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Conforméjment aq programme cle 1 Académie, noiis avons commencé notre travail en essayant de déterminer quel est, parmi les types divers d^écriture que nous offrent les monuments phéniciens , celui que l'on doit considérer comme véritablement archaïque et représentant le mieux la forme originaire des lettres de l'alphabet. Lors même que cette recherche n'aurait pas été comprise dans les termes de la quéstidn mise au concours, elle eût été toujours le point dé départ indispensable de nos investigations sur les diverses fanailles de dérivés du système graphique des fils de Chanaan.
Après une première partie consacrée à Tétude que nous venons d'indiquer, nous abordons la propagation de l'alphabet phénicien dans les différentes régions du monde antique et la filiation des diverses écritures auxquelles, communiqué de peuple en peuple, il a donné naissance.
La grande et féconde invention des Phéniciens nous paraît avoir rayonné presque simultanément dans cinq directions différentes, en formant cinq troncs ou courants de dérivation, qui tous se subdivisent en rameaux ou familles au bout d'un certain temps d'existence.
Ce sont :
i^ Le tronc sémitique j dans lequel les valeurs des lettres sont demeurées exactement les mêmes que chez les Phéniciens, sauf dans quelques dérivés peu nombreux, formés en Pejr^yet dans les contrées immédiatement voisines, lesquels, servant à écrire des idiomes indo-européens, font des aspirations douces du phénicien de véritables voyelles. Ce tronc se subdivise en deux familles, hebréo-samaritaine et nraméenne, dont chacune fait le sujet d'une partie spéciale de notre Mémoire.
2^ Le tronc central^ dont le domaine embrasse la Grèce, l'Asie Mineure et l'Italie. La transformation des signes d'aspirations douces, et même fortes, en signes de voyelles, y est de règle constante! (1 comprend d'abord les diverses variétés de l'alphabet hellénique, sujet de notre IV* partie, puis les alphabets dérivés du grec, comprenant trois familles, albanaise^ asiatique (en prenant Asie dans le même
sens étroit que les anciens Hellènes) et italique^ que nous avons réunies ensemble dans notre V* partie.
3*^ Le tronc occidental, comprenant les écritures issues de la communication de Talphabet faite par les colons tyriens aux habitants indigènes de l'Espagne antique. Ce tronc ne compte qu'une seule famille. Il a , comme le précédent , pour caractère fondamental la modification de valeur des signés d'aspirations phéniciens. Mais la tendance d'après laquelle les formes des lettres s'y altèrent est notablement différente.
4^ Le tronc septentrional, ne comprenant non plus qu'une seule famille, que constituent les runes des peuples germaniques et Scandinaves établis à dater d'une certaine époque dans le nord de l'Europe, mais venus de l'Asie, où ils résidaient Picore pendant une partie des âges historiques et où ils durent recevoir communication de l'alphabet inventé par les Phéniciens. Les runes font le sujet de la VII* partie de notre Mémoire , comme les écritures de l'Espagne antique celui de la VF.
