Joan., cap. i, v
5. Ego et Pater unum sumus. (Ibid., cap. x, v. 30.) C.Tues Christus Filius Dei vivi. (Matth., cap. xvi, v. -16.)
termes : c< Tu es heureux, Simon, fils de Jean, car ce que tu viens de dire, la chair et le sangne te Tont point rv61, mais FEsprit de mon Pere qui est dans les cieux *. Cette singuliere affirmation a domptd Tame humaine, qui, depuis dix-huit siecles, adore
J6sus-Ghrist et lui rend un culte divin. Nous n en sommes plus cependant aux illusions du paganisme ni aux abominables surprises de Tidolatrie; nos &mes, mieux instruites, cartent religieusement leurs pensees de toute prostitution qui offenserait la majest6 de PEtre supreme. Pourquoi adorent-elles Jesus-Christ, puisque sa divinitS nese voitpas?G est vrai, Messieurs; mais, comme pour 1 enfantement virginal, je vous d6fie de me prouver directement qu elle n est pas 1& oti Font vue les inspires. Jesus- Christ accomplissant tous les oracles, vous ne pouvez pas lui refuser le litre qu il en re^oit. Le nom de Jehovah est enchasse dans le parallelisme de I histoireet des prophSties: le supprimer serait une injustice; supposer que Dieu s est oublie jusqu a ce point de faire aboutir le mouvement tant de fois sculaire de Tinspiration, ^ une usurpation sacrilege de son nom et de sa gloire, serait un acte insensS.
1. Beatus es Simon Bar-Jona : quia caro, et sanguis non revelavit tibi, sed Pater meus, qui in coelis est. (Mallh., cap. i,vx v. 17.)
VIE, MOIIT, R&GNE DE jfcSUS-CIlRIST 233
Acceptez done le Messie tout entier, dans la personne auguste de Jesus-Christ, et, plus heureux que les generations qui attendaient, en soupirant, sa ve- !nue, tombez a ses pieds. Dites, du fond de votre &me domptee par ces revelations : Juste, que votre vie parfaite soit desormais la mesure de nos vertusl Docteur, apprenez-nous les secrets du ciel! Pere dela nouvelle alliance, rapprochez-nous du Dieu que nous avons meconnu! Thaumaturge, gufirissez les plaies de nos &mes deshonorees par le p6ch6! Prophete, rendez-nous dignes de vos eternelles promesses! Mort bien-aim6,precipitez dans nos cceurs les flots de votre prcieux sang! Sauveur, rompez les chaines des passions qui nous retiennent captifs! Roi^ armez-vous de votre beaute et de vos graces; allez, que les chemins vous soient prosperes; marchez toujours, et regnez sur nous, sur nos families, surnotre patrie, sur le monde entier! Emmanuel, 6 Dieu avec nous, nous vous adorons, nous vous aimons, nous vous croyons! Vous seul tiez digne d enseigner les liommes, et votre doctrine seule est VeritiJ
DIX-HUITlfiME CONFERENCE
Messieurs,
J aurais pu remeltre le parallele que j ai 6tabli enlre les oracles messianiques et 1 histoire evangelique, et reserver cette conclusion : Digitus Dei est hie, le doigt de Dieu est la, pour la fin de nos confe rences de cette annee. Mais j ai pense qu il etait bon de partir d un fait dont toute anie droite peut recueillir le b^n^fice, sans se jeter dans les embarras d une critique difficile quiretardel eclosionde lafoi.
La marche que j ai suivie est suffisamment justifiee
par mon intention, et, aussi, par votre attention, dont je vous remercie. Vous avez compris que je faisais appel a ces naturels, bons et religieux in stincts, qui ne trompent jamais, dans la recherche du \rai, celui qui leur ob6it.
