LE POINT ISOÉLECTRIQUE CELLULAIRE A L'ÉTAT NORMAL OÙ PATHOLOGIQUE
Au cours de recherches antérieures (1923) sur la physico-chimie du protoplasme cellulaire et principalement de l'œuf d'Oursin (VLÈS; VLÈS-ACHARD-PRIKELMAIER; VLÈS-REISS-VELLINGER ; REïss, etc.), on avait abouti à la conception que le pH intérieur de beaucoup de. cellules aussi bien animales que végétales, doit être normalement situé au voisinage du point isoélectrique de certains constituants du protoplasme, et que ce fait peut conditionner l'équilibre physico-chimique des substances protéiques cellulaires.
Nous nous étions demandé (VLÈS et de COULON (1) (2) 1924) en renversant le problème, si des perturbations pathologiques des conditions cellulaires ne pouvaient pas se répercuter sur les relations entre le point 1soélectrique et le PH apparent, et si la différence entre ces deux valeurs ne permettrait pas de définir une sorte de caractéristique de l’état de la cellule ou de l'organisme, qu'on pourrait utiliser pour mettre en évidence et étudier les modifications pathologiques du milieu cellulaire. Nous avons été ainsi conduits à reprendre l'étude de la cataphorèse d’un certain nombre de tissus, en parallèle avec l'intervention de diverses affections. Commencées sur ces bases, nos recherches, parties au début avec le but précis d'étudier les propriétés physico-chimiques des tumeurs, ont rapidement dépassé ce cadre, et nous ont amenés en présence d’un problème beaucoup plus général de physiologie pathologique dont on verra le développement par la suite.
Les recherches ont porté au début sur les points isoélectriques des muscles des Souris blanches ; jusqu’à présent, elles ont nécessité plus de 10.000 de ces animaux. La recherche du point isoélectrique a été effectuée par la technique des cataphorèses en tube
en U sur la purée musculaire, préparée par les méthodes de congélation (VIÈSs, REISs, VELLINGER). Après cataphorèse observée, le contenu liquide de chaque ampoule terminale de tube en U était reporté en tube à essai, et additionné d’un volume double d’alcool-acétone, lequel précipitait en quelques heures une série de substances transportées à l’état soluble. Ces précipitations avaient d'ailleurs des caractères différents suivant les circonstances, et nous avions été conduit à distinguer deux types de substances résultant de cette action: les «flocons», gros flocons aux bords estompés, légers et baignant dans un liquide à opalescence bleuâtre, substance principalement protéique (représentant vraisemblablement la myoprotéine du sarcoplasme) ; et les « précipités », résidu d'aspect pulvérulent formé d’éléments plus denses, à bords plus nets, et plongés dans un liquide limpide non opalescent, formant souvent un culot au fond du tube ; ces dernières substances, pauvres ou nulles en protéiques, apparaissent souvent sous forme cristalline, et renfermant vraisemblablement surtout des dérivés non protéiques de la fraction myosine du muscle (2) (p. 49):
Le pH du fragment de muscle était dans les premières expériences estimé au microscope par la méthode des indicateurs ; mais l’on s’aperçat vite que les variations de ce pH étaient très faibles (pH 6 + 0,5) à la limite de précision des méthodes employées, alors que les variations des points isoélectriques étaient considérables ; de sorte que l’étude de la distance entre le pH et le pH; revenait à l'examen des variations du pHi seul ; aussi porta-t-on dans les recherches ultérieures l’examen principal sur ce dernier point.