5** Le tronc indo-homérite^ caractérisé par l'apparition d'un nouveau principe, la notation des sons vocaux au moyen d'appendices conventionnels qui s'attachent à la figure de la consonne et en modifient quelquefois assez notablement la forme. Le lieu premier de dérivation paraît en avoir été l'Arabie méridionale. De là il a rayonné d'un côté sur l'Afrique, où les écritures des Éthiopiens et des Libyens forment une famille à part, avec l'himyaritique ou alphabet des anciens habitants de l'Yémen, de l'autre
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sur l'Ariane, où s'est constituée une écriture spéciale, et sur riride, dont le plus ancien alphabet, le magddhi^ déjà rattaché par M . Albrecht Weber à la source phénicienne, a donné naissance à une énorme quan* tité de dérivés, qui se subdivisent en cinq familles, diyHinagàrie^ pdlie^ drcwidienne^ océanienne et tibétaine^ que nous énimiérons ici dans leur ordre chronologique de dérivation. I/himyaritique et ses dérivés, Tarien et le magàdhi, fournissent la matière de notre VIII' partie. La IX* est consacrée aux alphabets de rinde et se termine par un coup d'œil sur Tinfluence que récriture dévanagârie exerça, par suite des prédications bouddhiques, sur le système graphique des Chinois, ainsi que sur les tentatives qui eurent lieu pour formei» un véritable alphabet avec les éléments symbolico-syllabiques de l'écriture du C^este Empire;
Enfin notre Mémoire se clôt par une X* partie, plus tourte que toutes les autres, dont le sujet est la recherche de l'ori^ne du seul alphabet qui ne rentre pas dans les familles que nous venons d'énumérer, l'alphabet cunéiforme perse. Cet alphabet nous semble, — et nous essayons de le démontrer, — le résultat d'une combinaison d'âéments phéniciens, altérés assez profondément par l'application forcée et systématique dii système de tracé cunéiforme, avec d'anfares éléments- empruntés au syllabaire assyrien, mais transportés du rôle syllabique à celui de l'alphabétisme pur.
La filiation dés nombreux alphabets que nous groupons dans ces troncs et dans ces ftmilles est
longuement développée dans le cours de notre Mémoire, où nous nous efforçons de l'établir sur des preuves convaincantes. Mais nous avons pensé qu'il était utile de la résumer, telle que nous avons cru pouvoir la reconstituer, dans une cuite de tableaux généalogiques placés à la fin de cette introduction.
Rien n'est plus dangereux que les comparaisons d'écritures, lorsqu'on n'y procède pas d'après une méthode rigoureuse et avec une critique inflexible. Il n'est peut-être pas un ordre de matières où l'illusion soit plus facile, où un mirage trompeur se forme plus rapidement et puisse entraîner à de plus graves erreurs.
La première nécessité pour atteindre un résultat solide et vraiment scientifique dans notre étude de paléographie comparative, était donc de fixer notre méthode d'une manière immuable d'après les principes de critique qui pouvaient permettre d'arriver à une certitude presque absolue.
En conséquence, nous nous sommes imposé la loi :
1® De commencer par établir, autant que faire se pouvait, les dates précises des monuments que nous possédons des écritures que nous voulions comparer ;
2* De faire de ces déterminations d'époques la base fondamentale de nos rapprochements et de nos
tentatives pour rétablir la filiation des alphabets, sans jamais, quelque tentation que nous puissions en éprouver, nous écarter des données qu'elles fournissaient ;
3*" De ne jamais établir de comparaison entre deux écritures pour rechercher leur filiation respective, que lorsque les documents historiques nous révélaient entre les peuples chez lesquels elles avaient été en usage des relations assez directes et assez intimes pour permettre de supposer la communication de Talphabet de l'un à l'autre ;
4° D'éviter tout rapprochement, quelque séduisant qu'il pût être, entre des écritures usitées à plusieurs siècles d'intervalle ;
5" Enfin de considérer toujours, jusqu'à preuve matérielle et positive du contraire, entre deux écritures que l'application des règles précédentes nous permettait de rapprocher et de comparer, comme devant être la plus voisine du prototype originaire et la mère de l'autre, celle dont les monuments à date certaine remontent le plus haut dans la suite des siècles.
Telles sont les règles fondamentales de méthode dont nous nous sommes imposé de ne jamais nous départir. Nous osons espérer que leur application inflexible nous aura mis à l'abri des plus graves erreurs auxquelles on eût été exposé dans des recherches de ce genre faute de lois critiques assez sévères qui eussent guidé dans les rapprochements.
Toute écriture subit par l'usage et par le cours du temps des variations considérables ^ s'éloigne de son type primitif par une marche constante et graduelle* La transmission d'un peuple à un autre augmente encore l'action de cette tendance et précipite la déformation.
