CHAPITRE IV
composent sont répartis uniformément dans toute l’étendue des parois de l’espèce de sac à bord digité qui forme la totalité de leur corps. Chez les animaux supérieurs, au contraire, il existe rarement plus de deux instruments entièrement semblables entre eux, mais le nombre de ces organes spéciaux est très-grand.
Si nous cherchons maintenant comment la nature arrive à diversifier les organes réunis pour constituer le corps des animaux, et à multiplier les facultés dont ces êtres sont doués, nous reconnaîtrons aussitôt celte tendance à l'économie dont nous avons déjà signalé l’existence comme une des lois les plus générales de la création.
En effet, lorsqu’une propriété physiologique commence à se localiser dans une série d’animaux de plus en plus parfaits, elle s’exerce d’abord à l’aide d’une partie qui existait déjà dans l’organisme des espèces inférieures et qui est seulement modifiée dans sa structure pour s’approprier à ses fonctions spéciales. Tantôt c’est, pour ainsi dire, un fonds commun qui fournit aux diverses facultés leurs premiers instruments particuliers ; d’autres fois, c’est à un appareil déjà destiné à .des usages spéciaux que la fonction nouvelle emprunte ses organes, et c’est seulement après avoir épuisé les ressources de ce genre, que la puissance créatrice introduit dans la constitution des êtres à organisation plus parfaite encore, un élément nouveau.
Ainsi, lorsque la respiration cesse d’être entièrement diffuse, et qu’elle se localise dans une cavité, l’instrument affecté au service de cette fonction n’est pas d’abord un organe nouveau dans l’organisme 5 c’est ordinairement une portion du tube alimentaire qui, tout en continuant d’agir comme un agent de digestion, devient l’organe au moyen duquel s’établissent les relations entre l’animal et
l’atmosphère. Dans toute la classe des Tuniciens, par exemple, la chambre pharyngienne est le siège de ce phénomène, et chez la plupart de ces molluscoïdes; ce sont les parois mêmes de cette cavité qui constituent l’appareil branchial : les Ascidies et les Pyrosomes nous présentent cette disposition. Mais chez les Biphores la division du travail commence à s’établir ; l’acte de la respiration s’effectue toujours dans le vestibule de l’appareil digestif; mais au lieu de n’avoir pour instrument que les tuniques du tube alimentaire, il devient l’apanage d’un organe particulier suspendu comme une écharpe au milieu de cette cavité. Enfin, chez d’autres Mollusques, dont l’organisation estplus parfaite, la fonction de la respiration n’emprunte plus rien à l’appareil digestif et s’exerce à l’aide d’instruments qui ne semblent avoir été créés que pour servir à son usage. Dans la plupart des Gastéropodes ainsi que chez les Céphalopodes, il existe effectivement une chambre respiratoire particulière servant à loger les branchies ou le réseau pulmonaire ; souvent elle vient, à son tour, en aide aux organes excréteurs ; mais d’autres fois, chez l’Onchidie par exemple, elle n’a qu’un seul usage et ne conserve plus aucune connexion avec le canal digestif.
Dans l’embranchement des Vertébrés nous voyons aussi la respiration emprunter d’abord tous ses instruments à l’appareil digestif; puis acquérir peu à peu des organes qui lui appartiennent en propre. Chez l’Amphyoxus, de même que chez les Tuniciens, c’est la cavité buccale ou pharyngienne qui constitue la chambre respiratoire, et ce sont les parois de cette portion du tube alimentaire qui jouent le rôle de branchies. Chez les poissons ordinaires, la respiration s’effectue dans une chambre particulière ; mais les parties qui forment la voûte de cette cavité constituent