‹ Introduction à la zoologie générale, ou, Considérations sur les tendances de la nature dans la constitution du regne animalChapitre 30 sur 82 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

à l’aide d’organes spéciaux qui sont venus s’ajouter aux parties préexistantes dans l’organisation du type carcinologique moins perfectionné -, mais ce sont encore les rames natatoires formées par ces membres qui déterminent le renouvellement de l’eau à la surface des branchies proprement dites, et qui constituent les instruments mécaniques delà respiration. Enfin chez les Crabes, les Écrevisses et les autres Décapodes, où les branchies se trouvent renfermées dans des cavités particulières, c’est encore au système appendiculaire que .la nature emprunte l’agent moteur de l’appareil respiratoire ; et ce sont les mâchoires de la seconde pairequi, détournées en majeure partie de leurs usages ordinaires constituent les espèces de palettes dont les mouvements déterminent le courant nécessaire à 1 exercice de cette fonction.

L’appareil digestif des Crustacés nous présente un exemple non moins remarquable de cette tendance de la nature à économiser les créations organiques au moyen d’emprunts faits à d’autres systèmes. Chez les Limules, les pattes ambulatoires fournissent, au moyen d’une disposition particulière de leur article basilaire, une double rangée de mâchoires, et constituent à leur extrémité des pinces propres à saisir la proie et à la porter vers la bouche. Chez les Crustacés ordinaires, les appendices masticateurs ne sont plus empruntés aux organes de la locomotion et sont fournis par des membres uniquement affectés au service de la digestion. Chez beaucoup de Crustacés maxillés, ce sont encore les pattes ambulatoires qui viennent en aide aux organes de la mastication, en fonctionnant comme instruments de préhension ; mais chez les Écrevisses et les Crabes, l’emprunt est plus complet, car les pattes antérieures transformées en pinces puissantes ne

servent plus en aucune façon à l’animal pour changer de place.

La plupart des Crustacés et presque tous les Insectes, dans le jeune âge au moins, ont la bouche armée de mandibules et de mâchoires; mais quelques-uns de ces animaux doivent, à une certaine époque de leur vie, se nourrir exclusivement de liquides, et alors la nature leur donne une espèce de suçoir ou de trompe. Mais cependant cet instrument nouveau n’est pas une création nouvelle, et résulte seulement de la transformation de certaines parties déjà existantes dans l’organisme des autres animaux dérivés du même type fondamental. Chez les papillons, par exemple, c’est aux mâchoires que la nature emprunte les lames allongées dont elle constitue la trompe, et chez les punaises ou la cigale, ce sont les lèvres qui sont détournées de leurs usages ordinaires pour former un tube, tandis que les mandibules sont transformées en stylets ou lancettes dont les blessures déterminent la sortie des sucs que ce tube est destiné à pomper.

Chez les animaux articulés, nous voyons aussi l’appareil de la génération se compléter au moyen d’emprunts faits au système locomoteur. Les appendices excitateurs du mâle et les organes incubateurs de la femelle qui offrent, chez beaucoup de Crustacés supérieurs, un développement considérable, ne sont autre chose qu’un certain nombre de pattes distraites, en totalité ou en partie, de leur destination ordinaire et appropriées à ces fonctions nouvelles par une structure particulière. Il en est encore de môme chez la plupart des insectes; car l’armure copulatrice est presque toujours formée des rudiments des anneaux postabdominaux et de leurs appendices, parties qui, dans le jeune âge, constituent souvent des organes de locomotion et qui

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