CHAPITRE II.— NOMENCLATURE
« Toute science physique est formée de trois choses ; la série
• des faits qui constituent la science , les idées qui les rappellent ,
• les mots qui les expriment. Le mot doit faire naître l’idée, « l’idée doit peindre le fait : ce sont trois empreintes d’un même « cachet; et comme ce sont les mots qui conservent les idées et « qui les transmettent, il en résulte que l’on ne peut perfectionner « le langage sans perfectionner la science , ni la science sans le
• langage. » (L.vvoisier, Tr. de ch., I, p. 6, 2* éd.)
C’est d’après ces principes que la nomenclature chimique fut créée par une commission de l’Académie des sciences, vere la lin du siècle dernier, après les découvertes ijui fondèrent la cliimie moderne.
Elle a pour objet de représenter, à l’aide d'un petit nomlire de signes, toutes les combinaisons qui peuvent résulter de l’union des 61 corps simples aujourd’hui connus. Elle repose sur ce juiucipe fondamental que le nom d’un corjis composé doit e.xprimer sa composition et être formé au moyen dc's noms de ses éléments. Complétée sur quelques points, enrichie par Berzéhus d’un système de symboles représentatifs des équivalents, celte nomenclature régit encore aujourd’hui la chhnie minérale.
Voici quels sont les u.sages et les conventions adoptés dans la nomenclature des corps simjiles et de leurs composés binaires et I (“maires :
I. Corps simples. — Les noms des corjis simples sont le point d(“ départ de tous les autres; ils n’ont rien de systématique. On les a tirés soit de la tradition, soit de queh^ue propriété saillante, soit de quelque circonstance d’origine ; plusieurs ont été forgés il’une manière tout à fait arbitraire.
.Vinsi l’on a conservé les noms des métaux et des corps usuels ; fer, cuivre, or, argent, mercure, soufre, etc.;
CHAPITHK II. — MJ.VI'.NCI.A'll UK.
Le chlore, le brùme, l'iode, sont dénommés d’après leur couleur et leur odeur ly Xwpô<, verdâtre; ’iwîi;;, violet; ppwiAÔ;, odeur désagréable) ;
L’o.xygène, d’après sa propriété de former la plupart des acides, l'hydrogène, d’après sa propriété de former l’eau ;
Le potassium, le sodiimi, etc., d’après leur origine (métaux do la potasse, de la soude, etc.) ;
la* nom du sélénium est tiré de oeXïivt; (lune); celui du tellure, de tellus (terre); ceux du niobium et du tantale ont une origine mythologique, etc., etc.
On réimit soins la dénomination de métalloïdes les corps suivants ;
Oxygène. BrOme.
Hydrogène. Iode.
Azote. Fluor.
Chlore. Soufre.
Sélénium, Bore.
Tellure. Silicium.
Phosphore. Carbone.
Arsenic.
Ces corps, unis â l’oxygène ou à l’hydrogène, constituent la plupart des acides; aucun de leurs oxydes ne joue le réle de base; enfin, tous les gaz, sauf un, sont foi-més par les métalloïdes libres ou combinés entre eux. '
Les autres corps sont les mètaiix; on en compte 16 dont voici la liste ;
PotaAsium.
Didyme.
Tantale.
Bismuth.
Sodium.
Yttrium.
Niobium.
Plomb.
Lithium.
Erbium.
Titane.
Mercure.
Calcium.
Terbium.
Antimoine.
Argent
Baryum.
Zirconium.
Ktain.
Or.
Strontium.
N’orium.
Uranium.
Platine.
Magnértium.
Fer.
Cobalt.
Palladium.
Gluuium.
Cbrùino.
Nickel.
Iridiunt.
Aluminium.
.Manganèse.
Zinc.
Rhodium.
Thorium.
Vanadium.
Cadmium.
Osmium.
Cérium.
Tungstène.
Cuivre.
Ruthénium.
Lanthane.
Molybdène.
Les métaux se
distinguent par
leui's carac
téres physiques et
par la propriété de former avec l’oxygène des combinaisons basiques; plusiem-s forment en outre des acides. Les métaux ne se combinent pas en général avec l’hydrogène.
II. Corps composés. — Les noms des corps composés se déduisent des noms des corps simples qui les constituent, à l’aide d’un petit nombre de conventions.
Ces conventions sont relatives ; 1<> aux combinaisons binaires que les métalloïdes et les métaux forment avec l’oxygène, et aux
INTltOm CTIOX. — NOTIÜ.NS KI.liMENTAlUKS.
