LE TERRAIN PHYSICO-CHIMIQUE DANS L'ORGANISME PATHOLOGIQUE
L'ensemble des expériences que nous venons de relater nous a donc amené à l'importante notion de l'influence d'une fréparation phySico-chimique du terrain sur la prise ou l'inhibition des greffes de tumeurs.
Remontant à notre point de départ, nous pouvons résumer ainsi le cycle des faits parcourus: certains états physiologiques (gravidité, etc.), certains états pathologiques (infections virulentes, greffes de tumeurs, etc.) se traduisent, chez les Mammifères étudiés, par des modifications des caractères physico-chimiques (déplacements de points isoélectriques) de constituants de certains tissus. Inversement, une modification expérimentale des mêmes éléments du terrain physico-chimique donne à l’organisme de la Souris, à volonté, des propriétés favorisantes ou inhibitrices pour la prise et l’évolution des tumeurs épithéliales greffées ; ces modifications, peuvent être en particulier obtenues par l’action de substances inertes comme des poudres de corps insolubles, dans lesquelles plus rien de protéique ni d’antigène n’est emprunté à l'extérieur, et que l’on fait agir sur l'animal neuf et sain. Les données suivantes permettent de supposer en première approximation que les variations provoquées dans la réceptivité seraient dû à l'apparition dans l'organisme de certains stocks protéiques en voie de dislocation.
Comme nous l'avons fait remarquer déjà, nous touchons ici à un problème de physiologie pathologique générale. Le terrain que nous avons ainsi expérimentalement perturbé sur l'animal, et qui devient inhibiteur pour les greffes de tumeurs, peut n'être en aucune manière modifié d’une façon spécifique par rapport à ces tumeurs : la réceptivité de l’organisme pour d’autres sortes d’affections de natures très différentes pourrait bien avoir aussiété per-
turbée du même coup. Nous ne pouvons pas encore savoir pour le moment s’il y a un optimum de modification du terrain à atteindre pour rendre négative la réceptivité de l'organisme à telle ou telle affection, et créer ainsi une sorte d’immunité à spécificité apparente. Mais à l'heure actuelle on a l'impression que les modifications imposées à l'organisme représentent un mécanisme profond et général, à rapprocher par exemple des processus généraux non spécifiques comme la fièvre, les chocs protéino-thérapiques, ou l’immunité naturelle, dont nous ne savons pas encore toujours canaliser les effets (sinon dans quelques cas empiriques) pour nous opposer à telle ou telle manifestation pathologique déterminée.