En effet, Messieurs, 1 instinct de I honn6te nous
236 FORCE DEMONSTRATIVE DES PROPI1ETIES
commande d ecouter respectueusement toute alflrmation grave, tombant des levres d un horn me grand par son genie, son courage, sa vertu, son influence, et tels furent les prophetes. J ajoute aujourd hui : tels i urent ceux qui, depuis dix-neuf siecles bientot, tudient dans TEglise les ecrits prophetiques et les comparenta 1 histoire. Une foule d hommes savants, desinteresses, pieux et saints, ont constate la verite des propheties; c est un fait considerable, qu on ne peut detruire qu en saisissant corps a corps chacua des organes de nos traditions religieuses, et en rui nant sa reputation. Si je suis sage, je ne puis me contenter d une negation genrale, qui embrasse d un seul coup tous les siecles Chretiens, a la fagon d une inexorable sentence par laquelle ils sont condamnes sans retour. J ai besoin d un proces autant de fois renouvele que je compte de maitres es science sacree, d auteurs qui m affirment que les temps nouveaux etaient prophetiquement contenus dans les anciens, que tout ce qui s accomplit aujourd hui n est que 1 echo d^s previsions divines, manifestoes aux inspires de la loi judaique, et renouvelees dans le dernier et le plus grand des voyants, Jesus- Christ. M est-il prouve qu Ambroise est un fou ou un menteur? j irai demander la verite a Augustin, a Jerome, a Gregoire, a Basile, a Origene, a trenee,
4 chacun des Peres, docteurs et crivains qui ont traite Fimportante question des oracles, jusqu a ce qu ils aient passe en jugement, et qu il soit notoire que tous se sont trompes ou qu ils m ont tromp6. Je recommande particulierement ce travail immense aux ennenais de la foi ; s ils le menent a bonne fin, leur cause sera plus avancee qu elle ne pent Fetre par les superbes et insolentes negations qui terminent le proces de nos maitres sans Finstruire. En atten dant, qu il me soit permis de croire que le bon sens dirige par Finstinct de Fhonnete a le droit d etre satisfait de Faffirmation des prophetes et de leurs interpretes, sans qu on puisse Faccuser d une trop facile complaisance.
En second lieu, Messieurs, Finstinct du beau se laisse fatalement ravir par toute ceuvre dont les pro portions liarmonieuses accusent la main d un sage et puissant ordonnateur; et, quand ces proportions sont tellement vastes etgrandioses qu elles depassent manifestement le genie de Fhomme, Dieu se montre et la raison Faccepte. Or, Tediflce des predictions messianiques, appuye sur tous lesciges de Fhumanite et si merveilleusement couronne par un seul homme, realise les conditions d ordre, d harmonie, d ampleur, de magnificence, de majeste, qu on ne voit que dans les ceuvres divines. Sa beaute est la splendeur
m6me de la verite eternelle, qui Fa construit pour se reveler au monde. Si done, apres Pexpose que j ai fait, vous &tes deja convaincus de la presence et de Faction de Dieu dans le monde prophetique, si votre esprit incline vers les dogmes qui se trouvent meles au tissu des oracles, il n y a rien a dire : vous suivez en cela les pentes de votre nature, votre ame se d6cide selon les saintes et invariables lois de ses meilleurs instincts.
Cependant, il se rencontre des esprits difficiles que cette sorte de demonstration n atteint pas. Us veulent avoir le dernier mot de la force mysterieuse qui les ebranle sans les convaincre. Le miraculeux edifice des oracles leur semble une illusion d optique; ils interrogent ses fondements et ses causes, et sedemandent eux-m&mes ce que prouve, en defini tive, son apparition. G est a peine s ils avouentladefaite de leur raison, quand on a r6pondu a tous leurs pourquoi. Je respecteces exigences, Messieurs, parce que je suppose charitablement qu elles sont contenues dans les mesures de la bonne foi, et je me suis prepare & les satisfaire par un argument qui servira de theme nos trois dernieres conferences sur la question des propheties. Voici cet argument :
Toute prophetic veritable demontre invinciblement la divinite d une religion;
FORCE DEMONSTRATIVE DES SROPIIETIES 239
Or, nos propheties sont veritables
Done, notre religion est divine.
La majeure a besoin ^explications; je vais vous les donner immediatement. Bisons d abord d ou la proph6tie tire sa force demonstrative ; nous verrons ensuite comment cette force demonstrative s applique a la divinite d une religion.
Rappelez-vous, Messieurs, ce que je disais en traitant de la possibilite des propheties : Dieu doit connaitre 1 avenir; Dieu peut en communiquer la connaissance. Aujourd hui,je vais plus loin, etj affirme que Dieu seul connait Tavenir et que lui seul il peut en communiquer la connaissance. En effet, pour tout autre que pour Dieu, 1 avenir, c est ce qui n est pas, et ce mot de Voltaire, que nous refutions dans le sens d une negation generate, est vrai des qu il s applique a une intelligence bornee comme doit Tetre toute intelligence creee. Une chose ne peut tre connue que de deux manieres : en elle-m^me ou dans sa cause, in se, vel in causd* Or, il est manifeste qu une intelligence dont les operations se mesurent par la dure ne peut pas se mettre en rapport avec
240 FORCE DEMONSTRATIVE DES PROPUETIES
des choses qui n existent pas encore au moment ou elle opere, qu elle ne peut pas s en assimiler la connaissance par une union immediate avec elles comme avec son objet, qu elle ne peut pas les voir in se, en elles-memes, puisqu elles ne sont pas elles-memes. II reste done qu une intelligence cree connaisse les choses futures dans leurs causes; mais la plupart des causes, je dis plus, la presque totalite des causes sont, a notre egard, indifferentes et indeterminees quant a la production de leur effet. La force conjectarale de 1 esprit, qui voit Feffet dans sa cause, est tellement restreinte qu il est impossible de Tappeler une force proph6tique; et, du reste, il est convenu qu une chose cesse d appartenir a 1 ordre prophetique des qu elle tombe sous Fempire des forces conjecturales. A part certains phenomencs, dont nous apercevons comme lesgermes dans les lois physiques et morales, il est vrai de dire que le livre des causes est pour nous un livre scelle, et que Jeter un siecle ou deux entre un evenement et la loi qui le prepare, selon Tordre de la Providence, c est amasser des ombres que notre ceil impuissant ne saurait jamais penetrer.