('uint)inaisons lornairt's fornu'os par l’iinioii do doux l■ompos^■'s biliaires ayant un éléinont coinnmn, l’oxygèno;
2" Aux roinbiuaisons binaires que les corps simples forment avec rhydrogéne ;
3" Aux combinaisons binaires que fonme un métalloïde soit avec un métal, soit avec un autre métalloïde, et aux combinaisons ternaires formées par l’imion de deux composés binaires ayant un élément commun autre que l’oxygéue;
4“ Aux condjinaisons binaires que les métaux forment les uns avec les autres.
Composés aiXAinEs oxygénés. — Les combinaisons binaires que les corps simples forment avec l’oxygène sont les mieux connues et les plus importantes de toutes. Un corps simple uni à l'oxygène peut former soit un oxacide ou aride proprement dit, corjis composé apte à s’unir aux ba.ses; soit un oxyde. Un acide combiné avec lui oxyde jiroduit un sel.
Voici comment on forme les noms de ces diveis composés ;
1“ Acû/m. Ou les désigne en faisant suivre le mot acide du nom du métalloïde qui s’unit à l’oxygène, et en ajoutant à ce nom la syllabe ique :
Le âiUcium ot l'oxygène forment Taoide sdiVi^u^;
Le bore et l'oxyg<'»ne forment l'aride horiqve;
Le fer et l'oxygène forment l'acide ferrique^
Si un corps simple forme avec, l’oxygène deux acides, on les désigne en faisant suivre le mot acide du nom du corps terminé en eux pour le moins o.xygéué, en ique pour le plus o.xygéué.
Acide arsemVux, I . , - ,
... , . ? acides formés d arsenic et d oxygéné.
Acide ar«enigu0, )
Si im corps simple forme avec l’oxygène trois, quatre et même cinq combinaisons, ou peut les désigner eu groupant les syllabes per, Itypo, ique et eux, conformément à l’exenqile suivant ;
Acide prrcWoniçue ou hyperchlorique,
— chlorique,
— hypochtorique,
— chloreuXf
— hypochloreuj:.
acidüR formés de chlore ot d'oxygène.
2" Oxydes. On désigne plus spécialement sous le nom d'oxydes celles d(‘s combinaisons des corps simples avec l’oxygène qui ne s’uni.ssent ]>as aux ba.ses.
Ces oxydes sont de trois espèces :
Oxydes basiques ou oxybases, aptes à se combiner aux acides ;
CIIAPITUn II. — NOMF.NC.UMTIli:.
Oxydes iniUljéreiUs ;
Oxydes salins, lesquels peuvent être regardés comme formés par l'union d’un acide et d’un oxyde basiipie, tous deux produits par le même métal.
La nomenclature n’établit aucune différence entre ces trois espèces d’oxydes.
Pour désigner l’un d’eux, il..sullit do faire suivi-e le mol o.xyde du nom du corps simple uni à l’oxygène ; tantôt on ajoute à ce nom la syllabe iV/iie ; oxyde zinciyue, tantôt on se borne à le faire précéder de la particule de : oxyde de zinc.
Si le corps simple forme avec l’oxygène deiux oxydes, on désigne le plus oxygéné par la syllabe ique , le moins oxygéné par la syllabe eux :
Oxyde ferrique, î Oxyde ferretu:, ) Oxyde cuteri^uf, | Oxyde cuivreux, j
oxydoH formés de fer d‘oxyg^*ne.
oxydes formés de cuivre et d’oxy^éno.
S’il existe trois oxydes formés par un même corps simple, on désigne sous le nom d’oxyde l’oxyde principal; sous le nom de sous-oxyde, l’oxyde moins oxygéné, et sous le nom de peroxyde, l’oxyde plus oxygéné :
Sous-oxyde de plomh.
Oxyde de plomb.
Peroxyde de plomb.
On a employé dans certains cas les noms de protoxyde, sesquioxyde (sesijui = l J), bioxyde, etc., lesqueLs désignent non-seulement les degrés croissants d’oxydation, mais encore le rapport pondéral entre les quantités d’oxygène combinées à \in même poids de l’autre corps simple :
Protoxyde de manganèse, \
Sesquioxyde do manganèse, ^ formés do manganèse et d’oxygèno. Bioxyde do manganèse, j Protoxyde d’azoto,
Bioxyde d'azote,
forméa d'a’/ote et d’oxygène.
Il est utile de remarquer ici qu’un même corps simple peut s’unir avec l’oxygène dans nn grand nombre de proportions et donner naissance à la fois à des oxydes et à des acides; ces derniers corps sont les plus oxygénés. La nomenclatm'e de toutes ces combinaisons se déduit des règles iirérèdentes, comme on va le voir dans deux e.xemples relatifs à l’azote et au manganèse ;
L’azote uni à l’oxygèuu forme deux oxydes indill’éreuls :
■,’K ISTHOm i.TION. — N(JTI(iNS I.U:\li:NT UltKS.