C'est là un principe (jui peut être posé avec certitude et qui ne souffre aucune exception, Mais on ne saurait fonnuler de lois pour la plus ou moins grande rapidité dès progrès de cette déformation.» Elle dépend en effet des causes les pins diverses et par conséquent ne suit en aiicim endroit la* même marche. Chez deux peuples dont les écritures sont soeiirs, nous voyons l'une s'altérer avec une extrême- rapidité, et l'autre s'immobiliser, pour ainsi dire, en présentant ce que les naturaUstes appellent un arrêt île développement.
Tout ce que l'on peut établir à ce sujet comme principes généraux consiste dàiiâ les- deux suivants, dont la jinstifijcatîon sera fournie dans le cours de notre Mémoire par de nombreux exemples .:
ï** Le plus ou moins grand développement de lu culture littéraire, et par conséquent de l'usage de l'écriture, chei un peuple , est la cause principale et déterminante de la rapidité plus <Du moins grande avec laquelle les figures des. lettrées de son alphabet s'altèrent et se modifient. Les signes graphiques su-
bissent en réalité comme une sorte d'usure dans un emploi fréquent et se conservent au contraire quand on n'en fait que peu d'usage. Chez un peuple lettré, qui écrit beaucoup et où la majorité pratique cet art, les variations paléographiques sont fréquentes et précipitent la déformation des lettres, soit par voie de complication et d'enjolivement quand il s'agit d'un type d'écriture soignée, dans lequel on cherche avant tout l'élégance, soit par voie de simplification et d'abréviation quand il s'agit d'un type d'écriture cursive, dont la première condition est la rapidité du tracé.
t!" La nature des modifications que subissent les formes de l'écriture, principalement dans le passage des mains, d'un peuple à celles d'un autre, est déterminée en grande partie par la différence des procédés matériels de l'art d'écrire. En effet, rien ne varie plus que l'instrument et le récipient de l'écriture, deux choses qui dépendent des ressources matérielles du peuple où elles sont employées.
A ce point de vue les écritures peuvent être divisées en deux classes : celles qui sont peintes avec une encre de telle ou telle couleur , et celles qui sont gravées à la pointe. Dans les premières, les lettres ont des formes pleines et arrondies ; elles ne craignent pas la complication et multiplient les traits purement ornementaux. Dans les secondes, les lettres sont grêles et anguleuses ; on tend à réduire autant que possible le nombre des traits.
Rien, du reste, i\e saurait mieux prouver à quel point la différence des procédés matériels influe sur
l'aspect extérieur des écritures que la comparaison entre Thiératique égyptien, le chinois et le cunéiforme assyrien. Les Égyptiens écrivaient avec une encre épaisse sur le papyrus, au moyen de gros roseaux taillés carrément, pareils aux calâmes qu'emploient encore les Arabes ; la cursive de leurs manuscrits hiératiques est arrondie, pesante, épaisse, presque absolument sans déliés. Les formes compliquées des caractères chinois, l'aspect générai de leurs traits, la grosseur des pleins et là finesse des déliés, tiennent à l'emploi du pinceau, qu'elles révèlent au premier coup d'œiL Les Assyriens et les Babyloniens ne traçaient les signes de leur écriture, ni à l'encre avec le calame ou le pinceau sur le papyrus, des peaux préparées ou des bandelettes de toile, ni à la pointe sèche sur des planchettes, des feuilles de palmier ou des écorces d'arbres. Faute d'autres ressources facilement à leur portée, ils les dessipaient en creux siu* des tablettes d'argile moUe qu'ils faisaient cuire après, pour les conserver. Or, l'élément tout particulier qui produit l'aspect. original des écritures cunéiformes et y devient le générateur de toutes
les figures, le clou ►— > ou T, n'est autre que le sillon
tracé dans l'argfle par le style triangulaire dont on se servait pour cet usage et dont on a trouvé dé nombreux échantillons dans les ruines de Ninive.