Nous connaissons, par exemple, la prodigieuse force des gaz que la terre cache au fond de ses entrailles. Certains bruits vagues et loin tains, certains
FORCE DEMONSTRATIVE DES PROPilETIES 241
frmissements du sol, certaines afflnites avec notre organisation, nous font pressentir leur prochaine Eruption; mais qui nous dira que, dans cent ans, et sur un point du globe dont nous ignorons la con formation, ces memesgaz, mal & 1 aise dans les sombres cavernes qui les compriment, briseront leurs entraves et chasseront devant eux d immenses soulevements? De mme, nous savons que, dans les regions atmospheriques, se forment des m6teores et s elaborent des Guides dont lacombinaison soudaine peut nous etre redoutable. Sur un signe impercep tible, 1 oeil exerce du marin en devine Fapproche et les fureurs. Pendant que les passage rs insouciants saluent les dernieres lueurs du jour qui leur promet une nuit tranquille, lui, penche sur les flots ou dresse vers I horiz on, etudie les symptomes de la tempete qui germe, 1 ecume de la mer et lesflocons sombres qui montent au ciel. Sa voix 6mue et stridente crie : Pare a Torage! avant que 1 orage ait fait entendre ses premieres clameurs. Mais quel ceil humain verra, a un ou deux siecles de distance, les cataractes du ciel tomber sur la terre ou une ville tout entiere devenir la proie d un feu celeste? Meme dans le monde physique, ou Dieu a dispose les elements et les lois, avec nombre, poids et mesure, dont nous soumettons les mouvements a des calculs geometri-
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ques, meme dans le monde physique, il y a des cau ses tellement indifferentes et indeterminees, quant a la production de leurs effets, que leurs diverses influences 6chappent necessairement a la force conjecturale de notre esprit.
Combien plus, Messieurs, dans le monde moral, dont la plus universelle loi est la liberte! Bien que les circonstances pesent sur nos determinations, et que nous nous permettions quelquefois des presages touchant les destinees de nos semblables, il est vrai, imperieusement, indubitablement vrai, que nous sommes dans Timpuissance de voir et de predire Tavenir. Vous vous possediez, il y a dix ans et vingt ans, comme vous vous possedez aujourd hui. J aime a croire qu il y a parmi vous plus d un de ces caracteres fortement trempes qui se raidissent contre toutes les oppositions etqui, ayant congu un dessein, marchent toujours a sa realisation, sans que les difficultes soient capables de les incliner ni a droite ni a gauche; de ces hommes, enfin, dont parle le poete, qui verraient sans trembler Tunivers s ecrouler a leurs pieds. Pour votre honneur, je suppose que vous testous ainsi. Eh bien, Messieurs, il y a dix ans et vingt ans, vous reviez un avenir, vous Fembellissiez des plus riches couleurs de votre imagination; rien ner^sistait ^ vos laborieux efforts; rien ne mentait a
vos amours, etsurtout riennecompromettait 1 honneur de votre vertu. Qu est-il arrive? files- vous bien Fhommede vos reves, toujours ferme dans ses gnereux projets, toujours constant dans ses affections, toujours en paix avec sa conscience ?Ah! mon Dieu! qui done est ici-bas Fhomme de ses reves? Qui done se retrouve, apres cinq ou six lustres, ce qu il croyait etre? Nos resolutions 6branlees, nos projets ren ver ses, nos affections trahies, nos vertus en lambeaux, mensonge a nos presages, mensonge a nos desirs, voila le triste spectacle que nous nous donnons a nous-memes. Helas! nous possedons notre ame, elle est a nous, nous nous en croyons les maitres; mais Tinfidele, de son libre mouvement, trompe ses propres previsions etse degoit elle-meme dans ce qu elle avait le inieux arrete. Quel temoignage de notre impuissance! Et comment pourrions-nous pretendre au droit ou au privilege de determiner a Tavance les effets de cette cause si profondement cachee, si variablement agitee, si pleinedepossibilites contradictoires, qu on appelle la liberte humaine? Comment
