‹ Introduction à la zoologie générale, ou, Considérations sur les tendances de la nature dans la constitution du regne animalChapitre 18 sur 82 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ducteur qui, en se développant, devient un animal semblable à l’individu-souche sur lequel il a pris naissance.

Chez tous ces animaux fissipares ou gemmipares, l’espèce peut donc se perpétuer sans l’intervention d’aucun appareil particulier, et la reproduction ne consiste que dans un phénomène de nutrition fort analogue à ceux qui amènent dans le corps humain la cicatrisation d’une plaie profonde ou la consolidation d’une fracture. Mais les produits de ce travail à double fin sont toujours grossiers et de faible valeur; les animaux les plus inférieurs sont les seuls qui peuvent être formés ainsi, sans le concours d’organes reproducteurs spéciaux ; et chez tout être animé dont les facultés sont étendues ou délicates, la propriété génératrice devient l’apanage exclusif d’une portion de l’organisme qui dès lors cesse de servir à d’autres usages physiologiques.

Cette tendance à la division du travail vital entre les parties destinées à assurer par leur action soit l’existence de l’individu lui-même, soit l’existence de l’espèce dont cet individu n’çst qu’un représentant transitoire, se manifeste déjà chez quelques animaux gemmipares; car chez divers Polypes ainsi que chez des Bryozoaires et des Ascidiens, on voit la faculté de produire des bourgeons se localiser dans certaines parties du corps. Bientôt, du reste, elle se prononce davantage, et alors non-seulement la machine vivante s’enrichit d’un instrument particulier pour la reproduction, mais la série complète des phénomènes génésiques ne se produit plus par l’intermédiaire d’un seul agent. Le travail se partage entre deux organes : l’un chargé de créer la petite masse de matière organisée qui en se développant constituera l’individu nouveau; l’autre destiné à fournir à cette matière un élément d’activité sans lequel son développement ne saurait s’achever. Le con-

cours de ces deux puissances, l’une productrice, l’autre fécondante, devient par conséquent nécessaire à l’obtention du résultat qui chez les animaux d’un rang inférieur est fourni par l’action d’un agent unique.

Dans les espèces où les organes sexuels commencent à se constituer, on trouve d’ordinaire les deux agents de la reproduction réunis chez un même individu et l’hermaphrodisme est d’abord complet, car les ovules formés par l’appareil femelle peuvent être fécondés par les produits de l’appareil mille appartenant au même organisme. Mais quelquefois, sans que les sexes cessent d’être réunis, la division du travail s’introduit parmi les divers individus de la même espèce, et l’animal est impuissant à se reproduire tant qu’il reste seul, bien qu’il agisse tour à tour comme mâle et comme femelle lorsqu’il se trouve associé à un autre individu. Les zoophytes du genre Synapte peuvent être cités comme exemple de cet hermaphrodisme complet-, les Limaçons et beaucoup d’autres mollusques gastéropodes possèdent le même assemblage d’organes générateurs, mais ne peuvent se multiplier que par le concours de deux individus.

Lorsqu’on s’élève davantage dans les séries zoologiques, on aperçoit de nouveaux progrès dans la division du travail reproducteur. Le même individu cesse d’être à la fois mâle et femelle-, il n'y a plus d’hermaphrodites, et l’activité génésique de l’organisme se concentre tout entière ici sur la production des ovules, là sur l’élaboration de l’élément fécondateur.

La distinction s’établit ensuite entre les instruments chargés de créer ou d’employer les produits de l’un et de l’autre appareil sexuel. Des agents spéciaux destinés à assurer le contact des deux éléments génésiques viennent

Page 1