des Reptiles, et dans le groupe des Batraciens, la respiration locale dont les poumons sont le siége cesse d'être aussi énergigue ct aussi essentielle, le cœur cesse aussi d’avoir la même fixité dans tout ce qui est relatif à la circulation pulmonaire. Chez les Reptiles, les deux ventricules peuvent être complétement isolés, comme cela se voit chez les Crocodiliens , imparfaitement séparés, comme chez les Iguanes, ou remplacés par un ventricule
unique, ainsi que cela a lieu chez les Tortues ; et chez les Batraciens on trouve tantôt deux oreillettes, tantôt une seule, sans que ces modifications coïncident avec aucune disposition particulière dans l’ensemble de l'organisme.
Ce n’est pas ici que nous devons discuter la valeur relative des divers caractères zoologiques fournis par le mode d'organisation des animaux, nous aurons à traiter cette question ailleurs; mais, pour mieux montrer l'erreur des. naturalistes qui, adoptant dans toute son étendue la doctrine des caractères dominateurs , prennent de simples coincidents pour des rapports nécessaires, et qui regardent le mode particulier de structure de l'ensemble de l’économie animale comme étant la conséquence d’une disposition déterminée d’une partie de cet ensemble, il ne sera pas inutile de faire remarquer, dès ce moment, que souvent la particularité anatomique à laquelle on attribue ce rôle de régulateur de l’organisme, ne se montre qu’à une époque où l'individu, en voie de formation, présente déjà l’ensemble de caractères propres au type zoologique dont il dérive. On ne peut donc considérer le plan organique de l'animal comme ayant été déterminé par cette disposition d’un organe particulier qui ne se manifeste qu'après coup : ce serait admettre que l’effet a précédé la cause.
Ainsi, d’après la doctrine de Cuvier, les caractères dominateurs de l’organisation des différentes classes de l’embranchement des Vertébrés consisteraient dans la manière dont le sang circule et se met en rapport avec l'oxygène de l’atmosphère. La distinction fondamentale entre un Mammifère et un Reptile, par exemple, résiderait dans la séparation complète des systèmes veineux et artériel chez les premiers, et la jonction de ces deux ordres de vaisseaux an centre de l’appareil. cireulatoire chez les seconds &