surtout, si cette liberte n est pas la notre? J en prends atemoin vos coeurs de peres. Quel pere ajamais tire surement 1 lioroscope de sa famille? Vos fils charmants se laissent aujourd hui bercer sur vosgenoux, et s y endorment du sommeildes auges; vous ecoutez
leur calme respiration, vous contemplez leurs traits reposes. Que seront-ils un jour? Beaux, tendres, fideles, jaloux de Fhonneur de votre nom et toujours prts a soutenir vos pas chancelants qui descendent au tombeau? Malheureux peres, vous vous tes trompes! Dix-huit ans se passent, et vos fils dshonores oublient votre triste vieillesse; leurs pas sions et leurs vices font a vos coeurs de mortelles blessures, et tout votre amour n est plus occup qu a ne pas les maudire. Pareillement, quel homnie d fitat a jamais surement prcdit la destinee lointaine d un peuple? II voit, dans les annees qui le touchent de pres, une revolution dont il a deja manie les ressorts ; mais, quand il doit franchir en avant une certaine distance, un mouvement peut renverser 1 edifice de ses previsions, lors mme qu il les appuie sur les circonstances dont nos determinations semblent recevoir une inevitable impulsion. Gombien plus si ces circonstances font d6faut, s il s agit de predire les actions et le sort d une generation qui n est pas nee, de prSciser des 6poques t enfin, de demeler toute une suite d effetsqui pourraientne pas se produire, pour lesquels la volonte humainepourrait ne se de terminer jamais, ou dontelleest libre de rompre a chaque instant la trame!
il^ de Timpossible, Messieurs; mais ecoutez : je
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vaisvous direl impossible supreme. Dieu, maitre de
la nature, la conduit a son dernier tertne, par le d- $ veloppement regulier et methodique des causes se-
condes. Cependant, il ne s est pas enchain^ dans le tissu de leurs actions et reactions; sa puissance, toujours supSrieure a ce qu elle a produit, peut agir exceptionnellement et creer des prodiges, dont vous chercherez en vain la raison au sein des lois pr<sentement existantes, car elle se cache dans les replis d une volont6 souveraine et independante. S il plait a Dieu de suspendre un jour le cours des fleuves, de diviser les eaux de 1 Ocean, de troubler 1 eternel sommeil des morts et de les rappeler a la vie, il le fera. Son Verbe infini, en fecondant le neant, n a rien perdu de sa force ; s il a pu demander 1 etre a ce quin etaitpas, qui 1 empechera de demander un mouvement a ce qui est ? Dieu fera done des prodiges, si c est son bon plaisir. Mais, ces prodiges n etant pas encore, nous ne les connaitrons pas en eux-memes, in se, c est trop evident. Pourrons-nous ies connaitre dans leur cause? Assurement, oui, si cette cause se communique elle-mme; assur6ment, non, s il faut que, de notre propre mouvement, nous mentions vers elle pour surprendre ses secrets. La question ainsi posee : les prodiges futurs peuvent-i s r-tre connus naturellement dans leurs causes? nous
fournit immediatement une reponse, puisque c esl demander si ce qui est au-dessus de nous se trouve au-dessous, si la libre et souveraine puissance de Dieu est soumise a nos calculs, si notre intelligence est le naturel sanctuaire de sa science infinie. Nous ne pouvons connaitre, a Taide de notre penetration naturelle, les effets lointains qui dependent de certaines causes physiques; non plus, dans Tordre mo ral, les effets qui dependent de 1 universelle cause, la liberte; encore bien moins, dans un ordre surhumain, les effets qui dependent de 1 unique volont6 de Dieu.
Done, Messieurs, ce qui nous appartient, c est une force conjecturale essentiellement limitee; toute la force prophetique est a Dieu. II faut rSpeter ici les belles paroles que nous avons deja emprunt6es a Daniel et a Isa ie f : Dieu connait toutes choses avant qu elles arrivent : Nosti omnia antequam fiant. a Je suis le Seigneur, et il n y en a pas d autre, non, pas de semblable a moi, qui annonce, des 1 origine, les dernieres choses, et des le commencement, ce qui n est pas encore fait : Ego sum Dtus et non est ullrd, nee est similis mei annuntians ab exordio novissima, et ab initio quse nondutn sunt facta. En effet^